CHAPITRE XV
rétablissement qu^il avait fondé.” Il était, d’ailleurs, persuadé que les circonstances n’étaient pas graves ; que l’on exagérait tout; que l’opposition était plus mutine que brave ; qu’il suffirait de déployer quelques forces, et qu’à la vue des baïonnettes tous les convives du banquet prendraient
la fuite. Si, d’ailleurs, ils essayaient quelque résistance, «
elle devait être aussitôt comprimée. Le général Jacqueminot répondait de la garde nationale : quant à l’armée , jamais on n’avait douté de son excellent esprit. On parlait d’une bataille I ce devait être une bataille gagnée sans coup férir. Tels étaient les discours du roi ; et personne n’osait le contredire. Le ministère avait-il dicté l’article du Journal des Débats? On ne le sait trop. Quoi qu’il en soit, cet article ayant été blâmé, par le roi, parles courtisans, et par les conservateurs intraitables, M. Duchâtel n’osa pas le justifier, et M. Guizot mit quelque empressement à le désavouer.
Les jours s’écoulaient, et chaque jour il devenait plus difficile de prévenir le conflit. Il ne manquait pas de gens qui allaient d’un camp à l’autre , disant au ministère , à l’opposition, qu’ils faisaient les affaires des partis subversifs. Mais si le ministère comptait sur sa force, l’opposition se montrait résolue à défendre son droit. On tentait de l’intimider en lui prouvant qu’elle ne pourrait contenir son arrière-garde ; elle répondait qu’elle voulait faire une ma^* nifestation pacifique, qu’elle était sûre d’elle-même, et qu’elle espérait dominer par la solennité de son attitude les passions des partis éveillées par les défis du gouvernement. Ce qui lui donnait cet espoir, c’était la conduite des députés radicaux, des membres du comité central et des journalistes , qui , depuis l’ouverture de la campagne , avaient donné tant de gages de leur modération et tant.de
HISTOiRB DE BOIT ANS.
preuves de leur influence. M. Barrot les avait entendus la veille exprimant de très-vives appréhensions. Un banquet, disaient-ils, c*était une émeute et peut-être une révolution. Mais puisque, malgré leurs avertissements, le banquet avait été décidé, ils ne travaillaient plus qu’à conjurer les orages. M. Marrast écrivait dans le Nationaîy en s’adressant aux ministres : c< Non , non , ne comptez point sur nos <( imprudences. Si vous voulez une émeute, vous ne l’au- « rez point. Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est une « manifestation dont le calme vous épouvante, et vous <( annonce la volonté ferme de toute une population. Nous « le voulons avec les députés , les électeurs , les officiers, « les soldats de la garde nationale , avec le concours de « tous les citoyens qui ont le sentiment de leur droit ; <n nous voulons vous prouver que vos fantaisies d’arbi- « traire rencontreront en face d’elles une masse pacifique, « désarmée, immense , et dont la voix toute-puissante suf- « lira pour démontrer en quelle estime on vous tient. C’est « l’ordre qui fera notre force ; c’est l’accent de l’opinion « qui passera par-dessus vos bataillons pour aller vous « foudroyer.... Le mouvenfent sera d’autant plus terrible « pour vous qu’il sera plus tranquille. Non, vous n’aurez « ni troubles, ni désordres, ni sanglante collision. Le peu- <c pie de Paris n’a pas besoin d’une bataille ; il sait que, « pour vous vaincre, il lui suffira de se montrer. r> Ce qu’il y avait de sincère dans ces paroles, c’était le désir de maintenir la paix; mais quand M. Marrast affirmait qu’elle ne serait pas troublée, il ne déclarait pas ses véritables pressentiments.
La commission chargée de préparer le banquet n’avait pas encore pu désigner le lieu du rendez-vous. L’impa-