‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 43 sur 119 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dire» par les efforts cpi*oik fait aujourd'hui, mais |>ar ceux qu'on a faits alors avec le concours de tous les bons citoyens.

« Quant à la monarchie, il n'y a pas longtemps que je sois venu à son aide, dans on moment où elle me semblait en avoir besoin, el dans la mesure de mes moyens.

« £n 1841, lorsque les élections avaient donné un avantage marqué à Topposition, lorsque la loi de régence faisait naître pour le cabinet une occasion diflficile et périlleuse, craignant qu'un acte d'opposition n'affaiblit la monarchie, je n'ai pas hésité à venir an secours d'un gouvernement qui, alors comme aujoord'hoi, ne cessait de m'abrenver d'outrages. « J'ai donc le droit de me considérer comme on ami utile de l'ordre et de la monarchie. Quant à la paix, j'ai assez de lumière pour savoir que, dans l'état présent du monde, elle est beaucoup plus utile à la France que la guerre; que le calme dont elle fait jouir l'Europe assure les progrès de la révolution française beaucoup plus que ne le ferait le tumulte des armes ; j'ai assez de lumière pour savoir que chaque jour ajouté à la paix ajoute a la chance de trouver les puissances autrement alliées qu'elles ne le sont aujourd'hui, de ne plus les rencontrer, en un moty coalisées contre la France. Et, sous ce rapport encore, je crois avoir fait mes preuves.

« De 1830 à 1836, lorsque la guerre était populaire et que la paix ne rétait pas, lorsque le goût des spéculations n'avait pas encore envahi les esprits, j'ai défendu la paix avec la plus grande énergie, et j'ai contribué à la faire triompher. Je puis donc me considérer aussi comme un ami utile de la paix, plus utile que ceux qui la défendent lorsqu'elle est devenue la passion dominan te.

« A cela on me répond que sans doute je veux l'ordre et la paix, mais qae, malhabile et mal associé, dépendant des oppositions dont je suis devenu l'allié, tout en voulant Tordre et la paix, je les compromets, dès que je suis an pouvoir, par mes fautes personnelles et par le mauvais esprit de mes amis. On cite à ce sujet 1840. Six mois, dit-on, ont sufli alors pour mettre la paix et l'ordre en péril. Puis, Tordre et la paix troublés, je me sois retiré précipitamment, laissant è d'autres le soin de réparer les maux dont j'étais Tauteur. J'ai peu de mots à dire sur ce sujet ; mais je me flatte qu'ils seront péremptoires.

« En quoi consistent ces malheurs de 1840, dont on parle sans cesse depuis cinq ans, et surtout depuis un mois? Si je ne me trompe, le Yoid :

« En 1839 et en 1840 on s'est engagé avec une extrême vivacité

lia HISTOIRE DE HUIT ANS.

dans la question 4'Orient, Ou a épousé eu fac« de l'Europe la eaase du pacha d'Ëgype contre le gultan, et on a soutenu qu^il fallait attribuer à Méhémet-AU non«seulement TÉgypte^ mais la Syrie, toutes deux héréditairementt

« On a soutenu cela près d'une année entière. L'Angleterre, jusquelÀ notre alliée, s'opposant à nos désirs, on lui a répondu qu'on braverait, plutôt que de céder, le malheur de la voir se séparer de nous et s'allier aux Russes.

« Sur ces entrefaites, un traité a été signé entre quatre puissances, à Texclasion de la France, afin d'enlever au vioe^roi la Syrie d'abord, et puis, la lutte s'échaufl'ant, l'Egypte elle-même.

« Sur-le-champ le cabinet français a reculé, s*est départi de tout ce qu'il avait soutenu, et a dit qu'il en serait de l'affaire d'Orient comme voudraient les quatre puissances, et que Méhémet-Ali devrait se contenter de l'Egypte, bienheureux si on la lui laissait.

« On a donc affiché d'abord de grandes prétentions, puis, à la pre-* mière apparence du danger', on y a renoncé.

« On a donné à l'Europe un spectacle ridicule, on a traversé six mois d'agitations stériles, et ajouté au déplaisir du rôle joué en Espagne, en Belgique, en Italie, le déplaisir plus amer encore du rôle joué en Orient. <x Yoilà bien, si je ne me trompe, les malheurs de i840 : a Une imprudence d'abord ; a Une faiblesse ensuite.

Si j'ai commis l'une et l'autre, si je me suis avancé pour reculer après, je passe condamnation et je m'avoue l'auteur des malheurs de « Voici les faits :

« La question d'Orient a commencé au moment où finissaient les questions d'Espagne, de Belgique et d'Italie» Pour détourner notre attention de ces questions si tristement résolues, le gouvernement nous faisait dire et nous disait lui-même : Occupez-vous de la question d'O^ rient ; celle-là seule est digne de votre attention et de vos efforts.

(( En effet, les discours de la couronne et les adresses rédigées par la majorité proclamaient bien haut les droits de Méhémet-Ali sur l'Egypte et la Syrie.

« Quant à moi, j'ai déploré cela comme une haute imprudence; je n'étais pas ministre, je n'avais d'autre conduite à tenir que d'exprimer mon avis quand l'occasion s'en présentait. Je pourrais raconter ici où, à qui, avec quelle chaleur je l'ai dit^ mais j'ai mieux fait, je l'ai porté à

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k trilniM. J*ai dëmoBtré qoo, tQr cette question, oo allait M séparer de FAngleterre, dès lors se troaver seul, et, une fois seul, joaer on rôle fâelMDi. Je Tai dit dans des termes aussi clairs qae Tineroyable passion des ehambres penv Méhémet«Ali permettait alors de le faire.

« Qui soutenait la politique contraire, c'est-à-dire la politique qui leodail à s'engager aveuglément dans Faflaire d'Egypte?

« Les hommes, dépotés et ministres, qui m'imputent aujourd'hui tous lee malheurs de IS4Û. J'en pourrais donner mille preuves inconteatables, mais malheureusement de nature privée*

a En voici une qui est officielle.

a L^appréhension que j'avaii de voir la France s'engager dans la question d'Orient, s'y trouver seule de son avis, dès lors être réduite À raltemalive ou de eéder, ou de risquer une guerre générale pour un objet qui ne le méritait pas, cette appréhension était partagée parTambassadeurdeFranoeà Londres, le maréchal Sébastiani. Il ne cessait de l'eiprimer avec la plus grande énergie. Qu'arriva- t-il? on le rappela, parce qu'il abandonnait, disait-on, la cause de l'Egypte à Londres. On 1« vemplaça, par qui ? par M. Gniiot.

« J'adresse cette question à mes accusateurs : Qu'allait faire M. Guîsot à Londres? Il y allait assurément pour y tenir une conduite différente de oelle du maréehal Sébutiani ; car il est trop haut placé pour avoir Yooln seulement d'une ambassade qu'on était à un autre pour la donner i lui. 11 y allait évidemment pour soutenir la cause de Méhémet*-Aii« délaissée par M. Sébastiani.

c A cette même époque, i*' mars 1840, le cabinet qui eiistait alors ayant été renversé» je fus appelé à former une administration nouvelle. Je m'y refusai longtemps; je suppliai la royauté de suivre son penchant et de prendre un autre ministre que moi. Dans cette intention, tandis que j'étais officiellement appelé à composer un nouveau conseil, je con* «entis à ce que, pendant quatre jours, il fût tenté les plus grands efforts pour en composer un dont je ne ferais point partie. La tentative n'ayant pu réussir, je fus obligé d'accepter le fardeau* Mes amis politiques voulurent bien le partager avec moi.

a La France avait dit qu'elle voulait absolument qu'on laissât la Syrie à Mébémet-Ali, et les quatre puissances avaient dit qu'elles ne le vou« laieot pas. Que fallait-il faire 7.... Gagner du temps pour essayer de dégager la dignité des uns et des autres fatalement compromise, était évidemment la seule conduite à tenir. Il y avait, j'en conviens, peu de ehaaeos d'y réussir. 6o tout cas^ l'ambassadeur de France» placé auprès

de la conférence de Londres, y pouvait plasqoe moi. Malgré ses effortot ]e traité da 15 juillet fat signé, à Texclasion de la France*

ce II fut convenu dans ce traité que deux mille Anglais, mille Autrichiens, transportés snr des yaisseaux, iraient attaquer le littoral de la Syrie pour l'enlever à Méhémet-Alî.

« Ces moyens, fort suffisants, si la France et TÉgypte devaient se laisser intimider, étaient dérisoires, si l'une et Tautre montraient un peu de sang-froid et de fermeté. En effet, les deux mille Anglais, les mille Autrichiens pouvaient bien ravager le littoral de la Syrie, mais ils ne pouvaient pas enlèvera Héhémet- AU la Syrie elle-même etrÉgypte. A la mauvaise saison, ils devaient nécessairement être obligés de se retirer après avoir ravagé quelques villes maritimes. Si les quatre puissances voulaient pousser leurs desseins à bout, elles étaient obligées d'envoyer» ou une armée anglaise, ou une armée autrichienne ou une armée russe. Quant à une armée anglaise, il n'en existait pas« Quanta une armée russe, le cabinet anglais, déjà divisé, se serait dissous plutôt que de consentir à l'introduction des Russes en Turquie; et pour une armée autrichienne, c'était à la France à empêcher qu'il en fût envoyé une. Du reste, elle avait reçu de Vienne les déclarations les plus spontanées et les plus rassurantes à cet égard. Quel pouvait donc être le calcul des hommes d'État qui auraient entrepris une telle opération avec de si faibles moyens? C'est que l'Egypte et la France s'intimideraient, et qu'une simple démonstration suffirait pour les contraindre à céder. Le rôle de la France était donc indiqué : et c'était de ne point s'intimider, de se tenir prête pour le cas peu probable où l'on voudrait pousser les choses au delà d'une simple démonstration, d'armer par conséquent, mais sans menaces, et sans parler de guerre. C'est ce qu'a fait le ministère du i*'mars. Il a armé avec activité, il n'a fait de menaces à personne. Je défie qu'on en cite une seule.

» Je suis convaincu qu'en attendant seulement deux mois, l'insafflsance des moyens employés contre l'Egypte aurait été démontrée ; que l'envoi d'une armée russe n'aurait pas été accepté par TAngleterre; que celui d'une armée autrichienne aurait été empêché par la France, et que, sans guerre', avec de la modération, on aurait conclu un traité honorable pour tous.

» Mais la situation, pour qui ne la jugeait pas bien, était inquiétante. Le ministère du i*' mars, qui ne l'avait pas créée, offrait un moyen d'en sortir, qui n'était pas la guerre. Cela pouvait faire naître quelque anxiété, j'en conviens ; mais il valait la peine de braver quelques inquié*

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