CHAPITRE XVI
Quelques instauts après, on lisait sur les murs de Paris une affiche ainsi conçue :
« Citoyens de Paris,
« Le roi abdique en faveur du comte de Paris, avec la duchesse d'Orléans pour régente.
« Amnistie générale.
« Dissolution de la chambre.
« Appel au pays ! »
Après avoir abdiqué, Louis-Philippe s’appuyait sur le bras de la reine et fuyait avec elle.
Peu d’instants après, la duchesse d’Orléans, qui n’était plus en sûreté dans les Tuileries, se rendait sur la place de la Concorde, puis à la chambre. Quand elle quittait le palais des rois, le peuple s’y précipitait. Elle venait à peine d’entrer à la chambre, que la chambre était envahie.
On ne propose jamais aux révolutions de transiger avec elles, qu’au moment où l’on a perdu l’espoir de les comprimer. C’est pour cela que ces propositions arrivent toujours* trop tard pour être accueillies. M“® la duchesse d'Orléans, étrangère en France, à peine connue du peuple, n’avait pas d’ennemis. En d’autres circonstances, elle eût été beaucoup mieux reçue comme régente que le duc de Nemours. Mais qui lui déférait la régence dans ce moment suprême ? Ni le roi qui s’en allait, ni le peuple qui venait de reconquérir sa souveraineté : c’étaient quelques hommes, M. Barrot, M. de Rémusat, M. Jules de Lasteyrie, inspirés par des intentions assurément irréprochables , mais n’ayant reçu mandat de personne pour disposer de la France. Quand tout était remis en question, ce qu’ils offraient n’était qu’un expédient.
An lieu d’abandonner le soin de ses intérêts à un enfant et à une femme intéressante, qui n’avait pas encore fait
preuve d’une aptitude spéciale pour les affaires de l’Etat, le jx'uple jugea qu’il était plus sage de s’en remettre h MM. Du- ]K)iil (de l’Eure), Arago , de Lamartine, (iarnier-Pagès, Ledru-Kollin, Marie et Crémieux. Ceux-ci se rendirent aussitôt à l’Hôtel-de- Ville, appelés par la révolution à former un gouvernement provisoire.
Quelques heures après la république était proclamée.
« Mon abdication, dit Louis-Philippe, n’est venue qu’après l’abdication universelle L » C’est un fait que nous ne voulons pas contester. La monarchie constitutionnelle , espèce de gouvernement qui tient à la fois de la république et de la monarchie pure, avait duré trente ans environ, toujours aux prises avec des difficultés inhérentes à sa nature môme, et, pour avoir voulu donner la prépondérance à l’un des doux principes qu’elle devait concilier, elle succombait. Tant qu'elle avait été soutenue par l’opinion, elle avait pu braver tous les assauts ; dès que l’opinion l’abandonnait, elle n’offrait plus de résistance. Oui, tout le monde avait abdiqué, quand Louis-Philippe hésitait encore à le reconnaître et à ratifier par un acte solennel le résultat pnîsque inévitable de scs entreprises contre le principe de liberté. Le gouvernement provisoire n’eut pas à délibérer longtemps sur ce qu'il devait faire. Pour accepter le fardeau des circonstances, il n’y avait que les républicains. Quelques-uns d’entre eux avaient peut-être, dans les dernières heures de la lutte, précipité les événements, inspirés qu’ils étaient par une confiance absolue dans l’excellence de l’idée démocra-
• Abdicaticm du roi Louis- Philippe racontée par lui-même, )). 54.