CHAPITRE Xli
depuis ce temps, les esprits s’étaient éclairés, les libéraux avaient gagné tout le terrain qu’avaient perdu les rétrogrades, et, en 1847, la France s’unissant à l’Autriche pour comprimer le généreux élan des populations italiennes, devait échouer avec elle dans cette coupable entreprise.
Grégoire XVI mourant le juin 1846, le cardinal Mastaï avait reçu la tiare, et la portait sous le nom de Pie IX. Les malédictions du peuple accompagnaient dans la tombe le pape qui avait d’abord tout promis et plus tard tout refusé. Pie IX allait-il suivre cette politique? Il ne le pouvait pas. De l’une à l’autre extrémité de Tltalie, et principalement dans les États romains, l’opinion s’était prononcée : elle exigeait des réformes et ne voulait plus se contenter d’engagements illusoires.
Un mois après son élection. Pie IX faisait publier une amnistie. C’était rompre d’une manière éclatante avec le passé; c’était noblement inaugurer une ère nouvelle. Pie IX ne ressemblait en rien à Grégoire XVI. D’un caractère doux et facile, d’un cœur honnête, il ne désirait que se faire aimer. Son principal défaut, la faiblesse, ne pouvait, dans l’état des choses, que le disposer en faveur des réformes, le parti qu’il importait de ménager le plus, car il paraissait le plus fort, étant le parti de la nouveauté. Il commença par donner au peuple des écoles primaires, des établissements agricoles , des salles d’asile ; eu même temps, il réorganisa l’armée et restaura l’ancienne université de Bologne, si célèbre dans les fastes du moyen âge. Tout était désordre, iniquité dans l’administration papale. Pie IX avait peu d’initiative et encore moins d’expérience ; mais comme il avait admis quelques libéraux dans son conseil intime, ceux-ci lui signalaient chaque jour un
abus à corriger, et sa bonne volonté n’hésitait pas à les satisfaire. Il réforma Tadministration de la justice, institua près du gouvernement une assemblée consultative composée des plus notables habitants des provinces, adoucit Taffreuse législation qui tenait la presse en servitude, établit une garde nationale, un conseil d*état et une représentation communale pour la ville de Rome. C’étaient là de grandes nouveautés.
Les résultats, il faut le reconnaître, furent loin de répondre aux espérances. En changeant les formes de l’ancien gouvernement , Pie IX en avait conservé presque tout le personnel, et l’on n’y rencontrait que des gens attachés, par habitude ou par intérêt, aux mauvaises traditions, dont la muette résistance entravait à chaque pas la marche du gouvernement. Il faut ajouter que les bons sentiments du pape n’étant pas soutenus par une volonté ferme, il prenait facilement l’alarme aussitôt qu’on lui faisait entrevoir, dans les réformes civiles, quelque péril pour l’Église ou quelque amoindrissement de la puissance ecclésiastique. Il revenait alors en arrière aussi vite qu’il s’était laissé pousser on avant. Cependant, malgré ces entraves, malgré ces contradictions trop fréquentes, un grand fait s’était accompli : le gouvernement romain avait désavoué les théories de l’absolutisme !
Une noble émulation gagna la plupart des princes italiensi Le grand duc de Toscane pensa qu’il pouvait à son tour se dégager de la tutèle oppressive de l’Autriche, en recherchant le concours et l’appui du parti 'libéral. Ce parti se composait de tous les hommes éclairés de la Toscane, savants, beaux esprits et politiques, et le parti- contraire n’avait pour adhérents que des étrangers, des fonctionnai-