CHAPITRE I
gont ni de la mort de ses enfants. Avant même les ratificiilions , on retirait la flotte ; on levait le blocus, on évacuait nie de Mogador. Il y avait dans cet empressement quelque chose de significatif qui trahissait la véritable pensée du cabinet des Tuileries. Ce n'était pas avec le Maroc que l’on traitait, c’était avec l’Angleterre; on ne songeait guère à châtier le Maroc, mais à satisfaire l’Angleterre, et l’Angleterre commandait une retraite immédiate; et les tories avaient le soin de s’en glorifier hautement. Leur organe principal, le Times ^ en faisait ainsi part au public anglais : « Nos lecteurs apprendront avec plaisir que l’arrangement de l’affaire a été amené par notre gouvernement, qui s’est servi de M. Bulwer, notre ministre en Espagne. »
C’est à cette condition seulement que le ministère anglais avait consenti à mettre fin aux démêlés sur Tahiti. Lord Aberdeen, tout en humiliant M. Guizot, se donnait les mérites de la modération, et demandait en retour une modération égale. Avant de conclure l’aftaire Pritchard, il avait été bien convenu que le maréchal Bugeaudetle prince de Joinville recevraient l’ordre do quitter les frontières du Maroc, et que le traité serait fait de manière à rendre la paix inévitable. Alors s’apaisèrent les ressentiments du cabinet anglais. Car, ainsi que nous l’avons déjà dit, les véritables causes des ressentiments étaient en Afrique. Tahiti ne fut jamais qu’un misérable prétexte.
Mais en France, Tahiti devenait un trop légitime sujet de honte. Le gouvernement avait officiellement reconnu le droit d’expulsion , la justice de l’expulsion , les méfaits de l’expulsé, et le gouvernement accordait une indemnité ! Il constatait le crime, et récompensait le criminel ! Il payait
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HISTOIRE HE HlIT ANS.
tribut à la révolte» et s’humiliait devant un insurgé de bas étage I
Et comme pour rendre plus sensible encore la faiblesse de cette IranSiaction , des faits nouveaux venaient justifier les mesures prises contre l’intrigant missionnaire. Les semences de révolte qu’il avait laissées derrière lui portaient leurs fruits. Au moment même où M. Guizot faisait amende honorable au révérend Pritchard, des dépêches venant de Tahiti annonçaient que les indigènes étaient en pleine insurrection. Dans les premiers jours d’avril, des combats sanglants avaient été livrés , et quoique la victoire de nos troupes eût été décisive, elle n’avait pas été obtenu(‘ sans le sacrifice de quelques-uns de nos braves. L’esprit de Pritchard régnait encore dans l’île, et les missionnaires restés après lui, fidèles k ses traditions, avaient prêché la guerre sainte.
Ces événements offrirent de nouveaux aliments à l’indignation publique. Ils auraient pu fournir des arguments contre les exigences de l’Angleterre. Mais tout était conclu ; l’entente cordiale était rétablie. M. Guizot était trop ami de la paix pour faire reproche aux Anglais de la mort de quelques soldats.
Il était alors préoccupé surtout du désir de donner à l’Europe un éclatant témoignage de la complète réconciliation des deux peuples. Louis- Philippe avait projeté une visite à la reine Victoria, soit en commémoration du voyage de S. M. Britannique à Eu, soit plutôt pour avoir une de cos conférences intimes où deux souverains peuvent agir en liberté sans l’intermédiaire de leurs ministres. Le moment parut favorable alors que venaient de se dissiper les nuages qui avaient un instant obscurci les relations amicales des
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deux pays. Le 8 octobre, Louis-Philippe débarquait à Porlsmouth, où il fut reçu par le duc de Wellington, accompagné d’une suite nombreuse.
Nous n’entreprendrons pas de décrire les brillantes fêtes qui l’attendaient à la résidence royale de Windsor. Les réceptions officielles ont toutes un même caractère de joie conventionnelle et de courtoisie obligée. Tous les dissentiments semblent éteints, toutes les rancunes effacées, et les intérêts les plus opposés paraissent se confondre dans une mutuelle confiance. Chacun sait cependant que les apparences sont trompeuses et les visages menteurs. Mais, par une étrange illusion d’amour-propre , chacun se flatte d’avoir le mieux joué son rôle et d’avoir remporté quelque avantage dans cette lutte de dissimulation. Louis-Philippe d’ailleurs tenait fort à prouver que l’alliance anglaise était, après de passagères discussions, plus solide que jamais; il venait lui-même offrir une garantie de bon accord, et recevoir de publics témoignages d’amitié qui pussent devenir aux yeux des souverains du continent une consécration nouvelle.
Outre l’étalage extérieur d’influence, Louis-Philippe avait un but secret. Déjà dans le monde diplomatique on s’occupait beaucoup du mariage de la reine d’Espagne, et il s’en occupait lui-même plus que d’autres. Les puissances rivales, et l’Angleterre surtout, ne lui auraient pas permis de mettre un de ses fils sur les rangs. Mais l’Espagne est si I voisine de la France, les intérêts des deux pays se touchent ' par tant de points , qu’il se sentait en nécessité et en droit 1 d’intervenir activement dans cette' question. L’infante,
I d’ailleurs, sœur de la reine , moins âgée qu’elle seulement I d’un an, présentait aux ambitions paternelles des avantages
présents et des espérances cachées qui méritaient considération. Louis-Philippe avait déjà traité ce sujet avec la reine Victoria au château d’Eu. Il le reprit à Windsor, se montrant très-désintéressé quant au mariage principal , mais faisant habilement pressentir le contentement qu’il éprouverait d’obtenir la main de l’infante pour son fils le duc de Montpensier. Il ne laissa pas d’ailleurs ignorer à ses hôtes que la main même de la reine lui avait été offerte par Marie-Christine, et que la renonciation à cette brillante alliance était un nouveau gage de ses sentiments envers l’Angleterre. Nous verrons plus tard quels furent les résultats de ces ouvertui’es.
M. Guizot avait accompagné le roi dans sa visite, jouissant de tous les hommages prodigués par la fastueuse hospitalité de l’aristocratie anglaise. Et cependant, au milieu des fêtes royales, alors que dans les régions officielles on faisait montre d’affectueux sentiments, la polémique des journaux conservait son caractère hostile, et des deux côtés du détroit on se renvoyait de mutuelles accusations. Pendant que Louis-Philippe faisait ses promenades avec Victoria sous les beaux ombrages de Windsor, la presse anglaise poussait des cris de fureur contre la France, sous prétexte qu’un nouvel outrage avait été commis à Tahiti. Le fait vrai c’est qu’un officier anglais, méconnaissant l’autorité française, avait voulu descendre à terre, malgré les défenses du gouverneur, et avait été arrêté par une chaloupe armée. Ce qui ajoutait à la gravité des circonstances, c’est que cet acte de bravade se passait au moment même où nos troupes luttaient contre les indigènes insurgés. L’arrestation de l’officier anglais était donc suffisamment justifiée : aussi le gouvernement britannique ne se laissa-