CHAPITRE XIII
formé Tambitieux projet de conquérir ce vaste empire, moins, sans doute, par les armes, que par l’influence de son nom. Tandis que l’armée française allait soumettre la grande Kabylie sous la conduite du maréchal Bugeaud, et terminait cette campagne, au mois de mai, par la prise d’Azrou, l’émir travaillait au succès de son entreprise, envoyait sur toutes les terres de l’empereur des missionnaires zélés, qui semaient l’agitation, annonçaient la venue du saint vengeur de l’islamisme, entraînaient les paysans et débauchaient même les principaux officiers de l’armée. De toutes parts, on accourait au-devant de lui. Au nombre de ces transfuges il compta bientôt le fils du précédent empereur, qui, se plaignant d’avoir été dépossédé de son trône ^ par les coupables intrigues de Muley-Abd-er-Rhaman, venait offrir à un autre prétendant ses services et ceux -de ses nombreux amis. Dès que l’émir fut à la tête d’une armée, il déclara ses projets et se mit en campagne.
Il eut d’abord quelques succès ; mais l’empereur et ses deux fils étant venus à sa rencontre avec des forces considérables , les transfuges commencèrent à trembler , et qaelques tribus, dont la foi douteuse inspirait des craintes légitimes, vinrent d’elles-mêmes demander à marcher les premières contre l’émir rebelle. Bientôt les deux armées furent en présence. Enfermé dans un cercle assez étroit, ayant devant lui l’empereur, qui s’était avancé lentement, mais en occupant tous les passages, et derrière lui la frontière française qu’il savait trop bien gardée, Abd-el- Kader comprit qu’il devait tenter de grands coups. Son armée n’était qu’une poignée d’hommes ; mais ces hommes, habitués au combat, méprisaient comme une vile cohue les nombreuses légions que l’empereur traînait à sa suite. 11 so
mil à leur tète et les conduisit, durant une nuit sombre de décembre, sur un des camps marocains. Ce camp fut livré presque sans résistance. Mais le jour venu, les fuyards se rallièrent, et Tintrépide agresseur se vit contraint de faire une prompte retraite. 11 se retira vers la Malouïa, rivière qui, coulant du sud au nord, va se jeter dans la Méditerranée à quelques lieues de la frontière française. Il fut poursuivi non sans quelque vigueur. S’avançant à la hâte et par fortes masses, les milices impériales occupaient toutes les issues, couronnaient toutes les éminences, 11 ne pouvait faire aucune diversion, il ne pouvait pratiquer aucun stratagème, et, resserré chaque jour dans un espace plus étroit, il commençait à désespérer de sa fortune.
Arrivé sur les rives de la Malouïa, il prit la résolution de la traverser, espérant ainsi rompre le cercle qui le tenait emprisonné. On était au 21 décembre. Ayant tout préparé pour le passage de la rivière, il se mit en mouvement; mais aussitôt les phalanges marocaines se précipitèrent sur sa faible troupe et engagèrent un combat qui parut un instant décisif. Cependant après avoir fait de grandes pertes, désormais irréparables, Abd-el-Kader franchit la rivière et sc dirigea, sans rencontrer d’autres obstacles, vei*s nos possessions. Son projet était de fuir au plus vite avec les meilleurs de ses cavaliers et de regagner le désert. Il se rendrait alors chez lesBeni-Snassen, tribus dévouées, et, laissant en paix l’empereur, il recommencerait à guerroyer contre les chrétiens.
Le général Lamoricière fut informé de ce projet, ou le soupçonna. Aussitôt il lit garder tous les chemins. Dans la nuit du 22 décembre, deux cavaliers se présentèrent aux avant-postes français, déclarant qu’ Abd-el-Kader les en-