‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 101 sur 119 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

paru désirer le maintien de la paix» s'était laissé persuader qu'il fallait profiter de Foccasion pour faire de la force et rétablir, par une compression opportune, les affaires trèscompromises du cabinet ; H. Guizot, plus raide, plus tranchant encore qu'il ne l'était d'habitude, déclarait qu'un, gouvernement est perdu lorsqu'il pactise avec ses ennemis ; M. Hébert souriait, comme il savait sourire, en disant que tout était rompu ; M. Jacqueminot, devenu subitement un foudre de guerre, témoignait par des éclats de voix qu'il était impatient de châtier les auteurs de l'agitation. Per* sonne n'entendait plus les conseils de la prudence. Tout ce qu'on avait dit aux ministres pour les convaincre que l'opinion publique allait se prononcer contre eux, les avait engagés à faire mouvoir des bataillons ; et, s'ils espéraient que la menace d'une répression énergique suffirait pour mettre l'opposition en déroute, ils étaient au besoin décidés à pousser les choses beaucoup plus loin.

M. Barrot et ses amis furent bien troublés quand ils apprirent que leurs explications étaient repoussées. Le gouvernement n'acceptant plus les conditions qu'il faisait lui-même proposer la veille, une collision devenait inévitable si l'opposition persistait dans ses desseins ; et cette collision ne s'engageait pas au seuil de la salle du banquet, sur la question même du droit de réunion dans uuq maison particulière, mais sur la place de la Madeleine, au lieu désigné pour le rendez- vous commun des invités, des souscripteurs, des gardes nationaux, etc., etc., et sur une question très-différente, celle du droit d'attroupement sur la place publique, droit barbare, supprimé par de sages lois, comme l'opposition le reconnaissait volontiers. Évidemment les circonstances ne lui étaient pas favorables. m. 25

On était à la veille même du banquet, et la Journée s^avançàit. Vers quatre heures et demie du soir, M. Barrot se rendit à la chambre et parut à la tribune. Il venait demander au ministère des explications publiques. M. Duchâtel lui répondit d*abord qu'il n*avait rien souhaité qu'une solution judiciaire ; qu'il autorisait encore les députés de l'opposition et leurs convives à se rendre indivi- ^uellennenfraujieu du banquet, mais qu'il ne laisserait faire aucun rassemblement sur la voie publique. M. Barrot répliqua qu*on attribuait aux auteurs du banquet des intentions que personne n'avait eues; que, dans l'intérêt d'une méchante cause, on faisait d'une manifestation régulière et pacifique un acte insurrectionnel; que le programme ne convoquait personne; que les gardes nationaux admis au cortège devaient être sans armes ; que la paix publique n'aurait pas été troublée ; que le maintien de l'ordre, on en avait l'assurance, aurait été considéré par tous les citoyens comme l'accomplissement d'un saint devoir; enfin que le ministère, en mettant Paris en état de siège, sous le plus frivole prétexte, excitait les tumultes qu'il voulait, disait-il, prévenir. C'était bien raisonner. Mais si l'opposition n'avait aucune peine à mettre tous les torts du côté du ministère, et à montrer qu'il avait été tour à tour provocateur et perfide, M. Barrot laissait soupçonner qu'après avoir été brave et même téméraire, l'opposition avait conclu par une faiblesse.

Après la séance, les députés de l'opposition, se réunirent pour délibérer sur la conduite qu'ils devaient tenir. Cette délibération fut orageuse, mais elle ne fut pas longue. Se rendre au lieu du banquet individuellement, en usant de la permission accordée par M. Ducliâtel, c'était faire une

ckose puérile. Se rendre au lieu désigné par les auteurs du programme, pour marcher ensuite à la tête du cortège aud£?ant des troupes qui devaient lui barrer le passage, c'était eonmeneer la guerre 4;ivile. L'opposition parlementftfre ne voulut adopter ni Tun ni Fautre parti. Elle priera s'abstenir, et se résigner à tous les reproches plutôt que de s'assoder à la responsabilité d*une lutte sanglante.

hê lettdemaÎB^ 2S février, on Usait sur les murs 4fi P^fi^ deux proclamations : Tune adressée par le général Jao queminot à la garde nationale de la Seine; l'autre signée par le préfet de police, M. Delessert, et rédigée, disait-on par Mé de Momy, dans laquelle le gouvernement renouvelait, au nom de la loi de 1790^ Tinterdiction déjà pre* noncée contre les banquets, déclarant en outre, qu'il était piét à disperser par la force tous les rassemblements, tous les cortèges qui seraient rencontrés sur la voie publique. De son côté, l'opposition publiait dans ses journaux la note suivante:

« Une grande et solenneUe manibstatioQ devait avoir liea Mjoar«* d'hai en favenr da droit de réanion contesté par le goayemeinanW. Tontes les mesures avaient été prises pour assurer Tordre et pour préyeiûr tQ«te espèce de tronbleu Le goaTernemjçnt était instruit, depuis plusieurs jours, de ces mesures, et savait quelle serait la forme de cette protAsUAion. Il n'igncMrait pas que les députés se rendraient en corps en liea d^ banquet, accompagnés d'un grand nombre de citoyens et de gardes nationaux sans âmes. Il avait annoncé l'intention de n'iqpporter «nean obstacle à cette démonstration, tant que l'ordre ne serait pas troeblé, el de se borner à constater par un procès-verbal ce qui) regarde comme une contravention, et ce que l'opposition regarde comme l'exerciee d'an droit. Toat à «oup, en prenant pour prétexte une publication dont le sent bqt ^ait de prévenir les désordres qui anraient.pu naître d'une grande affluence de citoyens, le gouvernement a fait connaître sa résolution d'empècber par la force tout rassemblement sur la voie pu-

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blîqoe, et d'interdite, soit à la population» soit aai ganles nationeas, toeM^ parlicipatioii i la maniféstatioa projetée. Cette tardife résolatioa dagooTernement ne permettait plos i ToppositioD de changer le carac* tère de la démonstration ; elle se trooTait donc placée dans FalteniatiTe on de protoqaer ane eoUision entre les citoyens et la force pabUq[oe, on de renoncer à la protestation légale fst pacifiqoe qu'elle arait résoine. Dans cette sitnation, les membres de Topposition, personnellement protégés par leur qualité de députés^ ne pouTaient pas exposer Tolontaîrement les citoyens aox conséquences d*nne lutte aussi ftineste à Tordre qu'à la liberté. L'opposition a donc pensé qu'elle devait s'abaleair et laisser au gooTernement toute la responsid»ililé de ses mesures. Elle engage tous les bons citoyens k soirre son exemple.

« En ajournant ainsi l'exercice d*on droit, ropposition prend Teoga* gement de faire prévaloir ce droit par tontes les voies constitutionnelles. Elle ne manquera pas à ce devoir, elle poursuivra avec plus de persévérance et plus d'énergie que jamais la lutte qn^elie a entreprise contre une pditique corruptrice, violente et antinationale.

« En ne se rendant pas au banquet, Topposition accomplit an grand acte de modération et d'humanité. Elle sait qu'il lui reste è accomplir un grand acte de fermeté et de justice. »

Ce grand acte, que promettait Topposition, c'était une d^nande de mise en accusation du ministère. Elle fut immédiatemnl rédigée et signée. Elle était conçue en ces termes:

«( Nous proposons de mettre le ministère en aceusationi comme ooa-* pable:

« V D'avoir trahi au dehors l'honneur et les intérêts de la France 9

« 3* D'avoir faussé les principes de la constitution, violé les garaaUes de la liberté et attenté aux droits des citoyens;

« 3* D'avoir, par une corruption systématique, tenté de substituer k la libre expression de l'opinion publique les calculs de l'intérêt privé et de pervertir ainsi le gouvernement représentatif;

« 4<* D'avoir trafiqué, dans un intérêt ministériel, des fonctions pabliques, ainsi que de tous les attributs et privilèges du pouvoir ;

« 6^ D'avoir, dans le même intérêt^ ruiné les finances de l'État, et compromis ainsi les forces et la grandeur nationales ;

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« 1* D*a¥Mr vîolMMiieiil dépouillé les dlo|enfl d*oii droit iaMrtBl à toole ooQstilotioo libre, et dont reiercice leur aTait été garanti par la Charte, par les lois et par les précédents ;

« 7* D'aYoir enfin, par une poliliqoe ouvertement contre-révolotioii- Baire, remis en qoesUon tontes les coaqoèies de nos deax rérolatioBSi •t jeté le pays dans une pertorbatioa profonde. »

Tous ces crimes avaient été commis par I9 ministère ; raecusation n'allait pas au delà des griefs qu'elle pouvait justffîer. Cependant Ténergie même que montrait Topposition dans raccomplissement de cet acte de fermeté, témoi* gnait qu'elle avait conscience d'avoir poussé bien loin les scrupules de la modératiant en ne menant pas jusqu'au bout l'affaire du banquet. Pouvait-elle braver ouvertement les menaces de l'autorité, se commettre elle-même avec la troupe, et, par cette décision héroïque, commencer la guerre civile? Quelques hommes résolus, MM. de Lamartine, d'Aragon, de Malleville, Marie et Lherbette, lui donnèrent ce conseil. Nous ne voulons pas la blâmer d'avoir refusé de le suivre. Mais nous la blâmerons de n'aveir pas prévu, dès le premier jour, qu'en organisant une résistance ouverte aux prétentions iUégales du ministère, elle devait, au terme de ce conflit, voir se dresser devant elle la baïonnette des gendarmes* II fallait donc, dès l'abord, ou prendre le parti de tout braver, même les derniers périls, ou ne pas s'engager en cette voie pleine d'embâches, dans laquelle on se livrait i la merci de Fautorité. C'est ce qu'on avait dit à l'opposition, et cet avis ne lui avait pas été donné par des hommes sans courage et sans expérience. D'un côté, les rédacteurs du NMional; d'un autre côté, M. Thiers et plusieurs de ses amis s'étaient prononcés pour la démission collective et contre le banquet, persuadés les

Hb histoire tÈ fiorr ans.

utos et les autres que le bauqtiet n'aniult pas Heu, et que le ministère/ devenu lé maître de la situation, attendrait le moment opportun pour déployer ses forces et contraindre l'opposition à reculer. C'e^t ce qui arrivait.

Encore, en ce moment- suprême, ropposition était^elle bien assurée qu'elle serait suivie, dans sa tardive retraite, par les masses qu'elle avait conviées à la manifestation réformiste ? Le peuple est un logieien peu eubtil, mais trè&résolu, qui vft profliptemént des prémisses aux eoiifléqiioiices^ et vainefioent ou lui montre les périls d'une eonclosioii, ces périls ne l'arrêtent pas ; on l'a mis sur la voie de la vérité^ il a vu le but, il veut l'atteindre, et dès lors il ne eomprend plus rien aux arguties avee lesquelles on s'efforœ de le détourner du dreit cbemin .

Le 33 février, dès le lever du jour, une multitude con^ fuse, arrivant de tous les faubourgs, se dirigeait vers la Madeleine, les Ghamps-Mysées, la place de la Ooneorde. C'étaient des artisans qui venaient offrir aux députés réfor^ jBistes un gage significatif de leur assentiment. Ils igno* raient, pour la plupart^ la résolution prise à la dernière heure; un grand nombre, la connaissant^ obéraient en^ eore qu'elle pourrait être modifiée par qudques drm^nstan^ ces; d'autres enfin, en assez ^and nombre^ étaient en proie à cette vive animation qui est le signe précttrsràr des tempêtes civiles. Pour les contenir on avait teut omidoyé. Outre la note des députés de l'opposition^ on lisait éneorb dans les journaux du matin une autre note du comité cen* tral, rédigée dans le mâne esprit, mais avee plus de iieri*' mêlé, et tous les jaumaulL, même la Réforme, invitaient le peuple i demeurer calme, impassible, à considérer tous les provocateurs comme des émissaires de la poltee. Les

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offieiers de la garde oationale et les délégués des écoles, rassemblés, avec un grand nombre de citoyens, chez M. Ferrée, gérant du Siçck, après avoir montré quelque hésitation, après avoir fait entendre quelques véhémentes protestations contre la conduite timorée des députés réformistes, avaient aussi pris le parti de s^abstenir ; et, dans la nuit, ils avaient partout répandu ces mots d'ordre : pas d'agitation, pas â*émeute, pas de prétextes à une collision. Une autre réttoion avait eu lieu dans les bureaux de la Réforme. Là, ^'étaient assemblés en assez grand nombre les membres les plus actifs des sociétés secrètes, et, malgré les excitations de quelques individus gagés par la police, on avait décidé de ne point agir. Ainsi, du côté de l'opposition, tous les hoimnes qui possédaient quelque influence s'étaient résipés à la compromettre, à braver les reproches, les accusations, pour pacifier les esprits et retarder encore un engageaient que beaucoup d'entre eux considéraient comme inévitable. Cependant, malgré tous ces efforts, le peuple était agjté par l'esprit des révolutions, et, sur toutes les places où il accourait, s'élevaient aussitôt ces rumeurs confuses qui précèdent les appels aux armes.

Que disaient-ils, ces gens placés en dehors de l'action des partis, qui, en 1832, en 1834, les avaient laissés lutter seuls et succomber tristement, malgré d'héroïques efforts, et qui, dans ce jour, descendaient sur la place publique, au mépris de leurs instructions pacifiques, le cœur plein de colère, la voix altérée par des émotions qu'ils ne pouvaient maîtriser? Us disaient simplement, avec cette précision qui est propre à la logique populaire, qu'un gouvernement convaincu de trahison dans ses rapports avec les nations étrangères, et, dans ses rapports avec la France, d'attentat

aux droits des citoyens, est un gouvernement qu'il faut réformer sans délai, ou renverser, s'il ne se prête pas à la réforme. Le nom exécré de M. Guizot était dans toutes les bouches, comme, au mois de juillet 1830, le nom de M. de Polignac. On parlait aussi du roi, qui, depuis huit ans, après avoir tant de fois changé de ministres, s'était obstiné, malgré toutes les remontrances, à garder H. Guizot. Ennemis de la liberté l'un et l'autre, ennemis dédaigneux du peuple des fauboui^s, ils étaient confondus dans la même réprobation. Les personnes qui, dans les groupes, racontaient les affronts subis par l'opposition parlementaire, et justifiaient ou condamnaient sa retraite, étaient écoutées presque avec indifférence. Puisque les réformistes du parlement n'étaient pas venus au rendez- vous, il ne s'agissait plus d'eux, et le peuple, disait-on, n'avait besoin ni de leur concours, ni de leur permission, pour faire ses affaires.

Les troupes étaient consignées dans leurs quartiers. Habitué à ne voir que les partis et à mépriser le peuple, le g(Hivemement s'était senti libre de toute inquiétude, m apprenant la résolution successivement adoptée par les réunions qui avaient eu lieu chez M. Barrot, chez M. Ferrée et au bureau de la Béforme. Le roi souriait aux courtisans, et^ dans l'effusion de sa belle humeur, il demandait des nouvelles de M. Barrot et de la réforme, disant qu'il avait bien prévu la conclusion naturelle de cette formidable entreprise, qui devait, suivantles alarmistes, ébranler les solides assises del'établissement de juillet. La cour et le ministère étaient dans une sécurité complète. Peut-être, pensait-on, serait-il nécessaire de montrer quelques uniformes pour calmer les esprits les plus mutins ; mais on ne redoutait pas même une émeute.

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les rassemblements se formèrent sans obstade sur les places dégarnies de troupes. Une nombreuse phalange d'étudiants et d'ouvriers put traverser en assez bon ordre la moitié de Paris, en chantant la Marseillaise et en criant : Vive la ré formel A bas les ministresl Elle parvint même jusqu'à la chambre des députés, en força l'enceinte et se retira, se rendant par la place de la Concorde au domicile de M. Barrot. Quand les troupes parurent sur les points où la foule était le plus compacte, on les accueillit par des sifflets et des pierres. L'agitation allait toujours croissant, surtout aux abords de la chambre, dans les rues Royale, de Rivoli, Saint-Honoré. Quelques heures plus tard, ces rues étaient occupées par la cavalerie. La population refoulée dans l'intérieur de la ville construisait à la hâte quelques barricades, et les coups de fusil répondaient aux coups de fusil. Telle fut la journée du 22 février.

Ce n'était qu'un premier engagement. Il n'avait pas été sérieux: on pouvait compter les victimes; £lles n'étaient pas nombreuses. Mais pour qui voulait attentivement observer les diverses circonstances de la lutte qui venait de commencer, il était évident qu'elle devait avoir des suites. Cette fois c'était bien le peuple, le véritable peuple qui avait eu l'initiative de la résistance : tous les partis s'étaient mis à l'écart et avaient conseillé la soumission ; le peuple n'avait pas voulu se soumettre. On pouvait ensuite remarquer que les collisions entre le peuple et la troupe avaient éclaté sur tous les points de la ville, partout oii s'était montré l'uniforme abhorré des gardes municipaux : le sentiment de la lutte était donc général.

La seconde journée fut plus féconde en incidents et en résultats. Dès le matin, le peuple se montra de nouveau

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dans les rues, sur les places, que les patrouilles avaient parcourues toute la Buit saus rencontrer aucun assaillant. Les visages étaient plus animés et plus sombres. De nouvelles barricades s'élèvent dans toutes les rues étroites, inaccessibles ji la cavalerie, où .habiteAt les ouvriers en chambre et les petits commerçants, population intelligente et active qui, sortie de la multitude confuse et sans nom, a senti se développer en elle» avec l'éducation du travail, les nobles instincts de l'indépendance* Un combat ^'engage sur divers points à la fois, combat plps meurtrier que celui de la veille. Le général Jacqueminot, sûr de la garde nationale, comptant sur elle pour frapper le grand coup» ne se hâtait pas de la convoquer. Mais voici que par les ordres des maires^ des chefs de bataillon, des capitaines, et^ même dans plusieurs quartiers, à la requête de quelques simples citoyens, les tambours de la garde nationale battent le rappel, La milice civique est sous les armes. Ya-t-elle se joindre à la troupe^ pour attaquer les barricades? Irrégulièrenient convoquée, elle obéit à ses propres sentiments. Us lui disent de crier : Vive la réforme / et ce cri, d'abord proféré p^r quelques voix, sort bientôt avec vigueur de toutes les poitrines. Vive la réforme 1 c'est le mot de ralliement de tous les bons citoyens, dans cette grande journée. Derrière les barricades le peuple crie : Vive la réforme ! Devant les barricades, en présence de l'armée, la garde nationale, marchant en bon ordre et en liberté, fait entendre le même cri. L'armée est frappée de stupeur. Les chefs hésitent : l'hésitation des troupes est plus grande encore. Oseront-ils attaquer les légions de la garde nationale comme des bandes insurgées? Non sans doute. Iront-ils frapper ^u delà des barricades 4es gens qui veulent ce que veut la

farde MrtiMile et s'exprinMÉt eomne eUe ? E««e d'ailleurs an ai grand crime que de demander cette réforme, et que de maudire le nom des ministres qui la refusent? L'année ne sait bientôt plus ce qu'elle doit faire: les détachements eoToyéa contre les rdbeUes s'arrêtent devant eux, les regiardent, et semUent les inviter à ne pas commencer l'attaque. A l'incertitude succède le trouble, au trouble l'inaction. Seule* la garde municipale ne se laisse paa â>ranler, lie p^ple la déteste» elle le sait, et die est jalouse de se signaler par de» action» d'éclat Mais la garde nationale se pré^ tipite enti*e elle et le pepple« et la contraint à relever ses armes. L'insurrection se propage dans tous les quartiers djc la ville, et sur tous les points elle triomphe presque sans oombattre*

Vive la réformel à bas les ministres l Ces simples mots aont compris par tout le monde» et par tout le monde ils sont acceptés. Qui s'armerait pour défendre l'honneur d'une assemblée convaincue d'avoir pris part à tant de trahisons? La réforme qui promet une diambre plus hpnnéte, plus indépendante, plus française, est le vœu de toutes les consciences. Et qui s'opposerait au renvoi de ces ministre^ détestés, qui viennent de mettre le comble à leurs méfaits en abrogeant par la force le droit de réunion, un des droits les plue chers au peuple? Loin de traiter comme des ennemis domestiques les ouvriers qui frappent aux portes en demandant des armes, la bourgeoisie leur offre ce qu'ils réclament et les encourage dans leur entreprise. D'autre part, des ipasses considérables d'ouvriers désarmés escor* tent la garde national^, mêlant à ses cris leurs cris plus rudes : Vive la réforme! à bas les ministres! C'est l'uniqu^ voix de tout um peuple.

Elle parvient enfin attx ordllès du roi. Jusqu'alors le roi n'avait pas soupçonné l'état de l'opinion. Quand on lui disait discrètement que beaucoup de gens s'étaient laissé gagner par les discours de l'opposition, que la garde nationale avait pris goût à la réforme, et que la bourgeoisie se détadiait du gouvernement, il accueillait ces renseignements avec le sourire de l'incrédulité. Désormais, il fallait bien le reconnaître, l'opinion abandonnait ce gouvernement qu'elle avait soutenu pendant dix-huit ans contre les assauts des partis. A toutes les personnes qui se présentaient aux Tuileries, pairs, députés, généraux, serviteurs de la bonne fortune, décidés déjà, pour la plupart, à trahir la mauvaise, Louis-Philippe n'adressait qu'une question : Était-il vrai que la garde nationale venait de faire cause commune avec M. Thiers, avec M. Barrot, avec le National, avec les agitateurs réformistes? Les visages abattus confirmaient cette triste nouvelle. M. Guizot vint offrir sa démission. Fut-dle sérieusement acceptée? On en doute. Le roi ne pouvait plus se dissimuler qu'il avait affaire à une grosse émeute; mais il croyait encore que l'effervescence populaire pouvait être calmée par des promesses, et qu'après cette tempête tout s'arrangerait au moyen de certaines concessions, qui laisseraient subsister l'ensemble du système. Or, avec des ministres pris dans l'opposition, exaltés et rendus exigeants par leur triomphe, comment pratiquer cette politique subtile et peu sincère? Le roi tenait plus que jamais à conserver M. Guizot, et des personnes qui ont vu le roi durant ces heures tragiques, sont persuadées que M. Guizot, un instant écarté, ne devait pas être remplacé. Quoi qu'il en soit, la nouvelle de la démission de M. Guizot, promptement répandue dans Paris, fut acceptée comme une satisfaction

(rfferie par la couronne au vœa populaire. M. Guisot n*étaDt {dus ministre, la réforme s'opérait d'elle-même; et que voidait**0B? la retraite de M. Guizot et la réforme. Rim de plus encore. On quitta les barricades, on tendit les mains à la troupe : le peuple était vainqueur, et il se souciait bien moins d'a^ver que de célébrer la victoire.

Sur les boulevards oti campaient les troupes inoflensives, on vit bientôt accourir des bandes d'ouvriers, les uns armés, les autres sans armes, tous animés des mêmes sentiments^ annonçant tous que le sang avait cessé de couler, et que la paix était faite. La nuit arrivait. En peu d'instanis, toutes les places, toutes les rues furent remplies de bourgeois paisibles, de vieillards, de femmes, d'enfants, qui venaient demander des nouvelles et jouir de ce doux spectadeque procure toujours, aux plus braves comme aux plus^ timides, la fin d'une guerre civile. La nuit venue, tout ce peuple demanda qu'en signe de joie les maisons fussent illuminées, et Ton mit partout le même empressem^t à le contenter. Mais cette soirée devait être terminée par d'autres cris de guerre. De l'excès de la joie, le peuple aHait subitement passer à l'excès de la fureur. Une foule immense «nplissait les avenues latérales et le terre-plein du boulevard, quand un coup de feu tiré par une main inconnue retentit aux abords du ministère des affaires étrangères, où station* nait un détachement d'infanterie. Se croyant attaqué, le détachement fit feu sur la foule, et chaque balle alla frapper une poitrine dans cette masse confuse. On releva cinquante victimes. Les mourants furent transportés dans les maisons voisines : les morts furent entassés sur un tombereau, et ce char funèbre, entraîné par le peuple, dans les rues où l'in** surrection venait de se calmer, y remplit tous les cœurs

k0è HISTOIftB M Wm ANS.

(T^ffifoi, de 6olke» de tengeaiiee^ Les mm ne peuvent décrire le tableau qu^offrait, à la lueur des tordies^ ee tas de cadavres amo&eelés, dofit les plaies déceuvertee répa»^ daient sur le pavé des }>oulevardâ au sang qui fumait ra« oore ! au souv^ir de cette seèue atroce, l'esprit atterré frémit d'horreur. Nous n'accusieus personne de œtte ^[lOttvaiMble carnage ; neus nois efforflou^ d'attribuer févéneineut à uM fausse alerte, à une terreur subite, à un ordre mal compris, à l'un, à l'autre de ceshasards, de ces causes fortuites qui souvent ont pour résultat lea plus maHieureu-* ses cati»trophes. Mais ou n'écoutait pas ce langage; la fureuif qui transportait tout le monde n'admettait pas d'au-* tre vraisemblance qu'une abonûnable trahison. On avait, disait'-on, abusé le peuple en paraissant condescendre à s^ vœux, pour l'attirer hors de ses barricades ; omis le signal du massacre venait d'é^ donné, et d'impitoyables représailles alkdeitt comprimer le mouvement réformiste» et v4Qg«r l'honneur outragé de M, Guizot^ £n quelques isstauts, cette rumeur sinistre parcourut tout Paris. Ou ser précipitait aux bureaux du National : « La troupe airive, eriaiiM>a aux rédacteurs de ce journal, et vous êtes désignés pour toe las premières victimes de 90s vengeance. Fuyez, sans faire preuve d'un courage inutile, » Et la foule qui avait eavahi les bureaux du journal fuyait à la hâte. Mais aussitôt d'autres pi^ounes arrivaient^ en proie à la môme terreur» aux mêmes alarmes, demandant des ordres et des armes. Ce n'étaient plus des artisans, des ouvriers: ceuxci éfai^t déjà dans ies fauboufigs escortant le char des victimes; c'^ai^t des irfficiers supérieurs» des soldats de la gardé nationale» d^ bour^9Îs surpris sur le boulevard parla dédiai^ meurtrière, çhea qui la vue du sang avait

cHAnTRK %n lui

réveiUé les farouches instiocts de là vengeanee ; c'étaient des MftnHSy des femmes, qui venaient de perdre un père, uA mari, et qui réclamaiiMit justice a? ee des cris de rage et des sani^ots ; c'étaient de vieuY militaires qui, après avotr servi le pays sur d'autres champs de bataille, en de malleurs temps, v^nmient solliciter l'honneur de conduire des légions iie votontaires contre tes assassins d'une population désar^ mée. Que leur répondre? Quelles consolations offrir aux veuves, aux orphelins? QueUe jwitice promettre, et en quel nom la garantir? MM. de Malleville et d'Aragon s*élant ren>* dus à cette heure aux bureaux du National^ pour y chercher des nouvelles, le rédacteur qui les reçut ne put que leur presser la main, en leur disant : « Messieurs, il ne s'agit plus, hélas! de rtformes : a{Hrès ce qui vient de se passer, le peu« pie n'a plus qu'un s^timent, la vengeance : le gouvernement, |e le crois, ne peut plus être sauvé 1 »

De nouvelles barricades s'étevaient aux extrémités de toutes les mes, et la troupe, en proie aux émotions les plus diverses, l'étimn^nait et la douleur, la honte et Tefroi, la troupe qni ne recevait plus ni Tordre démarcher, ni Tordre de reculer, laissait faire ces barricades nouvelles qui bientftt allaient dominer toutes ses positions. Au lever du jour, Paris n'était plus qu'un vaste cluimp de bataille; et derrière les retranchements établis à la hâte par les insurgés, on voyait briller des fusils, dès épées, des instruments de mort de toute forme. La vengeance ! Il ne s'agissait que de ven* ger le meurtre commis sous les fenêtres de M. Guizot, assurément, car on n'ea doutait pas, par ses ordres. Jusqu*ot devaitHHi aller pour satisfaire cette ardente passion ? On ne le. savait pas encore* Mais tont à coup le bruit se répand que le maréchal Biigeaud est nommé commandant

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général de toutes les forces militaires de Paris, et que les pouvoirs de MM. Jacqueminot et Tiburce Sébasiiaoi sont réunis en ses mains. Des placards qui annoncent cette nomination viennent» ea effet, d'être apposés sur les murs. On les lit» on les déchire, et on les commente. Le général Bugeaud, c'est, dit-on, l'impitoyable épée de la rue Transnonain. Un tel choix ne peut avoir d'autre but que d'annoncer aux Parisiens une résistance désespérée. En appelant M. Bugeaud pour concentrer sous son commandement et la garde nationale et l'armée, le roi fait savoir qu'il est prêt à tout entreprendre, à tout oser. La politique du règne sera-t-elle consolidée àlafinde cette journée? Elle ne peut l'être que par d'épouvantables égorgements. Mais cela n'arrête pas le roi. Eh bien! puisque le roi veut donner cette suite^ux massacres du boulevard des Capucines, on combattra, comme les circonstances le veulent, à outrance, et peut-être parviendrat-on à jeter par terre ce gouvernement impie, qui, né, d'une révolution, se montre tellement oublieux de son origine. C'est ainsi qu'on s'exprime, et partout s'organise une résistance formidable. Les barricades sont fortifiées, les appels aux armes sont faits avec plus d'énergie, et le nombre des combattants augmente à chaque instant.

Oui, le roi avait résolu d'engager une sanglante mêlée, et il avait appelé le général Bugeaud dans le dessein que le peuple avait aussitôt compris ; mais, quelques heures après avoir adopté cette énergique résolution, le roi s'était laissé persuader qu'il valait mieux offrir la paix que la guerre. Prié de venir près du roi, qui réclamait ses conseils, M. Thiers s'était empressé de répondre à ce témoignage de confiance. Convoqué une heure auparavant, M. Mole n'avait pas paru. M. Thiers arrivait aux Tuileries vers le

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milieu de la nuit. Le roi, l'ayant dès Tabord mal accueilli, l'avait ensuite chaîné de composer un cabinet, et l'avait interrogé sur les plans stratégiques de M. Bugeaud. M. Thiers approuvait les plans du général, mais il ne pouvait, disaitil, faire un ministère sans M. Barrot. M. Barrot, c'était la réforme, c'était l'opposition entrant dans les conseils de la couronne, après en avoir été repoussée pendant dix-huit années; et elle y entrait le front levé, dictant les conditions de son concours. Oui, c'était bien là, suivant M. Thiers, ce qu'exigeaient les circonstances. Au premier mot, le roi n'avait pas voulu le croire ; il avait reçu la déclaration de M. Thiers avec dédain, avec impatience. Prêtentdre que le peuple exigeait la réforme, c'était, disait-il, répéter des propos de cafés. Des turlftilents, qu'on allait bientôt mettre à la raison, pouvaient la demander, cette réforme ; mais le peuple était trop sage, suivant le roi, pour s'en soucier. Cependant M. Thiers refusant d'entrer au cabinet s'il n'avait M. Barrot pour collègue, le roi avait fini par comprendre qu'il ne pouvait pas se passer de H. Barrot. Celui-ci, à son tour mandé par le roi, s'était montré plus difficile que M. Thiers. On l'invitait à prendre un portefeuille, et l'on associait à son nom celui de M. Bugeaud: on acceptait avec lui le programme de la gauche, la réforme, et la première chose qu'on lui demandait, c'était de livrer bataille à l'armée réformiste, et de présider aux massacres qu'avait prémédités H. Bugeaud. M. Barrot avait dit au roi qu'il ne pouvait consentir à jouer ce rôle, et le roi, vaincu tour k tour par M. Thiers, par M. Barrot, et plus encore assurément par les embarras de la situation, avait paru céder.

C'est ce que fit connaître la proclamation suivante : m. 26

M BiSTOU M 801? Ans.

« Citoyens de Paris,

« l4*or4re est doaoA d^ suspendre le îm* Noos venons d'èlre elierféf par le roi de compose^ nn ministère. La chambre va être dissoute. Le général Lamoricière est nommé commandant en chef de la garde nationale de Paris.

c MM. Odilon Ibircn^ Tbîem» Lansoridèfei DnTergîw de H«9r«»»e sontministrei^

« Liberté, Ordre, Union, Héform.e 1

« OnnoN Bahrot, Tmwis. »

U était cjAviroQ huit heures quai^d cette proclamation fut affichée. La voillei elle eût calmé tous les esprits. M. Barrot se trompait lorsqu'il pensait qu'elle devait eucore produire le même résultat. PersQiine ne croyait à la siucérité du roi. Cette retraite subite parut uu piège. Le roi ue pouvait se résigner à prendre pour ministres M, Barrot, M. Duvergier de Hauranne, sans avoir au fond du cœur l'intention de les congédier après la crise ; si d'ailleurs le plus entêté des hommes faisait une aussi grande concession que d'appeler M. Barrot au ministère, de suspendre le combat et de pro* mettre la réforme, après avoir, quelques heures auparavant» placé sa couronne, son système, son immuable système, sous la protection du sabre de M. Bugeaud, c'est évidem^ ment qu'il voyait sa partie perdue* Pourquoi doue raffermir ce trône qui menace ruine I Des concessions sont ofertes : dissolution de la chambre, ministère libéral, et réformes. Biais qui garantit que ce nouveau programme n'aura pas la fortune de celui de rHotel^de-Ville ? Puisque Toccasion vient s offrir d'achever ce règne si fertile en parjures, pourquoi la laisser échapper?

M. Bairet se rend iiur le& boulevarda et comœeute U pro-

auPTnM xvt. 4U

damation qu'il vient de faire apposer sur les murs. Mais si Ton croit à ses paroles, on lui crie que la conscience du roi est moins Inen notée que la sienne; que si tout le peuple a pris les armes, c'est pour obtenir plus que des promesses ; qu'il dicte lui-même ses conditions, et que la première est Féloignement du roi .

La famille royale était rassemblée dans la galerie de Diane. Le déjeuner venait d'être servi. On se mettait à table. HH. de Rémusat et Duvergier de Hauranne sont introduits par un officier d'ordonnance. Ils avaient vu, sur la place de la (Concorde, les soldats quitter leurs rangs, offrir leurs armes, et ils venaient annoncer cette triste nouvelle. Le roi se leva et pria MM. de Rémusat et Duvergier de le suivre dans son calMnet. « Allons, sire, lui dit la reine, montez à cheval et sachez mourir, s'il le faut : du balcon des Tuileries, votre femme et vos enfants vous accompagneront des yeux ! » Le roi reparut bientôt dans un uniforme militaire, descendit dans la cour des Tuileries, et, montant à cheval, passa quelques troupes en revue. Mais, avec les troupes, se trouvaient, dans la cour des Tuileries, deux bataillons de la garde nationale, et l'un de ces bataillons accueillit le roi par des • cris de: Vive la réformel Le roi rentra consterné dans ses appartements.

Ils furent bi^t6t envahis par des députés de toute nuance, des fonctionnaires de tout grade, arrivant des boulevards, des quais, des rues centrales, des faubourgs, et venant tous donner sur l'état des choses les mêmes renseignements. Il s'agissait donc d'une abdication. On le dit au roi, et quand il cherche des voix amies qui l'encouragent à rester, il n'entend murmurer autour de lui que ces mots sinistres : Désormais la réûstaiiee est impossible ; le peuple est sûr de

vaincre ; la garde nationale presque entière fait cause commune avec le peuple et marche avec lui vers les Tuileries; rÉcole polytechnique est dans les barricades, et conduit, comme en 1830, la jeunesse des faubourgs; l'armée, accueillie par le peuple avec des vivats, fraternise avec lui, lui livre ses fusils, ses cartouches: partout la révolution est victorieuse, ou croit l'être ; il faut abdiquer ! Seule, la reine s'oppose à cette résolution. Elle ne voit pas les périls, elle n*entend pas les avis ; clic ne veut savoir ni ce qu'on dit hors des Tuleries, ni ce qu'on pense au dedans : mais elle crie qu'une révolution est toujours un crime, une abdication toujours une honte, et qu'un roi ne peut perdre sa couronne sans l'avoir défendue. Louis-Philippe parait un instant entraîné par ce discours. La foule qui l'entoure le contemple en silence. Mais aiTiveut du dehors d'autres messagers apportant de plus tristes nouvelles : Le général Lamoricière est blessé ! L'insurrection, ne rencontrant aucune résistance, est sortie de ses retranchements, et la voici livrant au dernier poste qui protège les Tuileries un assaut qui ne peut durer longtemps ! N'entend-on pas la fusillade? Ne voit-on • pas déjà paraître, sur la place même du Carrousel, des gens armés que d'autres vont suivre? Tout n'est-il pas irrévoca-* blement perdu ? et le roi attend-il pour prendre un parti qu'il soit prisonnier de la révolte? Louis-Philippe saisit une plume et signe l'acte de son abdication :

« Tabdiqae cette couronne qae je tenais do vœu de la nstion, et qae je n'avais acceptée que poar amener la paii et la concorde parmi les Français.

« Me trouvant dans l'impossibilité d'accomplir cette tâche, je la lè^^ue à mon petit-fils, 1c comte dé Paris. Puisse- t-il être plos beareux que moîl

(K LOUIS-PUU.U'PE. »

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