CHAPITRE XIX
Jeadi 4 Décembre, 9 heures da matin.
Sorti de chez moi, à 8 heures du matin, je commençai, comme la veille, mon inspection par la place i« l'Hôtel-de-Ville ; mon attention fut d'abord attirée parla proclamation du ministre de la guerre qui rappe- ^"^^ eii termes énergiques que, d'après les lois de l'é-
— isolât de siège , tout individu pris les armes à la main, défendant ou construisant une barricade, serait fusillé,
Il rendait aussi complices des insurgés, les porteurs! de fausses nouvelles.
Cette proclamation a dû faire tomber à l'avance plus d'une arme des mains des émeuliers, car ces héros n'entendirent jamais encore pareil langage. Elle était affichée sur les murs du poste même de la garde républicaine, établi sur le quai aux Fruits, et je remarquai avec plaisir que le poste était fermé et les soldats rentrés à leur corps.
Ainsi que je l'ai dit plus loin , le plan du général Magnan était de laisser l'armée socialiste prandro ses positions et dessiner ses lignes pour pouvoir ensuite la combattre par un mouvement convergent de toutes ses brigades, de manière à l'envelopper dans un réseau de fer et à l'écraser partout à la fois.
A cet effet , toutes les troupes quittèrent leur^ casernes, ou leurs bivouacs, vers une heure pour se rendre à leurs positions respectives de combat.
La brigade Bourgon se dirigea vers la porte Saint- Martin, en débouchant sur le boulevart par la rue du Faubourg-Poissonnière.
La brigade de Cotte se massait sur le boulevart des Italiens, ayant derrière elle la brigade Canrobert.
Ces deux brigades devaient être appuyées par les deux régiments de lanciers du général Reïbell, qui se formèrent en colonnes par pelotons dans la rue de la Paix.
 la tète de cette formidable colonne d'attaque, se trouvait le général de division Carrelet.
Un escadron du 1*' régiment de lanciers lui servait dVclairours, et cet escadron était lui-même protégé à gauche par des chasseurs h pied , h droite \mr des gend;irmc»s mobiles. Celle solide avant-garde, dont le commandement fut confié au colonel de Rochefort, avait pour mission spéciale de balayer les boulevarts de tous les curieux qui, malgré Vams du général de Saint- Arnaud, généraient encore les mouvements stratégiques de l'armée.
Pendant ce temps le général Dulac, avec une partie de sa brigade de réserve, partait du Carrousel pour aller occuper sa position centrale de la Poinle-Saint- Eustache, en face même de Tarmée ennemie, concentrée, en ce moment, entre les rues de Rainbuleau, Montorgueil, Saint-Denis, Saint-Martin et du Temple, ayant ses postes avancés sur les boulevarts et ses vedettes aux débouchés des quais et dos abords de THôtelde- Ville, étendant son aile droite dans le faubourg Saint-Martin, qu'elle occupait en forces.
Pendant que le général Carrelet faisait exécuter ces dispositions à ses cinq brij^ades, le général Levasseur formait ses colonnes d'attaque sur la place de l'Hôtelde- Ville, quartier général de sa division.
De sa personne il se mettait à la tête de la colonne chargée de parcourir dans toute sa longueur, jusqu'au ■Châleau-d'Eau, la rue du Temple et ses annexes, pendant qu'il confiait au général Herbillon le comman-
dément de la colonne chargée de l'attaque de la rue Saint-Martin, en marchant parallèlement à celle du général Levasseur'.
La colonne du général Levasseur était disposée ainsi qu'il suit :
Une section du génie, précédée d'une avant-garde.
Une pièce d'artillerie, flanquée à droite et & gauche de trois compagnies de chasseurs du 9® bataillon , sous . les ordres de leur chef de bataillon, M. Auzouy.
Le 2® bataillon du 6® léger, sous le commandement du colonel O'Keffe et de son chef de bataillon Rosay. Le bataillon était précédé des sapeurs du régiment.
Le 2® bataillon du 3® de ligne, sous le commandement supérieur du lieutenant-colonel de Saint-Andéol et de son chef de bataillon Martin jeune. Ceite colonne formait environ 1,200 combattants.
La colonne du général Herbillon était composée :
D'une section du génie, précédée d'une avant-garde.
D'un obusier flanqué de trois compagnies du 9* bataillon de chasseurs à pied.
Des 1*' et 3® bataillons du 3* de ligne, sous le commandement supérieur de leur colonel, M. Chapuis, et sous les ordres directs des chefs de bataillon Martin aîné et Suderie. Cette colonne était d'une force égale à la première.
Toutes deux quittèrent la place de l'Hdtel-de- Ville vers deux heures, et se séparèrent à la coupure de la rue du Temple et de la rue de Rambuteau.
Le général Levasseur continua à marcher dans la rue du Temple pour atteindre le boulevart. Le général Herbillon se dirigea vers la rue Saint-Martin, où il devait renverser tout ce qu'il rencontrerait.
De son côté le général Marulaz, après avoir laissé le 19« léger et une section de sa batterie sur la place de la Bastille, pour y observer le faubourg Saint-Ântoin» et la ligne du boulevart qui longe le canal; le général Marulaz se rendait à la tête du 44® de ligne et de sa seconde section d'artillerie sur la place du ChAlelet pour attaquer la rue Saint-Denis par cette extrémité, pendant que le général de Cotte l'attaquerait de front par le côté opposé.
En même temps, de Vincennes partait le général de Courtigis à la tête de sa brigade pour venir prendre position au rond-point de la barrière du Trône.
Quoi qu'il en soit des obstacles que présentaient certaines dispositions d'ailleurs très -habilement prises, l'armée fera son devoir et par son élan comme par sa discipline , par sa valeur éprouvée , comme par son impatience de venger ses affronts de 1830 et surtout ses cruelles humiliations de 1848 , gare à tout ce qui va tenter de lui barrer le passage lorsqu'elle recevra l'ordre de se porter en avant!...
Le combat sera terrible et vigoureusement dirigé, car si tous les soldats sont braves et animés du désir d'une revanche éclatante, jamais peut-être armée ne fut commandée par des généraux et des chefs de corps plus énergiques, je dirai presque plus crânes et plus pro-
digues de leur personne sur un champ de bataille. Lié^de vieille date avec la plupart dVnIre eux, personne plus que moi peut-être n'est à même de les apprécier et de rendre à tous la justice qu'ils méritent, et j'ose dire que ce ne fut pas l'un des témoignages les moins positifs de l'habileté comme de la réalisation prochaine des projets du prince Louis-Napoléon, que la réunion de pareils chefs militaires à la tête de pareils corps, qui presque tous avaient fait la guerre d'Afrique et le siège de Rome.