‹ Révolutions de Constantinople en 1807 et 1808: précédées d'observations générales sur l'état (volume 2)Chapitre 4 sur 14 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

qui eurent lieu entre les descendants de cet infatigable conquérant. — Profitant de ces désordres , les Russes reprirent courage ; ils reconqui-* rent peu à peu leurs anciens domaines, et ne tardèrent pas à les agrandir sous leur glorieux czar Ivan-^Basilides.

Les prêtres, en excitant et en entretenant lenthousiasme du peuple contre ses oppresseurs ,

qui de païens étaient devenus musulmans , coopérèrent à la délivrance de leur patrie et obtinrent de la reconnaissance des souverains de grands privilèges , qu'ils cherchèrent à agrandir par la suite aux dépens de leurs bienfaiteurs.

Les strelitz, en formant un corps permanent d'infanterie régulière , battirent la cavalerie tartare, ajoutèrent les royaumes de Casan et d'Astracan aux anciennes possessions de la Russie» et devinrent le principal appui et la gloire de cet empire.

Les troubles excités par la conduite tyrannîque de l'usurpatenr Boris-Godonow , par l'extinction de la famille souveraine et par les prétentions des

PRÉFACE. xi

f uatre tmx Démétrius , relâchèrent les liens d a* mour et de respect qui unissaient les sujets à leurs souverains..

Les prêtres , qui avaient mis en avant plusieurs de ces faux Démétrius ^ dont un avait été moine, profilèrent de ces troubles pour augmenter leurs richesses et leur influence , et prétendirent bientôt que l'autorité du patriarche était au moins égale à celle du czar.

Les strelitz, courtisés tour à tour pas ces usurpateurs, qu'ils servaient ou abandonnaient suivant leurs caprices et leurs intérêts, devinrent remuants , exigeants et séditieux.

L'extinction de la famille souveraine avait £dt naître les prétentions de plusieurs princes étran^ gers. Ladislas , fila du roi de Pologne SigismondlII, était soutenu par un puissant parti qui l'appelait au trône. Les provinces voisines de la Suède avaient offert la couronne à un frèise de Gustave- Adolphe.

Mais les Russes , repoussant ces prétendants

Xîj BRÉFACR

qui auraient pu les soumettre par la suite à un^ domination étrangère» aimèrent mieux choisir parmi eux un prince qui fût cligne de les com-< mander. Le choix tomba sur Michel Romanow* fils de larchevéque de Rostou » et allié par le^ femmes aii% anciens czars.

C'est à cette famille que la Russie doit la fia de ses malheurs» ainsi que sa régénération» ^ puissance et sa gloire.

Le nouveau czar Michel Romanow n'eut pas à souffrir des prétentions du clergé et des excès des stre|itz subordonnés aux prêtres , parce que l'archevêque de Rostou, son père, devenu patriarche , lé dirigea par ses conseils et employa $on immense influence et ses richesses à affermir sa femille sur le trône de Russie.

Mais Alexis , fik de Michel , ne trouva pas 1© même appui dans le patriarche Nicon. Celui-ci» moine austère et prêtre ambitieux , ne cessait de déclarer qu'il était le chef de l'autorité spirituell0 comme le czar l'était de l'autorité temporelle, et pxétendait que commie la religion se trouvait ioh

^FRÉFACB. xut

téressée dans les opérations importantes du gou«

Ternement, on ne pouvait pas faire sans lui la

paix ou la guerre ou établir les lois générales et les impôts.

IVicon, victime de son orgueil excessif et do son avarice, qui lui avaient fait des ennemis dans son propre corps, fut déposé. Mais Alexis, tour^ mente par des guerres étrangères , eut sans Cesse à lutter pendant son règne contre les prétentions du clergé et les excès de ses soldats. — Sentant qu'il ne pourrait jouir d une autorité indépen* dante , qu'en disciplinant ses troupes et en civilisant sa nation , il dirigea toutes ses opérations vers ce but régénérateur.

Fédor son fils, prince très-éclairé, suivit les traces d'Alexis. Mais étant d'un tempérament faible et valétudinaire , il ne fit que paraître , et laissa le sceptre à son frère Pierre, à l'exclusion de son autre frère Ivan, qui [était plus âgé. Ivan presque privé de la vue et de la parole, et sujet à des convulsions, était plus propre i déshonorer un trône qu'a l'occuper.

xîv PRÉFACE..

Le czar Pierre Alexiowitz , âgé de dîx ans , ne pouvait pas encore exercer par lui-même Fauto— rite souveraine que Fédor son frère lui avait laissée. Des parents de sa mère Narishkin aspirèrent à la régence. Mais Sophie, sœur du monarque . princesse éclairée , intrigante et ambitieuse , résolut , non d'être régente , mais de régner avec ses deux frères.

Les prêtres , gagnés par elle , favorisèrent se» vues- Les strélitz furent les instruments sangui* naires de son ambition. Les Narishkins pérÎFent avec leurs partisans ; dTiorribles excès furent commis par cette soldatesque licencieuse ; le testament de Fédor fut cassé, et Sophie, associée aux czars Ivan et Pierre , obtint les honneurs et Fexercice de la souveraineté.

Pierre , parvenu à 1 âge de dix - sept ans , annonce qull veut gouverner par lui-même.

Sophie et son favori Galitzin s'effraient , et chargent six cents strélitz d'arrêter et de massacrer ce jeune prince. Pierre, averti à temps , se sauve, convoque les boyards attachés à sa famille , gagna

PRÉFACE. xf

plusieurs chefs des strélitz , forme un petit corps <f armée, caresse le clei^é et marche sur Moscou. Sophie est renfermée dans un monastère , Galitzin est exilé et perd son immense fortune, qui est confisquée au profit de la couronne ; Ivan continue à figurer sans danger dans les actes publics , et Pierre commence à tenir d une maio vigoureuse les rênes de TÉtat.

Ce monarque , convaincu par le souvenir des orages politiques qui avaient accompagné son enfance, et par les dangers personnels qu'îl venaît de courir , de la nécessité de civiliser sa nation, d abaisser les prêtres et de contenir les strélitz , pour affranchir l'autorité souveraine , adopta les vues de son père Alexis , et commença à les exécuter avec une ardeur et une feripeté conformes à son âge et à la force de son caractère.

Mais pour instruire et civiliser sa nation, il fallait que Pierre commençât par s^instruîre et se former lui-même ; car son éducation avait été y entièrement négligée par sa sœur Sophie, qui avait espéré le gouverner ou n'en avoir rien à

xvj P&ÉFACEw

craindre , en lui permettant de s'àbàndomier à ses passions fougueuses et de croupir dans une honteuse ignorance. L'histoire des rois n offre pas un exemple semblable à. celui que donna Pierre-le-Grand dans cette circonstance.

Pierre commence ses études à Fâge où les autres hommes ont coutume de les finir. Ne trouvant pas dans ses États des moyens suffisants d'instruction, et convaincu que dans un pays à régénérer, lé monarque doit servir d'exemple vivant et de modèle à ses sujets , il quitte son empire, se cache sous un nom supposé, parcourt l'Europe sans faste pour mieux la connaître et s'éclairer , se mêle à toutes les classes , voit tout, observe tout, et non contint des connoissances théoriques qu'il acquiert » il se fait même ouvrier afin de devenir le directeur util© de ses nouveaux établissements.

Ne pouvant travailler à abaisser l'autorité du patriarche et du clergé, avant d'avoir réussi à contenir les strelitz qui étaient leur principal soutien , 41 transforme les deux compagnies des

PftÉFÀCC. xvi^

préobasnidcy et des semenousky qu'il âvdit eues auprès de sa personne avant la chute de la priacesse Sophie, en deux régiments des gardes, or* gantse deux corps composés en grande partie d'étrangers , qu'il fait commander par Gordon et le Fort, l'un Anglais et Fautre Genevois, et envoie les strelitz sur les frontières, du côté de la Xithuanie et de la Crimée , sous le prétexte d« les défendre contre les Polonais et les Tartares qui menaçaient l'empire d'une invasion.

r Ces sages mesures sauvèrent la Russie ; car tan«" dis que Pierre-le--Grand voyageait pour s'instruire et éclairer sa nation , les partisans du fanatisme et de la barbarie travaillaient sourdement pour faire ayorter ses projets. La princesse Sophie, tourmentée par la passion de régoer , s'entendit avec les prêtres» intrigua avec les vieux boyards, noiécontents des réformes, et souleva I^ strelite. .

Ces soldats séditieux marchèrent en tumulte

sur Moscou pour rétablir Sophie sur le trône ;

mais vaincus et dispersés par les troupes étran*

xvii| F&EFAGE*

gères de le Fort et de Gordon , ils furent enfin

pris et jetés dans les prisons.

Pierre, arrivant à la hâte, punit les principaux coupables et pardonna à Sophie , qu'il aurait fait périr , s'il avait été aussi cruel par caractère qu'il Ta été quelquefois par politique. Mais il fut sévère et inexorable envers les strelitz. Après avoir aboli par un ukase ce corps si long-temps formidable à l'autorité souveraine , il fit pendre ou décapiter environ deux mille de ces soldats rei>eUes , et exila le reste en IKbérie.

La politique lui défendait d'avoir des mena* gements pour cette soldatesque , aussi vile et lâche dans le malheur, qu'insolente et séditieuse dans

la prospérité. Le moment était favoraUe. Les strelitz efik*ayés ne savaient que se prosterner et s'avilir devant leur monarque irrité ; ils deman-« datent grâce ; mais cette ^race aurait été une grande faute politique. La conduite sévère de Pierre-le-Çrand à leur égard les fit disjiaraitre à jamais* ,

La dbiute des strelitz entraînait celle du clergé.

l'&ÉFACE. xoL

N ayant plus pout* eût, Tappni des soldats , les prêtres durent céder aux volontés du monarque. La dignité patriarcale fut abolie. Les immenses domaines des patriarches , qui rendaient ces pon^ tifes redoutables à leurs souverains, furent an-** nexés aux biens de la couronne , et servirent â soudoyer les nouvelles troupeéi , qui protégeaient les réformes et les nouvelles iastitutions.

Les Russes , plus asiatiques qu'européens /conr servaitot encore en grande partie le costume des Tartares , l'habit lopg et la barbe. Pierre - le«- Grand les pbligea à s^habiller comme les peuples auxquels il voulait les assimiler. Convaincu que la forcée d'un monarque légitime n^est grande ^'autaût que âes su|ets jouissent de leurs droitii d'hcnximes et de citoyens, il^ jabolit le mot e*-* dave ^ que prenaient les Russes en s'adressant à leur souverain, et commença dans ses propres domaines 1 affranchissement des paysans.

Toutes sç?entrepr4se$r9€ico0dé/es|iar Tétendue et la profondeur de sofii génie , par le zèle de ses serviteurs , qu'il savait choisir et qu'il prenait

SX PRÉFACE,

indistinctement dans toutes les classes (1)9 et parmi toutes les nations; et enfin ^ par la persevérance iqébranlable et par rinflexibilité de son caractère, ont été couronnées du plus grand succès. Des établissements immenses, dignes d'être mis en parallèle avec ceux, du même genre que les nations les plus riches et les plus éclairées de l'Europe ont exécutés peu à peu , parurent sortir tout à coup du néant à la voix créatrice de ce monarque régénérateur. L'agriculture perfectionnée servit à accroître la population et le bienêtre général. Le commerce , favorisé par de nouveaux débouchés tant extérieurs qu'intérieurs, fit naître l'industrie et les richesses. Le Volga fxA Uni à la Neva par des caïiaux de communication» Les nouveaux ports d'Asoph et de Saint-Pétersbourg permirent au pavillon russe, jusqu'alors inconnu, de flotter sur la Baltique et

(1) Menzikoff 9 qui de garçon pâtissier devint prince et général d'armée, f ut le plus zéié , le plus iatelligeat ftt le plus utile des coUaborateurs d^ Pierre-le^Grand»

PRÉFACE. xs|

sur la mer Noire. La Russie n afait pas un bâti<ment armé avant le règne de Pierre , et en peu d'années les escadres russes battirent ceUes de la Suéde*

Soixante mille Russes avaient été Vaincus et obligés de mettre bas les armes , â la bataille de IVarva , par huit mille Suédois sous les ordres de Charles XII. Les armées russes , formées à la discipline la plus sévère et constamment exercées 4 86 perfectionnèrent peu à peu par des succès Variés, et gagnèrent, neuf ans après leur défaite de Narva, la bataille décisive de Pultawa , contre le même Charles XII , qui voulait renverser Pierrele-Grand et qui fut réduit à chercher un asile dans les États du Grand-Seigneur.

La Livonie, l'Estonie, Flngrie et une partie de la Finlande accrurent les domaines de la Russie. Ces succès électrisèrent la nation ;^ les vieux boyards cessèrent de murmurer. Les jeunes nobles , n'étant pas influencés par de vieux préjugés. ejt d'anciennes habitudes, mirent de l'enthousiasme à favoriser les entreprises du mo-

xxl] PRÉFACE.

narque qu'ils admiraient. — Les prêtres eux^ mêmes , ;sentant qu'ils n a^aiei^t rieii de n^eux, a faire que de chei^cher à captiver la bienveillance du czar , renoncèrent au fanatisme , acquirent des lumières pour parvenir à la fortune, et finirent par seconder avec zèle les nouvelles institutions qu'ils avaient combattues.

L'agrandissement de cet empire, dont la population fière et belliqueuse avait, en sortant de la barbarie , toute l'énergie des peuples nouveaux, acquit dès-lors une marche progressive , dont le génie de Pierre -le- Grand régla le cours par ses institutions , après en avoir créé l'action par ses travaux. En moins d'un siècle la Russie est devenue une des premières puissances de Funtvers et l'arbitre des peuples européens.

M^is ces réformes , Iraxqnelles Pierre-le-Grand pouvait seul procurer tm succès aussi prompt et aussi complet?, fuirent; secondées par quelques circonstances p&rticùlièr€;i3 , par l'état du pays et par les dispositions des Russes. Les Moscovites étant chrétiens repoussaient les institutions et

PRÉFACE. zxii|

les moeurs des autres peuples de l'Europe, non par motif de religion , mais parce qu elles con-* trariaient leurs habitudes^et leurs anciens usa-' gos. Les strélitz, qui étaient assez puissants pour disposer du trône, formaient un corps isolé au milieu de la nation, attendu que les jeunes russes capables de porter les armes n'étaient pas tous affiliés à cette corporation militaire. Le clergé, fort de Tignorance du peuple, n'avait que l'influence que donnent les fonctions sacerdotales, et trouvait constamment des amis du trône dans les magistrats chargés de la justice, et quelquefois parmi les boyards , intéressés par devoir à défendre l'État et les prérogatives de la couronne. Les paysans serfs n'avaient d'autre volonté que celles des maîtres dpnt ils dépendaient.

Pierre-le-Grand put donc trouver dans sa nation un soutien contre le clergé et les strelitz; mais la position du sultan Sélim III, qui avait formé la résolution de l'imiter , était bien différente. Nous verrons, dans le récit des dernièj:es révolutions de Constantinople, et dans les obser-

xxiv PRÉFACE,

nations qui le précèfient , que , même en suppo* sant que ce pirïnce eût possédé la force physique et morale de Pierre -le- Grand, "comme il avait ses bonnes intentions et une partie de son génie, il n aurait jamais trouvé dans sa na** tion un appui et des moyens suffisants pour renverser lantique pouvoir des janissaires et des oulémas, et pour mettre les Osmanlis , en les civilisant, au niveau des plus grandes nations de l'Europe.

%t%ik%iv%/\i\/\/%Ari/v%/%\M%%/%/%yîi%i*>y/%/%/\A/v%w%f^Bvx%/%n/^^

DE

Page 1