CHAPITRE XIV
tion en ces termes effrontés. En effet, il était facile de prouver ensuite qu’à Rome, à Florence, à Turin, à Milan, à Vènise , on n’adressait pas les mêmes hommages à la modération de l’Autriche , on n’avait pas la même opinion des traités de 1815. Donc la France ne pouvait, sans manquer à ses principes^ les principes de la grande politique inventée par Mi Guizot, inaugurée par le cabinet du 29 octobre, aller offrir un concours amical aux réformateurs italiens. C’était la conclusion d’un impudent sophisme. M. Guizot la couronnait, suivant les règles , par cette phrase sonore î a Je dis que l’intérêt général de l’Europe, et de la France comme de l’Europe, veut le respect des traités et le maintien de la paix, qui repose sur les traités. Cela n’enchaîne ^ en aucune façon , la liberté de notre patrie dans l’avenir ; cela n’enchaîne, en aucune façon, ses destinées ; l’avenir amènera ce qu’il plaira à Dieu. » — « Cela ne veut rien dire, » lui criait de sa place M. Emile de Girardin. M. Guizot le savait de reste ; mais tandis qu’on cherchait à comprendre l’énigme, oh ne discutait pas le sophisme. Cela dit, M. Guizot déclamait à outrance contre les révolutionnaires, les radicaux, les républicains de France et d’ItaliCj tous les adversaires du statu quo territorial, tous ces partisans de factieuses réformes qui prétendaient entraîner leurs gouvernements au lieu de marcher à leur suite; C’était sa péroraison.
Une fois de plus, M. Guizot avait prouvé qu’il avait du talent et de l’audace. Mais pour gagner sa cause devant la majorité de la chambre , il l’avait perdue devant la majorité du pays. Recommander à la France l’infâme Cornjdlce de Czéla , l’inique envahisseur de Cracovie , l’assassin de la jeunesse milanaise, comme un parfait modèle d’exquise
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modf^Tation , c*(^tait la révolter ; lui demander une pleine adhésion aux traités de 1813, et l’engager à reconnaître que ces traités avaient été faits pour elle et dans son intérêt le mieux entendu, c’était l’outrager par un monstrueux blasphème. Et, cela rejeté, que restait-il du discours solennel de M. Guizot? Des phrases bien faites, mais vides. Tout ce discours était réduit au néant par cette simple observation de M. Mauguin : « Pourquoi prononcer de si grands mots contre les révolutions ? — Mais notre gouvernement , nos chambres , nos ministres ; la couronne ellemême, est-ce que tout cela n’est pas révolutionnaire? Estce que vous n’avez pas ici jugé un roi ? est-ce que vous n’avez pas prononcé la déchéance de ce roi ? Est-ce que vous trouvez quelque chose de plus révolutionnaire que de prononcer la déchéance d’un roi , de déclarer la vacance d’un trône , de décerner une couronne ? Vous êtes un gouvernement révolutionnaire. »
Oui , sans doute , et loin de répudier cette épithète comme une injure, la France l’acceptait comme le plus beau de ses titres. Révolutionnaire avant, pendant, etdepuis la date glorieuse de 1789; révolutionnaire dans les livres de ses philosophes et de ses jurisconsultes, révolutionnaire dans ses institutions politiques et civiles, dans ses mœurs, dans ses tendances , dans tous les élans de sa grande âme vers les régions mystérieuses de l’avenir , elle était la révolution elle-même, et ne consentait pas à porter un autre nom.
Pendant qu’à la tribune française M. Guizot osait vanter la modération de l’Autriche , et condamner les nobles desseins d’un peuple qui avait osé secouer ses chaînes et fait pour les briser d’énergiques efforts , des événements nou-
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