‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 51 sur 119 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

étaient commandés à Tégard de l'Espagne. Ses réponses furent donc positives et absolues en ce qui concernait l'union de sa famille avec la reine. Quant au mariage du due de Montpensier avec l'infante» il y donnait son consentement, ne dissimulant pas combien il y rencontrerait de satisfaction.

La reine Christine ne se tint cependant pas pour battue» et lorsqu'elle était réfugiée à Paris, pendant la courte domination d'Espartero, elle renouvela ses instances auprès de Louis-Philippe, qui se montra non moins constant dans son refus. Cependant, tout en ménageant les susceptibilités britanniques, lorsqu'il repoussait pour lui-même les avantages de cette alliance, il veillait à ce que la place ne fût pas occupée par un prince livré à Tinfluence anglaise, qui aurait pu changer toute la situation politique de la Péninsule. Il déclara donc à Christine qu'il n'avait pas d'autre désir que de voir choisir l'époux de la reine, exclusivement parmi les princes descendants de Philippe V, dans la ligne masculine. Cette décision, en laissant assez de latitude au choix, excluait les Cobourg que redoutait surtout Louis-Philippe, à cause du patronage britannique.

La ligne masculine de Philippe V comprenait trois fils de don Carlos, deux fils de don François de Paule, deux princes de Naples, frères de Christine, et un prince de Lucques.

Hais les fils de don Carlos se trouvaient écartés par leurs prétentions personnelles. Soutenant que la royauté leur appartenait de droit, aucun d'eux ne pouvait consentir à devenir simplement le mari de la reine. C'eût été d'aiU leurs consacrer une usurpation qu'ils avaient constamment combattue. Après eux cependant, il restait six princes

mariables ; cela suffisait aux calculs de Louis-Philippe. Bien d'accord avec Marie-Christine sur ce point, il fit part de cette décision aux trois éours de Londres, de Vienne et de fieriin, en leur demandant leur acquiescement. Mais l'agent .£plomatique chargé de cette négociation, M. Pageot, échoua dans sa mission ; les trois cours ne voulurent pas se lier par un engagement.

Sur ces entrefaites eut lieu la visite de la reine Victoria à Eu. Au milieu des fêtes et des compliments de l'hospitalité, Louis-Philippe sut habilement amener la conversation sur le sujet qui le préoccupait, fit part à la jeune reine de la combinaison qui devait réserver la main d'Isabelle à un prince de la maison de Bourbon, rappela son propre désintéressement, qui lui avait fait repousser les ofirès pour son fils, et signala tous les avantages qu'il y aurait à terminer d'un commun accord, entre la France et l'Angleterre, une question aussi importante pour la paix de l'Europe. La reine Victoria répondit à ces confidences par de gracieuses paroles; ce n'était ni le lieu ni le moment des transactions diplomatiques sérieuses; elle fit peu ou point d'objections. Mais lord Aberdeen, interrogé en même temps et dans le même lieu, n'oublia pas son rôle d'homme d'État. Tout en protestant de son désir d'agir de concert avec la France, tout en reconnaissant la convenance du mariage d'un prince de Bourbon avec Isabelle, le ministre ajoutait que l'Angleterre ne voulait cependant prononcer aucune exclusion, et ne reconnaissait même pas à la France le droit de limiter le choix libre du gouvernement espagnol. Le mariage de la reine d'Espagne, disait-il, est une question appartenant exclusivement à l'Espagne» et dans laquelle aucune autre puissance ne

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pèuvâit intervenir, à moins qu'on ne tentât de la marier à un prince français. Une pareille alliance éprouverait sans aucun doute une sérieuse opposition de la part de toutes les puissances européennes; car, en augmentant la puissance de la Franee, elle pourrait» dans Favenir, compromettre la tranquiUité des autres États. Sauf une alliance avec un prince français, le droit de l'Espagne de faire un choix par elle« même lui semblait inattaquable.

Tel était l'état de la question au moment des conférences d'Eu pour ce qui regardait le mariage de la reine. Louis- Philippe renonçait à toutes prétentions pour ses fils, mais limitait le choix aux princes de Bourbon ; lord Aberdeen ne mettait aucun obstacle à ce qu'un de ces princes fût accueilli ; mais ne reconnaissait pas à la France le droit de veto pour tout autre prince.

Cependant il n'avait pas encore été question du mariage du duc de Montpensier avec l'infante. Ce n'est qu'en 1844, lors de la visite de Louis-Philippe à Windsor, que lord Aberdeen fut informé des désirs du roi à cet égard. Celuici néanmoins ajouta que son fils n'épouserait l'infante que quand la reine serait mariée. Lord Aberdeen répliqua : « Et quand elle aura eu un enfant? — Soit, reprit Louis-^ « Philippe, je ne demande pas mieux ; car si la reine « devait rester stérile, l'infante deviendrait Théritière né- « cessaire ou inévitable, et cela ne ferait pas mon compte « plus que le v^tre. Mais pourtant il faut un peu de réci- « procité dans cette affaire, et si je vous donne vos « sécurités, il est juste qu'en retour vous me donniez les

• miennes. Or, les miennes sont que vous feret ce que « vous pourrez pour tâcher que ce soit parmi les descen*-

• dants de Philippe V que la reine Isabelle choisisse son

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« époux, et que la caddidature du prince Léopold de « Saxe-Gobourg soit écartée. — Volontiers, répondit lord (V Aberdeen; nous pensons, comme vous, que le mieux » serait que la reine prit son époux parmi les descendants 41 de Philippe V. Nous ne pouvons pas nous mettre en « avant sur cette question, mais nous vous laisserons faire; « nous nous bornerons à vous snivre, et dans tou& les « cas, à ne rien faire contre vous, (^nt à la candidature « du prince Léopold de Saxe-Gobourg, vous pouvez être « tranquille sur ce point; je réponds qu'elle ne sera ni « avouée ni appuyée par l'Angleterre, et qu'elle ne vous « gênera pas. »

On le voit : la question n'était plus entièrement la même qu'en 1843. Le mariage de l'infante amenait des complications et en même temps des concessions nouvelles. Louis- Philippe s'engageait à faire ce mariage non -seulement après celui de la reine, mais encore après provenance d'enfant. De son côté, lord Aberdeen promettait de ne pas appuyer la candidature d'un Gobourg, sans cependant reconnaître positivement le droit que prenait la France d'exclure tout autre prince qu'un descendant de Philippe V.

Quoi qu'il en soit, le cabinet des Tuileries vit ou feignit de voir dans ces conversations un contrat qui liait les deux parties, ou devait les dégager toutes deux, si l'une manquait à sa parole, ou simplement interprétait d'une manière diffé* rente les engagements pris.

Pendant ce temps, la reine Marie-Ghristine, entrant dans les vues de Louis-Philippe, cherchait à négocier le mariage d'Isabelle parmi les princes descendants de Philippe V. Ses préférences personnelles étaient pour son frère, le comte

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