‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 65 sur 119 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Questions de réforme. — » Conservateurs progressistes. — Mot de M. Desmonsseaax de Givré. — Échec da ministère & la chambre. — Proposition de M. Duvergier de Haaranne sur la réforme électorale. — Elle est reponssée. — Proposition do M. Grémieox sur la composition des listes du jury, et de M. de Rémusat sur les. incompatibilité!*.^ Attitude indocile des conservateurs progressistes. -« Proposition de M. Crémieux sur les députés et les fonctionnaires intéressés dans les chemins de fer. — Proposition de M. Berville sur la jarispru(!ence Bourdeau. — Proposition de M. Glais-Bizoin sur la réforme postale. — Rejet. — Conséquences.

Malgré ses victoires répétées au scrutin, le cabinet du 29 octobre ne prenait pas cette position ferme et incontestée qui appartient aux pouvoirs durables et fait taire les espérances ennemies. Toute son existence avait été une série de complications créées tantôt par ses faiblesses, tantôt par ses imprudences , et quoiqu'il les eût traversées avec succès, on s'était»tellement accoutumé à le mettre en question, qu'il ne savait lui-même s*il pourrait résister à tant d'ébranlements successifs. Le temps même, cette grande épreuve des pouvoirs, n'avait rien ajouté à ses forces, et ses amis doutaient encore de lui comme d'un nouveau venu.

L'opposition, au contraire, en dépit de ses échecs, ne perdait rien de son audace , rien de ses espérances. Soutenue par les voix du dehors, encouragée par les actives excitations de la presse, elle reprenait toujours la lutte, appelait le ministère à se justifier, le poursuivait de question en question , lui faisait un procès à chacune de ses fautes et ne lui épargnait aucune des épreuves du régime parlementaire. Ses ardeurs étaient, d'ailleurs, entretenues par les opiniâtres résistances d'un adversaire qui repoussait toute concession. Les vices du système électoral, son étroit privilège, ses injustes exclusions, les facilités qu'il offrait à la corruption et à l'intrigue, les atteintes qu'il portait à l'égalité, les avantages qu'il réservait à la richesse, devenaient un texte d'accusations sans cesse renouvelées, sans cesse accueillies avec faveur par le public , sans que jamais cette question-semblât résolue, quoique tous les jours repoussée. La réforme était donc le terrain sur lequel se maintenait l'opposition par ce qu'elle avait toujours l'avantage dans la discussion, quoiqu'elle succombât dans le vote.

La fraction des conservateurs progressistes n'était pas éloignée d'admettre quelques modifications dans la loi électorale ; mais elle se montrait surtout ardente à réclamer des réformes matérielles, comme la réduction de l'impôt sur le sel, la réforme postale, et môme la conversion des rentes. Elle sommait le ministère de se placer à la tête du progrès politique ; ce qui, dans un gouvernement constitutionnel, est un signe de force et une condition de durée'. Son amourpropre et son .intérêt lui semblaient engagés dans ces questions ; car elle ne se dissimulait pas qu'en tardant à sanctionner les vœux de sages améliorations, on laissait à

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