‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 81 sur 119 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Affaires de Snii^se.— Ncfle de M. Guizot h la ôièlh ; dl'stoors dfs Ht. OchaetibesBi — Décision ito la dièto è Végant dtt Suaderbood.— YlitoM de la diète. — GoeduiU de M. Guiaol; ses discours et ses aelM. ^^ CoDdnile de lord Palmerstou. — Affaires d'Italie : Avénemeol et réformes de Pie IX.— Les réformes en Toscane et en Piémont. — Le gouvernemcttt français seooodtint \h politique autrichienne en Itaffe. ' >~ OccupalîDB' de Fen»ro par r^utnche. •*« Pr«tettati(Ni da pipcL *— ^motion italieDoe. -^ Pl»ns de M, Gui^t décoocertés. ^ l^4c Minto. — Ce que la France devait faire pour Tltalie — Mort de M. Brcssen.

Les scandales administratifs et l'impatience d'obtenir, enfin de trop justes réformes n'étaient pas les seuls é\éy ments de cette fermentation tous les jours croissante. En France, on se passionne toujours moins pour les affaires du dedans q^ue pour celles du dehors : nous sommes un. peuple jaloux de bonne renommée, qui sacrifie volontier&, ses intérêts à sou honneur, à sa gloire, et qui supporte tout plus aisément qu'un affront. Avec quelle tristessq nous avions reçu la nouvelle de Tincorporaiion de Cracovie. au territoire . autrichien- ! Les puissances continentales, n'avaient pas encore, depuis 1830, traité la France avec

tO& HISTOIRE DE HUIT ANS.

aussi peu d'égards. M. Guizot avait protesté ; mais qu*il y avait loin de son langage à nos sentiments ! D'autres humiliations nous étaient réservées : entraîné dans le courant de la diplomatie absolutiste, le cabinet des Tuileries obéissait sans aucune résistance, avec un mol abandon, h Timpulsion qui lui était, communiquée. M. Guizot était si beureùx de n'avoir plus à subir chaque jour les réprimandes arrogantes, à déjouer les austères perfidies des agents anglais ! Louis-Philippe était si fier d'être admis daas la famille des rois au même titre que ses aînés, et de traiter avec la Prusse, avec rAutriche, comme un souverain l^itin^! De graves événements venaient de s'accomplir en Suisse, en Italie ; et, quand ces événements étaient des échecs pour l'absolutisme , quand la France éprouvait une grande joie en voyant des peuples amis suivre enfin son exemple et marcher résolument à la conquête de la liberté, le cabinet des Tuileries ne travaillait qu'à comprimer ce noble élan. On le savait, et, d'ailleurs, H. Guizot ne le dissimulait guère. Aussi, dans tous les banquets, les discoun auxquels on applaudissait davantage étaient-ils ceux qui dénonçaient avec le plus d'énergie la complicité de M. Guizot et de H. de Hetternich.

Il faut reprendre la série des faits.

La diète suisse s'était réunie à Berne, le 5 juillet, sous la présidence de M. Ochsenbein, élu chef du conseil d'état de Berne, et, à ce titre, chef du vorort. M. Guizot, ayant fait remettre par notre ambassadeur, H. de Bois-le-Comte, une note oii les derniers mouvements de la Suisse étaient appréciés au point de vue autrichien, H. Ochsenbein avait eni devoir répondre, dans son discours d'ouverture, que si les grandes puissances prétendaient s^arroger le droit

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d'iaiervenir daus les affaires intérieures de la confédération, elles trouveraient un peuj^e prêt à ftAre le sacrifiée de ses demiires forées pour défendre son indépendance. La diète avait ensuite délibéré sur la question du Sunder* bniid, et, le tO juillet, après un débat extrêmement vif, ^e avait décidé : i* que le Sunderbund serait dissous ; 2* que cette condition serait obligatoire pour tous les cantons de la ligue. CTétait décider la guerre civile. Formée par rAutriche, encouragée par la France, cette ligne avait la religion pour prétexte, et pour but le maintien des influences réactionnaires : aussi croyait-elle trouver un appui considérable dans les puissances qu'elle regardait comme ses alliées. Au lieu de se soumettre, les sept cantons déclarèrent qu'ils allaient se préparer à la bataille. Vainement on fit près d'eux de conciliantes démarches, vainement on s'efforça de leur faire comprendre qu'ils allaient verser beaucoup de sang pour servir des intérêts peu respectables. C'étaient les jésuites de Luceme qui poussaient à la guerre, et, comme leurs agents parlaient an nom de la Vierge, distribuaient des médailles et faisaient des miracles, le peuple des campagnes les croyait trop facilement. Il fut décidé, dans^ une séance secrète de la diète, que 80,000 hommes seraient mis sous les ordres du général Dufour, ancien élève de notre école polytechnique. Les sept cantons firent alors des propositions de désarmement ; mais comme ils imposaient des conditions dérisoire, il ne furent pas écoutés. Les hostilités commencèrent le 10 novembre : le 29 de ce mois tout était fini : battu sur tous les points, le Sunderbund avait cessé d'exister.

Les deux partis qui venaient de se précipiter l'un sur

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l'âuire, ^ous les mw^^ de FcitM>iiig. et de Lftceftte> «*iteU le, parti des TuiejUes tcadltipp^ 4^9 iasUittU^s saifawftto»^ et c'était le parU du «QiiKenieBt». du,pi<€^ë&i â# la^ libarléu En applaudissant k te défaite des lig^^o^rs,» k Fraoci suivait son penchaqt naturel:. puisqu'elle avaii, m ISSdK pris les um^ m iavoq^iasi b Ukerté ; ptttsqp'etW avait eiwiite Qiodifié ses insiituitiaDs^ de. ttapiè^e à teuix to»lums «n échec ^( rabs9lutBa)& et rinfiolécaoce,. elle avait 4à faire des vœux p^^uf laeause cpii venait de triompher. Ek bien ! c'était la cause conu>aire'qtte M. Guiisot avait sec* vie. Interpellé» la ^4 ^in« dans la.cbaoibrd des députés, sur lai conduite qu'il se pcc^sait da. ti^nir daus^ l'éventualité d'une crise déjà môna^niâ, M. Qmioi a^vail ef&ontéxN/sot r^ndu qjà'A ne reiBonnaissait pas à. la< Suisse le droit de changei; sa con^itation^ cfttte constitutioiii ay^pt été dictéi par les supréutes^ arbitres dei 1815. £t. quand, ont lui avait répliqiué qjua la, Suisse m songeait pase^^re à aes cbaoge* mentS) etq.ii'ilsi'âg^fiait;Sim|^e«enâ pour eUe de souinettj;e u}ie minorité turbuleate aux céselutioBs, déj^' prévues de la n[^oiâté de^ États, M. Gui^ot avait déclaré que h mai^rité des États n'avait plus ks s^u^pathies du g^uvefn6i»6«t français. La Suisip£ énmnçipiée, gQu^eirpée par les liber jcaux. et dëivrée des jesuitea, n'était plus;,, suivant les te^ea de M. Ç^uizot^ qu- un « État/ organisé pMr râ^essiûn4 »^ Jamais oa nfay^encûre tepU' c^ langage au nom du gfin^ verneuient de juillet. L^^ actions furent conformes m& parole. M. Guiz(>t coaunenç^a par faire rédipn des netesi inapérieusesi. La lutte- ejigagée,, M. Guizat^ ne pouv^at envoyer un co^iugent d/hoaunes à. Taruiée de la liga/é« lui envoya du moins des armes qui furent saisies pait les troupes fédéral^H Quand.la .lutte fut teccninéf^ il Streiueitte

cuAi»irM£ XII. aor

en question par sonambas^sadâur^ M. de Bois-le^Comte^ to«i ce qu'avait réglé le sort des armes^ reconoaissant eiuxxre an Suoderbund vaincu un droit ég^l à celui de la diète,, li droit d'envoyer un représentajiU aux #on£éreuces des çio^ grandes puissances qui s'atiribuaieut le règlement des affû* res de la Suisse^

Parler et agir de cette manière, u'étaitrcepa^ trahir tom les efigagements du passé? M. Barrot avait par avance Mià cette tcahisoD dans celle ^mkce du 24 juin, oii il disait que le devoir de la France était de se oiontrer à Tégiurd des cantons libéraux ce qu'était rAutricbe à lé^^rd des cantons rétrogrades. Or, non-seulement M. Guizot avait refusé Tappui moral du gouvernement français aux Étata qui s'étaient armés- gpur détendre,, avec Tordre légal,, ks^ principes de la révobition française; mais il s.*était eoà-» {doyé plus que personne i servir les intérêts du Sunderbund, c'estrà-dire les intérêts de raaarchie el des principes, auiricbiens ; il avait eu Vinitiative des déntarcbes faite&i auprès des puissances, et, dans ses projets contre L'iodependanee de- la confédération, il avait, admis toi^tes le& éventualités, si ce n'est une intervention militaire, parc« qu'il savait bien que les chambres Ini refuseraient le;s snb^ sides qu'il aurait vouln consacrer à celte guerre impie. Étrange et indigne conduiti?, que. les lettres confidentielles. des libéraux suisses; a.vaieit fait eonnaitre aux journaux de Paris!

Les chambres françaises s'étaient séparées le S a^iit^ L'nppositien ne j>^vait plus, porter ses griefs à te tribune ; elle exprima dans les banquets cojiibioo elle étaiti indignée, et manifesta sans aucune réserve les v<eux, qu'elle formait pour le succès de la cause trahie par.

303 mSTOIRE t>K HUIT ANS.

M. Guizot. Plus vives furent encore les plaintes de la presse radicale. Les journaux du gouvernement prétendaient justifier ses actes, en disant qu'il se prononçait en Suisse, comme en France, contre les radicaux, contre les démagogues, et conspirait contre eux avec les modérés. Mais cette excuse était mal reçue. Avouer qu'en peu d'années le parti radical avait su convertir à son opinion les deux tiers de la Suisse, c'était commettre une grande maladresse, puisqu'il n'y a rien de contagieux comme l'exemple. Soutenir ensuite que *des instructions adoptées dans les conseils des États, à la majorité de 420, 430, 145 voix sur 150 votants étaient de méchantes pièces rédigées par des brouillons, des exaltés, et condamnées par tous les honnêtes gens de la Suisse, c'était évidemment ai^umenter avec des calomnies. On savait, d'ailleurs, que le cabinet de Londres, après avoir écouté tous les partis, et montré plus que de la froideur au chef des réformistes bernois, l'avait ensuite traité comme une puissance amie; et personne ne supposait que lord Palmerston fût homme à se compromettre en pratiquant d'intimes liaisons avecr un forcené. Enfin si M. Guizot avait sacrifié l'honneur et les intérêts de la France au triste avantage de nouer de bons rapports avec H. Mettemich, avec quelle imprudence il s'était engagé d^ns cette mauvaise affaire, et qu'il était honteux pour le gouvernement d'avoir embrassé le parti que les correspondants du National, les alliés des radicaux français, avaient si facilement mis à la raison !

En Italie, la conduite de M. Guizot n'avait été ni plus habile, ni plus honorable. En Italie, comme en Suisse, k parti libéral avait eu besoin, en 1831, en 1832, du concours de la France, pour tenir tête à l'Autriche ; mais.

depuis <% temps, les esprits s'étaient éclairés, les libéraux avaient gagaé tout le terrain qu'avaient perdu les rétrogrades, ei, en 4848, la France s'unissant à rAutriche pour comprimer le généreux élan des populations it^iennes, devait échouer avec elle dans cette coupable entreprise.

Grégmre XVI mourant le 1^' juin 1846, le cardinal Mas* taî avait reçu la tiare, et la portait sous le nom de Pie IX. Les malédictions du peuple accompagnaient dans la tombe le pape qui avait d'abord tout promis et plus tard tout refusé. Pie IX allait*il suivre cette politique? Il ne le pouvait pa&. De l'une à l'autre extrémité de l'Italie, et principalement dans les États romains, l'opinion s'était prononcée : elle -exigeait des réformes et ne voulait plus se contenter d'engagements illusoires.

Un mois après son élection. Pie IX faisait publier une amnistie. C'était rompre d'une manière éclatante avec le passé; c'était noblement inaugurer une ère nouvelle. Pie IX ne ressemblait en rien à Grégoire XVI. D'un caractère doux et facile, d'un cœur honnête, il ne désirait que se faire aimer. Son principal défaut, la faiblesse, ne pouvait, dans rétat des choses, que le disposer en Caveur des réformes. Je parti qu'il importait de ménager le plus, car il paraissait le plus fort, étant le parti de la nouveauté. U commença par donner au peuple des écoles primaires, des étabHssements agricoles, des salles d'asile; en même temps, il réorganisa l'armée et restaura l'ancienne université de Bologne» si célèbre dans les fastes du moyen Age. Tout était désordre , iniquité dans l'administration papale. Pie IX avait peu d'initiative et encore moins d'expérience; mais comme il avait admis quelques libéraux dans son conseil intime^ ceux^^i lui signalaient cl;aque jour un

Mi} HISTOllKK 1>ï ITCfT ANS.

âbtts à corriger, et sa bonwe volonté n'hésitait pas à les satisraire. II réforma radmiiristration de la justice, institua près dn gonrernetnerit une assemblée consultative composée des plus notables habitants des provinces, adwcit l'affreuse législation qni tenait la presse en servitude, établit une garde* nationale, un <;onseil d'état et une représeatatlon communale pour la ville de Rome. C'étaient là de grandes nouveautés.

Les résultats, il faut h reconnaître, furent loin de répondre aux espérances. En changeant les formes de l'aDcien gouvernement. Pie IX en avait conservé presque tout h personnel, et Ton n'y rencontrait que des gens attachés, par habitude on par intérêt, aux mauvaises traditions , dont la muette résistance entravait à chaque pas la marche du •gouvernement. Il faut ajouter que tes bons sentiments du l^apen^élant pas souteims par iffieTolowté femae, il prenait facilement Talarme 'aussît&t qtfon hii faisait entrevoir, dans les réformes civiles, quelque pérîl pour l'Église ou queSque ainorndrissemerit de la puissance ecc!lé^a6tiq*^e. !1 revenait «lors en arrière aussi vite qu*il s*étaJt laissé pousser eu 'a^nt. Cependant, malgré ces emtraves , «malgré ces contradictions trop fréquentes, un grand,fait s'était accoropK: te igouvieraemefft romain avîât désavoué les théories de Tabso- ^Bftisme!

Une mAte éBMitation gagna la plupart des ^winccs italiens. Le grand iluc de Toscane pensa qtr'îl pofnvait à son *ouf se dégager de h tute^ oppre^ve de PÂulritbe, en fe(*ercham le ècmcours 6t l'appui ^u parti libéral. Ce parti 'se composait de tnvs les hommes éclairés de ta Tescaae; savants, beaux ^Bsçrits et pditic^ues, et te ^>arti ccBitraife n*avaii poiH* adhérents «pe des étrangers, jhes fonetioBBai-

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res ou des comiîsans. Le premiei* soîn de Léopold fat de créer dans ses États «ne presse politique. A ne lui donna pas une entière indépendance: loin delà; mais, du moins, fl accorda la parole à des sentiments, à des intérêts qui jusqu'alors avarient été condamnés au silence le plus absolu. Ce fut un grand bienfait. 11 en promit d'autres, un code civil, an code pénal, . des institutions municipales, des conseils provinciaux électifs, et même une assemblée délibérante chargée de représenter les intérêts généraux du pays. Une existeuçe nouvelle commençait pour la Toscane. Depuis longtemps digne d'être affranchie, elle avait plusieurs fois témoigné le malaise que lui faisaient éprouver des institutions qui ne répondaient plus à ses mœurs. Ce qui l'avait rendue patiente, c'est que le véritable auteur de ses maux n'était pas, elle le savait bien, Léopold, mais l'Autriche. Elle accueillît avec les démonstrations de la joie la plus vive les réformes qui lui furent accordées.

Le même mouvement entraîna la Sardalgne. Charles- Albert qui avait fait, dafns sa jeunesse, une campagne malheureuse avec les libéraux, s*était montré depuis cette époque le plus dur de leurs ennemis. Cependant comme fl était plus jaloux que personne de refouler les Autrichiens hors de riiaKe, puisqû'H associait à te désir d'ambitieuses espérances , il se prononça presque sans hésiter pour les réfortwes. fl commença par les Termes administratives. C*é* •fartent tes plus urgentes, et celles qull pouvait opérer sans faire aucun abandon de son atftorhë. Il réorganisa d'abord Vsdffiimstnilion de la justrce, de la police, dés provinces, des firanicipalitës, et mit quelque ostentation à se déclarer un des admirateurs zélés de Pie IX. On n'attendait pas atitant d'un homnoe * qui l'on avait â reprocher plus d'Une

dit HIftTOttS DE HUIT Al».

fâonle. Il prit pour des élans de reeonnaissaoce des démonstratiofis qui n'exprioiaieot que de la gurprise.

Cette résurrection de Flulie n'avait pas été prévue par M. Guizot, et elle pouvait être pue cause de mésintelligence entre rÂutricbe et la France* Pour se déclarer contre la Suisse libérale^ on avait eu du naoins Tombre d*un prétexte, cette révision du pacte fédéral que demandaient les cahiers de plusieurs villes, et qui paraissait menacer Findépendai^ce des États catholiques; mais, en^ Italie, où les réformes étaient spontanément accordées par les princes souverains, que dire, que faire pour bien mériter de rÂvtriche?

On ne travailla d'abord qu'à lui mootrer les difficultés de cette situation. Les princes italiens, et le pape à leur tête, voulaient modifier Tadministration de leurs États: personne n'y pouvait mettre^ obstacle ; c'était une nécessité qu'il fallait subir, et le gouvernement français engageait vivement rAutriche à laisser faire ee qu'elle ne pouvait empêcher. Mais si la simatiOA était mauvaise pour riDfluen(!e autrichienne, des circonstances sur lesquelles on pouvait compter, devaient bientôt rétablir en halie le concert des d^ux cabinets et leur permettre d'agir en commun. En effi^ les dons gracieux des princes allaient certainement exciter les esprits, éveiller des passions intempérantes. Aussitôt les princes, inquiétés et se sentant menacés, iraient d*eux*-mêmes solliciter les gouvernements étrangers. Une autre question allait d'ailleurs être posée par les patriotes italiens, celle des territoires, vieux grief, toujours reproduit avec la même énergie, et la France joindrait alors ses protestations à celles de l'Autriche.

M. Guizot exposa ce plan d§ conduite à la chambre des

CUAPITES XII. 31)

pairs, dans la séance du 3 août, avec la réserve que lui commandait l'état des esprits. H parla du pape en de bons termes : « Un souverain, dit-il, le chef de FËglise, semble reconnaître l'esprit nouveau, les besoins nouveaux, la nécessité de satisfaire les intérêts nouveaux. Le représentant de l'autorité souveraine entrant dans une telle voie, c'est le plus beau spectacle qui ait encore été donné au monde ! On ne saurait craindre qu'il oublie les conditions des principes d'ordre et d'autorité. Je le dis donc, tous les gouvernements commettraient une faute énorme, s'ils ne le soutenaient pas de toutes leurs forces dans la tâche difficile qu'il a entreprise. 1 n'est pas seulement de telle ou telle nation, mais de toutes les nalioiis européennes, d'apporter leur appui évident et clair à la tâche sublime dont je parle en ce moment. Elles doivent y être d'autant plus encouragées, que l'entreprise se présente avec une grande chance de succès, n M. Guizot se déclarait donc en faveur de Pie IX, et priait rAulriche elle-même de souscrire à ces témoignages de sympathie. Elle ne le pouvait guère : mais comment se serait-elle montrée assez ombrageuse, pour prendre en mauvaise part ces encouragements donnés au réformateur de l'administration romaine, quand le chef du culte israélite, le grand rabbin, et après lui, le sultan Abdul-Hedjid, venaient d'adresser à Pie IX les mêmes félicitations, les mêmes hommages? M. Guizot s'empressait, d'ailleurs, d'ajouter : « Quand il s'agit de réfonnes comme celles que poursuit l'État romain, les plus grands dangers ce sont les partis extrêmes, et c'est au parti modéré seul qu'il appartient d'accomplir de telles réformes et de prévenir ou de détourner les révolutions. » Ce qui signifiait que M. Guizot ne tarderait pas à retirer les paroles m. 20

3fi HISTOIRE DE HUIT ANS.

d*approbation qu'il avait prononcées, puisque déjà la jeunesse de Turin, de Livoume, de Rome même, exaspérée par les insolentes provocations du parti réactionnaire, s'était rassemblée sur les places et avait fait entendre d'énergiques menaces contre les Autricbiens et leurs complices, les jésuites. M. Guîzot disait encore : « Aucun bouleversement territorial et politique ne nous est bon au delà des Alpes. » Ce qui n'était pas autre chose qu^une adhésion sans réserve aux transactions de 18f5, un désaveu préalable de tout ce que pourraient tenter les populations italiennes de Milan, de Venise et d'autres lieux, contre Tinsupportable tyrannie de rAutriche,

Avant d'entendre M. Guizot, on savait qu'il devait se comporter en Italie comme ailleurs, sans avoir aucun ^rd au sentiment national. Quand on connut son plan de campagne, on n'hésita pas à le condamner. Cependant sa conduite devait être pire que ses paroles. L'Autriche, malgré les prières de M. Guizot, ne demeura pas neutre, et les gouvernements italiens , avant d'être intimidés par les partis extrêmes, eurent affaire à d'autres ennemis. Ce fut recueil de notre diplomatie ; et le ministre qui, par avance, avait réglé sa conduite sur des éventualités problématiques, se vit alors en présence de faits imprévus, qui l'engagèrent dans une série de honteuses faiblesses, mal excusées depuis par d'impudents mensonges.

L'article 103 des traités de Vienne donnait à l'Autriche droit de garnison dans la place de Ferrare. A ce titre, une garnison autrichienne occupait la citadelle de Ferrare et plusieurs casernes dans l'intérieur de la ville. La garde des barrières et de tous les autres postes avait été laissée, par convenMon expresse, aux troupes pontificales. Ayant reçu

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le texte iû dîscoaps prmoncé par V. Guizot à k ekmike des pairs» dans la séance du 3 août, le cabinet autiiehieft s'empressa de faire eranalire eommei^ il ulendaît êomleiiêr de tonteê ses forces le goa?enieaientde Pie IX ; le 10 aoti, une division de troupes hongroises passût le Pôv pâiétiail à Ferrare, et s'enparait de tons les postes^ de lOHies les places, menaçant de passer par les arsKs quiconque oppo* serait la moindre résistance*

Le représentant du Samt-Siége, le cardinal Ciacchi» pn>-^ testa dignement contire cette vtolatiou de tous les pactes. Quand, i Rome^ on en reçut la nouvelle, TindignatÎM fut extrême. Les Autrichiens étaient à Ferrare l l'invasion des États-Romains était un fait accompli ! Les modérés euxmêmes, les plus modérés des conseillers de Pie IX, clercs et laïcs, gentil^orames, docteurs et bourgeois, tous émus par le même sentiment, s'exprimèrent dans les mêmes termes : il fallait courir aux armes et déCendre le sol latin soutUé par la présmice des Barbares. Pie IX ne put calmer cette ardeur qu'en faisant publier dans les journaux de Rome un mani^ feste énergique. Et la France, que fit-elle? Par l'organe de H. Guizot, elle rendit « pleine justice aicc motifs » qm avaient inspiré les proteslatimis du légat et du cardii»! se» crétaire d'État; mais ék Mâma très-vivement l'in^epérience et la légèreté de ce gouvernement nouveau, qui s'inquiétait de Topinion publique, et croyait devoir la satisfaire en publiant ses actes officiels. En 1832, quand les Autrichiens étaient entrés à Bologne, la France avait fait, sous les murs d'ÂncAne , plus qu'une démonstration mflitaire, déclarant que l'Autriche n'avait pas le droit d'introduire des troupes sur le territoire des États romains, et d'intervenir seule ^asns les aiaires de ee pajs. Cependant, c^était à la

prière du pape et pour lui prêter aide que les milices autrichiennes avaient franchi la frontière, tandis que les foudres pontificales menaçaient les soldats français. Et quand Théritier des Césars se présentait comme ennemi de l'héritier de saint Pierre, et venait lui défendre, les armes à la main, d'améliorer la condition de son peuple, M. Guizot, oubliant les actes et les stipulations de 1832, employait son temps et sou courage à rédiger deux missives, adressées, l'une au cabinet de Vienne, l'autre au gouvernement romain, pour leur dire, à l'un et à l'autre, qu'ils venaient de commettre d'insignes maladresses, et de compromettre la paix du monde en se laissant aller à l'emportement ! Le gouvernement de juillet n'avait pas encore montré tant de faiblesse. Permettre à l'Autriche d'envahir les États du pape et d'y faire la loi , c'était laisser violer tous les principes, c'était enseigner aux monarchies continentales que désormais la France avait abdiqué sa mission tutélatre, qu'elle ne voulait plus être ni redoutée, ni respectée, et que, pour l'amener à tout subir, il suffisait de lui montrer un glaive nu.

Maîtres de Ferrare, les Autrichiens portèrent aussitôt des forces considérables sur les rives du Pô. Il ne s'agissait pas seulement de prévenir, par une démonstration énei^que, Tarrivée des bataillons de volontaires qu'on formait à Rome^ à Ravenne, à Bologne, à Forli ; on se préparait encore, en prenant d'autres positions, à pénétrer à la fois ou tour à tour, suivant les occurrences, dans les autres légations, dans la Toscane, le Piémont et le Milanais. Quel fut le premier résultat de cette entreprise 7 Elle souleva tous les esprits. M. Rossi, qui représentait à Rome M. Guizot et qui donnait en son nom le conseil de la patience, ne trouva plus d'oreilles pour écouter ses discours. Ainsi les modérés

CHANTBB XII. Si7

avaient disparu : ce parti d'intrigaats et de dupes, que ranfr; bassade française avait prétendu fonner elle-méaie, avee les débris de la fraction grégorienne et quelques timides approbateurs des réformes pontificales, s*était dissous de lui-même à la nouvelle de Finvasion autrichienne; les gré* goriens avaient quitté Rome oii ils n'étaient plus en sAreté, les autres s'étaient laissé entraîner par Témoiion générale» et on les entendait dire eux-mêmes que l'agression de l'Autriche était une violation des traités, un attentat contre l'indépendance italienne. L'indépendance italienne I Dès que ce mot fut prononcé, notre ambassadeur écrivit que désormais la bonne cause était perdue, que les exaltés dominaient le souverain pontife, et qu'il ne pouvait plus le soustraire i leur fatale influence. Vers le même temps arrivèrent à Paris des dépêches de Livourne, de Turin, annonçant que, dans ces villes, on parlait aussi de la vieille patrie, et que Charles- Albert avait, de sa bouche royale, promis de concourir k h défense du sol italien. A Lucques, on s'était soulevé. Un soulèvement bier plus considérable venait d'éclater en Sicile, et l'on alla?^ i eut-être voir finir le règne abhorré du Bourbon deNapIes. Tous les plans de M. Guizot étaient renversés. U ne voulut plus s'occuper de Tltalie.

C'est alors que le cabinet de Londres s'en occupa davantage. Un des collègues de lord Palmerston, lord Minto, fut chargé de se rendre dans ce pays, de le parcourir en tous les sens, d'en observer attentivement l'état moral, et d'encourager le parti de la liberté, s'il le trouvait digne de ces encouragements. Lord Minto n'avait pas été longtemps h reconnaître que la haine de l'Autriche et le désir des ré* formes étaient dans tous les cœurs italiens deux sentiments d'une égale énergie, et, loin de coniseiller l'indifférence iti

Mi HISTMB «I m$n ANS.

k fisigMtmi, !1 a?aic fjnwal^Miit reçu l6s irinles «t les wnfideMes de ees faammes pteins d^une ^^neose ardeur, que IL Cknocsigftalail 4 Msdiargés d'afiEdres omme des gestes pvblkpies. PartoiU«ar sofi passage ii avait nco des léniDigaages de respect; partout U y a^vait répondu par des pnoles «mes, La IVanee avait lâchement abandemié ses alliés ntmwib : TÂigletserre reeueillMt tous tes preêts de eette Cubtesse,

Lotris-Mûi^pe s'était rapproclié da rAutriciœ pour s'intre- | 4uive par eette porte dans ie eeasefl dits rats : IL Gftizot, flrâtstre, docile, nudgné la raideur affiaetée de ses maBières j 4C te ton persofind de ses discours* await, de son côté, | re^tmlié la cooianee de M. de Metteroich, et ne l'avait | obtenue que par une entière souaûssion. ^n triste rôle! mais il ne répugnait pas trop à M. Guizot, car il trouvait chez M. de Mettemich quelques passions qui répondaiefit aux siennes, l'orgueil du pédagogue n'étant pas moins offensé que l'orgueil dn prince par l'influence toujours croissante des idées rérolutionnaires et des personnes engagées dans le parti de la révolution. En Suisse et en Italte, comme en France, M. Gnizot prétendait être te plus hsd>ile ou te plus retoutable adversaire du radicalisme, et l'in^pularité qu'il avait acquise Ini paraissait la pins glorieuse des récompenses, fi Pavait assurément bien méritée.

Personne ne demandait an gouvernement d'aller au delà des Alpes exciter des passions déjà trop ferventes, provoquer l'Autriclie, et remettre en question te paix du momdte : mais pers€(nne n'ignorait que cette malheureuse Italie avait l'incontestabU droit de refaire ses constitutions, sans ecttsulter les convenances de l'Autriche, et l'on regardait comme un devoir strict pour la France d'accepter,

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d'approuver, sans faire de puériles chicanes, toutes les réformes réclamées par la véritable opinion, de protéger par son influence, par la ferme dignité de son langage, et, au besoin, par la menace d'une intervention armée, ces États libres ou l'étranger voulait faire la loi. Non, il n'aurait pas été nécessaire que l'effet suivit la menace : l'Autriche avait alors trop d'embarras pour s'engager même dans une juste guerre ; elle n'eût certes pas encouru la responsabilité d'une guerre inique. Et, d'ailleurs, la France n'a-t-elle jamais combattu pour défendre les faibles? et toutes les fois que maintenant on parlera d'en venir aux mains, est-ce la France et la justice qui devront reculer?

On ne disait rien de plus : mais entre ce langage et les instructions diplomatiques de H. Guizot, il y avait la différence qui existe entre la loyauté et la trahison. Non-seulement on le jugeait ainsi, dans les banquets, dans les journaux, dans les cercles politiques, mais parmi les principaux agents de cette perfide diplomatie, il s'en trouvait qui murmuraient hautement contre l'indigne rôle qu'on leur faisait jouer. H. Bresson, ambassadeur à Naples, avait conseillé vainement une autre conduite : on n'avait pas tenu compte de ses avis. Il ne put se défendre de témoigner des regrets, et, se trouvant à Florence, il s'était exprimé, dit-on, en des termes libres sur la conduite générale des affaires, sur H. Guizot, sur le roi lui-même, imputant aux faux calculs d'une vanité sénile ce rapprochement de la France et de l'Autriche, qui avait de si désastreuses conséquences. Le roi, l'ayant appris, lui avait durement reproché ces indiscrètes paroles. M. Bresson, qui ne put supporter ces reproches, termina ses jours par un suicide.

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