‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 42 sur 119 · LETTRE DE M. THIERS · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. THIERS

AUX itmOTSUMM D'JUOC.

Messieurs les ËLECTsuRSy

« Je me sais adtessé k vous en 1839, lorsqoe la dissolation fat pronoocée extraordiaairemeot, pour eu appeler de la chambre des députés aa corps électoral sor diverses questions de politique iutérieure et exté* rieare.

« Les circonstances sont différentes, puisque la dissolation n*a été prononcée qu*an terme ordinaire de la législature i mais les questions

iiO HISTOIRE DE HUIT ANS.

sont les mêmes, et je m'adresse de Doaveaa à yoqs, mesjoges naturels, non poar me ramener des saffrages prêts à m'abandonner, car on m'as* sure que voas voulez bien me conserver votre confiance, mais parce que je regarde comme un devoir de la vie publique d'expliquer sans cesse ses opinions et ses actes. D'aillears, ce que j'écris pour vous sera lu par d'autres, et Futilité de ces réflexions, si elles en ont une, pourra s'étendre au deU du collège électoral qui vent bien m'élire.

« Permettez-moi de commencer par quelques mots qui me concernent. Ce n'est pas le goût de parler de moi qui m'y entraîne, c'est la nécessité qui m'y oblige. Les écrivains chargés par le gouvernement de me noircir aux yeux de la France, prétendent que la grave question qui s'agite aujourd'hui devant le pays est posée entre M. Guizot et moi; que M. Guizot renversé, je dois lui succéder immédiatement au pouvoir, et ils prennent occasion pour tracer de moi, sous le rapport du caractère, de l'esprit, de la conduite politique, un portrait peu flatteur, en vérité, le même à peu près qu'ils traçaient de M. Guizot en 1839, lorsque M. Guizot était opposé k M. Mole, le même qu'ils traceraient encore de M. Guizot lui-même, s'il était aujourd'hui le député opposant, et que tout autre que lui fût le ministre attaqué.

C'est un grand dégoût que d'avoir à répondre sans cesse à des diatribes sans bonne foi, sans nouveauté, et dont la triste banalité n'a plus même le mérite de vous émouvoir. 11 le faut cependant, quand ce ne serait pas pour soi, au moins pour la cause à laquelle on est attaché, pour le parti auquel on a l'honneur d'appartenir.

« Je. dirai donc quelques mots sur moi-même. Je ne me crois pas le successeur nécessaire de H. Guizot, comme le prétendent ceux qui, dans leur inconséquence» me présentent tour à tour comme impossible ou inévitable. Mais, en tout cas, on me permettra de penser que je n'entraîne pas après moi l'anarchie et la guerre. J'ai été, je serai toujours l'ami passionné de l'ordre, le partisan convaincu de la monarchie. Quand l'ordre et la monarchie étaient en péril, je n'ai jamais hésité à leur prêter secours; et je crois avoir fait, sous ce rapport, autant, pour le moins, qa'aucun des ministres actuellement au pouvoir. Lorsque les émeutes troublaient nos rues, ils étaient placés dans des départements fort inefTensifs, et je remplissais, moi, les fonctions de ministre de Tintérieur, obligé de pourvoir à tout ce qui intéressait l'ordre, obligé de répondre de tout ce qu'on faisait pour le maintenir, et assurément ne laissante personne ni les soins, ni les dégoûts, ni les dangers attachés à mon difficile ministère. £t si l'ordre à triomphé, ce n'est pas, j'ose le

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