CHAPITRE r
Le 29 août, une dépêche de M. Guizot annonce à M. de Jarnac que le gouvernement du roi, après avoir examiné tous les faits, est resté convaincu :
« Que M. Pritchard, du mois de février au mois de mars 1844, a constamment travaillé, par toutes sortes d’actes et de menées, à entraver, troubler et détruire l’établissement français h Tahiti, l’administration de la justice, l’exercice de raulorité des agents français et leurs rapports avec les indigènes ;
« Que les autorités françaises ont eu de légitimes motifs et se sont trouvées dans la nécessité d’user de leur droit de renvoyer M. Pritchard du territoire de l’île, où sa présence et sa conduite fomentaient parmi les indigènes un esprit permanent de résistance et de sédition. »
Après des accusations aussi positives conti-e un agent de troubles, il semble que le ministre n’ait plus qu’à invoquer la dignité de la France et le droit de ses officiers. Non ; cette parole hautaine n’est que la préface d’un acte de lâcheté. Les circonstances de l’arrestation deviennent le prétexte d’une humble réparation.
« Quant à certaines circonstances, dit-il, qui ont précédé le renvoi de M. Pritchard, notamment le mode et le lieu de son emprisonnement momentané, et la proclamation publiée, à son sujet, à Pa pacte, le 3 mars dernier, le gouvernement du roi les rejette sincèrement, et la nécessité ne lui en paraît pas justifiée par les faits.
« Le gouvernement du roi n’hésite pas à exprimer au gouvernement de S. M. Britannique son regret et son improbation des circonstances que je viens de rappeler.
« Je vous invite à donner à lord Aberdeen communicaion de cette dépêche, et à lui en laisser copie. »
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HISTOrUE 1»R HUIT ANS.
Le ^ septembre se fftit l’oftVe d’uTie indemnité, parla lettre suivante que le ministre adresse k M. de Jarnac :
« Monsieur le comte, on exprimant au gouvernement de S. M. Britannique son regret et son improbation de certaines circonstances qui ont précédé le renvoi de M. Pritchard de l’île de Tahiti, le gouvernement du roi s’est montré disposé à accorder àM. Pritchard, à raison des dommages et des souffrances que ces circonstances ont pu lui faire éprouver, une équitable indemnité.
« Je vous invite à faire de notre part cette proposition au gouvernement de S. M. Britannique, et à me rendre compte immédiatement de sa réponsq. »
Ainsi qu’on le pense bien, le cabinet de Saint-James fut pleinement satisfait d’une réparation offerte par la France dans un conflit où tous les torts étaient du côté de l’agent britannique. Il était désormais assuré que dans l’affaire du Maroc, la France se montrerait non moins accommodante : la facile condescendance des Tuileries venait d’être mise à une épreuve qui éloignait toute idée d’ambition et même de fierté.
Il importait à l’Angleterre que la paix avec le Maroc fût promptement conclue, tant à cause des intérêts du commerce britannique, que pour enlever à notre marine toute occasion nouvelle do se signaler, M. Guizot partageait l’empressement de ses alliés , secondé d’ailleurs par Louis- Philippe pour qui toute guerre était un effrayant problème.
M. le duc de Glucksberg fut adjoint au consul-général, M. de Nyon , pour traiter de la paix. Sidi-Bou-Selain était le plénipotentiaire de l’empereur de Maroc.
F^es bases du traité , posées par la France , étaient :
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i® La dissolution des rasseinblenionts extraordinaires de troupes marocaines qui existaient sur notre frontière, dans les environs d’Ouchda ;
2° La punition exemplaire des auteurs des agressions commises contre nos troupes depuis le 30 mai ;
3° L*expulsion d’Abd-el-Kader du territoire du Maroc ;
4° Une délimitation des frontières de TAlgérie et du Maroc, conformément à Tétât de choses existant et reconnu du Maroc Ini-mème sous la domination des Turcs à Alger.
Les conditions furent d’abord examinées et débattues entre les deux plénipotentiaires français et le prince de Joinville. Les principales clauses du traité étaient celles qui concernaient Témir et la délimitation des frontières. MM. de Glucksberg et de Nyon voulaient qu’Abd-el-Kader fût mis hors la loi. Le prince demandait des termes plus précis; mettre hors la /of n’avait aucun sens pour les Arabes; on ouvrait la porte à des interprétations arbitraires. 11 fallait, en outre , selon lui , déterminer les mesures h prendre pour interner Témir; il fallait, une fois qiTil serait interné, qu’il fût toujours accompagné d’un agent français, soit consul , soit officier. Les deux diplomates se récrièrent : aucun agent français ne voudrait accepter le rôle d’Hudson Lowe. La difficulté ne fut pas résolue. On dut se contenter de termes vagues et de vagues promesses.
Le prince de Joinville désirait que la délimitation des territoires fût fixée dans le texte même du traité. MM. de Glucksberg et de Nyon renvoyaient la délimitation è un traité séparé. Le prince insistait : « Pourquoi remettre, disait-il, ce qui peut être décidé de suite? » Malgré sa vive opposition, les diplomates l’emportèrent.
HISTOIUE DK HUIT ANS.
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Enfin lo jeune amiral voulait faire supporter l’empereur les frais de la guerre, par paiements échelonnés, et à condition qu’on lui donnerait quittance lorsque Abd-el-Kader serait interné. Les diplomates s’y opposèrent vivement, disant qu’on semblerait payer l’emprisonnement de l’émir, et qu’il était indigne de la France de mettre à prix la tête d’un ennemi. Le véritable motif, toutefois, de leur résistance était dans les instructions qu’ils avaient reçues de M. Guizot, qui, voyant dans la question d’argent le plus sérieux obstacle au traité, avait hâte d’en finir. Le Journal des Débats^ inspiré par lui, dissimulait de honteuses complaisances sous un vain éclat de mots .* a La France est assez riche pour payer sa gloire. »
Le maréchal Bugeaud fut aussi consulté sur cette question, et se prononça contre l’opinion du prince. « Pourquoi stipuler de l’argent? disait- il : on ne sera pas payé; et il faudra reprendre les armes pour faire rentrer la contribution de guerre. » Puis, par une de ces bizarreries que l’on rencontrait souvent dans son caractère, une fois le traité signé, il trouva qu’on avait été trop indulgent. Il faisait du traité une critique amère, et oubliant que le prince de Joinville avait été opposé aux clauses qu’il blâmait, il exhalait contre lui sa mauvaise humeur en langage de soldat : « Votre prince de Joinville, s’écriait-il, est un grand mollasse, »
Quoi qu’il en soit, le traité, signé le 10 septembre, fut accueilli en France avec un étonnement mêlé d’indignation. Qii’était-ce donc que ce traité consenti sans garanties, sans réserves, aux conditions offertes avant la guerre? Vingt millions avaient été dépensés, le sang de nos soldats avait coulé, et la France ne tenait compte ni des sacrifices d’ar-
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