‹ Révolution récente dans la facture d'orgueChapitre 33 sur 50 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

OU EN SOMMESsNOUS AUJOURD'HUI ?

Jetant un regard en arrière sur le chemin parcouru, nous voyons que l'orgue moderne est un instrument tout à fait différent de celui du X1X« siècle, les vergettes, les poids sur les soufflets, toute la cohorte des jeux à sonorité maigre et floue ont disparu. A leur place, nous avons des jeux d'un caractère plus musical, tout en ayant plus de puissance, et d'un maniement parfait et facile, nous trouvons de nouveaux jeux à sonorité orchestrale, dont quelques uns imitent le quatuor à cordes. Enfin les jeux transmis et dédoublés présentent infiniment plus de ressources avec un instrument beaucoup moins volumineux que les anciennes orgues.

Dans son Hatidbook Of the Organ (page 24), J. Malthews nous dit qu'il ne peut pas y avoir de limite dans la construction des orgues ; si le violon nous fascine par sa perfection, l'orgue y arrivera aussi par tout ce qui peut s'y faire encore, car la science transforme rapidement l'orgue moderne en un instrument très expressif. Les effets d'orchestre et les crescendo d'une énorme puissance, possibles sur les orgues du type décrit ci-dessus, la double touche, les nouvelles méthodes de créer des sons comme dans le diaphone, la facilité avec laquelle toutes les ressources d'un instrument puissant peuvent être placées instantanément sous les doigts de l'exécutant, constituent un domaine dont ni Bach, ni Haendel n'ont pu rêver.

ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 127

Aussi la tendance des meilleurs constructeurs modernes est d'augmenter encore le caractère orchestral de ces orgues en y ajoutant des carillons et d'autres instruments à percussion. W. T. Best, un des plus grands exécutants qui ait jamais existé, déclarait à un ami de l'auteur demandant pourquoi il n'avait jamais joué l'Ouverture du Tannbauser. « Je considère son exécution à l'orgue impossible d'une façon convenable, et cependant j'y ai longtemps songé ». Actuellement beaucoup d'organistes trouvent qu'il est possible d'interpréter cette Ouverture et l'auteur tout le premier « plaide coupable. » Le D"- Peace a joué ce morceau à l'inauguration de l'orgue de M. White à Ballruddery et a déclaré que les effets, imitant le quatuor, réalisés dans cet instrument étaient une ressource particulière pour les transcriptions wagnériennes. Le D"" Bédart dans une très intéressante étude sur l'orgue moderne {Musical Opinion, 1910) a fait judicieusement remarquer qu'il reste à écrire pour ces nouveaux instruments de la musique nouvelle.

Tout en considérant que l'orgue est surtout associé aux cérémonies religieuses, un nouveau champ lui est ouvert dans les salles de concerts, les théâtres, les auditoriums, les collèges, les salles de bals, les hôtels, les promenades publiques, les casinos au bord de la mer, et cela non seulement comme un simple auxiliaire de l'orchestre, mais souvent dans le but de le remplacer. Les récitals d'orgue du dimanche soir au « Collège of the City » de New-York, sont suivis par plus de deux mille cinq cents personnes et beaucoup ne peuvent trouver la place. En 1909, à Océan Growe, les récitals d'orgue ont fait une recette quotidienne de 2000 francs (400 dollars).

Dans les Palace-Hôtels de Nev^^-York et d'autres villes on a mis des orgues ; en ce moment-ci on fait des plans d'un orgue destiné à une jetée-promenade ; les tuyaux seront au-dessous du niveau de la mer, et les sons seront dirigés là où l'on aura besoin ; des calorifères avec thermostats maintiendront l'orgue à une température constante.

Les organistes américains ont tellement bien fait sentir qu'il fallait une étude spéciale pour apprendre à jouer ces nouveaux instruments, que l'Université de New- York a trouvé la question d'une importance suffisante pour justifier la création d'une Classe de Hope-Jones Unit Orchestra.

Parmi ces innovations notre revue serait incomplète si on ne mentionnait pas les appareils automatiques. Quand on entend un Welte Mignon Pianista, il est difficile de ne pas croire qu'un pianiste habile est assis devant les claviers. La durée exacte de la note, la vigueur d'attaque sont enregistrées et reconstituées d'une façon tout à fait exacte, et l'appareil arrive à reproduire, avec une différence inappréciable, la puissance avec laquelle l'exécutant a enfoncé les touches.

Le premier de ces éléments, la durée de la note est directement reproduite d'après l'artiste au moment où il joue, le second de ces éléments, la puissance sonore, est ensuite retouchée, soit par l'artiste lui-même, soit par de bons musiciens qui ont noté les particularités de son jeu ; comme résultat, on obtient une reproduction fidèle de l'interprétation donnée par l'artiste. Dans le cas de l'orgue, la pression sur les touches n'a pas besoin d'être notée ni reproduite, mais il nous faudra enregistrer l'orchestration et les différentes nuances des crescendo et des diminuendo, si nous voulons assurer une reproduction exacte du morceau que l'artiste aura joué sur l'orgue.

Les appareils automatiques sont maintenant adjoints à beaucoup de grandes orgues, certains d'entre eux sont semblables au pianista et font mouvoir soit les touches, soit le mécanisme actionné par les touches du clavier ; c'est un peu élémentaire et le résultat reste un peu mécanique et même insuffisant, on ne peut faire jouer qu'un seul clavier (i); la registration, les boîtes expressives, les pédales ne sont pas actionnées. L'Eolian C» de New-York, il y quelques années, a introduit ce qu'elle appelle la double flûte de Pan (double tracker bar), dans cette disposition, les trous de la flûte de Pan sont plus petits que ceux des pianistas, et disposés sur deux rangées commandant chacune un clavier manuel.

Tous les numéros pairs correspondent à la rangée inférieure, tous les numéros impairs à la rangée supérieure, si le papier se déroule bien exactement, le système de l'Eolian permet

(i) En igo7, Puget en combinant les c Solo attachements » dans l'orgue à trois clavier*, de M. J. Boittiaui, à Lille, a montré, ique, même en utilisant des rouleaux ordinaires pour piano, on pouvait obtenir à l'orgue des effets orchestraux très réussis, en faisant chanter en Pédale-solo et en Récit-solo, des jeux différents de ceux tirés au G. O. pour l'accompagnement. Les effets ainsi réalisés sont encore plus variés avec des jeux et des accouplements à l'unisson et à l'octave, divisés en dessus et en basses, tels que le traducteur tes a lait mettre dans son oiguc d'étude. — D» G. B.

Page 1