CHAPITRE VllI. ai
ragement pour les ambitions rivales, et une puissante arme de guerre pour les ennemis de la couronne.
Le discours de M. Duvergier de Hauranne fut le développement et le commentaire do sa brochure. A vrai dire, la réforme, telle qu’il l’entendait, pouvait engager une vive controverse. Pour lui, il ne s’agissait guère d’une question de droit, mais d’une question de. circonstance, de politique plus ou moins mauvaise. Il voyait le gouvernement représentatif faussé dans ses ressorts, la chambre remplie de fonctionnaires et devenue inerte, le corps éleo toral corrompu et sans volonté propre ; et, sur ces ruines, la couronne souveraine et toute-puissante. One voulait-il par sa réforme? Rendre à la bourgeoisie le terrain qu’elle avait perdu et rétablir à son proüt l’équilibre constitutionnel des pouvoirs. C’était donc une lutte d’influences plutôt qu’une lutte de principes, une question de méthode bien plus qu’une question de droit, et il y avait loin de ces timides expédients aux doctrines radicales qui invoquaient le suffrage pour tous, comme appartenant réellement à tous. Les radicaux demandaient l’abolition du privilège électoral ; M. Duvergier de Hauranne en demandait l’extension. Sur ce terrain, S>es adversaires avaient beau jeu; car la controverse se réduisait à des appréciations de faits qui offraient des arguments à tout le monde, et, en demandant simplement une concession, on autorisait le ministère à la refuser.
Cependant, aux premiers jours de la discussion, les ministres gardaient le silence; ils abandonnaient la tribune aux conservateurs émérites qui n’avaient rien à compromettre, MM. de Golbéry, Liadières, d’Haussonville. 11 fallut une sommation publique pour les appeler à se prononcer.
âl6 HISTOIRE DE HUIT ANS.
« Au troisième jour de cette discussion, dit M. Billault, nous éprouvons, je l’avoue, une certaine curiosité ; c’est celle de savoir quelle sera en définitive l’attitude du cabinet visnà-vis de sa majorité. Je me rappelle que, dans la session dernière, quand un débat analogue se présentait, M. le mi- , uistre de l’intérieur et M. le ministre des affaires étrangères | montaient à la tribune avec l’empressement qui caractérise j une ferme résolution. Mais aujourd’hui je ne sais si cela tient à quelques événements imprévus, à quelques embarras personnels, à des exigences, à des promesses faites à des électeurs, toujours est-il certain que l’attitude est plus réservée ; mais cette attitude elle-même est significative. » Démontrant ensuite la nécessité de la réforme électorale par la situation morale et politique du corps électoral luimême, l’orateur fit une vive peinture des abus inhérents au système actuel. Avec les exigences de l’électeur influent sur le député, du député sur le ministre, l’électorat n’était plus une fonction ni un droit, mais une exploitation, une ferme, un instrument de fortune. Quant au gouvernement, tous ces abus le trouvaient ou complice ou impuissant.
<( Depuis sept ans, s’écriait l'orateur, le ministère dure ; depuis sept ans qu’a-t-il fait? Rien. A quoi a-t-il été uniquement occupé? A vivre, à se maintenir! Pour toute autre chose, qu’on n’en parle pas! 11 n’a rien fait. On vit, oui, mais le pays n’est pas gouverné. Ce progrès moral, ces réformes politiques dont parlait M. Guizot h Lisieux, qu’on nous les montre ! Où sont-ils? »
M. Duchâtel ne répondit que par un appel à l’égoïsme de la chambre. La prise en considération était la dissolution de la chambre. Conservez-vous, disait le ministre, en nous conservant : argument bien supérieur à toutes les