CHAPITRE VI
domination se concentrait dans des iocalités (Hroites , et j)csait d’autant plus lourdement sur chacun. En effet, la constitution de 1815, réglée par le traité de Vienne, avait fait do la Suisse une association de vingt -deux cantons, complètement indépendants les uns des autres, en ce qui regarde leur gouvernement intérieur, et restant sur leur territoire respectif souverains dans ha pleine acception du mol. Ce n’était pas un seul pays, mais vingt-deux pays assis les uns h côté des autres, et , comme il arrive à toutes les petites contrées indépendantes , beaucoup plus divisés par leurs rivalités que réunis par le lien fédéral. En effet, ce lien ne consiste qu’en un conseil exécutif commun, changeant de main et de direction; chacun (les principaux cantons est successivement a]>pelé à être vorort ou canton directeur. Pendant le temps qu’il est investi de ce titre, le gouvernement particulier du canton directeur devient le conseil exécutif de la Suisse en- .tière, et se trouve chargé , en conséquence, des communications officielles du corps helvétique avec les puissances étrangères.
Cet état de morcellement et de rivalité était vivement critiqué par les radicaux, qui aspiraient à créer une forte et puissante unité devant donner à tous les citoyens une patrie commune, et à la patrie une imposante attitude. La révision ou le maintien de la constitution était donc le thème général des discussions politiques entre les radicaux et les conservateurs. Une autre cause profonde de division naissait (les querelles religieuses. Certains cantons étaient presque entièrement catholiques, d’autres presque entièrement protestants; quelques-uns, enfin, partagés entre les deux religions: et comme il arrive lorsque deux croyances se trou-
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vent en fiice Tune de l’autre avec des forces à peu près balancées, il y avait de part et d’autre intolérance, jalousie, haine invétérée.
Les dissidences religieuses devaient nécessairement se mêler activement aux querelles politiques. Les protestants se prononcèrent pour la réforme et l’unité, les catholiques pour la conservation et le fédéralisme. Ainsi, d’une part, protestantisme, unité et liberté ; d’autre part, catholicisme, fédéralisme et oligarchie : telles étaient les questions qui divisaient la Suisse entière et la remuaient dans toutes ses profondeurs sociales. Lord Palraerston donnait son appui k la première cause, MM. Guizot et de Metternich étaient les protecteurs de la seconde.
Pendant plusieurs années, les partis luttèrent avec des succès balancés. Le morcellement môme du pays retardait une solution définitive. Car, pendant qu’un parti gagnait du terrain dans un canton, il en perdait dans l’autre; les inlluences se succédaient et se modifiaient selon le bon emploi ou ïes abus de la victoire. Cependant, dans toutes les luttes électorales et politiques, il arrivait nécessairement que les corps catholiques, constitués en association, avaient de grands, avantages par leui' influence et leur discipline. Aussi les nombreux couvents établis dans le pays étaientils considérés par les protestants comme les foyers les plus dangereux des opinions hostiles. A l’association monacale, on voulut opposer une force de môme nature, et il se forma, dans plusieurs cantons, des sociétés politiques de radicaux, qui s’appelaient corps francs. Par une espèce d’engagement mystique , les membres des corps francs se promettaient mutuellement appui en toute occasion, et juraient de se consacrer au triomphe de la cause politique qu’ils
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OHAPITKR VI.
avaient embrassée*. Armés pour la plupaii et j>leins do résolution, obéissant à des chefs nommés par eux, ils auraient pu prendre dans la lulle une influence irrésistible, si des prédications exaltées et des excès, inséparables do leur organisation même, n’avaient éloigné d’eux la foule toujours nombreuse des timides et des modérés.
Tel était l’état des choses, lorsqu’en 1841 , les élections appelèrent les radicaux au pouvoir dans le canton d’Argovie , canton mixte où les deux religions sont en force à peu près égale. Le premier usage qu’ils firent de leur autorité fut de sévir contre les moines des couvents d’Argovie , à raison des troubles qu’ils avaient excités dans le canton, et de prononcer la suppression des établissements religieux. Aussitôt les cantons catholiques firent entendre d’énergiques protestations, et pour répondre à un acte qu’il considérait comme une déclaration de guerre à la religion romaine, Lucerne aj)pela chez lui les jésuites. Ce fut au tour des protestants à |)0usser des cris de colère : la présence des persécuteurs les plus acharnés de leur religion annonçait assez que la lutte allait i)rendre un caractère implacable; et le premier résultat de la détermination de Lucerne, fut de remplacer la querelle des couvents par la querelle des jésuites.
Ce fut le signal tle la guerre civile. Les corps francs faisant un appel à leurs affiliés', se réunirent au nombre (le huit mille hommes armés, et pénétrèrent avec douz(‘ pièces de canon dans le canton de Lucerne. Mais celui-ci avait pris ses dispositions : soutenu par les autres cantons catholiques, il o})posa aux envaliisseurs des masses imposantes; les corps francs, commandés tuir Ochscnbeiii , furent mis dans une déroute complète , et leur roalheu-
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rousc oxpinlilion ne servit (ju’à »Tiigmenler l’audace du ]>arti catholique.
fl résolut de profiter de cette victoire pour rallier
toutes ses forces au nioven d’une confédération inili-
taire qui pourrait peut-être lui assurer dans la suite la suprématie en Suisse. Sous l’inspiration des jésuites, sept cantons catholiques, Lucerne, Uri, Schwitz, ünterwalden, haut et bas, Zug, Fribourg et le Valais firent une alliance dont le but était en même temps une protection mutuelle en cas d’attaque, et la défense opiniâtre de la constitution de i815. Ils appelèrent leur ligue alliance des cantons fidèles au pacte; les radicaux lui donnèrent le nom de Sonderbund.
Le traité fait à Lucerne, le II décembre 1845, était ainsi libellé :
« 1° Les cantons de Lucerne, Uri, Schwitz,Unterwalden, haut et l>as, Zug, Fribourg et Valais , prennent , pour le cas où l’un ou plusieurs d’entre eux seraient attaqués, et en vue de défendre leurs droits de souveraineté et territoriaux, l’engagement de repousser l’attaque en commun et par tous les moyens à leur disposition, en conformité du pacte du 7 août 1815 et des anciennes alliances.
« 2° Les cantons s’entendront sur la manière la plus convenable de se tenir mutuellement au courant de tous
les événements.
« Au moment où un canton obtient l’avis certain qu’une attaque doit avoir lieu ou qu’elle a déjà eu lieu, il doit être envisagé comme requis en conformité du pacte, et obligé de mettre sur pied le nombre de troupes nécessaire, selon les circonstances, sans attendre la réquisition officielle du canton respectif.
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