CHAPITRE XIV
veaux s’accomplissaient en Italie. A Milan , une émotion civique excite la fureur des autorités autrichiennes et donne prétexte à d’horribles massacres. A Pavie, une lutte sanglante s’engage entre les troupes étrangères et les étudiants de l’université : dix étudiants restent sur la place. Le général en chef de l’armée d’occupation , Radelzky, fait publier en allemand, en hongrois, en italien, en polonais, une proclamation qui se termine par cette abominable phrase : « Mort aux ennemis qui, de leurs mains traîtresses, attentent au bonheur et à la paix des puissances ! » La Sicile tout entière est insurgée , et àPalerme, l’insurrection, maîtresse de la ville , soutient contre les troupes du roi de Naples un bombardement de quarante-huit heures. Les tempêtes éclatent partout à la fois , et, fidèles aux traditions de leurs races, Ferdinand d’Autriche et Ferdinand de Naples commettent partout d’atroces violences.
M, Thiers , répondant à M. Guizot , commença fort heureusement son discours en parlant de ces violences. Oui , tout gouvernement établi a le droit de se maintenir; mais, pour exercer ce droit, il ne faut pas qu’il outrage sans pudeur les règles éternelles de l’humanité, de la justice. Parce que des cris s’élèvent, lancer des soldats sur une foule inoffensive , tuer des vieillards de soixante-dix ans sur le pavé des rues, massacrer impitoyablement femmes et enfants, tout ce qui se présente à la pointe de la baïonnette ou du poignard, ce n’est pas user du droit de légitime de défense , c’est se repaître d’odieuses vengeances; à ces actes, on ne reconnaît pas un roi, mais un bourreau. L’histoire doit sévèrement condamner ces actes; elle ne doit pas être plus indulgente pour cet autre tyran, qui fait bombarder pendant quarantehuit heures la ville principale d’un de ses états, parce
3Ki
que cette ville réclame des franchises garanties par une constitution mille fois outragée. Les gouvernements, quels qu'ils soient , qui violent les droits deThumanité, ont des comptes à rendre à l’Europe. Nous avons une tribune, dit M. Thiers ; servons*nous-en pour ceux qui n'en ont pas. Servons-nous-en pour flétrir les meurtriers et pour plaindre leurs victimes.
Quels sont, en effet, ces gens que l'on égorge à Palerme, à Milan, à Pavie, que l’on menace à Florence, à Ravenne, à Ferra re , que l'on espère atteindre un jour à Rome et à Turin ? Ces gens , sur lesquels les gouvernements absolus voudraient épuiser tous les réservoirs de leur colère, ce sont de nobles émules de ces autres révolutionnaires qui ont pris la Bastille en i789, et renversé, en 4830, un gou^ verncment violateur des lois. M. Thiers le prouve bien : « On dit que c'est nous qui remuons lë monde depuis cinquante années..., depuis plus de trois cents années. Oui, nous sommes ces grands criminels qui ont proclamé, avec Descartos , la liberté de penser , qui ont proclamé, avec Bossuet, l'indépendance de l'Eglise ; qui, avec Montesquieu et Voltaire, ont, comme on l’a dit, restitué ses droits au genre humain. Nous sommes ces grands criminels, j'en conviens avec orgueil pour mon pays. Mais heureusement pour l’humanité, nous ne sommes pas les seuls criminels de ce genre, Quand l’Angleterre produisait Bacon , quand l’Allemagne produisait Leibnitz, elles prenaient aussi rang parmi ces grands criminels. Nous sommes , il est vrai , les plus grands 1... » C'est donc à notre exemple que les Italiens demandent des réformes aux princes animés de l'esprit libéral, et qu'ils se soulèvent contre d'exécrables tyrans, Qu’avons-nous fait, cependant, pour leur témoi-