‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 67 sur 198 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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Il résulte assez clairement de c«s lettres, que M. Guizot se regardait comme entièrement dégagé des conventions arrêtées avec le cabinet anglais, tandis que Louis-Philippe hésitait encore. Il est vrai de dire quhl n’avait jamais désiré • la simultanéité des deux mariages; il ne la désirait pas davantage après la dépêche du 19 juillet; mais les circonstances l’j entraînèrent, et il ne se crut plus tenu aux promesses faites à lord Aberdeen, en présence des agressions de lord Palmerston. *

En eft’et, lorsque Marie-Christine et ses conseillers virent que le ministre entreprenant de l’Angleterre présentait officiellement comme son candidat le prince de Cobourg, ils s’effrayèrent de l’influence que pourrait avoir ce mariage accompli par une pareille main. L’ex-régente n’oubliait pas que c’était aux intrigues britanniques qu’elle avait dû son expulsion et le triomphe d’Espartero; elle ne se dissimulait pas que Buhver et Palmerston étaient prêts à seconder les progressistes, et quoiqu’elle eût elle-même provoqué cette combinaison du temps de lord Aberdeen, elle vit combien elle devenait menaçante pour elle sous le patronage de lord Palmerston. II entrait donc dans ses vues de contraindre Louis-Philippe h se prononcer. La simultanéité des deux mariages lui avait été promise par M. Bresson ; il lui importait de l’obtenir définitivement pour s’assurer la puissante protection de la France. Dès lors, à toutes les ouvertures qui lui furent faites sur le mariage de la reine avec don Francisco, duc de Cadix, elle subordonnait son consentement au mariage simultané de l’infante avec le duc de Montpensier. Un ajourneinenl, selon elle, compromellail le second mariage et le rendait peut-être impossible ; il fallait se prononcer sur l’heure et se prononcer sur les deux unions

lîlSTOniK DE HUIT ANS.

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à la fois, rurie élant la condition sine qud non de rautie. Elle laissait- môme pressentir qu’à défaut d’une prompte acceptation, elle ne pourrait plus résister à la pression de l’Angleterre et de ses agents, et qu’elle se verrait contrainte • d’accepter le prince de Cobourg. 11 est probable aussi que M. Bresson, pour réparer sa propre erreur, exagérait les inquiétudes et les exigences de Marie-Christine.

Quoi qu’il en soit, aux Tuileries on jugea qu’il y avait urgence. Un Cobourg sur le trône d’Espagne était un échec irréparable à riniluence française. De lord Palmerston, on pouvait tout attendre ; sa venue était déjà un signal de troubles; ses premiers actes semblaient une renonciation à tous les engagements antérieurs. M. Bresson fut autorisé à reprendre la négociation sur les deux mariages simultanés; la conclusion était prévue d’avance.

Jusque-là le gouvernement français, dans cette question, n’avait manqué ni de franchise ni de dignité. Il ne sut pas conserver ce rôle jusqu’à la tin, et se jeta dans les voies détournées de la ruse et de l’intrigue. M. Bresson, cachant à Buhver sa double négociation, lui laissait seulement entrevoir qu’il appuyait don François d’ Assise de préférence à don Enrique, duc de Séville, lequel, à défaut du Cobourg, les Anglais mettaient en avant. L’ambassadeur.d’Angleterrc à Paris, lord Normanby, fit môme connaître officiellement à

M. Guizot que sou gouvernement faisait des démarches

pour obtenir la main de la reine en faveur de don Enrique. 11 n’y avait pas d’objection à faire; ce prince était dans les conditions désignées par le gouvernement français. Aussi M. Guizot répondit que si la reine d’Espagne était amenée à faire choix de don Enrique, ce choix satisferait

parfaitement la cour de France. Mais il savait bien qu’il

O.HAPITKK V.

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il’avait pas à craindre cette alternative. En clîel, la conférence entre M. Guizot et lord Normanby avait lieu le 23 août, et dans la nuit du 26 au 27, la reine Is^ibelle faisait SiiYoir à ses ministres que son choix s’était fixé sur le duc de Cadix, et immédiatement après M. Bresson demandait officiellement la main de l’infante pour le duc de Montpensier ; elle lui fut aussitôt accordée.

Les journaux anglais prétendirent que cette nuit du 26 au 27 fut passée dans de scandaleuses orgies entre les deux reines, l’ambassadeur français et quelques affidés ; que le consentement au double mariage fut arraché h l’ivresse ; enfin que celte soudaine détermination devait être attribuée moins à une combinaison politique qu’aux hallucinations delà débauche. Il se peut, sans doute, qu’un joyeux souper ail été la préface ou la conclusion de ce double contrat ; ce détail importe peu au jugement de l’histoire. Mais l’impartialité nous oblige de rappeler (jue le double i>rojet était depuis longtemps discuté, que Marie Christine y mettait encore plus d’empressement que Louis-Philippe, et que par conséquent elle n’avait pas besoin d'y être excitée par les fumées du vin.

Quoi qu’il en soit, les exagérations passionnées des journaux anglais démontraient combien l’opinion publique était excitée au-delà du détroit, non-seulement parmi les hommes politiques, mais aussi dans toutes les classes de la population. Il est vrai de dire que le gouvernement français ne sut ni faire preuve de dignité et de franchise , ni se retrancher fièrement dans son droit, ainsi qu’il convenait aux représentants d’une grande nation. Des équivoques, des subterfuges, le mensonge même servent à tromper les ressentiments britanniques. M. Guizot, embarrassé de son triomphe, ne

sait comment l’annoncer à l’ambassadeur anglais. Enfin, le septembre, l\ayant invité à une conférence, il lui apprend que le mariage de la reine avec le duc de Cadix est arrangé. Il ajoute qu’il n’a pas de détails, la nouvelle étant arrivée par voie télégraphique; il lui échappe cependant de dire que la reine sanctionnerait en même temps le mariage de sa sœur avec le duc de Montpensier. — a En môme temps? s’écrie. Normanby. — Pas en môme temps, répond M. Guizot; il n’aura pas lieu en môme temps. » Malgré cette promesse, lord Normanbj témoigna tout le déplaisir qu’il ressentait, et ne dissimula pas qu’un pareil événement était de nature à troubler le bon accord qui régnait entre les deux pays. 11. rappela àM. Guizot la promesse faite à lord Aberdeen de ne pas conclure le second mariage avant que la reine lût devenue mère. M. Guizot en convint, mais affirma en môme temps avoir dit à lord Aberdeen' que, s’il voyait quelque danger d’un mariage (^obourg*, il se regarderait comme affranchi de cet engagement. Ce danger, suivant lui, était arrivé. En conséquence, il avait changé de marche en voyant pour la première fois un prince de Cobourg placé sur la liste des candidats.

Deux jours après, lord Normanby' revint auprès de M. Guizot pour lui donner communication de la lettre qu’il écrivait à lord Palraeisîton, et dans laquelle se trouvait' reproduite la conversation du 1®*^ septembre, et entre autres ces mots : « Les deux mariages ne se feront pas en môm(‘ temps. » M. Guizot s’empressa d’en reconnaître l’exactitude. Mais il ne larda pas à se rétracter. Le 23 septembre, dans une nouvelle conférence, il nia d’abord qu’il se fût servi de ces expre.ssions ; puis comme l’ambassadeur anglais lui rappelait textuellement ses paroles, il convint qu’il pouvait

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