CHAPITRE VI
gouvernement prêt à mettre d’accord ses actes avec ses paroles.
« Le gouvernement du roi, disait M. Guizot, ne fait donc <( qu’user d'un droit évident, et en même temps il accom- « plit un devoir impérieux, en protestant solennellement « contre la suppression de la république de Cracovie, acte « positivement contraire à la lettre comme au sens du traité « devienne du9 juin 1 815. Après de longues et redoutables « agitations qui ont si profondément ébranlé l’Europe, « c’est par le respect des traités et de tous les droits qu’ils « consacrent, que l’ordre européen se fonde et se main- (( tient. Aucune puissance ne peut s’en affranchir sans en « affranchir en môme temps les autres. »
Cette dernière phrase, sous une apparence de fermeté, n’était qu’une affirmation générale, qui ne- laissait rien pressentir sur la valeur que la France voulait attribuer désormais aux traités eux-mêmes. L’occasion ne pouvait être meilleure pour s’en affranchir, mais le ministre ne disait pas qu’il profiterait de l’occasion . Les paroles qui suivent dans le manifeste, sembleraient môme prouver le contraire. « La « France n’apoint oublié quels douloureux sacrifices lui ont « imposés les traités de 1815; elle pourrait se réjouir d’un « acte quil’autoriserait, par une juste réciprocité, à ne conte sulter désormais que le calcul prévoyant de ses intérêts, et « c’est elle qui rappelle à l’observation fidèle de ces traités les (( puissances qui en ont recueilli les principaux avantages! »
Assurément si M. Guizot, prenant acte de la violation dès traités, eût énergiquement déclaré qu’ils cessaient aussi (l’avoir leur effet pour la France, les trois puissances auraient peut-être renoncé à leur usurpation collective ; mais en présence d’une protestation qui ne faisait que demander
lUSTOIRK DE HUIT AXS.
on lormos doulonroiix le relmip aux traités, il ne fallait pas une grande pei'spicacité pour prévoir qu’on n’en tiendrait pas compte. Les détours peu honorables de lord Palmerston, la tranquille indignation de M. Guizot n’étaient pas faits pour imposer aux spoliateurs. La dissidence des deux pays constitutionnels entraînait la sanction de la violence. Tel fut le premier fruit des mariages espagnols.
Ils devaient avoir dans un autre pays des conséquences d’un autre genre. Dans les affaires de la Suisse, M. Guizot avait entièrement subi l’influence de M. de Metternich. Tous deux, de concert, combattaient l’esprit de liberté, favorisaient les jésuites, protégeaient la vieille aristocratie fédé-“ raie. Le refroidissement, survenu entre eux à la suite do l’affaire de Cracovie et des mariages espagnols, eut pour effet de les affaiblir mutuellement et de donner à lord Palmerston la haute direction des mouvements qui se préparaient en Suisse. Heureusement la politique commandait à ce dernier de défendre en ce pays le parti de la réforme; de sorte que si les triomphes de Madrid compromirent en Suisse l’influence du gouvernement français, ce fut du moins au profit de la liberté.
Quoique l’issue définitive de la lutte n’appartienne qu’à l’année 1847, quelques explications deviennent actuellement nécessaires.
Depuis 48ÎIO, il s’était formé en Siiisse deux partis politiques, (pii correspondaient assez exactement aux conservateurs et aux radicaux de la France. Les conservateurs
suisses, composés de la haute bourgeoisie , formaient une oligarchie possédant toutes les influences dans le gouvernement, dans les élections et dans la direction générale des affaires. Ce qui ajoutait à leur pouvoir, c’est que leur