PIÈCES
relatives aux négociations engagées sur le droit de visite.
Le comte Aberdeen à lord Cowley.
Foreign-Oflice, le 9 janvier 184B.
Mylord, l’ambassadeur de France m’a remis une dépêclie de son gouvernement, dans laquelle M. Guizot décrit en termes énergiques les dispositions qui se sont manifestées dans ces derniers temps dans les chambres françaises, et généralement en France, relativement au droit de visite. Après avoir longuement exposé les raisons qui l’ont amené à cette conclusion, il suggère au gouvernement de S. M. l’utilité de nommer une commission mixte pour rechercher si l’on ne pourrait pas
HlâTOlKË DE HUIT ANS.
trouver des moyens de supprimer la traite, aussi efücaces ou même plus efTicaces que ceux fournis par les traités qui établissent le droit de visite réciproque.
Je vous communique une copie de cette dépêche que vous trouverez ci-incluse pour votre instruction, M. Guizot dit avec raison qu’à la fin de l’année 1843, quand M. le comte de Sainte- Aulaire m’annonça l’intention du gouvernement français de proposer certaines mesures qui, dans sa pensée, seraient préférables à l’exercice du droit de visite et mieux calculées pour atteindre les objets qu’on avait en vue, j’informai à cette époque l’ambassadeur français, que ma conviction de la sincérité et du zèle de M. Guizot pour l’abolition de la traite me détermineraient à recueillir de lui toutes suggestions à ce sujet, et à les soumettre à l’examen du gouvernement de S. M. S. Ex. peut assurer M. Guizot que le gouvernement de S. M. n’attache aucune valeur particulière au droit de visite, si ce n’est qu’autant qu'il donne des moyens eflicaces de supprimer le trafic des esclaves.
Le gouvernement de S. M. sait certainement que l’exercice de ce droit ne peut manquer d’être accompagné de certains inconvénients, et il verrait avec plaisir adopter des mesures aussi efficaces pour atteindre le grand but que l’on a en vue, et qui ne donneraient pas lieu aux mêmes objections. Je dois pourtant avouer sincèrement que jusqu’à ce moment je n’ai vu proposer aucun plan qui pourrait être sûrement adopté comme remplaçant le droit de visite. Et si M. Guizot réfléchit avec quelle énergie le peuple anglais a désiré l’abolition de la traite, et quels sacrifices énormes il a faits et fait chaque jour encore pour atteindre ce but, il ne sera pas étonné que nous hésitions à abroger des traités dont les stipulations ont été jugées efficaces, jusqu’à ce que l’on nous ait prouvé que les mesures qui doivent être proposées auront le même succès.
Je m’abstiens de rechercher les causes qui ont amené ce grand changement dans les sentiments de la France relativement à ces traités, dont jusqu’à une époque récente le gouvernement français, uni à celui de S. M., avait recommandé l’adoption à d’autres nations. Quelles que soient ces causes, j’admets pleinement que de pareils engagements, s’ils ne sont exécutés avec zèle et cordialité par les parties contractantes, doivent nécessairement devenir moins propres au but que' l’on s’est proposé, et que la valeur en est sensiblement diminuée. Il est inutile, par conséquent, d’insister sur les moyens pris par le gouvernement de S. M. pour écarter tous motifs raisonnables d’objection à l’exercice du
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droit de visite» et sur le soin avec lequel les instructions récemineut données aux officiers engagés dans ce service ont été préparées. Le simple fait, officiellement déclaré par M. Guizot, que le gouvernement, la législature et le peuple de France demandent sérieusement une révision de ces engagements, tout en professant un désir aussi ardent d'atteindre les objets pour lesquels ils ont été contractés, serait pour le gouvernement de S. M. une raison suffisante de consentir à l’enquête proposée. Mais, en accueillant cette suggestion de M. Guizot, Votre Excellence ne saurait assez vivement lui représenter combien la réputation des personnes qui seront nommées pour commissaires, contribuera à inspirer le degré de confiance nécessaire et assurer un résultat utile.
Il paraît indispensable au gouvernement de S. M. que la commission soit composée d’hommes de haut rang, de vues élevées, d'hommes parfaitement indépendants et bien connus pour leur attachement à la grande cause de la liberté et de l’humanité. Il faut qu’il soit clairement établi que l’objet de la commission n’est pas de se débarrasser des traités, mais de vérifier la possibilité d’adopter des mesures qui puissent les remplacer avantageusement. Il est essentiel aussi que tout moyen qui serait proposé, si l’on en peut trouver, soit considéré d'abord seulement comme une expérience par laquelle l’exécution des traités, sous ce rapport, serait nécessairement suspendue, jusqu’à ce que lé succès ou rinsuccès du moyen soit vérifié. Contre une commission ainsi constituée et munie de pareilles instructions, non-seulement le gouvernement de S. M. ne pourrait élever aucune objection, mais il serait en outre bien disposé, d’accord avec tous ceux qui désirent sincèrement la prompte et complète abolition de ce détestable trafic, à l’accueillir avec espoir et satisfaction.
M. Guizot au comte de Sainte-Aulaire.
•Paris, le 26 décembre 1844.
Monsieur le comte.
L’année dernière, à peu près à cette époque, je vous priai d’appeler l’attention de lord Aberdeen sur l’importante question du droit de visite et les puissants motifs qui nous faisaient désirer que les «leux cabinets se concertassent pour substituer à ce mode de répression du commerce des esclaves, un nouveau mode qui, tout en étant aussi efficace pour arriver à notre but commun, fût affranchi des mêmes inconvé-