‹ Révolution militaire du 2 décembre 1851: précédée de "la Vérité quand même àChapitre 25 sur 54 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Mardi 1

Depuis plusieurs jours je ne me réveillais jamais qu'avec la pensée fixe, irrésistible en quelque sorte, d'apprendre le coup d'État dont je prédisais, provoquais même, j'ose le dire, l'accomplissement depuis bien des mois, tant je le croyais imminent, indispensable dans la situation politique du pays; car, pourrie d'égoïsme, de sybaritisme et de couardise, comme l'a été la société sous le règne corrupteur de Louis-Philippe, il lui eût été physiquement impossible de tenir tête à l'orage de 1852 : la jacquerie l'eût dévorée, et le socialisme, avec toutes ses saturnales, surgissait triomphant du milieu de ses décombres et de ses cendres.

Le mardi 2 décembre, je sortis donc de chez moi à

huit heures du matin pour aller aux nouvelles et parcourir les journaux.

Le calme le plus parfait régnait partout sur mon passage, depuis le quai de Montebello jusqu'au Pont- Neuf; là seulement j'aperçus huit à dix personnes groupées à l'entour de la colonne vespasienne la plus rapprochée de la rue Dauphine et lisant en silence trois énormes placards imprimés sur papier blanc et en assez gros caractères.

Je me mêlai au groupe» et je lus sinon avec surprise, du moins avec une certaine émotion, je l'avoue, ces trois placards, réalisation de mes vœux et de mes efforts de longue date, et dont chaque jour je déplorais hautement la trop tardive exécution.

Je m'attachai d'abord à la lecture de la remarquable proclamation à l'armée que voici, et j'en augurai bien, car elle résumait, avec une rare habileté, tout ce que je n'ai cessé d'écrire ou de répéter pour l'armée depuis vingt ans :

PKOGUMATION DU PRÉSIDENT DE U EÉPUBUQUE ▲ L'ARMÉE.

« Soldats!

(c Soyez fiers de votre mission, vous sauverez la patrie, car je compte sur vous, non pour violer les loisl mais pour faire respecter la première loi du pays, la souveraineté nationale, dont je suis le légithne représentant.

(( Depuis longtemps vous souffriez comme moi des obstacles qui s'opposaient et au bien que je voulais Yous faire et aux démonstrations de vos sympathies en ma faveur.

« Ces obstacles sont brisés. L'Assemblée a essayé d'attenter à l'autorité que je tiens de la nation entière ; elle a cessé d'exister.

(( Je fais un loyal appel au peuple et à l'armée, el je leur dis : Ou donnez-moi les moyens d'assurer votre prospérité ; ou choisissez un autre à ma place.

<K En 1830 comme en 1848, on vous a traités ea vaincus. Après avoir flétri votre désintéressement héroïque, on a dédaigné de consulter vos sympathies et vos vœux, et cependant vous êtes l'élite de la natien. Aujourd'hui, en ce moment solennel, je veux que l'armée fasse entendre sa voix.

a Votez donc librement comme citoyens; mais, comme soldats, n'oubliez pas que l'obéissance passive aux ordres du chef du gouvernement est le devoir rigoureux de l'armée, depuis le général jusqu'au soldat. C'est à moi , responsable de mes actions devant le peuple et devant la postérité, de prendre les mesures qui me semblent indispensables pour le bien public.

« Quant à vous, restez inébranlables dans les règles de la discipline et de Thonnéur. Aidez, par votre attitude imposante, le pays à manifester sa volonté dans le calme et la réflexion. Soyez prêts à réprimer toute tentative contre le libre exercice de la souveraineté du

peuple.

ce Soldats, je ne vous parle pas des souvenirs que mon nom rappelle. Ils sont gravés dans vos cœurs, Nous sommes unis par des liens indissolubles. Votre histoire est la mienne. Il y a entre nous dans le passé communauté de gloire et de malheur; il y aura dans l'avenir communauté de [sentiments et de résolutions pour le repos et la grandeur de la France. »

Je lus ensuite la proclamation suivante que devaient sanctionner trente jours plus tard sept millions cioq cent mille suffrages, triomphe phénoménal sll en fut :

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