‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 134 sur 198 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

le texte du discours prononcé par M. Guizot à la chambre des pairs, dans la séance du 3 août, le cabinet autrichien s’empressa de faire connaître comment il entendait soutenir de toutes ses forces le gouvernement de Pie IX; le 40 août, ûne division de troupes hongroises passait le Pô, pénétrait à Ferrare, et s’emparait de tous les postes, de toutes les places, menaçant de passer par les armes quiconque opposerait la moindre résistance.

Le représentant du Saint-Siège, le cardinal Ciacchi, protesta dignement contre cette violation de tous les pactes. Quand, à Rome, on en reçut la nouvelle, l’indignation fut extrême. Les Autrichiens étaient à Ferrare ! l’invasion des

Etats-Romains était un fait accompli! Les modérés euxmêndes, les plus modérés des conseillers de Pie IX, clercs et laïcs, gentilshommes, docteurs et bourgeois, tous émus par le même sentiment, s'exprimèrent dans les mêmes termes : il fallait courir aux armes et défendre le sol latin souillé par la présence des Rarbares. Pie IX ne put calmer cette ardeur qu en faisant publier dans les journaux de Rome un manifeste énergique. Et la France, que fit-elle? Par l’organe de M. Guizot, elle rendit « pleine justice aux motifs » qui avaient inspiré les protestations du légat et du cardinal secrétaire d’État; mais elle blâma très- vivement l’inexpérience et la légèreté de ce gouvernement nouveau, qui s’inquiétait de l’opinion publique, et croyait devoir la satisfaire en publiant ses actes officiels. En 1832, quand les Autrichiens étaient entrés à Bologne, la France avait fait, sous les murs d’Ancône, plus qu’une démonstration militaire, déclarant que l’Autriche n’avait pas le droit d’introduire des troupes sur le territoire des États romains, et d’intervenir seule dans les affaires de ce pays. Cependant, c’était à la

prière du pape et pour lui prêter aide que les milices autrichiennes avaient franchi la frontière, tandis que les foudres pontificales menaçaient les soldats français. Et quand l’héritier des Césars se présentait comme ennemi de l’héritier de saint Pierre, et venait lui défendre, les armes à la main, d’améliorer la condition de son peuple, M. Guizot, oubliant les actes et les stipulations de 1832, employait son temps et son courage à rédiger deux missives adressées, l’une au cabinet de Vienne, l’autre au gouvernement romain, pour leur dire, à l’un et à l’autre, qu’ils venaient de commettre d’insignes maladresses, et de comprometre la paix du monde en se laissant aller à l’emportement ! Le gouvernement de juillet n’avait pas encore montré tant de faiblesse. Permettre à l’Autriche d’envahir les États du papé et d’y faire la loi, c’était laisser violer tous les principes, c’était enseigner aux monarchies continentales que désormais la France . avait abdiqué sa mission tutélaire, qu’elle ne voulait plus être ni redoutée, ni respectée, et que, pour l’amener à tout subir, il suffisait de lui montrer un glaive nu.

Maîtres de Ferrare, les Autrichiens portèrent aussitôt des

forces considérables sur les rives du Pô, U ne s’agissait pas

seulement de prévenir, par une démonstration énergique,

l’arrivée des bataillons de volontaires qu’on formait à Rome,

à Ravenne, à Pologne, à Forli; on se préparait encore, en prenant d’autres positions, à pénétrer à la fois ou tour à tour, suivant les occurrences, dans les autres légations, dans la Toscane, le Piémont et le Milanais. Quel fut le premier résultat de cette entreprise? Elle .souleva tous les esprits. M. Rossi, qui représentait à Rome M. Guizot, et qui donnait en son nom le conseil de la patience, ne trouva plus d’oreilles pour écouter ses discours. Ainsi les modérés

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