CHAPITRE Vil
ment renfermée dans les paroles dont il s'est servi. Nous avons la confiance, qu avant que ceci lui parvienne, il aura rassemblé tout son courage moral pour faire la même déclaration du haut de la tribune. — Qu'il s'y résigne, car lord Normanby ne sera pas rappelé, et il n'y a pas l'ombre d'apparence d'un changement de cabinet en Angleterre. »
Le même journal publiait, eu outre, les phrases suivantes :
« Le résultat est qu'à la face des deux nations, M. Guizot est considéré dans l'opinion publique comme un imposteur convaincu d^ imposture. C'est une position qui n'est pas nouvelle pour lui, et qu'il peut supporter avec une philosophique indifférence ; mais certes il n'est personne en Angleterre, ayant des prétentions de gentleman^ qui se décidât à la subir, et, s'il le faisait, il serait certainement frappé d'une déconsidération universelle. »
Ces aménités dans un journal ouvertement connu pour être l'organe de lord Palmerston démontraient quels étaient les sentiments du ministre.
Un nouvel incident vint envenimer les colères. A l'approche d'une grande réunion projetée par l'ambassadeur anglais, les invitations étant faites sur les listes précédentes, une lettre avait été envoyée à M. Guizot. Les secrétaires de lord Normanby s'aperçurent aussitôt qu'ils avaient commis une maladresse; et pour la réparer, ils en commirent une autre beaucoup plus grave. On envoya reprendre chez M. Guizot la lettre d'invitation. La brutalité de ce procédé faisait tort à l'ambassadeur; M. Guizot put se plaindre à son tour. Toutes relations cessèrent entre le ministre et l'ambassadeur : on était bien loin de l'entente cordiale.
A Londres, les esprits n'étaient pas moins exaspérés. Le m. 13
cabinet tout entier s'associait à Foutrage reçu par lord Normanby et demandait hautement une réparation. Dans la journée du 19 février, lord John Russell fit appeler M. de Sainte-Aulaire, ambassadeur de France, et, en présence de deux de ses collègues, il lui déclara qu'il y avait entière et complète solidarité entre lord Normanby et le gouvernement britannique, et que si Ton n'obtenait pas la satisfaction qui était due, cette solidarité pourrait se manifester ultérieurement d'une façon plus directe.
M. Guizot payait cher une imprudence de tribune, et ne savait comment sortir d'un conflit sans dipité, lorsqu'un ambassadeur allié vint à son secours. M. d'Appony se fit intermédiaire entre les deux parties belligérantes, et obtint des deux parts quelques paroles de rapprochement. M. Guizot déclara qu'il n'avait jamais eu llntention d'inculper en aucune manière la bonne foi et la véracité de lord Normanby. Celui-ci, de son c6té, fit dm par M. d'Appony que l'invitation à la réunion avait été, il est vrai, envoyée par méprise à H. Guizot, mais que Sa Seigneurie n'avait jamais pensé retirer l'invitation envoyée, ni exprimé aucune intention à cet égard. Après ces préliminaires, une rencontre pacifique eut lieu dans les salons de M. d'Appony, et mit fin à cette querelle qui devenait, à vrai dire, un embarras pour les deux gouvernements.
Pendant que ces misérables dissensions agitaient les hautes régions du pouvoir, de cruelles souffrances jetaient le désordre dans les campagnes et poussaient à de déploraUes excès les populations agricoles placées entre la faim et le désespoir. La cherté toujours croissante des subsistances rendait inutiles les efforts du travail le plus opiniâtre. La misère s'appesantissait chaque jour plus cruelle, et, avec