CHAPITRE XI. t
ble de maires, de conseillers municipaux. Tons les convives signèrent la pétition envoyée par le comité central de Paris •t s'engagèrent à la répandre.
Après Colmar, Strasbourg. Sept cents personnes, venues de tous les points de TAlsace, s'assemblèrent dans la balle aux blés sous la présidence de M. Liecbtenberger, bâtonnier de Tordre des avocats et conseiller municipal. On ne comptait guère dans cette assemblée que des républicains. Les opinions mitoyennes n'ont jamais eu de nombreux partisans dans les villes qui gardent nos frontières de Test. Cependant la pétition de Paris fut acceptée sans discussion au banquet de Strasbourg. Plus radicale, elle eût été plus conforme aux sentiments des convives ; ils Taccueillaient néanmoins, si modérée qu'elle fût: « Les patriotes, disait M. Martin (de Strasbourg), ne se divisent pas, quand le pays se réveille, et quand l'esprit public semble enfin renaître. »
Soissons avait son banquet, auquel assistaient MM. Barrot, Quinette ei Lherbette. A Forges, en Normandie, on entendait, dans un autre banquet, MM. Desjobert et Jules de Lasteyrie. M. Barrot, quittant Soissons, se rendait h Saint-Quentin, où ses électeurs lui préparaient une éclatante ovation. Huit cents personnes avaient trouvé place dans le plus vaste local de la ville, et le défaut d'espace avait fait refuser un grand nombre de souscriptions. Sur les murs, ornés des riclies produits des manufactures de Saint-Quentin, brillaient les couleurs réunies de la France, de Tltalie, de la Suisse, de la Pologne et de l'Amérique. De larges écussons offraient ces légendes : A la réforme électorale i A la probité politique! Aux déimtés défenseurs des libertés publiques ! A V amélioration du sort des classes laborieuses !
SOè HISTOIRE W HUIT ANS.
A la presse libre ! A la résurrectim de la Pologne et de Vltalie ! A l'union des peuples dans la liberté 1 Au nombre d^ invités étaient HH. Barrot, Lherbette, Cambacerès, Qmnette,: de Brotonne, députés de YAisùq ; HM. Gaulthier de RumiUy, et de Beaumont, députés de k Somme; MM. Barillou et Corne, anciens députés. H. Pagncrre , représentait le comité central de Paris. A leurs côiés, onze membres da conseil général de l'Aisne, tous ou presque tous les mem* bres du conseil municipal de Saint-Quentin, et les officiers de la garde nationale avec leur commandant. Le maire de la ville, M. Gh. Lemaire, devait présider cette réunion ; mais, empêché par un deuil domestique, il fut remplacé par M. Théophile Dufour, membre du conseil général. Le discours de M. Barrot fut Tévénement de ce banquet. Raillé chaque matin , accablé d'injures, prévenu par le Journal des Débats qu'il ne pouvait plus désormais être compté parmi les représentants de l'opposition constitutionnelle,. M. Barrot répondit à ces outrages et à ces remontrances en parlant plus haut, en accusant avec plus d'énergie nonseulement les actes nouveaux, mais encore les tendances invétérées du gouvernement de juillet. Avant lui, MM. Lherbette, Cambacérès, Corne et Pagnerre avaient exprimé des vœux en faveur de la réforme. Laissant de côté ce lieu commun, M. Barrot fit le procès à Timprobité politique, et qualifia dans les termes les plus sévères ces transactions déshonnétes dont M. Guizot avait exposé la théorie devant les électeurs de Lisieux ; s'élevant ensuite à de plus hautes considérations, il montra, d'un côté, la France démoraUsée par son gouvernement, ayant déjà perdu l'instinct de ses grandes destinées, et descendant chaque jour plus bas, plus bas encore, dans l'estime des nations, et, d'un autre côté,
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lHalie, le Piémoat, la Suisse, agités, transportés^ par le divm sottile de la liberté, envoyant des défis à l'absolutisme et se [fféparant à tout braver, même la défaite, les sanglants revers et les vengeances souvent plus cruelles du vainqueur, pour iémoigner combien la servitude est odieuse! M. Barrot fit it grands traits ce triste tableau. Inspiré par le sujet et légèrement ému par ces injures avec lesquelles on se flattait peutètte d*ébranler son courage, il fut éloquent.
Le banquet de Saint - Quentin n*ent pas moins d'influence que celui du Château-Rouge. C'était beaucoup de tenter Tentreprise ; mais il n'importait pas moins d'y persévérer. Une nation dont les satisfactions matérielles ont engourdi rintdligence, ne se réveille pas au premier discours que lui tiennent quelques hommes généreux. La propagande réformiste avait eu dès l'abord un succès incontesté dans la classe moyenne, déjà préparée par la lecture des journaux quotidiens à reconnaître les vices de la législation éketorale. Mais pour que l'agitation devint populaire, il faDait de nombreuses assemblées, en des lieux divers. Au banquet de Saint-Quentin, on comptait quarante maires des campagnes voisines et un grand nombre de conseillers d'arrondissement. Ainsi le mouvement gagnait enfin ces populations rurales qui sont toujours les plus rebelles au progrès^
C'était un avertissement pour le pouvoir. Loin d'en profiter, il adressa deux nouveaux défis ii l'opinion. L'Algérie avait toujours été, pour le gouvernement, un grand embarras. L'expérience des administrateurs, des généraux les plus renommés, y avait subi les plus difficiles épreuves ; ef, après de long efforts, d'immenses sacrifices, on n'y jouissait pas encore d'une paix assurée. M. le maréchal Bu-
tM HISTOIAS DS HUIT ANS.
geaud s*étant démis des fonctions de gouverneur général, il fallut le remplacer. On le remplaça par le duc d'Aumale, un jeune homme de vingt*cinq ans, qui n'avait d'autres titres que son nom. Gela pouvait être, pour répéter un mot célèbre, conforme aux traditions de l'ancienne monarchie; mais la révolution de juillet n'avait pas été faite pour restaurer ces traditions, et l'on ne manqua pas de le rappeler. Le maréchal Soult signa cette nomination à contrecœur, et déposa son portefeuille entre les mains du roi. 11 n'était pas difficile de lui donner un successeur à l'hôtel de la rue Saint4)ominique ; il y avait longtemps déjà que le vieux maréchal n'administrait plus son département. Mais sa retraite faisait une autre vacance ; le conseil des ministres n'avait plus de président. Le roi pouvait, profitant de cette circontance, modifier le cabinet, sans paraître céder aux exigences de l'opposition. II préféra la braver, en doonant la présidence du conseil à M. Guizot. Mais telle était l'efiervescence des esprits, que ce choix ne déplut à personne, si ce n'est aux conservateurs progressistese. Le iVfftional l'annonça dans ces termes : « il se rencontre des « gens qui jugent les choses par les étiquettes qu'on leur « donne. Eh bien ! pour ces gens , le nom de M. Guizot « sera certainement plus significatif que celui de M. Soult. « €e nom, qui doit son premier lustre au voyage de Gand, u sera mieux porté que tout autre par un cabinet qui a « pour principe, pour règle , de résoudre toute question tf nouvelle par une nouvelle trahison. Nul autre n'est, « d'ailleurs, aussi impopulaire ; il était adopté déjà, daiis « le pays , comme l'expression symbolique de cette école « perverse qui ne croit ni à la liberté, ni à la patrie. » En conséquence, le National se'déclarait à son tour satisfait.
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N'était-ce pas une bonne fortune pour le parti de la ré* forme J II ne travaillait qu*à répandre Tagîtation» et rien ne pouvait plus efficacement contribuer à ce résultat que des résistances provocatrices*
De nouveaux banquets furent organisés sur tous les points dn territoire.
A Périgueux, H. Taillefer, député de Sariat, avertissait la classe moyenne qu'elle commençait k se laisser gagner par Fesprit exdusif des anciennes castes, et qu'elle succomberait comme elles, si mieux elle n'aimait subir les impérieuses nécessités du progrès.
A Meanx, sept cent cinquante personnes se réunissaient dans la salle du Jeu de Paume» pour y entendre IDf . Barrot Drouyn de Lhuys, Geoi^es et Oscar Lafayette. MM. Larabit, Ferdinand et Jules de Lasteyrie étaient au nombre des con^ vives. M. Barrot aftaqua le gouremement personnel : M. Oscar Lafayette, digne héritier des traditions de sa famille, flétrit Timprobité politique : M. Drouyn de Lhuys fut plus vif encore ; il protesta contre le cynisme des apostasies avec l'ardeur d'un homme qui ne devait jamais faillir*
A Orléans, cinq cents électeurs se pressaient autour de MM. Abbatucci, président de chambre à la cour royale et député du Loiret, Roger, député du même département, Marie et Crémieux, députés de Paris et d'Indre-et-Loire. Dans le nombre de ces réformistes déclarés, on remarquait dix-neuf membres du conseil municipal d'Orléans, des ma* gistrats de la cour, du tribunal de prière instance et du tribunal consulaire, le colonel de la garde national et ses deux chefs de bataUIon, des membres du conseil général, plusieurs maires des communes voisines, des départepienta voisins. H. Danicourt, du conseil municipal d'Orléans, ui. 19
t^ HISTOIRE Dï Hirrr ans.
! invoqua la souveraineté du peuple ; M. Pereira, du conseil
Sfarrondissement et du conseil municipal d'Orléans, réi clâraa la réforme électorale et parlementaire avec toute
[ l'énergie de sa noble conscience. M. Abbatucci ne fut pas
I inoins véhément : « f?h quoi ! dit-il, après soixante ans de
I .luttes arrosées de tant de sang et de tant de larmes, après
deux révolutions glorieuses et sans égales dans les fastes du monde, en serions-nous encore réduits à nous demander si la pratique réelle, sincère, du gouvernement représentatif est possible, si le dogme immortel de la souveraineté du peuple est un mot sans application possible et sans portée?... H est vrai que, pour nous consoler ou plutôt pour nous endormir, on nous dit : Soyez riches! Voilà le triste' mot d'ordre qui a été donné, du haut de la trîbune, par Vhomme dans lequel aujourd'hui se personnifie notre gouvernement. Soyez riches ! Commetït rentendez-vous ? Estce au prix dfe l'honneur , de Tintérêt public, de îa ^oire de 1aPraiîcé?Eh bien! vous pourriez vous réjouir; on vous a compris, votre maxime a produit son fruit, et ce fruit s'appelle la corruption. Mais, pour nourrir ce monstre insatiable, que de sacrifices tfavez-vous pas faits? Vous avez dû porter le chiffre du budget if un milliard à près de seize cerfts tniltiôns; îl vous a fallu contracter trois emprunts; et, malgré les ressources Inépuisables dont vous disposez,* malgré ces emprunts, bh en êtes-vous à cette heure ?. . . Vous avez ruiné l?i trance. « On ientenffit ensuite M. Crëmîeux, et M. Marie, 'dont' le coeur honnête ne fut peut-être jamais mieux itispiré bue dans cette mémwafble journée.
* ' Les convives dé Beaux, MM. Georges Lafayette, Odîten éârrot, prouyn del^huyé, Jriles et Ferdinand dé Laî^teyrfe, •asslîîtàîent trois jonts aprèiau hanqiret de Coulomflriers.
D'attiré baoquete eurent lieu daas âeinéme ta)^p8 à C0SQ6, à Meltto, à la CharUé-suf-Loire, à Danmllé^ à Chartres, à.LeHdéac, à S^kiNMaroelUi], ttc, etc. Partout Fâsprit pubUe s>éveiUait» et commt tn de ces nais ms^kitte^ qui, suivant les temps, aandiiceBi aux jnlmB uœ ète wstelle ou de paix ou de guerre, la réforme ëudt la voix detONus les éehOB.
' Elle fut enfin entendue par les amis de M. Ledru-K^lttn. Invitée à preadre part à la manifestation que'prfiparafit la viUe de Lille» :iis s*y rendirral. M. Barrot y Tiai de wu <}i|é^. Rapproebeioeftt tardif, mais que Ton peutait «nnre, die part et d'autre, d'autant plus sineère.iialfaeitr«isenefft «H ariicie dit je«rnal la Réforme asBonça que M. Ledru-*; fUrilio allait à L^ relever «n di?£qpeauv qiie«d*aalres^ disait-r e»^ 90mm abaissé. C'était imi^m um trop forte épreuve àlA bonne votooté de M. Barrot. Oa f retendait franchir les. lûDile&ée la ootnsiîtutioa ; il exigea qu*eii lui rendît kom^ wage ;. et, eomme on reftiasnt de soWc eetle eonéitioft, A se^ Mtira. Ge fut làn regrettable incident; mais il n'eut pas de: ipraves oonséquenees. Teirtle m^tde^vait ifue les vœuK de M. fiar^ts'arritiâeati'uiie referme; pemoifle n'éponai^ (pie M. Lûdrii^BdiliQ «arehait à ia tâte d'«ne phalai^ fofimo dans; ses desseÎAs^ naais peu einéûnapecte dans- sa coaiwifrt ifiii.tt'^^ifait! qtt*9ftrès lue réfndmiBB. Bès lors il j eutdesbatiqifete de AMiiees diverses* Dass les ims (ia*mîqa l'esprit socialiste q« révetuiieiifttÂre; dans les auiapcs, Fwpiit néfor«iste.:CeIa. penvait: mettr&dans l'esdiarr» it^ caiAieaiixvcentiliaiits^ qui;, dès l'ouvertureide^eite cHopafbe, :nn»Mt ^ce^t^ rallîanoe des rtfermîates^'oeMlitutiMfids; mate, mvtQ nae pnuleMta^ avec ane modératbn dast ils aff^ttei^t d^à deirné tant de fa^$, ils ne prifeni i»icna<
dOO HISTOrai n HUIT ARS.
parti âass ees discordes, et, suivant les lieux, ils assistèrent aux banquets organisés par les amis de M. Ledru-RoUin, ou par les amis de M. Barrot, à Avesoes, à Yaleneiennes, à Bétbune, à Montargis, k Saint-Germaio, à Amiens, à Chateaudua, à Ckmdom, à Rechechouart, à Castres, à Moatpellier, à Neufbourg, à Grenoble, à Vienne, à Arras, à Saintes, à Saint-Denis, à Rouen, à Dijon et à Cbàlons-sor- SaAne.
Ainsi M. Duchâtel avait commis une grande içiprudence lorsqu'il avait dit à Fopposition que le pays recevait ses dé* damations avec une profonde indifférence, et qu'il n*av»t aucun souci ni de la réforme électorale, ni de la r^rme pariementâire. Interrogé par l'opposition, le pays répondait qu'il avait toujours eu peu de confiance dans les promesses du mois de juillet 1830, qu'il avait vu sans étonuement les fraudes succéder aux mensonges, et qu'un régime de pri* viléges, d'abus, de corruption, ne pouvait paraître le meilteur des gouvernements qu^aux gens intéressés à le maintenir. VoulaitK)n éviter de terribles catastrophes? il fallait admettre d'opportunes réformes, sinon le parti de la révolution allait devenir le parti de la justice. Voilà ce qu'on déblarait en même tempis au nord et au midi, à Test et à l'ouest, dans les viHes et dans les campagnes, et partout on s'animaii en faisant cette déclaration, partout on manifes* tait la résolution de pousser les dioses aussi loin que Toteti^ mttion du pouvoir pourrait Texiger. M. Dudiâtel reçut un avis de plus. Celui-ci lui Ait donné par un corps politique, ou le gouvernement avait toujours rencontré plus de parti* sans que d'adversaires. Le conseil général de la Sdne adopta, le iâ novembre, la résolution suivante : « Gonsidé* rant que seize années d'expérience ont révélé de graves
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isDperfectioDS dans la loi électorale du 19 avril 1831, et ont démoDtré la nécessité et l'urgence d'en modifier pinceurs dispositions, le conseil émet le vœu que le gouvernement et les chambres s'occupent avec sollicitude de la révision de cette loi dans la prochaine session législative. » Gomment dire encore que cette révision , que cette réforme, n'était qu'un vœu puéril formulé par quelques esprits désœuvrés, et reproduit, avec une arrière^pensée factieuse, par les andens et irréconciliables ennemis de l'établissement constitutionnel? M? Duchâtel avait perdu son meilleur argument.