CHAPITRE X
de soD cœor. Vers neuf heures, son fils et ses amis le quit* tèrest, et» cinq minutes après leur départ, quand à peine les portes de la prison s'étaient refermées pour le séparer de ce fils qu'il aimait tant, il saisit un pistolet et le porta sur son cœur. Le coup partit, mais il ne fut pas mortel.
Le lendemain, M. Teste écrivait au président de la cour des pairs:
Paris, 13 juillet 1847.
« Monsieur le Chancelier,
« Les iocideoU de TandieBce d'hier ne laissent ploft de place à la contradiction en ce qui me concerne, et je considère h mon égard le débat comme consommé et closdénnitivement. J*accepte d'avance tout ce qui sera fait par la cour en mon absence. Elle ne voudra sans doute pas, pour obtenir une présence désormais inntile à l'action de la justice et h la manifestation de la vérité» prescrire contre moi des voies de contrainte personnelle, ni triompher par la force d'une résistance désespé' rée. Je la prie aussi d'être convaincue que cette résolution^ irrévocable de ma part, se concilie dans mon cœur avec mon profond respect pour le caractère et l'antorité de mes jnges.
« J'ai rhonneur d'être^ H. le Chancelier, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
« J.-B. Teste. »
Il n'y eut d'autres plaidoiries que celle de M* Barocbe pour M. Despans-Cubières, et celle de M* Benoît-Champy pour M. Parmentier. Homme rusé, mais vulgaire , mélange d'agioteur et de procureur, Pai^mentier ne pouvait inspirer aueun intérêt à ses juges. Vainement il se défendait de toute participation au crime. On le voyait, durant le cours de ces transaetions, plus soucieux que personne de mener l'affaire à bonne fin, et cheYchant ensuite, par des compli* cations nouvelles et des dénégations effrontées , à recueillir les profits du crime sans en solder le prix. Le générât
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Cubiëres inspirait de tout autres sentiments. Vieux soldat, vétéran de nos grandes années, il avait fourni la plus belle carrière jusqu'au jour où le spectacle de tant de fortunes subites avait excité son envie, et fait naître en lui le goût de la spéculation. Alors il s'était commis avec ces gens dont le métier est d'ourdir ces trames déshonnétes sur lesquelles travaille l'industrie facile, et il avait bientôt oublié dans leur compagnie les obligations du devoir, les strictes lois de l'honneur. M* Baroche ne pouvait le justifier; il raconta du moins la triste histoire de sa faute, en des termes dont la sincérité toucha les juges et le public. U fut acquitté de Faccusation portée contre lui sur le chef d'escroquerie.
Les trois accusés présents, atteints et convaincus du crime de corruption, furent condamnés: Jean -Baptiste Teste, à la peine de la dégradation civique, à 94,000 fr. d'amende et à trois années d'emprisonnement; Amédée- Louis Despans-Cubières, à la peine de la dégradation et à 10,000 fr. d'amende; Marie-Nicolas -Philippe -Auguste Parmentier, à la même peine : les 94,000 fr. déposés au trésor furent, en outre, confisqués pour être versés dans la caisse des hospices de la ville de Paris. Quelques jours après* le 23 juillet, la cour s'assemblait de nouveau pour juger le quatrième accusé, qui se présentait enfin, et venait, ajoutant ses aveux à ceux de M. Teste, rapporter avec plus de précision toutes les circonstances du crime. U fut, à son tour, condamné à la dégradation civique et à 10,000 francs d'amende.
Ainsi fut terminé ce mémorable procès. Gomme il venait confirmer jl'une manière éclatante toutes les rumeurs que la presse ministérielle avait pu jusqu'alors imputer à la calomnie, il devint te texte d'accusations d'autant plus vives*
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Derrière tous les actes du pouvoir, on vit désormais, ou Ton crut v(Hr des mains avide$ au corrompues. Le gouverne* ment était tombé dans le mépris public. Juste châtiment d'une conduite perverse! En surexcitant Fappétit des jouis^ sances matérielles, on avait semé la corruption, et ce germe impur produisait ses fruits naturels.
Nous avons enregistré déjà bien des scandales. Il faut en ra* conter d'autres. La cour des pairs se séparait lé 23 juillet. Le 9 août, le premier conseil de guerre de la première divi* sion militaire condamnait à cinq ans de travaux forcés et à la dégradation le comptable Lagrange, convaincu d*avoir détourné des denrées de toute sorte servant à Falimentation de rhôpital du Gros-Caillou. Le 21 août, la cour des pairs était de nouveau convoquée pour juger un de ses membres accusé d'un horrible forfait : la duchesse de Praslin avait été assassinée, et toutes les circonstances du crime en dénonçaient Tautenr. C'était le duc de Praslin.
Il faut reprendre de plus haut cette tragique histoire.
Un de ces mariages que prépare le concert des intérêts et non pas le concert des affections avait uni le fils du vieux duc de Praslin et la fille du maréchal Sébastiani. L'ancienne noblesse avait recherché, dans ce contrat, une riche héritière; la nouvelle noblesse s'était montrée jalouse d'associer une brillante fortune à un de ces titres dont l'origine va se perdre dans les ombres du passé et n'est plus discutée. La différence des caractères eut bientôt rompu ce lien qu'avait formé la convenance des situations. M"^ la duchesse de Praslin aima le mari que lui avait donné son père, comme s'il eût été choisi par elle-même. Corse et dévote, c'est-à-dire faible d'esprit, mais d'une humeur violente, jeune femme exaltée que la
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plHS frivole df constance transportait tout à coup de l'excès de la colère à Texcès de la tendresse, elle témoigna son amour par des éclats. Le duc, d'un naturel tout opposé, ne tarda pas à se sentir mal à l'aise auprès d'une compagne qui ne laissait pas plus de repos à ses sens qu'à son esprit; sa réserve habituelle devint une aigreur morose, et, pour se soustraire aux agitations de la vie domestique, il rechercha souvent la solitude. Ainsi se passèrent quelques années. Cependant M. de Praslin estimait sa femme, et s'efforçait de le lui témoigner : à ses emportements, il répondait par des paroles pleines de réserve et de déférence ; redoutant le bruit, et ne voulant jamais offrir de prétexte à quelque scène de reproche ou d'attendrissement, il s'était fait, en présence de sa femme, une attitude de soumission. Elle s'y trompa, et, prenant cette apparente docilité pour de la faiblesse, elle devint impérieuse. C'est alors qu'éclatèrent les premiers orages. Le duc se plaignit du ton superbe de sa femme, et montra bien que, s'il avait jusqu'alors fait preuve de patience, il ne voulait pas être dominé. M°^ de Praslin devait enfin comprendre qu'elle avait m^ conduit les affiadres de son amour : son mari s'éloignant d'elle froissé» presque outragé, murmurant de durs reproches, elle se repentit de ce qu'elle avait fait, changea de conduite, supplia le duc de revenir vers elle, abdiqua dans les termes les plus humbles et les plus tendres toute prétention à l'autorité, et promit d'être la plus soumise des épouses. Cette promesse était bien sincère ; mais fut^lle scrupuleusement tenue? On peut en douter. L'ardente passion de j/p^ de Praslin ne lui permettait guère de n'être pas omi>râgeuse et jalouse, et de respecter la liberté que son mari croyait avoir conquise par quelques sacrifices d'amour-
propre. Des essais de rapprodiemeiii furent tentés; mais ils ne réiissireaC pas.
CependaDi M'"' de Praslin avait été neuf fois mère, et Taffection qu'elle avait pour ses eufanis la consolait un peu des rigueurs de son mari« Quand il fallut songer à leur éducation, ce fut une occasion chaque jour renaissante de contrariétés et de discordes. Le duc avait un systèmcL, la duchesse en avait un autre, et tous deux étaient également obstinés dans leur opinion. Enfin le duc imposa sa volonté, confina ses enfants dans une partie retirée de rhfttel, et les remit aux soins d*une gouvernante. €e fut alors à qui dirigerait cette gouvernante, A qui ferait prévaloir près d'elle tel ou tel programme d'études. Ces luttes duraient encore, et plusieurs gouvernantes s'étaient retirées, renontant i subir tour à tour les remontrances et les ordres contraires du duc et de la duchesse, quand, le l""' mars 1841, une demoiseUe Deluzy-Desportes, qui avait fait, en Angle* terre, l'éducation de la fille de lady Hislop, fut présentée par M'-'deFlahatti.
Voici le r^lement fu'avait prescrit M. de Praslin, et que l'on a trouvé 4ans ses papiers écrit do sa main : — « La gouvernante mangera avec les enfants, dans leur cham^ bre, à la campagne, et dans la salle à manger, à Paris. La gouvernante sera diai^ée de toutes les dépenses ooni^roantles enfants : toflette, instruction, femmes de chainfare, bonnes, plaisirs. La gouversanle, en un mot, réglera iMit ce qui coDcemera les enfants, £0us sa responsabilité. Les enfants ae sortiront qu'avec leur gouvernante. La gouvernante décident quelles personnes les enfants recevront ou ne recevront pas. La gouvernante devra tout décider par dle-méme, et ne jamais coastHer d'avance les parents.
9«4 msTomB in: hcit ans.
qui se réservent seulement le droit d'observation. IP* de PrasHn ne montera jamais chez ses enfants; s'il y en a de malade, n'entrera que dans la chambre du malade ; ne les fera jamais sortir sans leur gouvernante; ne les verra jamais que devant M. de Praslin on la gouvernante. » Ce règlement ne fut jamais accepté par M"* de Praslin, et elle chercha tous les moyens de l'enfreindre. Mais elle rencon* tra dans le caractère altier de M""" Deluzy le plus difficile des obstacles.
Celle-ci vit bien, dès l'abord, qu'elle ne pouvaK rien gagner à passer dans le parti d'une femme qui la dominerait toujours au double titre de mère et de maitresse, et qu'il valait mieux condescendre aux caprices impérieux du mari, lui prêter aide, ne rien faire que par son commandement, et l'influencer par d'autres côtés. C'était une habile combinaison, et, pour la conduire à bonne fin, M^^* Deluzy possédait une qualité bien précieuse, l'esprit d'intrigue. Elle ménagea d'abord, par une docilité froide, mais respectueuse, la susceptibilité de M""* de Praslin, et, sans rechercher sa confiance, elle prit soin de ne pas en paraître indigne. En même temps, elle employa toutes les ressources de son esprit à se faire aimer des enfants et de leur père. Chaque jour, on sentit croître sa puissance. M. de Praslin n'agissait plus, ne pensait plus que par elle ; les enfants s'habituaient à la traiter comme leur mère, et n'avaient plus que des égards affectés pour celle qui leur avait donné le jour ; les domestiques s'incK* naient devant elle et travaillaient à mériter ses bonnes grâces. Bientôt JP* de Praslin ne fut plus qu'une étrangère dans sa propre maison.
Le 23 avril 1842, JP« de Praslin écrivait sur un album
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qui était Tunique confident de ses peines : « M"* D. règne sans partage. Ou n*a jamais vu une position de gouvernante plus scandaleuse... Chez elle tout cela est vanité, goût d*empire, de domination et déplaisir... Quel exemple donner à des jeunes personnes, que de leur montrer qu*on croit tout simple à vingt-huit ans d'aller et de venir à toutes heures, en tout costume, dans la chambre d'un homme de trente-sept ans, de le recevoir en robe de chambre chez soi, de se ménager des tête-à-téte des soirées entières, de se commander des ameublements, de demander des voyages, des parties de plaisir... » Quelques jours après avoir écrit ces lignes, elle rencontrait son mari sortant de la chambre de M"^ Deluzy, oii il venait d'avoir un entretien avec elle. La malheureuse femme ne témoignait son déplaisir qu'en détournant les yeux; mais le duc se précipitait vers elle comme un forcené, l'accablait d'injures dans les escaliers, et la poursuivait jusque dans ses appartements, où il brisait avec fureur un vase de Saxe et une aiguière de vermeil. M"** de Praslin écrivait le 9 mai : « Les jours se succèdent, et, en s'écoulant, m'enlèvent chaque jour une de mes dernières lointaines espérances Je suis aussi malheureuse que possible! Les
mots ne peuvent exprimer tout ce que je souffre. Quoi ! non-seulement je n'ai plus ni mari, ni enfants ; mais il faut encore que je les voie livrés à une personne comme M"^ D. Vraiment, il y a aberration de la part de Théobald à ne pas comprendre à quel point est immorale et indélicate la personne qui chasse la mère de ses élèves pour s'emparer du père, des enfants de la maison. Quelle triste influence s'exerce sur lui! Comme il est changé I Lui qui était si vrai, sans cesse je le surprends faisant mille III. 17
f<>6 HISTOIRE DE HUIT ANS.
mensonges : lui qui était si pur, il passe sa vie dans les sociétés les plus mystérieuses, les plus subalternes : ses manières si sévères, si dignes, sont devenues familières, de mauvais goût ; son langage, qui était gracieux et sentait si bien la bonne compagnie, ne donne que trop Vidée des personnes avec lesquelles il passe sa vie. Non, non, ce n'est pas là celui que j'aimais, mon Théobald, pour qui j'avais tant de vénération, en qui j'avais tant de confiance! » Un an s'était accompli depuis l'entrée de M"*^ Deluzy dans rhôtel dePraslin, et déjà, comme on le voit, sa domination n'était plus contestée que par les gémissements et les larmes de la mère, de la femme abandonnée. Le temps ne fit que l'affermir.
Le duc et la duchesse se partagent leur hôtel. Le duc vit avec ses enfants et leur gouvernante, qui désormais les appelle mes chères filles, mes chers enfants. Ils déjeunent ensemble, sortent ensemble, et font ensemble de longs voyages au château de Praslin et en Corse. C'est Tappa- , rence d'un ménage régulier et d'une famille étroitement i unie. D'autre part, la ducftesse ta chercher dans le monde i une distraction à ses profonds ennuis : mais elle en revient I plus triste, plus accablée ; et, incapable de se contenir, elle éclate en transports jaloux, même devant ses fournisseurs. Elle ne dort plus ; die passe la plupart de ses nuits à lire les livres saints ou les lamentations mystiques des Pères de l'Église, et elle s'enivre de cette lecture. Durant cette exaltation, elle écrit à son cher Théobald des lettres qui ne lui seront pas envoyées, oii elle compose le roman de sa vie dans un style emphatique, qui trahit à la fois et le trouble de son âme et le trouble de ses sens ; quelquefois, dans le silence et la solitude des nuits, elle croit voir des fantômes,
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qui doucement ouvrent h porte de sa chambre et disparaissent dès qu'elle les aperçoit. Quand un hasard rapprochait le duc et la duchesse» celle-ci, qui ne savait pas se modérer, prenait aussitôt le ton de la colère, et celui-là, se croyant affrandii de toute contrainte, lui répondait par des paroles brèves et dures. Chaque rencontre amenait une crise nouvelle, qui venait augmenter les douleurs de la femme et Faigreur du mari.
Trop souvent témoin des larmes de sa fille, le maréchal Sébastiani crut enfin devoir intervenir. Il fit comparaître son g^dre devant lui, pour le traiter avec la rudesse d'un vieux soldat, et loi rappeler que le respect de réponse est la consigne de l'époux. C'était mal aborder un homme fier comme H. de Praslin, qui ne pouvait se dissimuler à luimême l'irrégularité de sa conduite, mais ne voulait pas être humilié par d'altières réprimandes. Il fut aussi vif dans ses discours que le maréchal l'avait été dans les siens, et cette altercation n'eut d'autre résultat que de les brouiller. Le duc, la duchesse et deux de leurs enfants prenaient ordinairement chez le maréchal le repas du soir. Ces relations furent dès tors interrompues. Une séparation ! Il n'y avait plus à prendre d'autre parti. C'était l'avis du maréchal, et il s'efibrça de convaincre sa fille, que, si désormais elle ne pouvait plus être heureuse, elle serait du moins plus tranquille loin d'un mari qui semblait se faire un jeu cruel d'irriter sa doulenr.
Celle-ci parut à peine décidée à suivre ce conseil, que le duc, redoutant pour lui-même et pour ses enfants les suites d'un scandale puUic, déclara qu'il était prêt à sacrifier à sa haine la femme qu'elle avait partout calomniée. M"* Deluzy quitta l'hôtel de Praslin et se retira dans une pension de
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par les manières élégantes et faciles 4e M'^ Deluzy, déclare qu'elle est prête à lui donner un emploi supérieur dans sa maison, si, pour dissiper de fâcheuses rumeurs, on obtient une lettre de recommandation signée par M*"'' de Praslin. Cette lettre est promise, et Ton se sépare vers dix heures. M. de Praslin rentre alors à rbdtel.
HP"^ de Praslin ne dormait pas encore. En arrivant, elle avait eu faim et s'était fait servir, à défaut de bouillon, un morceau de pain avec du sd et une demi-bouteille de sirop d'orgeat. Elle s'était ensuite couchée et avait pris un livre. Elle lisait encore à onze heures, lorsque sa femme de chambre, la quittant après avoir achevé son service, rencontra dans l'antichambre 111. de Praslin qui se dirigeait vers ses appartements paiticuliers. Une heure après, le plus grand silence régnait dans l'hôtel.
Vers quatre heures et demie du matin, au lever du jour, un grand bruit se fait entendre. Toutes ks sonnettes qui de la chambre de là duchesse correspondeni aux chambres de ses domestiques, sont ébranlées à la fois par de violentes secousses. Les gens se lèvent à la hâte; mais, arrivés aux diverses portes qui s'ouvrent dans la diambre à coucher de VP''' de Praslin, ils les trojuvent fermées. Le bruit des meubles que l'on renverse, une horrible confusion de pas burds et précipités^ de cris perçants et de rauques sanglots, tout les avertift que derrière ces portes un meurtre s'accomplit : mais vainemait ils teotent de ks briser ; elles résistent à tous leurs eiforts. Cependant les cris, qui peu à peu s'affaiblissent, ne sont déjà plus qae des râlements en* treooupés. Les domestiques qui s'étaient élancés dans le jardin» pensant que les assassins avaient pénélfé par ce cAté, jeviennent dans Fanticbambre qui sépare l'apparte-
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ment du duc de celui de la duchesse. Ils n'espèrent plus parvenir à leur maîtresse que par cette voie. A leur grand étonaerneot, c*est celle-là qu'ils trouvent ouverte, et ils arrivent dans la chambre à coucher. La lutte a cessé, tout est rentré dans le silence, et les persiennes fermées interdisent encore Faecès de ces lieux à la lumière du jour. Uais une lampe est apportée, et ses rayons vont éclairer un corps étendu sur le parquet : c'est celui de la duchesse 1 Sa tète est appuyée sur le canapé ; elle n'a d'autre vêtement que sa chemise inondée de sang; son front, son cou, ses bras, ses mains, présentent plus de trente plaies, larges et profondes, et le dernier souffle de vie s'est retiré de ce corps mutilé : ce n'est plus qu'un cadavre. Mais tout vient témoigner que la résistance a été longue, et que la malheureuse femme n'a pas succombé sans se défendre. Le lit complètement défait est couvert de sang ; de grandes taches de sang souillent les rideaux de mousseline brodée qui l'entourent; le marbre blanc de la cheminée, les cordons de sonnettes, les murs, les portes, les verrous, offrent les horribles empreintes d'une main ensanglantée ; le sang qui a rejailli jusqu'à huit pieds de haut sous les coups du meurtrier inonde ies candélabres, les glaces, le globe de la pendule, les tentures. Quel est l'auteur de cet abominable crime?
Hntendant les cris des domestiques, ]% duc se présente À la porte du grand salon qui s'ouvre sur la chamore à coucher de la duchesse. Il demande la raison de ce tumulte, et, quand on lui montre la duchesse couchée par terre, dans une mare de sang, il s'écrie : « Vit-elle encore ? j» Et portant la main à son front : a Ou'est-ce qui a fait cela? qu'^t-ce qui a fait cela? Ali! pauvre femme! pauvre femme! Quel est le monstre qui l'a assassinée? » Puis il
porte ses mains sur le cadavre, et va se jeter sur le lit sanglant.
Arrivent à la fois les commissaires de police des quartiers du Roule et des Champs-Elysées, et les docteurs Simon, Canuet et Raymond. Quelque temps après, M. le procureur général, M. le préfet de police, M. le juge d'instruction Broussais, M. le procureur du roi, se rendent sur le lieu du crime. Au premier examen des lieux, ils remarquent un chemin de sang qui traverse le cabinet, l'antichambre et le couloir qui conduisent des appartements de la duchesse à ceux de son mari. Interpellé sur cette étrange circonstance, le duc répond qu'éveillé par les cris de sa femme mourante, il a couru vers elle, lui a prodigué des soins inutiles, et s'est ensuite retiré dans sa chambre couvert de sang. Les soupçons que fait naître cette réponse sont bientôt confirmés par la découverte de divers linges encore humides et imbibés d'un mélange de sang et d'eau, et de plusieurs iïistruments homicides trouvés, tachés de sang, dans la chambre du duc. On l'interroge; il explique mal c^s incidents dont le concours semble aux magistrats dénoncer le meurtrier. On procède à la visite de son corps, et l'on y constate huit légères excoriations qui paraissent le résultat d'une lutte ; il ne rend pas un compte plus vraisemblable de ces blessures. On croirait qu'il n'entend pas ou ne comprend pas les questions qui lui sont adressées. Cependant, quand les magistrats lui déclarent que ses réponses équivoques le compromettent, il feint une indisposition subite et se retire. Il passe alors dans une petite pièce où il avait un dépôt de toutes sortes de breuvages pharmaceutiques. Quelques minutes après, il en sortait empoisonné.
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La loi ne permettait pas de l'arrêter. Il fut donc gardé dans son hôtel. Aussitôt qu'une ordonnance royale eut chargé la cour des pairs de procéder à Tinstruction de cet aflireux attentat, le duc fut conduit au Luxembourg et interrogé par le chancelier. « Vous savez, lui dit celui-ci, le crime affreux qui vous est imputé, vous savez toutes les circonstances qui ont été mises sous vos yeux et qui ne permettent pas l'apparence d'un doute; je vous engage à abréger les fatigues que vous paraissez ressentir, eu avouant, car vous ne pourriez pas nier, vous n'oseriez pas nier. » Il répondit : « La question est bien précise, mais je n'ai pas la force de répondre ; elle demanderait de bien longues explications. » Le chancelier répliqua : « Vous dites qu'il faudrait de longues explications pour répondre. 11 suffit d'un oui, ou d'un non. » L'accusé ne voulut rien ajouter à ces mots : « Il faut une grande force d'esprit pour répondre un oui ou un non , une force immense que je n'ai pas. » C'était le muet aveu du crime; mais le criminel aurait voulu raconter toute sa vie, et montrer comment une implacable haine avait pu nattre d'une contrariété de caractère ; il aurait voulu peut-être encore écarter, par un récit fidèle du meurtre, les circonstances de la préméditation. Mais, atteint aux sources de la vie par le poison et se sentant mourir, il aima mieux garder le silence que de donner des explications incomplètes.
Il mourut le mardi 24 août.
Assurément les journaux des partis n'avaient rien à voir dans cette affaire. Mais, comme le coupable appartenait à la chambre des pairs et à la plus haute noblesse, le peuple, trop souvent calomnié, considéra ce forfait comme un nouvel exemple de l'immoralité des grands. Le
iX4 HISTOIRE PE HUIT AKS.
crime de M. Teste et de ses complices avait frappé de stopeur la classe moyenne et Tavait dégoûtée d'un gouverne- Eimit tombé dans ces mains corrompues ; celui de M. de Praslin toucha plus vivement la multitude, et devint m de ses griefs, non contre le gouvernement, mais 42ûntre la société.
CBA?ÏTR1 Xî.
M. Barrot prend Tinitiative de r«gitation réformiste. — Appel aux membres da comité central. — Pétition poor la réforme. — Les banquets. — Banquet dn Ghâtesn- Ronge ; discours de MM. Pagn^rre, de Lasteyrie, Rconrt, Oriiloii Barrot, DaveiKier de HaatMoe, Senard, Marie, etc., etc. ^ Banquet de Maoon ; M. de Lamartine. — Banquets de Colmar, de Strasbourg, de Soissons, de Saint-Qaentin. — M. le duc d'Anmale, gouverneur de TÂlgérie. — M. Gaizot, président dn conseil. «—'Banquets de Périgu«ux, de Meaux, d-Otléans, de Conlommiers, de Mtelna, de Lille, aie., etc. — Vosu dn conseil gêné; rai de la Seine.
AÎDsi tous les genres de scandales étaient offerts par la population officielle. C'étaient là, suivant les optimistes du parti conservateur, <te bien regrettables accidents : il fallait traiter les coupables sans aucune pitié, ne ménager aucune situation, et inspirer par l'énergie des poursuites, par la rigueur des peines, uue terreur salutaire ; mais con- \senait-il d'imputer au gouvernement, à la société, quelque paart de solidarité dans ces abominables naéfaits? Voilà ce que répétait chaque matin le Journal des Débats. Cependant ou ne l'écoutaitf uère. Au fond de tous les esprits, il y avait un.^and malaise, un vif besoin de changement, et, sans (^iipréeîer la pm ipù devait être attribuée, dans ious ces.
scandales, à la perversité individuelle et aux vices de Forganisation politique, on trouvait en toute chose un prétexte pour accuser et pour réclamer des réformes.
Malheureusement il n'était plus permis d*espcrer ces réformes de la bonne volonté du gouvernement et des chambres. Le gouvernement s'obstinait à tout refuser; les chambres à ratifier ses refus. En présence d'une telle situation, l'opposition devait déchirer son programme, abdiquer, renoncer désormais à des protestations qui ne pouvaient être que de vaines redites, ou bien agiter le pays et l'inviter à se déclarer. De ces deux partis, le premier était honteux, le second téméraire. L'opposition avait une telle confiance dans la bonté de sa cause, qu'elle n'hésita pas à braver le reproche de témérité.
Cependant, avant de s'engager dans cette nouvelle entreprise, elle fit le dénombrement de ses forces. M. Barrot convoqua chez lui des représentants de toutes les nuances de l'opposition et leur demanda si l'on pouvait compter sur leur concours. A cette question, la droite légitimiste répondit en des termes peu satisfaisants. Elle se proposait de seconder les efforts de l'opposition dynastique, mais en combattant* sous ses propres enseignes. M. Barrot voulait la réforme pour elle-même, c'était le terme de ses vœux : pour MM. de La Rochejacquelein, Berryer, de Renneville, la réforme était un moyen, le but une restauration. On allait, disait-on, agiter le pays; c'était leur affaire, puisque le résultat le plus certain de cette agitation devait être l'affaiblissement du pouvoir : mais leur demandait-on de sacrifier à la liberté les intérêts d'une dynastie, et de travailler loyalement et sans arrière-pensée à l'amélioration du régime représentatif? Ils n'y pouvaient consentir. M. Barrot