III
iiients et des memes dangers. A la communication que vous fîtes à lord Aberdeen, 8. S. répondit qu’élant parfaitement convaincue de ma sincère résolution de travailler avec persévérance à la supptession de la traite, elle recevrait avec confiance toute proposition faite par moi et rexaminerait avec la plus scrupuleuse attention. Si depuis cette époque, .monsieur le comte, je me suis abstenu de traiter celte importante affaire dans une correspondance officielle avec vous, si j'ai tardé h vous envoyer les instructions que je vous avais annoncées, ce n'est certainement pas que le gouvernement du roi eût perdu de vue un seul jour le but qu'il avait à se proposer, ou que ses convictions se fussent affaiblies. Vous savez les diverses causes, intérieures et extérieures, qui, en nous obligeant à donner tous nos soins à des questions urgentes, nous ont forcés de suspendre la négociation que vous aviez été chargé d’ouvrir sur la question des moyens de réprimer le commerce des esclaves. Le temps est arrivé de la reprendre.
Comme je vous l’ai déjà dit, monsieur le comte, notre conviction de la nécessité d’avoir recours, de concert avec l’Angleterre, à un nouveau mode de répression du commerce des esclaves, est profonde et toujours aussi forte. Tous les événements qui se sont passés, toutes les réflexions qui se sont présentées à notre esprit depuis que la question a été soulevée, nous ont fait sentir plus fortement la nécessité de modifier le système actuellement en vigueur. Pour que ce système puisse être efficace et sans dangers, il ne suffit pas que les deux gouvernements soient animés d'iin bon vouloir et d’une confiance réciproques. Constamment susceptible dans son application de contrarier et de léser des intérêts privés, souvent légitimes et inoffensifs, ce système entretient dans l'esprit d'une classe nombreuse, active, et nécessairement rude de manières, une source d’irritation qui, bien (qu’elle puisse rester assoupie pendant im temps plus ou moins long, peut cependant, par un accident imprévu eu mer, ou par le plus léger trouble dans les relations politiques des deux États, être à tout moment développée, enflammée, étendue et transformée en un sentiment national puissant et formidable. Cela étant, le système du droit de visite, employé comme moyen de réprimer le commerce des esclnyckS, est plus dangereux qu'utile; car il compromet à la fois la paix, la bonne intelligence entre les deux pays, et même le succès de la grande cause à laquelle on a l’intention de le faire servir.
Ceci, monsieur le comte, n'est point ‘une pure conjecture, c'est un fait que l'expérience nous a inainlenanl démontré. Pendant dix ans, le
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droit de visite réciproque a été accepté et exercé par la France et par FAngleterre, d*un consentement commun et sans aucun sentiment déclaré ou aucune manifestation de méfiance ou de répulsion. Pour certaines causes qu'il est inutile de rappeler ici, le cas est maintenant différent. Les dispositions des chambres et du pays sont fortement opposées à ce système. Non que la France, monsieur le comte, soit à présent plus indifférente qu'elle ne l'était il y a quelques années aux horreurs du commerce des esclaves; mais une conviction existe en France (et le gouvernement du roi partage cette conviction), qu'il est possible de trouver d'autres moyens tout aussi efficaces, plus efficaces même que le traité réciproque du droit de visite, pour réprimer cet infâme trafic. Afin d'obtenir la coopération du pays et des chambres, leur coopération active , zélée , infatigable , pour la répression de ce commerce, l'adoption d'un autre système est dès lors indispensable. Mais quel- devra être le nouveau système ? Par quelle mesure . ou quelle ^combinaison de mesures pouvons-nous raisonnablement espérer d'obtenir dans la répression des résultats au moins égaux à ceux que le droit de visite nous avait permis d'atteindre? Je pouiTais ici, monsieur le comte, indiquer quelques-unes de ces mesures; mais, dans une affaire pour laquelle les hommes des deux pays ayant les qualités réquises à cet effet doivent nécessairement être entendus, il me paraît préférable que le soin de recueillir et d’examiner tous les éléments de la question soit tout d'abord confié à une comïnission mixte. Cette commission qui tiendrait ses séances à Londres, devrait, je pense, être composée d’hommes considérés dans leurs pays respectifs , bien connus par leur sympathie sincère pour la cause de la répression de l'esclavage, et par leur liberté complète d'opinion relativement aux moyens d’atteindre ce noble but. Et lorsque la commission aura entièrement examiné la question, lorsqu'elle aura bien cherché et déterminé quels nouveaux moyens de répression du trafic peuvent être aussi efficaces ou même plus efficaces que le système actuellement en vigueur, son travail sera présenté aux deux gouvernements et soumis à leur décision .
Ayez la bonté, monsieur le comte, de placer cette proposition sous les yeux de lord Aberdeen. J'ai la confiance que, dans la communication que vous lui ferez de la présente dépêche, il verra une nouvelle preuve de notre constante sollicitude pour ces deux grands intérêts; le maintien de la paix et d'une bonne intelligence entre les deux pays et la répression du commerce des esclaves.
Recevez, etc, OlIzot.
UiSTOIRE DE HUIT ANS.
Lord Coicley au comte Aberdeen.
Paris, ie 13 janvier 1845.
Mylord, le messager Fennesey est arrivé à Paris le samedi 11 courant, et m’a remis les dépêches n**® 1 et 2 de Votre Seigneurie, ayant pour litre : Commerce des esclaves. J'ai faire sur-le-champ une copie du n® 2, et dans la journée je l’ai communiquée ou ministre des allaires étrangères. Après avoir lu avec attention cette dépêche en ma présence, S. Exc. a dit qu’elle partageait entièrement les vues de Votre Seigneurie relativement aux engagements pris par les deux gouvernements pour la suppression de la traite des noirs. S. Exc. a reconnu aussi que, depuis la conclusion des traités de 1831 et de 1833, un grand clmngement s’était opéré dans l’opinion des chambres ainsi que du public en général, sur la question du droit de visite. Il serait inutile, a-t-il dit, d’entrer dans l'examen des causes qui ont amené ce changement.
Je dirai seulement que la répugnance existant dans la France entière contre l’exercice de ce droit est insurmontable et augmente chaque jour. Vous pouvez, d’après cela, a-t-il continué, juger du degré de satisfaction avec lequel j’ai reçu la communication que vous venez de me faire,
annonçant l’acquiescement du gouvernemént de S. M. à la proposition
de celui de France , de nommer une commission mixte pour rechercher si des moyens aussi efïicaces que le droit de visite réciproque ne pourraient pas être employés pour la suppression de la traite. M. Guizot • connaît parfaitement les sentiments du peuple anglais au sujet de cet odieux trafic, et sait la jalousie avec laquelle les travaux de la commission mixte proposée seront surveillés ; aussi m’a-t-il dit que je pouvais être bien assuré que l’acquiescement du gotivernement de S. M. à l’enquête proposée serait justement apprécié par le gouvernement, la législature et le peuple de France.
S. Exc. m’a informé alors que le duc de Broglie serait chargé de ce mandat imporUnt, et je suis convaincu que Votre Exc. pensera que l’on ne pouvait faire un meilleur choix pour un pareil objet. Pendant plusieurs années, le duc de Broglie a été un avocat énergique de la suppression de la traite, et c’est sous ses auspices, comme ministre des affaires étrangères, que la convention supplémentaire de 1833 a été conclue; ainsi il n’est pas probable qu’il propose ou agrée aucune-^
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mesures pour la suppression de la traite, qui serait moins elïicace que celles en vigueur aujourd'hui en vertu des traités.
J'ai l'honneur d'ètre, etc.
Signé : Cowlev.