CHAPITRE Xlll
Letttre du prince de Joinville au duc de Nemours. — Situation du pays et du gouvernement dans les derniers mois de 1847. — Elections de MM. Osmont, Baroche, Pagès, Daudé, candidats de Topposition. — Election des candidats aux fonctions de maire et d’adjoints par le deuxième arrondissement de Paris. — Altitude des députés au moment de l’ouverture des chambres. — Discours du trône : les passions ennemies ou aveugles, — Mort de M*"® Adélaïde. — Abd-el- Kader établi sur les frontières du Maroc et menaçant l’empereur. — 11 est poursuivi et se retire sur la Malouïa. — Le général Lamoricière fait garder tous les chemins. — Soumission d’Abd-el-Kader. ~ 11 est conduit à Toulon. — La commission de l’adresse. — Affaire Petit.
Le prince de Joinville écrivait de Spezzia, le 7 novembre , au duc de Nemours : « Je t’écris un mot , parce que je suis troublé par tous les événements que je vois s’accumuler de tous côtés. Je commence à m’alarmer sérieusement... La mort de Bresson m’a funesté... Bresson n’était pas malade ; il a exécuté son plan avec le sang-froid d’un homme résolu. J’ai reçu des lettres de Naples, de Montessuy et d’autres, qui ne me laissent guère de doutes. Il était ulcéré contre le père... Le roi est inflexible, il n’écoute
plus aucun avis; il faut que sa volonté l’emporte sur tout... Il me paraît difficile que cette année , à la chambre, le débat ne vienne pas sur cette situation anormale , qui a effacé la fiction constitutionnelle, et a mis le roi en cause sur toutes les questions. Il n’y a plus de ministres ; leur • responsabilité est nulle; tout remonte au roi. Le roi est arrivé à un âge auquel on n’accepte plus les observations : il est habitué à gouverner; il aime à montrer que c’est lui qui gouverne : son immense expérience, son courage et toutes ses grandes qualités, font qu’il affronte le danger audacieusement; mais le danger n’en existe pas moins...
a Notre situation n’est pas bonne. A Tintérieur, l’état de nos finances, après dix-sept ans de paix, n’est pas brillant : à l’extérieur, où nous aurions pu chercher quelques-unes de ces satisfactions d’amour-propre, si chères à notre pays, et avec lesquelles on détourne son attention de maux plus sérieux , nous ne brillons pas non plus. L’avénement de Palmerston , en éveillant les défiances passionnées du roi , nous a fait faire la campagne espagnole , et nous a revêtus d’une déplorable réputation de mauvaise foi. Séparés de l’Angleterre au moment où les affaires d’Italie arrivaient, nous n’avôns pu y prendre une part active, qui aurait séduit notre pays et été d’accord avec des principes que nous ne pouvons abandonner, car c’est par eux que nous sommes. Nous n’avons pas osé nous tourner contre l’Autriche , de peur de voir l’Angleterre reconstituer immédiatement contre nous une nouvelle Sainte- Alliance. Nous arrivons devant les chambres avec une détestable situation intérieure , et, à l’extérieur, une situation qui n’est pas meilleure. Tout cela est l’œuvre du