CHAPITRE Xlll
roi seul , le résultat de la vieillesse d*un roi qui veut gouverner, mais à qui les forces manquent pour prendre une résolution virile*
(( Le pis est que je ne vois pas de remède... J’avais espéré que Tltalie nous fournirait ce dérivatif. Nous ne pouvons plus maintenant faire autre chose ici que do nous en aller, parce que, en restant, nous serions forcément conduits à faire cause commune avec le parti rétrograde ; ce qui serait, en France , d’un effet désastreux. Ces malheureux mariages espagnols ! nous n’avons pas encore épuisé le réservoir d’amertume qu’ils contiennent.
«Je me résume. En France, les finances délabrées; au dehors, placés entre une amende honorable à Palmerston au sujet de l’Espagne, ou cause commune avec l’Autriche pour faire le gendarme en Suisse et lutter en Italie contre nos principes et nos alliés naturels. Tout cela rapporté au roi, au roi seul , qui a faussé nos institutions constitutionnelles. Je trouve tout cela très-sérieux... »
Voilà dans quels termes un des fils même do Louis- Philippe appréciait l’état des affaires ; et ce confident, qui partageait sans doute et son opinion et ses alarmes, c’était son frère, le futur régent. Le gouvernement personnel substitué au gouvernement parlementaire ; la charte violée dans une de ses dispositions, principales; les finances de l’Etat dilapidées par une administration corruptrice et imprévoyante; l’antique loyauté de la France irrévocablement compromise dans une intrigue matrimoniale ; au dehors comme au dedans, les intérêts de la liberté trahis ; une puissance étrangère rédigeant les instructions de nos agents diplomatiques, et, de sa main toujours sanglante, désignant les quartiers de nos- armées et leur défendant d’en
sortir ; l’esprit public justement soulevé contre un gouvernement pris chaque jour en flagrant délit d’incapacité ou de félonie , et les signes précurseurs des grands orages apparaissant à tous les points de l’horizon : telle était la situation de nos affaires dans les derniers mois de l’année 1847. Tout le monde le voyait, à l’exception des aveugles; tout le monde le confessait, hormis les gens intéressés à dissimuler la vérité. Le gouvernement de juillet avait, en dix-sept années, rencontré plus d’un obstacle : pour la première fois, il se trouvait en face d’un grand péril
On pouvait l’éviter encore. Nous ne dirons pas que rien n’était plus facile. On n’accumule pas impunément autant de fautes. Quand un gouvernement s’est engagé fort avant dans une mauvaise voie, il ne revient pas aisément sur • ses traces. Les partis sont là , prêts à profiter des concessions qu’on leur fait pour en exiger de nouvelles, prompts à envahir le terrain qu’on leur cède pour y développer leurs meurtrières batteries. Non, il n’était pas facile au gouvernement de juillet d’échapper par une opportune retraite aux menaces de l’avenir. Mais cela n’était pas impossible. Pour y parvenir, que fallait-il? Il fallait au chet de la dynastie d’Orléans une qualité qu’il avait perdue , la prudence. Ce n’était plus qu’un vieillard obstiné, qui ne voulait rien entendre, n’accueillait aucun avis, s’emportait contre toute résistance , et courait aux abîmes les yeux fermés.
Cependant il eût dû reconnaître à des signes certains que la résistance était bien inspirée. Si le ton des journaux devenait plus impérieux, c’est qu’ils étaient soutenus par l’opinion publique : si , dans . les banquets , l’audace des orateurs croissait chaque jour, malgré tout ce que les prt‘-