CHAPITRE Yl
PersécatioQ coatre la presse . — Le National coDdamné par la coar des pairs. — Procès et exécation de Darmès. -* Baptême da comte de Paris. — Mort de Garnier- Pages. — Élection de M. Ledra-RoUio. "^ Son discours devant les électeurs, — Procès de MM. Ledra-Rollin etHauréan. — Circolaire de M. Martin do Nord. — Nouveaux procès da National. — Acquittements successifs. — Attentat Quenisset. — Arrestation de M. Dapoty. — La complicité morale. •— Condamnation de M. Papoty. *- Protestation des journaoï. -^ Procès des accusés de Toulouse. — Acquittement.
V. Guizot, en se donnant hautement mission de comprimer les passions intérieures, n'avait fait que les exalter. Le défi jeté du haut de la tribune avait été relevé par la presse opposante ; les ardeurs de la polémique se développaient avec les rigueurs du parquet ; chaque jour la lutte devenait plus viv.e, plus implacable. Las vieun: abus et les vieilles institutions avaient beau se débattre contre de quotidiennes attaques, les condamnations judiciaires ressemblaient à des vengeances qui aggravaient plutôt qu'elles ne guérissaient de mortelles blessures.
M^ 4e Lamennais avait été condamné le 4 janvier^
lo2 HISTOIRE DE HUIT ANS.
M. T. Thoré le 8, et le Nationul écrivait, le 9, les réflexions suivantes sur Tattitude de la chambre des pairs, au sujet du traité de la Plata.
« Nous sommes arrivés à la chambre des pairs avec un peu d*espoir, nous en sommes sortis comme on sort d*un hôpital des incurables. Non, la vie ne pénétrera jamais dans cet ossuaire ; il n'y a pas d*énergie possible quand il n'y a pas d'indépendance. Ce semblant de chambre que le bon plaisir du monarque a créé, se meut dans une atmosphère où ne pénètrent ni la lumière, ni la chaleur. Il règne dans celte salle je ne sais quelle odeur de décrépitude qui vous refroidit et vous attriste. On dirait une comédie constitutionnelle jouée par des morts, une espèce de fantôme mécanique qu'on a hâte de voir fuir de peur que les ressorts ne cassent. »
Cette vigoureuse satire était bien faite pour mécontenter les hommes qu'elle flétrissait. Us voulurent faire acte de virilité en frappant. M. Ségur prit le rôle d'accusateur ; la chambre décida que le gérant du National serait traduit à la barre. Il y comparut le 8 mars.
Dans des procès de cette nature, la défense est une vaine formalité, presqu'une moquerie. M. Marie fit preuve de son habileté accoutumée, mais sans avoir l'espoir qui exalte l'orateur. Un mois d'emprisonnement et 10,000 francs d'amende vengèrent la pairie , mais ne la relevèrent pas.
Elle eut bientôt l'occasion de se former encore en cour de justice. L'attentat de Darmès avait longtemps occupé les juges d'instruction, et malgré six mois de recherches élaborées, on n'avait pu donner à un acte isolé les proportions d'un complot. Toutes les roueries de magistrats émérites avaient échoué devant les naïves réponses d'un ignorant.