‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 102 sur 119 · CHAPITRE XYI. 41 S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI. 41 S

Quelques instants après, on lisait sur les nnirs de Paris une affiche ainsi conçue:

« Citoyens de Paris,

« Le roi abdique en favear da comte de Paris, avêc la dacheise d'Or-* léans poar régente.

« Amnistie générale.

« Dissolution de la chambre.

« Appel au pays I »

Après avoir abdiqué, Louis-Philippe s'appuyait sur le bras de la reine et fuyait avec elle.

Peu d'instants après, M'"^ la duchesse d'Orléans, qui n'était plus en sûreté dans les Tuileries, se rendait sur la place de la Concorde, puis à la chambre. Quand elle quittait le palais des rois, le peuple s'y précipitait. Elle venait à peine dentrer à la chambre, que la chambre était envahie.

On ne propose jamais aux révolutions de transiger avec elles qu'au moment ob Ton a perdu l'espoir de les compri-* mer. C'est pour cela que ces propositions arrivent toujours trop tard pour être accueillies. M"^ la duchesse d'Orléans, étrangère en France, à peine connue du peuple, n'avait pas d'ennemis. En d'autres circonstances, elle eût été beaucoup mieux reçue comme régente que le duc de Nemours. Mais qui lui déférait la régence dans ce moment suprême ? Ni le roi qui s'en allaft, ni le peuple qui venait de reconquérir sa souveraineté : c'étaient quelques hommes, H. Barrot, M. de Rémusat, M. Jules de Lasteyrie, inspirés par des intentions assurément irréprochables, mais n'ayant reçu mandat de personne pour disposer de la France. Quand tout était remis en queslion, ce qu'ils offraient n'était qu'un expédient.

4t4 HISTOnS PB HUIT ANS.

Au lieu d'abandonner le soin de ses intérêts à un enfant et à une femme intéressante, qui n'ayait pas encore fait preuve d'une aptitude spéciale pour les affaires de TÉtat, le peuple jugea qu'il était plus sage de s'en remettre à MM. Dupont (de l'Eure), Arago, de Lamartine, Garnier*Pagès, Ledni- Rollin, Marie et Crémieux. Ceux-ci se rendirent aussitôt à l'Hôtel-de-Ville, appelés par la révolution à former un gouvernement provisoire.

Quelques heures après la république était proclamée.

H Mon abdication, dit Louis^Philippe, n'est venue qu'après l'abdication universelle ^ » C'est un fait que nous ne voulons pas contester* La monarchie constitutionnelle, espèce de gouvernement qui tient à la fois de la république etdelamonarchiepure, avait duré trente ans environ, toujours aux prises avec des difficultés inhérentes à sa nature même, et, pour avoir, voulu donner la prépondérance à l'un des deux prindpes qu'elle devait concilier, elle succombait. Tant qu'elle avait été soutenue par l'opinion, elle avait pu braver tous les assauts ; dès que l'opinion l'abandonnait, elle n'offrait plus de résistance. Oui, tout le monde avait abdiqué, quand Louis-Philippe hésitait encore à le reconnaître et à ratifier par un acte solennelle résultat presque inévitable de ses entreprises contre le principe de liberté. Le gouvernement provisoire n'eut pas à délibérer longtemps sur ce qu'il devait faire. Pour accepter le fardeau des circonstances, ii n'y avait que les républicains. Quelques-uns d'entre eux avaient peut-être, dans les dernières heures de la lutte, précipité les événements, inspirés qu'ils étaient par une confiance absolue dans l'excellence de l'idée démocra^

1 Abdication du roi Louis-Philippe racontée par lui-^néme, p. 54.

CHAPIT&B XVr. 4IS

tique. D'autres, et c'était le plus grand nombre, avaient assisté avec un vague étonnement à Tagonie de rétablissement de juillet, et se laissaient aller au cours des choses. Cependant, quand toutes les nuances du parti constitutionnel eurent abdiqué, quand les intérêts épouvantés par la proclamation de l'interrègne réclamèrent avec impatience un gouvernement nouveau, personne, dans le parti républicain, ne voulut se soustraire soit à la responsabilité des fait accomplis, soit aux périls que devaient créer les faits postérieurs. Il n'y avait de possible que la république, ou l'anarchie. Le gouvernement provisoire ne pouvait hésiter entre Tune et l'autre : il n'hésita pas.

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