‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 169 sur 198 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

(( ô*’ D'avoir violemment dépouillé les citoyens d’un droit inhérent à toute constitution libre, et dont l’exercice leur avait été garanti par la Charte, par les lois et par les précédents ;

« 7® D'avoir enfin, par une politique ouvertement contre-révolutionnaire, remis en question toutes les conquêtes de nos deux révolutions, et jeté le pays dans une perturbation profonde. »

Tous ces crimes avaient été commis par le ministère ; Taccusation n*allait pas au-delà des griefs qu’elle pouvait justifier. Cependant l’énergie même que montrait l’opposition dans l’accomplissement de cei acte de fermeté, témoignait qu’elle avait conscience d’avoir poussé bien loin les scrupules de la modération, en ne menant pas jusqu’au bout l’affaire du banquet. Pouvait-elle braver ouvertement les menaces de l’autorité, se commettre elle-même avec la troupe , et , par celle décision héroïque, commencer la guerre civile? Quelques hommes résolus, MM» de Lamartine, d’Aragon, de Malleville, Marie etLherbette, lui donnèrent ce conseil. Nous ne voulons pas la blâmer d’avoir refusé de le suivre. Mais nous la blâmerons de n’avoir pas prévu, dès le premier jour, qu’en organisant une résistance ouverte aux prétentions illégales du ministère, elle devait, au terme de ce conflit, voir se dresser devant elle la baïonnette des gendarmes. Il fallait donc, dès l’abord, ou prendre le parti de tout braver, même les derniers périls, ou ne pas s’engager en cette voie pleine d’embûches, dans laquelle on se livrait à la merci de l’autorité. C’est ce qu’on avait dit à l’opposition , et cet avis ne lui avait pas été donné par des hommes sans courage et sans expérience. D’un côté, les rédacteurs du National; d’un autre côté, M. Thiers et plusieurs de ses amis s’étaient prononcés pour la démission collective et contre le banquet, persuadés les

uns et les autres que le banquet n’aurait pas lieu, et* que le ministère, devenu le maître de la situation, attendrait le moment opportun pour déployer ses forces et contraindre l’opposition à reculer. C’est ce qui arrivait.

Encore, en ce moment suprême, l’opposition était-elle bien assurée qu’elle serait suivie, dans sa tardive retraite, par les masses qu’elle avait conviées à la manifestation réformiste. Le peuple est un logicien peu subtil, mais trèsrésolu, qui va promptement des prémisses aux conséquences, et vainement on lui montre les périls d’une conclusion, ces périls ne l’arrêtent pas ; on l’a mis sur la voie de la vérité , il a vu le but , il veut l’atteindre , et dès lors il ne comprend plus rien aux arguties avec lesquelles on s’efforce de le détourner du droit chemin.

Le ââ février, dès le lever du jour , une multitude confuse, arrivant de tous les faubourgs, se dirigeait vers la Madeleine, les Champs-Elysées ,. la place de la Concorde. C’étaient des artisans qui venaient offrir aux députés réformistes un gage significatif de leur assentiment. Ils ignoraient, pour la plupart, la résolution prise à la dernière heure ; un grand nombre, la connaissant, espéraient encore qu’elle pourrait être modifiée par quelques circonstances; d’autres enfin, en assez grand nombre, étaient en proie à cette vive animation qui est le signe précurseur des tempêtes civiles. Pour les contenir on avait tout employé. Outre la note des députés de l’opposition , on lisait encore dans les journaux du matin une autre note du comité central, rédigée dans le même esprit, mais avec plus de fermeté, et tous les journaux, même la Réforme, invitaient le peuple à demeurer calme, impassible , à considérer tous les provocateurs comme des émissaires de la police. Les

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