‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 45 sur 198 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bonnes volontés pour M. de Melternich. 11 l’avait d’abord protégé par des dénégations ; maintenant il le couvrait de son silence.

Après avoir épuisé les questions politiques par les débats de l’adresse, des fonds secrets et de la proposition Rémusat, la chambre consacra à des questions matérielles les derniers mois d’une existence languissante et d’une décrépitude prématurée. Chacun comprenait que la législature n’achèverait pas sa carrière légale ; chacun s’apprêtait à une lutte prochaine, le ministère pour conserver ime position acquise, l’opposition pour répai'er ses forces compromises par de nombreux échecs.

A peine, en effet, la clôture des chambres fut-elle prononcée, qu’une ordonnance de dissolution vint ouvrir carrière aux ambitions. Les élections générales étaient filées pour le 1®*^ août, et les chambres convoquées pour le 19 du même mois.

Avant de raconter les détails du comljat électoral qui allait donner naissance à la dernière chambre de la monarchie, nous devons rappeler quelques incidents intérieurs qui avaient eu üeu pendant la session.

Le 16 avril 1846, à cinq heures du soir, le roi rentrait d’une longue promenade qu’il avait faite dans la forêt de Fontainebleau. Il était sur un char a bancs, ayant à ses cêtés M. de Montalivet, et derrière lui la reine et plusieurs princes ci princesses de la famille royale. La voiture était entrée dans le grand parc, le long des murs du parquet d’Avon, lorsque deux détonations d’une arme à feu se firent entendre à la gauche du char à bancs : c’étaient deux coups de fusil qui avaient été tirés, du haut de la muraille, sur le roi, pai’ un homme dont le visage était à demi voilé par un

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mouclioii’. La bourre d’un des coups de fusil était tombée entre le roi et M. de Montalivet; la reine ramassa d’une main tremblante ces débris fumants. Cependant personne n’avait été atteint.

Les gardes forestiers, les gendarmes et quelques officiers de hussards qui accompagnaient le roi se précipitèrent pour entourer l’endroit où se trouvait l’assassin, et bientôt il fut saisi par un palefrenier , qui avait escaladé le mur et s’était élancé à sa poursuite.

11 se nommait Lecomte. Après être entré au service en 1822, il était devenu sous-officier dans la garde royale, avait mérité la croix, et avait été reçu en 1829 dans l’administration des forêts de la maison d’Orléans. Successivement garde à pied, garde à cheval, brigadier et garde général dans les forêts de la couronne, il avait coutume, chaque année, d’accompagner le roi dans ses promenades à Fontainebleau.

Mais dix-huit mois avant l’attentat il avait été destitué de son emploi pour une grave infraction au service ; et depuis ce temps on l’avait entendu proférer des menaces contre M. de Montalivet et contre M. de Sahune, conservateur des forêts de la couronne. Il avait écnt plusieurs lettres de plaintes et de récriminations à ces deux personnages ainsi qu’au* général de Rumigny, qu’il considérait comme son protecteur.

, L’intendant général de la liste civile, après lui avoir plusieurs fois accordé des secours, avait fait liquider en sa faveur une pension de retraite..

Il s’était retiré à Paris où plus d’une fois il avait fait entendre des menaces de vengeance. Il était arrivé à Fontainebleau le 10 à six heures du matin.

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chapitré IV.

Au moment où il fut arrêté , U dit seulement : « Je me suis trop pressé. » Il paraît en effet qu’il était un tireur des plus habiles» et ses camarades racontaient qu’il ne manquait jamais un chevreuil à cent cinquante pas. Du reste, il avouait qu’il était venu dans l’intention formelle de tuer le roi.

11 était évident que la politique était complètement étrangère ù cet attentat. C’était l’œuvre d’une rancune aveugle chez un homme exalté et sans principes, vengeant sur le roi la juste sévérité de ses chefs immédiats. Cependant l’esprit de parti s’en fit encore une arme contre la liberté ; et le zèle monarchique, exagéré jusqu’à la fureur, appelait la solidarité du crime sur les écrivains et les orateurs de l’opposition.

« Nous entendons dire autour de nous, écrivait le Jourml des Débats f que le crime est isolé et qu’il est étranger à

la politique. Isolé, soit la justice nous dira cela ; mais

quel que soit son jugement, il ne nous persuadera pas que l’attentat de Lecomte ne soit pas un crime politique. Contre

les rois il n'y a pas de crime privé Le crime lui -même

peut n’être que le fait de l’horame. Les inspirations viennent du dehors. »

Celte thèse, nous le. reconnaissons, est assez vraie en général; mais, dans cette occasion, elle n’avait jamais été mieux démentie par les faits. C’était donc une triste manœuvre que d’annoncer à l’Europe que, malgré les apparences, il y avait toujours au fond de la société des pensées de régicide, et qu’une guerre implacable continuait d’exister entre Louis-Philippe et une partie de la population. Au surplus l’opinion publique fit justice de ces téméraires accusations, fl le procès de Lecomte démontra clairement qu’aucune III. 7

pensée politique, inéine chez ce inaniraque isolé, n’avait armé son bras. II subit la peine îles parricides avec la résolution d’un homme qui avait calculé toutes les suites de son crime.

Pendant que l’on instruisait le procès de Lecomte, un événement inattendu vint jeter quelques inquiétudes parmi les partisans de la dynastie : le prince Louis Bonaparte s’était évadé, le 25 mai, du cliAteau de Ham où, durant six ans, il avait été retenu prisonnier.

Depuis plusieurs mois, il était en instances auprès du gouvernement pour obtenir d’aller rejoindre en Italie son vieux père gravement malade, promettant de revenir se constituer après avoir accompli ses devoirs de fils. Mais le ministre exigeait de lui des paroles de garantie qu’il luj dictait. Soit qull voulût' se réserver toute liberté d’action, soit qu’il ne vît dans cette exigence qu’une condition humiliante, le prince refusa. Plusieurs députés, èt parmi eux M. Odilon Barrot, s’étaient intéressés h sa demande, qui suivit le cours d’une véritable négociation politique.

Le prisonnier résolut de ne plus compter que sur lüimême, et, secondé par ses amis les plus intimes, il concerta des plans d’évasion avec cette persévérance que donne la captivité.

L’entreprise était difficile. Malgré la longue habitude des précautions et leur apparente inutilité, la surveillance ne s’était en rien ralentie. Deux gardiens étaient toujours à demeure au bas de rescalier : la garde était doublée la nuit; au premier coup d’horloge sonnant dix heures les lumières étaient éteintes; on empêchait avec un soin sévère l’approche de la forteresse ; les consignes tendaient surtout à empêcher toute entreprise d’évasion par un secours

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