CHAPITRE IV
extérieur. Il fallait donc s’attacher à un plan qui appellerait moins de soupçons, en agissant a\ec les ressources intérieures.
Le hasard vint offrir une occasion. Vers le milieu de mai, le commandant annonça aux prisonniers que des ordres arrivés de Paris prescrivaient la réparation immédiate de l’escalier et des corridors. Des ouvriers devaient y être employés sous la direction des officiers de génie. La pensée vint aussitôt au prince de profiter de la présence des ouvriei's pour s’échapper au milieu d’eux à la faveur d’un déguisement.
Mais on s’assura bientôt qu’à leur entrée les ouvriers étaient l’objet d’une surveillance attentive. Ils étaient examinés un à un par le sergent de garde et par un geôlier spécial ; souvent même le commandant présidait à cet examen, et l’on suivait avec vigilance ceux qui se rendaient seuls dans quelque partie retirée de la citadelle. Il fut remarqué cependant qu’on faisait à peine attention à ceux qui, durant les travaux, prenaient la rouie directe de la porte extérieure, pour aller chercher des outils ou des malériaux. La marche à suivre était dés lors indiquée.
On savait par une longue expérience qu’à certains jours de la semaine l’un des deux gardiens s’absentait le matin pour aller chercher les journaux, et laissait son camarade seul pendant près d’un quart d’heure. C’était ce court instant qu’il fallait mettre à profil, en trompant la vigilance du seul gardien restant. L’heure d’ailleurs était convènable sous d’autres rapports : d’abord le commandant restait assez tard au lit; ensuite on se donnait la possibilité de gagner Valenciennes assez à temps pour prendre le convoi de quatre heures au chemin de fer de Belgique.
Le projet fut concerté avec le docteur Conneau et Charles Thëlin, valet de chambre du prince. Le temps d’emprisonnement de ces deux derniers était expiré et tous deux, légalement libres, allaient de temps à autre à la ville. Les dispositions furent prises en conséquence.
Charles Thélin, comme il l’avait déjà fait plusieurs fois, demanda la permission de se rendre à Saint-Quentin ; au moment de sa sortie, le prince devait se présenter à la porte sous son déguisement d’ouvrier. Cette combinaison avait deux avantages : elle laissait à Thélin la faculté d’attirer seul les regards des gardiens et des soldats en jouant avec Ham, le chien du prince, auquel les gardiens et la garnison étaient accoutumés, et de plus, elle lui permettait d’adresser utilement la parole à ceux qui seraient tentés de parler au prétendu ouvrier, lorsqu’il traverserait la cour.
Les travaux, qui duraient depuis huit jours, tiraient déjà à leur fin, et il fallait se hâter. Le départ fut fixé au samedi 23. Mais, ce jour même, le prince reçut la visite de plusieurs personnes qu’il avait connues en Angleterre. C’était un contre-temps; mais il en sut tirer parti, en priant ses amis de prêter leurs passeports à sou valet de chainhre , qui allait demander des chevaux pour un petit voyage; ce qui fut fait avec empressement.
11 fallut attendre au lundi 25. Ce jour-là, de grand matin, le prince, le docteur Conneau et Charles Thélin,
placés derrière les rideaux d’une fenêtre, attendaient en
silence eljdeins d’anxiété l’arrivée des ouvriers dans la citadelle. Ils les virent se présenter à six heures, et subir l’inspection accoutumée, en défilant au milieu d’une haie de soldais.