CHAPITRE III
(le se joindre à eux, leur disant qu’ils allaient combattre
V pour la liberté et l’indépendance de leur patrie, et qu’ils comptaient sur le dévouement du peuple à la cause nationale pour accomplir une <euvre qui devait leur apporter
, tant (le bienfaits. A ce discours, quelques soldats libérés, déguisés en paysans, s’étant rapprochés, répondirent :
V « Nous ne demanderions pas mieux que de vous suivre,
I « Messieurs, mais voici bien longtemps qu’on nous dit
I « que vous voulez nous faire massacrer, et comme vous
« êtes armés, nous avons peur de vous. »
A ces mots, Wiesiolowski, dans un élan d’imprudente ' générosité, s’écrie : « Afin de prouver la sincérité de nos ! « intentions, et le désir que nous avons de fraterniser avec
I « vous pour le bien de tous, et à condition que vous nous
! « suivrez, je dépose les armes. » Et il jette en môme temps
I ses armes loin de lui; les autres conjurés suivent son exemple. Aussitôt les soldats se précipitent sur eux, les I paysans accourent ; les malheureux jeunes gens, accablés par le nombre, sont terrassés, garrottés et jetés dans le caveau où étaient déjà entassés les premiers prisonniers. Un seul d’entre eux, Sedjowski,qui avait gardé un pistolet à sa ceinture, voulant défendre ses frères, fit feu sur les assaillants, mais n’en atteignit aucun. Les gazettes officielles de ^ l’Autriche affirmèrent que ce coup de pistolet fut la -première cause de la lutte.
I Le major Czechowski, averti à temps de l’échec des frères j Wiesiolowski, dispersa ses compagnons; mais à mesure qu’ils se retiraient chez eux, les insurgés étaient saisis et assommés par des bandes disposées sur toutes les routes par la cruelle prévoyance du gouvernement. Pendant qu’un ^ escadron de cavalerie ramenait à Tarnow les prisonniers
faits à Lysagora, l’hôpital se remplissait déjà de morts et de blessés qu’amenaient d’un côté opposé les paysans de Sieradza et d’Ulikow.
C'est qu’alors s’accomplissait le projet infernal depuis si longtemps préparé par l’Autriche. Dans cette môme nuit qui vit éclater la petite tentative d’insurrection nationale, un signal, donné par une voix mystérieuse, fut répété de village en village par les juifs et les soldats en congé, et sur toute la surface de la province les paysans se trouvèrent armés à la fois de faulx, de fourches et de fléaux. Ils furent d’abord indécis, se contentant de faire des patrouilles et de boire copieusement l’eau-de-vie qui leur était gratuitemant distribuée par les juifs, sur les ordres de Luxembourg et aux frais du gouvernement. Bientôt l’œuvre de sang et de destruction commença; les soldats, déguisés en paysans, donnèrent l’exemple ; et les paysans, pei*suadés qu’ils seraient tués s’ils ne tuaient pas, frappèrent avec une rage aveugle et féroce, sans relâche, sans pitié, comme s’ils eussent perdu toute conscience de leurs actes. Pendant trois jours, du 21 au 23 février, les sanglantes saturnales se poursuivirent; tous les châteaux furent envahis, tous les habitants massacrés ; il se fit une hideuse chasse à l’homme contre tout ce qui n’était pas de la classe agricole, contre tous 'Ceux qui possédaient quelque chose, propriétaires, mandataires, régisseurs, employés particuliers des domaines de la noblesse. Les femmes et les enfants étaient généralement épargnés: Par un calcul habilement raffiné, chaque paysan avait été dirigé contre un autre village, contre un autre maître que le sien, afin de prévenir tout sentiment de faiblesse ou de remords, à la vue de ceux qu’il était accoutumé à respecter.
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cuaphre III.
Dans Ja plupart des villages, le signal du massacre sc donnait par un homme inconnu, arrivant à cheval et annonçant rapproche des nobles à la tête de bandes armées. Il criait aux paysans : « A quelques lieues d’ici, on égorge vos frères, levez-vous et marchez. » Tous alors partaient en masse, se jetaient sur les châteaux voisins, et en massacraient les habitants surpris et sans défense.
Parmi les égorgeiirs, on voyait aussi des employés autrichiens, appartenant au fisc et à l’octroi, âpres au meurtre et au pillage, et conservant même, au milieu de leurs excès, les bonnets d’uniforme qui les faisaient reconnaître.
Nous ne pouvons retracer toutes les scènes sauvages qu’éclairèrent ces jours de fureur. Quelques exemples sufliront.
Kotarski, protuiétaire d’Olasna, était renommé par une vie de bienfaits : on l’appelait le roi des paysans. Apprenant que des bandes nombreuses se formaient aux environs de son habitation, et s’armaient sous prétexte de se défendre contre les agressions des nobles, il crut pouvoir ramener par la persuasion ces hommes égarés, et alla se présenter aux paysans réunis dans un cabaret voisin, seul avec son mandataire, sans défiance et sans armes. Pendant qu’il leur faisait entendre de paternelles exhortations, l’un d’eux courut à Tarnow avertir Breindl que Kotarski cherchait à soulever le peuple, et qu’il s’avançait déjà sur Tarnow à la tète de quelques milliers d’hommes. Le staroste, épouvanté, ou feignant de l’étre, promit 1,000 florins à qui rapporterait la tète de Kotarski.
Durant ces entrefaites, ce prétendu rebelle était saisi par ses propres paysans et jeté dans une charrette avec sou mandataire. En passant devant l’église, il demanda*à se
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confesser, et le curé s’avança tenant dans ses mains le Saint-Sacrement, lorsqu’un groupe de soldats libérés se précipita en criant au prêtre : « Va-t’en, il n’y a plus de Dieu. » Les paysans, moins féroces, intervinrent et laissèrent administrer le viatique, mais ne purent empêcher les soldats de jeter le curé dans la charrette à côté des deux autres victimes. On les dirigeait sur Tarnow, au milieu d’imprécations et de chants sauvages, lorsque des soldats de Breindl accoururent en criant : « Tuez cet animal,
« 1 ,000 tloriris sont le prix de sa tête ; donnez seulement sa « tête. » On renversa la charrette, et les deux malheureux furent assommés à coups de fléaux. Le curé, cruellement frajipé, fut sauvé par l’intervention de quelques femmes du peuple.
Horodynski avait été caché dans un coffre-fort par sa femme ; celle-ci voyant que les payons, qui pillaient tout, approchaient de ce meuble, les supplie, au nom de Dieu, d’épargner son mari et de le conduire en lieu sûr. Ils le promirent; et, faisant semblant de vouloir le préserver, ils l’enveloppèrent dans la paille et le mirent sur une charrelle, à laquelle ils attelèrent la malheureuse femme, en lui disant : « Puisque tu nous as demandé de le cacher, traînele î » La malheureuse expira de fatigue, et Horodynski périt sous les coups.
La mort de Broniewski ne fut pas moins affreuse. On lui coupa la langue, les oreilles, le nez, tous les doigts des mains, et on lui creva les yeux avant de lui donner la mort. Sa femme fut obligée d’assister à ce spectacle. Le régisseur de sa maison eut toute la peau du crAne enlevée avant d’obtenir la mort. Quatorze personnes périrent ainsi h Zgorska. A Zaruw, vingt-trois victimes succombèrent sous