MILITAIRES ET POLITIQUES, LA TURQUIE D'EUROPE
J^A Turquie d'Europe, qui forme une presqu'île entourée par la mer Noire, l'Archipel , l'Adriatique et la Médittrranêe a pour appui de grandes chaînes de mon tagnes avec leurs ramifications.
Les points culminants d'où parlent toutes les chaînes de montagnes de la Turquie d'Europe, sont au 42° degré de latitude nord , et entre le 21 et ;'.2° de longitude est, de Paris. Ils étaient connus autrefois sous le nom de Scardus , Orbélus et Scomius , et sont désignée» actuellement par les Turcs, sous les dénominations de Scharlag ou Prisrend , Egrisu et Dubnitza; leur direction est de l'oucst-sud- ouest à l'est-uord-est.
Trois grandes chaînes partent de ces points culminants dont le Scardus est le plus élevé.
La première, qui se distingue sous le nom de JMont- Hémus , ou Balkans , a la même direction que les monts Scardus, Orbélus et Scomius , et peut être considérée comme leur prolongement du côté de la mer Noire , où cette chaîne se termine par une hauteur considérable, qui forme le cap Eminé.
La seconde, qui part du mont Scardus, le plus occidental des trois points culminants, se dirige vers le nordouest , sépare la Bosnie de la Dalmatie,et va se joindre, en s'abaissant, avec les Alpes delaCarniole. Cette même chaîne se prolongeant vers le sud-est , prend les noms de Grand-Driba, Pinde , Parnasse, Hélicon et Cythéron, sépare la Macédoine, la Thessalieetla Béotie de l'Albanie , et pénètre dans la Morée par un contrefort, qui forme avec elle un angle droit.
La troisième, qui sort du Scomius, le plus oriental des trois points culminants, se dirige au nord-ouest du côté d'Orsova , toujours en s'abaissant , et forme , près de cette ville , le défilé étroit , que le Danube traverse avec rapidité , et qui doit son existence au plus grand abaissement de cette chaîne ainsi que d'une autre chaîne correspondante, qui se détache des montagnes Carpathiennes ou Crapacks de la Transylvanie. Du même point du
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Scomius , sur le revers méridional , on voit s'élancer vers le sud-est et dans le prolongement de la chaîne , qui se dirige vers Orsova, le Mont-Rliodope ou Desposto-Dagh. Celui-ci, très - haut et très - escarpé près de son origine , s'abaisse rapidement et vient se terminer avec la plaine de la Thrace, près du défilé que traverse l'Hèbre ou Maritza, entre cette chaîne et le point le plus bas des montagnes, qui longent la Proponlicle et le golfe de Saros.
Les monts Scardus, Orbelus et Scomius, ainsi que le Mont-IIémus, qui sépare la Thrace et la Macédoine de la Bulgarie et de la Servie, forment, avecles montagnes de la Dalmatie ainsi qu'avec le Pinde et ses prolongements , les deux chaînes centrales de la Turquie d'Europe. "
Les contreforts principauxde ces chaînes centrales sont à l'Orient :
1°. Celui connu par les Turcs sous le nom de Slandches Dagh, lequel se détachant du Mont-Hémus , près de Demir-Capou , longe en s'abaissant dans une direction sud-est la côte occidentale de la mer Noire jusqu'à Constantinople, et se bifourque avant d'arriver à cette capitale , en poussant au sud-ouest une branche vers Rodosto, Gallipoli et les Dardanelles d'Europe; à cette dernière branche , vient se joindre près de Rodosla
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un rameau dont la direction nord-ouest vers le Rhodope se confond avec la plaine de la ïhracc , près de Tembouchure de la Maritza ;
2°. Les monts Pangéens des anciens , si célèbres par leurs mines d'or et d'argent , ne laissent près de la Cavalle qu'un passage très-étroit le long de la mer;
5". Les monts Chalcidiens, qui forment , entre Salonique et Orfan , la presqu'île Chalcidiqxie , laquelle se termine au sud-est par deux larges baies et trois caps très-avancés, dont le plus remarquable, par sa hauteur et sa célébrité , est le Mont-Athos ;
4°. Les monts Cambuniens , qui , se détachant du Pinde , séparent la Macédoine de la Thessalie ; ils se terminent, près de la mer, par le mont Ol5^mpe, dont la hauteur , déterminée par le célèbre Bernouilli, s'élève à 1017 toises au dessus du niveau de la mer;
5". L'Othrys et l'OEta : cette dernière montagne forme la limite entre la Thessalie et la Grèce. Le Pélion et rOssa , qui joignent l'Othrys au mont Olympe , en longeant le rivage de la nier , donnent une grande élévation à la Thessalie. Celte province , entourée de de montagnes, n'a qu'une faible issue pour l'écoulement des eaux du Pénée , entre le monl Olympe eî TOssa.
Le Cithéron et l'Hélicon sont une c ntinnation du Parnasse , et séparent la Béolie de la Phocide. Le
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mont Pentélique et le mont Hymetle, célèbres, l'un par ses marbres, et l'autre par son miel , sont le prolongement de rilélicon à travers la presqu'île de l'Attique. L'île d'Eubée , ou Négrepont, est une chaîne secondaire entièrement parallèle à celle du Parnasse et de l'Hélicon.
Les contreforts qui sortent de la chaîne centrale pour se diriger vers l'ouest sont plvis élevés et plus rapides que ceux de la partie orientale , et forment les vallées exlrémement profondes, âpres, difficiles et étroites de l'Albanie et de l'Epire.
Les plus remarquables de ces contreforts, sont le Monténégro, qui sépare l'Albanie de la Dalmatie et les Acrocérauniens ou monts de la Chimère , dont les sommets entourés constamment de nuages , paraissent le séjour favori des tempêtes, et dont les rivages escarpés, sans abri et battus par des courants rapides , ont été dans tous les temps la terreur des navigateurs (i).
Les montagnes de l'isthme de Corinthe, qui sont une ramification de la chaîne centrale , se relèvent près du plateau de l'Arcadie dans le Péloponèse ou la Moréc. C'est de cette plaine élevée de plus de 800 toises , dont le Ménale occupe le centre , et où l'on voit plusieurs
(i) lufames scopulos Acroceraunia , dit IIouace ( ode m ).
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petites rivières sans écoulement , que se détachent cinq branches de montagnes ou contreforts. L'une , qui s'étend au nord-ouest, connue sous le nom (VOieno , sépare l'Élide de l'Achaïe ; une seconde ^ qui se dirige à l'est , forme la presqu'île d'Epidaure et de Trézène ; une troisième , allant au sud-ouest , traverse la Messénie et «e termine au port de Coron ; la quatrième, qui se porte au sud , sous le nom de Taygtte , et dont les versants rapides forment la Laconie , finit au promontoire de Ténare , aujourd'hui cap Matapan ; enfin la cinquième , qui incline vers le sud-est , se termine par le promontoire de Malia.
Toutes les chaînes et leurs nombreux contreforts tant dans la Turquie d'Europe que dans celle d'Asie, se terminant à la mer par de hauts promontoires et des falaises escarpées , ont dû avoir nécessairement une communication sous-marine et des points de relèvement comme il en existe dans toutes les montagnes. Ces relèvements forment dans la mer de l'Archipel les îles nombreuses dites Cyctadcs , dont le cordon méridional, au milieu duquel s'élève majestueusement l'île de Crête, lie les montagnes de la Cilicie et de la Lycie avec celles du Péloponèse.
Les rives septentrionale et occidentale du Pont-Euxin étant les extrémités du bassin du Danube et des vastes
stèpes qu'arrosent le Dniester, le Dnieper et le Don, n'ont aucune corrélation avec les côtes montueuses qui sont au sud et à Test de cette mer. C'est probablement la raison pour laquelle cette mer , partout libre et profonde , ne présente aucune île dans toute sa surface.
Les contreforts occidentaux de la chaîne centrale de la Turquie d'Europe sont plus hauts et plus escarpés , comme dans tous les systèmes de montagnes, que ceux de la partie orientale, cl aboutissent à une chaîne^sousmarinc qui leur est perpendiculaire , et dont les points de relèvement sont les îles Ioniennes. Ces îles sont d'autant plus élevées, qu'elles s'approchent davantage de la côte de l'Épire. Céphalonie est traversée par une montagne dont le point culminant est à plus de 3oo toises au-dessus du niveau de la mer. Ithaque n'est qu'un pic élevé d'un abord très-dilïlcilc.
Tel est l'cnchaînenient des montagnes de la Turquie européenne. C'était sur l'appui des cliaînes centrales et de leurs plus grands contreforts qu'étaient posés les limites des anciens royaumes de celte péninsule.
La haulciu- des principaux points culminants de ces montagnes n'est pas détcrnjinée. Si on peut en juger par celle de quelques points de relèvement dans les contreforts ou dans les chaînes secondaires, tels que le
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mont Olympe on Macédoine, auquel BernouiUi donne 1017 toises d'élévation , ou bien le mont Ida dans l'île de Crète, qui a plus de lôoo toises. On peut supposer que rOrbélus elle Prisrcnd s'élèvent au moins à 1800 loises au-dessus du niveau de la mer. Les incommodités qu'éprouvèrent à la fin de mars iSoi , en passant le Prisrend, des voyageurs français qui avaient quitté les prisons de Conslanlinople pour retourner dans leur patrie ( telles que des vertiges, vm écoulement de sang, un bourdonnement d'oreilles et un froid glacial), sont une preuve de la tjrande élévation de ce point, qui est le noyau principal de toutes h s montagnes de la Turquie.
Les chaînes centrales sont granitiques. Plusieurs contreforts et quelques parties des chaînes secondaires sont schisteuses et en grande partie calcaires.
Les couches sont placées avec assez de régularité dans la partie septentrionale du système des montagnes de la Turquie d'Europe. Mais dans l'ancienne Grèce et la Morée, on voit bcaiscoup de pics coniques et détachés, et des traces de grands bouleversements. Les rouches y sont irrégulièrement inclinées, fondues ou mêlées avec des masses hétérogènes ; leur inclinaison dans quelques points, et surtout dans les îles Ioniennes , est tout-à-fait peipendiculaire.
Dans une péninsule dentelée par des golfes profonds, 2. 19
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traversée par de hautes montagnes, arrosée par de nombreuses rivières et renfermant en abondance des métaux et des minéraux de toute espèce , des eaux thermales, des cavernes profondes, des antres d'où s'exhale vine vapeur sulfureuse, il n'est pas étonnant que des tremblements de terre assez fréquents y produisent des changements physiques et des événements calamiteux. Cependant aucun volcan enflammé n'existe dans cette péninsule ; mais il paraît que sa base et surtout celle sur laquelle s'appuient les eaux de l'Archipel, sont travaillées par des feux souterrains. Ceux-ci qui ont agrandi plusieurs des Cyclades , qui ont fait naître treize nouvelles îles, suivant les rapports des historiens , et qui ont fait disparaître les îles de Chrysé et le petit Cameni , ont produit des brèches et des fissures dans plusieurs montagnes de la Turquie d'Europe, y ont occasionné des désastres par de nombreuses commotions, et auraient probablement bouleversé la surface de cette péninsule, sans la grandeur et la dureté de ses montagnes granitiques.
Le climat de la Turquie d'Europe varie dans les diverses provinces qui composent cette péninsule, suivant leur hauteur, leur position, les vents dominants et les montagnes qui les entourent.
Les provinces turques situées au nord du mont
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Ilémus (la Valachie, la Moldavie et la Bulgarie) , ont une température beaucoup plus froide que leur latitude ne semble l'annoncer, parce qu'elles ne sont pas abritées contre les vents du nord-est, qui viennent des vastes plaines de la Russie.
Celles qui sont placées entre l'Hémus et le Rliodope ont une température beaucoup plus douce. Cependant , quoique sous la latitude de 4» à 42 degrés, l'olivier y languit, parce que les vents d'est, qui viennent du Caucase et de la mer Noire, y causent pendant l'hiver un froid humide qui est nuisible à la culture de cet utile végétal.
La Macédoine, couverte au nord par le Rhodope, à l'ouest , par la chaîne du Prisrend et du Pinde , ayant d'ailleurs une inclinaison orientale et étant constamment rafraîchie par les vents qui viennent de l'Hellespont , jouit d'une températvare douce, modérée, vivifiante, tant pour les hommes que pour les végétaux, et convient, par les diverses élévations de ses vallons et de ses plateaux, à la culture des plantes céréales, aussi-bien que du cotonnier, du mûrier et de l'olivier.
La Grèce , encore plus au sud et mieux abritée que la Macédoine , a une température plus chaude. Mais son sol, plus accidenté et plus rocailleux , n'est pas aussi productif
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La Servie et la Bosnie sont garanties en pavlic des vents froids de la Russie par les nombreux contreforts qui séparent les affluents méridionaux du Danube. Elles jouissent d'une température plus douce que la Valachie et la Moùlavie , quoique beaucoup plus élevées que ces de uxprovi nces.
L'Albanie , âpre et montueuse , est plutôt humide que froide , parce que la haute cliaîne qui forme 'sa limite orientale arrête toutes les vapeurs que les vents d'est, sud-est et de l'ouest apportent de la mer Noire , de l'Archipel et de l'Adriatique.
La Morée , dont le centre est occupé par le plateau très-élevé de l'Arcadie, d'où se détachent des contreforts qui forment des vallées très-larges et des golfes profonds et étendus , jouit d'une température toujours douce quoiqu'inégale ; elle est arrosée par des ruisseaux nombreux et abondants. Cette presqu'île pourrait se distinguer par la variété et l'abondance de ses produits, et conviendrait , par sa position entre l'Adriatique et l'Archipel , et par le nombre , l'étendue et la sûreté d« ses golfes , à un commerce actif et florissant.
La population de l'empire ottoman est extrêmement incertaine. Quelques géographes lui donnent 5o millions d'habitants; d'autres réduisent ce nom!)re à 28 millions; quelques uns enfin, renversant toutes les idées connues,
TIRQL'IE D'EliROPl-. agS
supposent que la Turquie d'Europe contient 18 millions dVimcs , tandis que la Turquie asiatique n'en contiendrait que 9 millions. Tooke, dans son histoire do Russie, donne pour la population de l'empire ottoman 49 niiliions, dont 8 en Europe , 56 en Asie, et 5 en Afrique. D'après les renseignements peu exacts que j'ai obtenus dans les bureaux de la grande chancellerie ottomane , la Turquie d'Europe aurait 8 millions d'âmes , la Turquie asiatique 22 millions, l'Egypte 2 millions, tandis que la population des régions barbaresques s'élèverait en tout à i5 cent mille âmes. Total, 53 millions cinq cent mille âmes.
Après avoir donné une idée générale de la direction et de la ramification des montagnes de la Turquie européenne, de la nature de son sol , de sa température et de sa population , nous allons entrer dans quelques détails surchacvme des provinces qui composent cette intéressante péninsule.
La Moldavie , dont la Porte a perdu la partie qui est à l'est du Pruth , parles conditions du traité de paix qu'elle a fait avec la Russie en 1812, était occupée autrefois, ainsi que la Valachie, par des Scythes ou Tartares, que les
Grecs et les Romains distinguaient sovis lenomde Daces. Vaincuset expulsés par Trajan, les Daces furent remplacés
par une colonie romaine, composée de l'écume de toutes
les provinces de l'Empire. Le mauvais latin que parlaient ces colons s'est conservé en partie dans le langage actuel des Valaques et des Moldaves. Les vices de ces Romains, rebut de toutes les nations , n'ont pas, dit-on , entièrement disparu parmi leurs descendants actuels, auxquels on reproche beaucoup de paresse, d'orgueil et de lâcheté. Ce jugement paraît sévère , surtout lorsqu'on se rappelle que les Moldaves seuls ont tenu tête à l'empire ottoman , et ne se sont soumis que volontairement à leur joug. Mais le prince Cantemir , qui fut le premier des historiens à leur faire ce cruel reproche , appartenait kii-mèmc à ces familles grecques du Fanar de Constantinople , qui ne viennent dans ces provinces que pour les tyranniser, les piller et s'enrichir. Les Turcs devenus possesseurs de la Valachie et de la IMoldavic , se contentèrent d'en exiger un léger tribut, et leur laissèrent la liberté d'élire leur prince , sauf l'approbalion de la Porte. Les querelles entre les boyards ou nobles pour le choix de leur souverain électif , engagèrent les monarques oltom.ins à se réserver exclusivement le droit d'élection. Depuis le milieu du dix-septième siècle , ces provinces sont gouvernées par des Grecs de Constantinople ; mais ces gouverneurs Jcnipoi aires, ù qui la Porte vend le titre d'hospodar ou de vaivode , étaol étrangers au pays par leur naissance . persécutenr.s
par crainle, avides par ntcjssité, orgueilleux par faiblesse, ne pensent qu'à profiter du court espace de leur administration, et sont devenus les plus cruels ennemis du pays qu'ils administrent.
Douze boyards appartenant aux plus anciennes familles de chacune de ces provinces forment le divan ou conseil d'ëtat , qui est en même temps le tribunal suprême. Ce conseil, qui se regarde commele sénat delà province, et en même temps comme le représentant de lu nation , voudrait quelquefois limiter ou modérer l'autorité de riiospodar ; mais comme il li'existe dans ces deux principautés , ni institution fixe , ni code de lois déterminé, et que tout se décide par les coutumes , le prince basant l'étendue de ses droits sur les abus de pouvoir de ses prédécesseiû's , fait les lois, confisqvie arbitrairement les biens de ceux qui lui déplaisent, dispose de toutes les charges et établit les impôts. Protégés parles pachas voisins, qui ont ordre de les assister, et dont ils cherchent à capter la bienveillance par des présents , ajant à leur disposition des ti oupes qu'ils soudoient, ces hospodars sont d'autant plus puissants qu'ils sont avides, et d'autant plus sûrs de conserver leur dignité qu'ils rançonnent leurs sujets.
j^ on contents de dédaigner les conseils des douze et d'opprimer les boyards et le peuple , les hospodars s*ar-
rogent tous les droits des princes souverains , osent encore créer des nobles , et qui plus est, dégrader les anciennes familles. On voit ainsi des honames élevés dans la crainte des Turcs, et qui baisent respectueusement à Conslantinople la robe du dernier employé des ministères , faire et défaire des nobles et disposer à leur gré de la fortune et des titres d'une ancienne aristocratie
Ce sj'stèrae d'administration , qu'on peut regarder comme le plus vicieux el le plus oppresseur de tous les modes de gouvernement, tend à diminuer tous les jours la population de ces deux provinces et à réduire à la plus grande misère et à la barbarie ce pays, que la nature a comblé de ses faveurs.
Se trouvant à l'extrémité du vaste et fertile bassin du Danube, la Valachie el la Moldavie , couvertes presque partout d'un épais sédiment d'humus végétal, produisent en abondance du blé, des vins exquis, et nourrissent des cbevaux vigoureux et des bestiaux de toute espèce ; le blé y rend annuellement vingt pour un. ftlais un quarantième de ces valléis basses et fertiles est à peine cultivé. La po[iulatioii persécutée et malheureuse dépérit ou fuit son pays natal pour se retirer en Russie ou dans les ttals aulricbirns. Si ces provinces conlinuent à languir sous un système de gouvernement qui devient de
plus en plus vexateur, à mesure que le pays s'appauvrit, bientôt elles n'offriront plus que des déserts.
La Moldavie se divise en haute et basse. Jassy, ville de 00,000 âmes, sur le Pruth, est la capitale de la Basse- Moldavie et la résidence de l'hospodar. Galatz, au confluant du Pruth et du Danube est l'entrepôt do tout le commerce de cette province. La ville de Focksany et la Milkow qui la traverse, forment la limite de la Valachie et de la Moldavie. Chotzim est la principale ville de la Haute-Moldavie.
Depuis que le Pruth est devenu la nouvelle frontière de l'empire Russe, et que la place d'Ismaïl n'appartient plus à la Porte, la Moldavie , covq)ée en deux et n'ayant aucun point d'appui , paraît devoir changer à la première guerre de maître , et de fortune , et passer sous la domination de la Russie.
La Valachie se divise en Valachie propre et bannat de Crajova. Bukarest, ville de plus de 60,000 âmes, est la capitale de cette province. Crajova , dont la population est d'environ i5,ooo âmes, est lu principale ville du bannat de ce nom.
Orsova , Giogiova , Ibrahil , Galatz , Ismaïl et Kilîa étaient des places fortes occupées par les Turcs sur la rive gauche du Danube. Elles servaient comme fêles de pont pour assurer le passage de ce grand fleuve et pour
lacililer les communications et lesop<''rations désarmées otlomancs qui étaient eniiiloyéesdans les provinces septentrionales de l'empire. Depuis le dernier traité de paix cette ligne offensive est brisée. Il ne reste plus aux Turcs qu'à mettre en état de défense les villes de la rive droite, Widdin, Nicopoli, Routschouk, Silistria , Uirsova et Isakchy, et de perfectionner les places qui leur restent sur la rive gauche , s'ils veulent donnera leur empire une frontière respectable cou Ire le grand colosse qui les menace.
La Valachie, entourée par les possessions de la cour de Vienne et par le Danube , paraît plutôt convenir à la maison d'Autriche qu'à la Russie. — Toute la partie occidentale de cette province jusqu'à l'Alula a appartenu , depuis le traité de Passarorwilz jusqu'à celui de Belgrade, aux États autrichiens.
Les Valaques en 1688 .se livrèrent d'eux mêmes à l'Autriche, et ont conservé pour elle une attachement héréditaire ; ceux d'entre eux qui quittent leur pays natal pour échapper aux persécutions de leur gouvernement, s'empressent d'aller s'établir dans le bannat de Témeswar et dans la Basse-Hongrie, où une politique adroite leur assure une protection paternelle et des secours utiles.
La Bosnie, dont les habitants parlent la langue esclavonnc était gouvernée autrefois par des souverains qui, sous le titre de Bans, étaient vassaux de la IJongrit-.
Conquise par Mahomet II , délivrée par Mathias CorvInus, roi de Hongrie, la Bosnie ne fut définitivement soumise au joug ottoman que par le grand Soliman , en ï522. Une grande partie des habitants professe la religion grecque; mais les mahometans y sont très-nombreux.
Son territoire, composé des bassins de l'Una, du Verbas et delà Bosna, qui se jcttentdans la Save, et de leurs nombreux affluents, est très-montueux, sans être âpre et difficile , parce que les contreforts qui se détachent des monts Dalmatiques, sont d'autant moins élevés, que la chaîne à laquelle ils appartiennent tend elle-même à s'abaisser en s'avançant vers les Alpes de la Carniole. Le fond des vallées renferme d'excellents pâturages ; le bas des versants produit des blés en abondance ; les coteaux donnent des vins très-spiritueux.
La Bosnie, riche par ses mines de fer et de cuivre mclé d'argent , est composée de deux parties, qui sont séparées par la haute chaîne centrale. La première , connue sous le nom de Hcrstzcgovina , paraît une enclave naturelle de la Dalmatie. La seconde, qui a porté le titre de royaume dans le quinzième siècle, est divisée en trois sandgiacats. 1°. Banialouka ; 2°. Obrak, 5'. Serai. Ces trois sandgiacats sont sous Tautorilé du pacha de Traunick.
Robuslçs , actifs , belliqueux , les Bosniaques sont
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regardés par les Turcs comme les défensem'S de leur Empire contre l'Autriche, et ont souvent porté la terreur et les ravages de la guerre dans le sein de la Hongrie.
La Servie, que les Turcs appellent Laz-Vilaiéli, du nom du prince Laz ou Lazare , qui la gouvernait lorsqu'i.s en firent la conquête en i565, est habitée, depuis l'empereur Héraclius, par un peuple d'origine slavone. Le vaste et fertile bassin de la Morava-Inférieure , et ceux des deux rivières de l'Est et Ouest Worava , qui s'y réunissent auprès de Kruschevacz , occupent les trois quarts de celte grande province ; le Colucara l'orme un autre petit bassin à l'ouest de la Morava.
Le long et étroit bassin de la Drinna sépare la Servie (le la Bosnie.
Appuyée sur les points culminants de la chaîne cenirale et sur les hauts contreforts, qui s'en détachent pour se diriger vers le Danube , la Servie est une province àprc , montueuse , difficile. C'est un vrai pays de chicane pour des opérations militaires. Moins bien cultivée que la Bosnie, peut-ôtre aussi fertile, elle donne à peu près les mêmes produits. Ses habitants , la plupart grecs de religion, ont la bravoure, l'activité et la persév<iance des j)cuplcs des montagnes. Leur longue et glorieuse résistance contre l'Kmpirc ottoman , dans ces dernières années, prouve ce qu'ils peuvent faire et ce qu'ils peu-
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S vent espérer. Leur czerni Georges a péri par un Idclie I assassinat. Mais ils ne manqueront jamais de chefs de cette trempe pour les conduire , lorsque l'amour de l'indépendance leur aura fait secouer de nouveau le joug qui les opprime.
La Servie a été divisée par les Turcs en quatre sandgiacats, i\ Belgrade, 2°. Semendria , 5°. Nissa, 4°. Novibazar, dans la partie la plus montueuse.
Ces quatre sandgiacats sont sous l'autorité militaire du Pacha qui réside à Belgrade, place importante, autrefois le boulevard de la chrétienté.
La Bulgarie, située entre le Danube et les Balkans , est séparée de la Servie par la chaîne qui , partant du Monl-Orbélus, se prolonge, en s'abaissant, vers Orsova. Le Timock, l'Iskcr qui passe par Sophie , l'Osme et le Yantra, sont les principaux bassins de la Bulgarie. Cette province , coupée par de nombreux contreforts extrêmement rapides ( comme sont en général tous ceux à à l'exposition du nord et de l'ouest dans le système des montagnes ) , n'est arrosée que par des ruisseaux qui se dirigeant au nord , presque perpendiculairement aux Balkans , portent avec vitesse dans le Danube le tribut de leurs eaux.
Les vallées occidentales de la Bulgarie sont presque désertes, et n'offient que dans quelques positions heu-'
reuses des villages misérables , qui étaient autrefois des villes florissantes. Mais une population active et assez industrieuse couvre la partie orientale depuis Routsehouk jusqu'à rembouchure du Danube.
L'escarpement rapide des contreforts les rend peu propres à la culture; mais les vallées et les plaines sont extraordinairement fertiles. Les fonds des montagnes offrent d'excellents pâturages. Le terrain , légèrement accidenté, qui s'étend depuis la Yantra et Routsehouk jusqu'à la mer Noire , est une des plus belles parties de l'univers.
Les Bulgares , venus des bords du Volga , où l'on voit encore les restes de leur ancienne capitale Bulgar , ont une origine commune avec les Scrviens et les Bosniaques, puisqu'ils parlent à peu près le même langage. Soumis d'abord aux empereurs grecs, gouvernés ensuite par un prince particulier, qui devint bientôt vassal de la Ilongîic, ils passèrent en loyG sous le joug oppresseur de la Porte.
Les Bulgares de l'ouest étant presque tous bergers i mènent une vie errante et isolée au milieu de ces tristes vallées qui sont séparées par des contreforta hauts et rapides; plusieurs d'entre eux émigrentet se répandent dans l'empire ottoman , pouryex:ercer le métier de palfreniers ou celui de gardcurs de troupeaux. —Les Bulgares de la
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plaine orientale , livrés aux travaux de l'agriculture, paraissent une autre nation. Cette variété dans la même province et l'isolement des peuplades qui se livrent à la vie pastorale, sont probablement le motif pour lequel les Bulgares, toujours tranquilles et soumis, n'ont jamais pensé à secouer le joug de la Porte, et n'ont fait aucun mouvement pour favoriser les Russes.
Les Turcs ont divisé la Bulgarie en quatre sandgiacats, 1°. Sopbie, 2". \Viddin,5°. Nicopoli, 4"- Sélislria. Ceux-ci dépendent de l'autorité militaire du pacha de Rouniilly, résidant à Sophie, le premier de tous les beylerbeys de l'Empire^
Routschouk, ville importante , qui dépend du sandgiucat de Sélistria , n'est gouvernée que par un ayan. Mais nous avons vu de nos jours un de ces ayans, Moustapha Baïractar, devenir pacha à trois queues, sans quiller le commandement de cette ville , et retirer du territoire qu'il gouvernait , des ressources suffisantes pour déposer le sultan Moustapha et se constituer grand-visir.
Les peuples de la Bosnie, de la Servie et de la Bulgarie ayant une origine commune et parlant la même langue, conviendraient pourformer par leur aggrégalion une nation indépendante. — Le Danube et la Save couvriraient leur frontière du côté du nord; leur droite s'appuierait à la mer Noire ; leur gauche serait couverte par lu chaîne
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centrale, qui sépare la Bosnie delà Dalmatie. Cette môme chaîne , le Prisrentl. l'Orbelus elles Balkans seraient pour eux une excellente barrière défensive du côté delà Thrace et de l'Albanie? Belgrade, Orsova, AViddin, Nicopoli, Routsclîouk, Silislria, Irsovaet Isakehy seraient les points d'appui de leur ligne militaire du Danube. Le Save, la Morave et les autres aflluenls navigables du Danube faciliteraient leur commerce intérieur. Les mouillages des bouches du grand fleuve et le port de Varna serviraient d'entrepôt et de débouché à leur commerce exlériexir.
Unis par la religion et une origine commune, grands, robustes, belliqueux, les peuples de ces trois provinces, formeraient par leur réunion une population d'environ deux millions cinq cent mille âmes; ils sauraient défendre leur indépendance, se feraient respecter de leurs voisins, et ne manqueraient pas de profiter de leurs ressources naturelles pour figurer bientôt au «ombre des nations riches et industrieuses de l'Europe.
La Piomanic ou la Tin-ace formait autrefois plusieurs royaumes, qui n'étaient pas certainement barbares puisque les anciens Grecs leur étaient redevables de quelques connaissances dans les beaux-aris et surtout dans l'agriculture. Ces royaunics réunis sous les Romains ont subi les joug des ottomans en même temps qn'Andiinople.
La Marii7acl ses aflUicnl'j f- rmenl le çrand bassin de la
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Thrace. Celui-ci , séparé de la mer Noire et de la Propontide par les chaînes secondaires qui longent ces deux mers, verse ses eaux dans l'Archipel. La Thrace , bordée au nord par des Balkans et contenue à l'est et à l'ouest par les chaînes secondaires qui tendent toujours à s'abaisser, penche insensiblement vers la mer de l'Archipel, et présente l'image d'une vaste plaine faiblement accidentée. Les plantes céréales et toutes les denrées de l'Europe y viennent en abondance. Mais le mûrier et le cotonnier, qui demandent vme température douce , n'y donnent que des produits d'une qualité inférieure. L'olivier n'y réussit que dans des lieux abrités contre les vents du nord-est.
Des laines brutes, des peaux de buffle souvent écrues, unegrande quantité de peaux de lièvre, une petite quantité de coton grossier et de soie ordinaire, des marroquins de toutes couleurs, des grains et un peu de cire forment les objets ordinaires de son commerce d'exportation. Les marroquins seuls doivent leur prix et leur qualité à l'iodustrie des habitants.
Il suffit de nommer le golfe d'Enos, Constantinople, le Bosphore et l'Hellespont pour faire sentir que la Thrace , à présent pauvre et dépeuplée , pourrait devenir par sa fertilité et sa position une des plus belles parties du monde.
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Les Turcs ont divisé la Thrace en trois sandgiacats. 1°. Celui de Visé vers l'est , du nom de la capitale des anciens rois de la Thrace (Constantinople , conquis après que cette division rut été faite . ja été compris ). 2". Celui de RirkEclesie ou Quarante Églises, qui s'élend à l'ouest. 5°. Celui de Gallipoli , ([lii occupe la partie méiidionale de cette province, et se prolonge jusqu'aux monts Pangéens près de la Cavalle.
Constantinople , q li sous le nom de Bizance formait une ville grecque indépendante des rois de TUrace , et qui a < onservé le nom de Rome cl sa liberté près de cent ans après la soumission d'Andrinople aux sultans oKomans , p uMit former une région particulière, d'autant plus que les montagnes qui bordent la Propnnlide et la mer Noire la détach.-nt, ainsi que le lilloral de ces mers , du grand bassia de la Ro nanie. La Macédoine , bordée au nord par les pouils culminants de la cbaîne centrale , à l'est par les monts Pan- §éens parallèles au Rbodope , à l'ouest par la grande chaîjie du Mezzovo ou du Pinde , et au sud par le mont Olympe etlaThessalie, se compose de plusieurs bassins larges, él< iidus et abrités, dont l'exposition orientale est celle qui convient le plus à la culture de toutes les plantes et à la prospérité de l'agriculture. Le vSirymon ou ÎEgrisu , l'Axius ou Yardar, la Vistrilzd ou Érigon,
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le Platamone du l'Alîacmon forment de magnifiques vallées', extraordinairenient fertiles , où le cotonnier, le mûrier , la vigne , l'olivier et les plantes céréales réussissent à merveille.
Les golfes de Salon ique ( Sinus Thermanus ) , de Cassandre , du mont Athos et de Contessa ( Sinus Strymonicus ) , qui s'avancent profondément dans les terres et sont abrités contre les vents orageux du nord et du nord-est, paraissent destinés par la nature à donner au commerce extérieur de la Macédoine le plus grand développement.
Les Macédoniens qui , d'après l'opinion du père de la médecine , le savant Hypocrate , doivent être forts , hardis et persévérants , puisqu'ils habitent un pays de montagnes exposé à l'est, montrèrent tout-à-coup un éclat extraordinaire , lorsqu'ils eurent commencé à participer à la civilisation des Grecs. Forts par leur nombre , leurs ressources naturelles , leurs qualités physiques , et par les lumières qu'ils devaient à la civilisation , ils asservirent d'abord la Grèce , et portèrent en peu d'années leur domination jusqu'aux frontières de rindostan. Leur lutte contre Rome , qui vint les attaquer avec toutes ses forces , lorsque Carthage était déjà asservie, fut longue et glorieuse. Mais affaiblis et /légénexés, ainsi que toutes les nations grecques par l'in-
3o8 TURQUIE D'EUROPE,
fluence funeste de la superstition , ils ont subi le joug ottoman, sans opposer à leurs vainqueurs une résistance qui serait devenue facile au milieu des vallées profondes, des rivières nombreuses et des contreforts élevés, qui traversent leur pays.
Malgré la faiblesse où toutes les provinces de la Turquie languissent sous un gouvernement qui ne sait que piller et ruiner ses sujets, la Macédoine seule exportait encore , il y a vingt ans, pour plus de seize millions de piastres turques en colons, tabacs, grains, laines et soie. La Tliessalie , appuyée sur le Piiidc, et entourée au noid par l'Olj^mpe , à l'est près de la mer par le Pélion et par l'Ossa , et au sud par le mont OEta qui la sépare de l'ancienne Grèce , est un plateau extrêmement élevé. Le terrain au nord de l'Ostryx , montagne qui partage celte province en deux parties , avait été couvert, disait-on, par les eaux, avant que le Penéeeùt trouvé un passage étroit pour son écoulement rapide vers la mer. Telle a été l'opinion de tous les poètes et de tous les historiens de l'antiquité. Elle était fondée sur des traditions populaires et sur la vue de la brèche, par laquelle le Penée s'échappe , et qui paraît par son étrécissement et par ses escarpements avoir été produite par un violent tremblement de terre ; cependant on doit remarquer qu'au point où le Pcnéc traverse ks mon-
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tagnes orientales de la Tlu'ssalie , TO.isa et l'Olympe se Irouvent à leur plus grand abaissement.
Ces deux parties de la Thessalie, appelées autrefois le jardin des Muses à cause de leur ferlililé et de leur aménité , nourrissent encore des troupeaux nombreux de chevaux et de bestiaux de toute espèce, et possèdent en abondance tous les autres produits de la Macédoine. Conquis par Philippe roi de Macédoine, les Thessaîicns ont presque toujours suivi depuis cette époque le sort des Macédoniens. Les Turcs ont l'ait de la Thessalie le troisième sandgiacat du gouvernement de Salonique , dont Jamboli et la Vena font les deux autres. — Jamboli contient les cantons maritimes ; la Vena s'étend dans la grande vallée du Vardar au nord de Pclla.
Si la Macédoine et la Thessalie étaient vmies à la Thrace , pour former par leur aggrégation vm royaume séparé et indépendant, elles auraient pour leurs frontières du novd le Scardus , l'Orbelus , le Scomius et l'Hémus , chaîne au moins aussi respectable qvie les Pyrénées ; le Pinde les séparerait de l'Albanie et de l'Épire ; le mont CE ta et les Thermopyles seraient leurs frontières du midi ; le Pont-Euxin , la Propontide et l'Archipel baigneraient leurs rivages sur une longueur de près de 5co lieues. Un gouvernement nouveau , qui ne serait pas entravé par des lois et des usages
5io TURQUIE D'EUROPE,
abusifs , frourerait facilement les moyens d'animer la prospérité agricole de ce fertile royaume. Les golfes, les ports , les mers inlérieureset les rivières qui existent dans ces trois provinces , serviraient non-seulement à rendre leur commerce extrêmement actifet avantageux ; mais ils les mettraient àméme de figurer bientôt avec éclat parmi les puissances maritimes de l'Europe. Sa population actuelle, qui ne dépasse pas en ce moment trois millions d'àmes, sérail probablement triplée avant un siècle par la foule des émigrants qu'attireraient un ciel pur, un commerce immense , ainsi que des terres fertiles et susceptibles de toute espèce de cultures.
Les canaux du Bosphore et de l'IIellespont, qui, servant de comnumication entre la mer Noire et l'Archipel , intéressent toutes les nations commerçantes de l'Europe , devraient, dans le cas d'une séparation politique entre la Turquie européenne et celle d'Asie, être déclarés libres et dans un état de neutralité constante pour les bâtimcns marchands de toutes les nations.
L'Albanie, que le Monténégro et le Pinde séparent de la Dalmatie et de la Macédoine, et que l'Adriatique et la mer Ionienne baignent à l'ouest et au midi, est divisée en haute et basse. La première se compose des bassins de la Boyana , (pii se jette dans le lac de Scutari, des deux Drins, blauc et noir, del'Argeuta, du Siomcue, de la Chrevesta cl
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de la Possonîa. Le j)Uis oo'.sidùiiiMe Je ces bassins est celui du Drin-Noir , qui après avoir fait plus de soixante lieues au nord pour rencontrer le Drin-Elanc , se détourne au midi pour verser ses eaux dans un golfe de la nier Adriatique. La Basse Albanie, séparée de la Haute par la chaîne élevée des Acroeéraunicnsou monts de la Chimère, se compose d'unplatcaucentraleldominant, oci se trouve Yanina sur un lac sans écoulement , ainsi que des bassins du Dilichi, de l'Arta el de l'Achéron.
Placée sur les versants occidentaux de la grande chaîne centrale et sur ses nombreux contreforts , l'Albanie offre partout un aspect monlueux , âpre et difficile. Les vents d'ouest arrêtés par le Pinde rendent son atmosphi.re fréquemment humide. Les chênes, les mélèzes et les arbres fruitiers de toute espèce réussissent parfaitement sur les sommets de ces montagnes. Le blé croît en assez grande abondance dans le fond des vallées.
Les Albanais ou Épirotes, affaiblis par les expéditions hasardeuses, brillantes et sans résultat utile de leur roi Pyrrlius , tombèrent bientôt sous l'autorité des rois de Macédoine. Devenr.s sujets de Rome, ils surent défendre leur p:;ys contre les invasions des Barbares, comme le prouvent leur idiome particulier, qui ne ressemble pas à l'esclavon , et leur costume national semblable à celui des soldats romuius. Scandeiberg , leur glo-
3i3 TURQUIE D'EUROPE,
rieuxchefjdéfendit pendant plus de vingt ansdans le quinzième siècle, la liberté de sou pays contre les armées nombreuses des empereurs ottomans. Leurs dispositions belliqueuses ne se sont pas altérées.
Les Albanais actuels, presque tous mabométans, sont depuis longtemps le principal appui des armées ottomanes et les satellites des Pachas. Trois sandgiacats composent l'Albanie, i" Scutari, 2° Avlona o" Dclvino. Les deux premiers obéissent au pacha de Sculari. Le dernier dépend du pacha actuel de Yanina, qui sans être brouillé avec la Porte en est, pour ainsi dire, indépendant. Ce pacha qui a su profiter des circonstances pour s'agrandir , gouverne rÉpire méridionale, la Livadic, laThessalie, et une partie de la Macédoine.
La Livadic, séparée de l'Albanie par un des grands contreforts du Pinde , contient l'Etolie, l'Acarnanie , la Locridc , la Phocide , la Doridc , la Béolie , Mégare et l'Attique. Le Parnasse et l'Hélicon , qui sont un prolongement du Pinde, séparent les cinq premières provinces des trois dernières. Le Céphisc, quise jcltedans le lacCopaïs , à travers le Béotie , forme le seul grand bassin de la Livadic. Le mont Pcntéliquc et le mont Ilymette , composent avec leurs vallées le territoire de TAttiquc.
La Béotie, ou la vallée du Céphise , possède de riches pâturages et récolle beaucoup de grains. Mais les
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autres parlies de la Livadic ne consistant que dans les versants du Parnasse, de lllélicon, du Cythéron , du mont Pentélique et de l'Hymette , et dans les étroites vallées de leurs contrefoi'ts , sont peu fertiles, et ne produisent en abondance que des olives , du vin et des fruits de toutes espèces.
Les parties orientales de la Livadie , étant à la fois niontueuses et exposées à l'est , sont habitées par des hommes actifs, laborieux et spirituels. Le gouvernement turc n'a pas encore pu leur ôter , après une oppression tjTanniqvie de plus de trois siècles , ces qualités brillantes qu'ils doivent à leur climat. Les Grecs de la Livadie occidentale sont encore comme autrefois plus superstitieux et moins spirituels que ceux de la partie orientale.
L'île de Négrepont, l'ancienne Eubée, peut être considérée comme faisant partie du continent , puisqvi'un pont de pierre l'unit à la Livadie , et que la mer a très peu de profondeur au détroit de l'Euripe. Traversée par une chaîne calcaire qui est parallèle au Parnasse et à l'Hélicon , l'île d'Eubée a été remarquable dans tous les temps par sa fertilité et la variété de ses produits. Les
galères turques y étaient stationnées autrefois. Les montagnes de la Morée ovi Péloponnèse , unies à
celles du continent par l'isthme de Corinthe , qui est un contrefort de la chaîne centrale de la Grèce , se rc-
3i4 TURQUIE D'EUROPE,
lèvent vers le centre, et forment, comme nous avons dit, le haut plateau del'Arcadie. C'est dece plateau que partent tous les contreforts qui se dhigeiit vers les caps très-saillants de la Morée. Ces contiefo:(s servaient autrefois de limites aux provinces de rAchaïe, de l'Êlide , de la Messénie,de la Laconie et de l'Argolide.
La Morée a été divisée par les Turcs ou plutôt par les Vénitiens, en quatre i-arties. i° La Saccanie ouRonianie mineure, qui comprend les anciens territoires de Corinthe, Argos et Sycione. 2" Braccio de Maïna, qui renferme l'Arcadie et la Laconie. 5° Belvédère, oîi sont l'ancienne lilideetla iMessénie. 4" La Chiarenza pu l'ancienne Achaïe. — Les chefs dv ces quatre parties dépendent de l'autorité mihlaire du pacha de TWpolitza, ca[)itale de de toute la province.
Outre la plaine grande et élevée de s n pîair^au central, où l'on voit le lac Slymphale et le Styx , la Morée contient les bassins du Carpon ou Alpiiée, de la Pirnaza ou Pirnisus, du Vasiiipolainos ou Luiolas et de la Planiza , et produit en ahondaiice du blé , de l'huile , des raisins de Corinthe , de la soie, du coton, des laines, du vin , du miel et de la cire ; ses vallées nourrissent des chevaux beaux et vigoureux, et des bestiaux de toute espèce. La culture du tabac et du colon y prospère; l'abondante et la qualité de &es mûriers est le motif de
lURQUIE D'EUROPE. r,iû
sa di-nomiiiation actuelle. Les mélèscs et les sapins , qui couvrent ses plus hautes montagnes , donnent des résines et du goudron.
Les golfes deLépante, de Coron, de Colokilia , de Naples de Romanie et [d'Égina soiit tellement favorables à son conunerce extérieur, que même sons le gouvernement des Turcs elle exporte annuellement pour plus de huit millions de francs de marchandises de son cru,
Cependantcette presqu'île , qui parsa grande fertilité et par sa position entre l'Archipel et l'Adriatique devrait èîre une des provinces les plus riches et les plus peuplées de l'Europe, etcpiicomptait autrefoishuitmillionsd'dmes, n'a pas en ce momeni 5oo mille habitants, dont à peine i3o mille suivent la croyance maîiométane ; mais prise et reprise pendant trois siècles par les Turcs et les Vénitiens , saccagée tour à tour par ces deux peuples également avides , ravagée d'une manière affreuse par les Albanais durant l'avant-dernière guerre contre les Russes , elle présente , surtout da!is les parties montueuscs , beaucoup de déserts , des ruines et des forêts impénétrables. On voit cependant avec plaisir au milieu de cette presqu'île désolée, un peuple fier, intrépide et laborieux , celui de Maina (i) , d'environ 45 mille âmes,
(i) Ce peuple descend des Spartiates.
5i6 TLÎIQIIE D'El^ROPE.
kqiie! a réussi à défendre sa liberté contre les Turcs, ei n'a conw^iiti à payer un léger Iribot à la Porte , qu'à condition que les Osmanlis n'auraient jamais le droit de mettre le pied sur son territoire.
L'Albanie , la Livadie et la Morée pourraient former par leur aggrégation un royaume assez puissant. Le Monténégro, la grande chaîne centrale , ses contreforis et le mont OEta couvriraient sa frontière du coté de la Dalmatie et de la Macédoine. Partout ailleurs la mer lui servirait de défense naturelle. Sa population , qui formerait une masse d'environ quinze cent mille âmes, ne larderait pas à s'accroître par le commcrcect l'agiiculture , et serait plus (pie quadrupléc avant cent ans. Les habitants de ce nouveau royaume , étant belliqueux, actifs, entreprenants et spiriîucls, sar.raicnt à la fois défendre leur pays et culiiver avec succès, comme autrefois, les arts , les sciences , le commerce et l'agi iculture.
Les mors (pii environneraient ce royaume, et les golfes profonds du Drino, de Durazzo, d'Avlona, de l'Aria, de Lépante, de Coron, de Naples de Piomanie , d'Egina, et d'Egripas, animeraient à la fois le commerce extérieur de ces peuples et les rendraient excellents marins. Les beaux l)o"s de construction de l'Albanie procureraient bientôt à ce royaume une marine militaire. Le
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golfe de Lt^panle fermé par des cliàtcaux, comme les Dardaiielks, servirait, dans son yasle bassin, d'école d'instruclion pour des escadres, qui pourraient s'armer, évoiiier, et s'instruire, sans crainte d'un ennemi supérieur.
La division de la Turquie d'Europe, en trois nouveaux royaumes, ne changerait pas essentiellement la balance de notre continent, puis(iue les grandes puissances européennes ne feraient aucune acquisition importante dans CCS arrangements politiques. Les trois nouveaux souverains , obligés de se surveiller entre eux, concentreraient long-temps leurs principales vues dans l'accroissemeîit de leur population et de leur commerce, et rechercheraient par conséquent la paix. L'intérêt de ces peuples, et même de l'Europe entière , semblerait exiger qu'aucun des chjfs de ces nouvelles monarchies n'appartînt par le sang aux principaux monarcjucs de notre continent.
Les constitutions de ces royaumes devraient être conformes aux dispositions de ces peuples considérés comme essentiellement belliqueux , et susceptibles en même temps de devenir riches par leur agriculture et leur commerce , et comme sortant tout à coup de l'esclavage et de la barbarie pour participer à la civilisation européenne. La nécessité de foudre dans une masse
5i8 TURQUIE D'EUROPE.
générale des hommes de toutes les religions, rendraitla tolérance la première loi de l'État, et devrait peut- être même empêcher qu'il n'y tût ime religion dominante. L'égalité politiquede touslessujetsdeces trois nouveaux royaumes, au moment de leur émancipation générale, serait sans doute un motif pour n'établir parmi eux des dii.tinctions héréditaires , que lorsque les nouvelles institutions monarchiques seraient entièrement affermies.
Les îles Cyclades pourraient aussi , à l'instar des îles Ioniennes , former une république insulaire , dont le président résiderait à Candie. Je ne pousserai pas plus
loin ces dissertations politiques Il convient de
m 'arrêter, d'autant plus que mes réflexions précédentes, basées sur l'état des peuples de la Turquie européenne et sur la configuration physique de cette importante péninsule, ne fixeront sans doute pas l'attention des souverains de l'Europe à une époque où tout doit tendre au calme, à la concorde et au repos, après tant de desastres, de guerres et de bouleversements.
FIN DTJ SECOND ET DEUXirR VOLT MC.