L’AMÉRIQUE ESPAGNOLE
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Depuis que Fauteur de Y Esquisse de la Révolution deV Amérique espagnole a, posé la plume , trente mois se sont écoulés , et pendant ces trente mois, la lutte de l’indépendance contre l’esclavage a rendu F Amérique le théâtre de nombreux événemens. Ce sont ces événemens dont nous allons essayer de tracer rapidement le tableau.
Quoique Fauteur de YEsquisse ait rendu compte de quelques faits arrivés en Amérique, depuis le commencement de 1817 , c’est pourtant jusqu’à cette époque que nous ferons remonter notre travail.
Nous croyons d’autant mieux faire que
des relations exactes nous ont donné des de’lails assez étendus sur des événemens que l’auteur de l 'Esquisse n’avait pu qu’indiquer, ayant été forcé de s’en rapporter à des journaux peu instruits , pour le récit des derniers événemens survenüs en Amérique. En suivant la marche que cet auteur a adoptée, nous jetterons d'abord un coup d’ceil sur le Mexique ; Venezuela et la Nouvelle-Grenade , qui ont été le théâtre des plus grands événemens, nous occuperont ensuite , et nous terminerons en faisant connaître l’état prospère où se trouvent actuellement Buenos- Ayres et le Chili (i).
(i) Depuis trois ans Famour de la liberté s’e^t introduit au Brésil, et des républicains ardens ont essayé de soustraire Fernambouc à la domination du roi de Portugal et du Brésil. Comme nous ne voulons pas , dans notre Supplément, nous écarter de la marche adoptée par Fauteur de la dévolution de l’Amérique espagnole , nous rejetons dans une note le récit de la révolution de Fernambouc.
Insurrection de Fernambouc .
La liberté avait de nombreux partisans dans le Brésil ; séparés par des espaces immenses , ils furent longtemps sans pouvoir s’entendre ; mais enfin les personnes
Mexique, Les Espagnols, maîtres des côtes et des ports du Mexique , ne laissent
les plus influentes du parti s’étant trouvées réunies à Fernambouc , elles résolurent d’affranchir leur pays. 11 fallut attendre une occasion favorable ; au commencement de 1817, le gouvernement royal ayant fait des levées considérables de troupes et d’argent, le peuple témoigna hautement son mécontentement 5 les conjurés de Fernambouc crurent le moment opportun , prévinrent leurs partisans qui habitaient les provinces , et fixèrent au 17 mars le soulèvement qu iis voulaient exciter. Le bruit qui courait que le gouvernement prenait des mesures pour arrêter une révolution qui se fomentait dans les provinces du Nord et un événement imprévu , hâtèrent l’insurrection de Fernambouc , et firent échouer celle des provinces.
Le 7 mars , le colonel d’un régiment passant une revue , accusa un de ses officiers , 011 ne sait sur quel motif, d’être un traître. Celui-ci , qui était un des conspirateurs , s’imagina qu’il était découvert , et que cette accusation était le signal du massacre des conjurés : il tira son sabre et abattit le colonel a ses pieds. On sonna sur-le-champ le tocsin , et le peuple , de concert avec les troupes , se souleva. Sur-le-champ on s’empara des armes , soit à bord des vaisseaux, soit dans les arsenaux. Le gouverneur delà ville voulut d’abord faire résistance, mais il vit qu’il ne pouvait compter que sur les officiers attachés à sa personne. Il se retira dans le fort , qu’il fut obligé de rendre le lendemain. Il ne fut insulte ni dans sa personne , ni dans ses propriétés , et on lui peinait de partir pour Rio-Janeiro. Un congrès fut convoqué ; mais, en attendant sa réunion, un comité de g ou-
parvenir en Europe que des details mensongers sur la véritable situation de cette
vernement prit la direction des affaires. I). Martinez fut mis à sa tête. C’était un Portugais liardi et entreprenant qui avait dirigé la conjuration. Un projet de constitution fut promulgué : il avait pour base la constitution des États-Unis du Nord. Les principaux points étaient la représentation nationale, la liberté de conscience, la liberté de commerce sans restriction, etc. Les insurgés s’occupèrent de se donner des moyens de défense et des appuis : ils députèrent des envoyés aux indépendans de l’Amérique espagnole, à ceux de l’Amérique du nord et à leurs partisans des provinces qui n’avaient pu exécuter leur projet: néanmoins beaucoup d’habitans des campagnes s’étaient jetés dans la ville.
La révolution s’était presque opérée sans effusion de sang 7 et la modération qui avait présidé à la journée du 7 mars ne se démentit pas : il n’y- eut aucune persécution contre ceux qui semblèrent désapprouver le nouvel ordre de choses. Cependant le gouvernement royal menaçait les rebelles des plus grands supplices , et réunissait une armée pour les châtier. Ceux-ci alors prirent des mesures de défense , et organisèrent une armée. Le 19 mai, cette armée se mit en marche pour combattre les troupes royales qui venaient de Baliia : on se rencontra le iB à Guerra , et le combat y fut sanglant; les insurgés furent vaincus : ils perdirent Martinez et leurs principaux chefs , qui furent tués ou pris , et laissèrent canons, bagages, munitions et caisse sur un champ de bataille, couvert de ïgoo de leurs morts. Retirés d’abord à Recife , puis à Olinde , ils se préparaient à rentrer dans Férnarobouc , quand ils apprirent
vaste contrée. La gazette de Madrid annonce périodiquement que la paix et la soumission y régnent, tandis que les nouvelles qui nous viennent de Cuba, de Carthagène et des autres points de l’Amérique, que la liberté n’a. pas encore enlevés au sceptre espagnol, ne parlent que des victoires remportées sur les insurgés. On doit donc conclure que la paix est loin de régner au Mexique ; le peu de renseignemens que nous avons pu recueillir , nous a convaincus que ce n’est pas'Seulemeiit quelques bandes de brigands qui forcent le vice-roi Apodaca à combattre sanscesse, etnous pensons que Hidalgo etMorelos ont de dignes successeurs. Si Ton en croit les gazettes des États-Unis du nord de F Amérique, Borj'a , Torrès , Morena , Orte-z et
que cette ville avait été livrée par le parti royaliste à la flotte qui bloquait le port : chacun songea alors à sou salut 7 et en quelques heures il n’y eut plus d’armée.
Marîinès et dix-huit prêtres qui l’avaient secondé furent fusillés à B allia. Les mesures les plus rigoureuses furent prises par le gouvernement royal , contre ceux qui avaient secondé les insurgés 7 et meme contre ceux qui ne s* étaient point opposés à leurs projets. C’est ainsi que se termina cette insurrection ? qui echouat pour avoir été mise trop promptement à execution.
Yitoria , occupent avec une arme'e indépendante plusieurs intendances du Mexique : il est certain, et l’expédition du jeune Mina , dont nous allons parler , le prouve, que tous ces chefs sont à la tête d’une force militaire considérable , et qu’ils sont très-redoutés , surtout Torrès, que la gazette de la Vera-Cruz a déjà tué vingt fois, et qui , semblable au phénix , est chaque fois ressuscité de ses cendres.
L’événement le plus remarquable qui ait eu lie» au Mexique depuis trois ans, et sur lequel on ait quelques renseignemens, est l’expédition du jeune et malheureux Mina , qui a augmenté le nombre des martyrs de la liberté.
Le 22 avril 1817 , Mina, suivi de onze cent trente-deux hommes , la plupart anglais, et abondamment pourvu d’armes et de munitions , débarqua à Soto la Marina, dans la province du nouveau San Ànder, à trente-cinq lieues de Tampico.
Il y fut reçu avec des transports de joie , et plusieurs Mexicains demandèrent a grossir ses rangs. Après avoir fortifié ce poste et y ayoir laissé cent cinquante
hommes , il marcha sur San Ânder , qui tomba entre ses mains sans que les Espagnols aient pu s’y opposer. Mina se trouva alors à la tête de plus de deux mille hommes; on accourait de toutes parts pour se joindre à ses drapeaux; les chefs des insurgés qui combattaient encore pour l’indépendance , vinrent se réunir à lui, et le 24 mai il mit ses forces en mouvement pour combattre l’armée des royalistes. C’est à cette époque qu’on vint lai apprendre que le gouvernement de la Vera-Cruz venait de lui enlever Solo la Marina : cette nouvelle ayant jeté un peu de découragement dans sa petite armée :
N’avons-nous donc pas nos épées ! s’écria^ t-il ; et il marcha au combat et fut victorieux. Après avoir été renforcé à Ospardo Santo par une des bandes insurgées du patriote Vitoria, if osa aller attaquer, suivi seulement de neuf cents hommes , l’espagnol Arredundo, qui avait plus de trois mille soldats : son succès fut complet, mais la joie de son triomphe fut troublée en apprenant que les majors Perry et Gardon , qui avec un détachement fai-
saieot une reconnaissance,’ avaient été pris avec leur monde, et passés au fil de
epee.
Le vice-roi fut bientôt effrayé des progrès que faisait Mina. Menaces et promesses de récompenses furent prodiguées pour engager les habitans à ne pas favoriser sa marche. On promit meme 5oo dollars à qui livrerait sa personne, et tout soldat qui apporterait sa tête, fut-il un des rebelles , obtenait le grade d’officier.
Cependant Mina avançait toujours vers la capitale, et à chaque instant, de nombreux bataillons augmentaient son armée.
Mais enfin la fortune l’abandonna, et si l’on en croit les bulletins espagnols, ce fut près de la capitale du Mexique qu’il éprouva son premier revers. Obligé de se retirer dans une forteresse dont il s’était rendu maître, il y fut cerné le I er . août par le général don Paseuai de Liman.
Le 7 , à la tête de sept cents hommes, il fit une sortie ou il n’obtint aucun succès.
Menacé de manquer de vivres, il abandonna le fort pendant la nuit, seulement suivi des chefs insurgés Borja et Ortez ,
et réunit quelques-unes des Bandes de Torrèg, à la tête desquels il vint inutilement * le 1 2, pour essayer de dégager les siens. Quelques-uns le rejoignirent pendant le combat , mais la plupart , ainsi que les Mexicains qui s étaient joints à eux, furent passés au fil de l'épée le 20 , après une vigoureuse résistance.
Mina , réduit à commander quelques bandes, espérait que bientôt il reparaîtrait avec une puissante armée , lorsque dans le défilé de Venadito , il fut livré aux royalistes par un de ses officiers, le traître Liceago. Les deux cents braves qui Fescortaient le défendirent vaillamment ; mais iis durent céder au nombre ; et, le 17 novembre, Mina reçut la mort qu’il n’eut dû trouver que sur un champ de bataille.
Les insurgés découragés posèrent moment les armes ; mais bientôt exaspérés par des persécutions et ranimés par leurs chefs , ils combattirent de nouveau pour la liberté, et maintenant organisés en guérillas , ils harcèlent leurs tyrans , et ri attendent qu’un chef habile pour fonder leur indépendance.
Venezuela et la Nouvelle Grenade »
Au commencement de l’année 181*7, les patriotes de Venezuela se trouvaient dans un état assez prospère. Bolivar et Mac- Grégor , après de brillans succès , avaient arraché aux Espagnols la partie la plus fertile et la plus peuplée des provinces vénézuéliennes de Terre Ferme, et Arismendi était parvenu à expulser les soldats de Ferdinand du sol de File de Margarita.
Ces succès permirent à Bolivar d’organiser le gouvernement provisoire de Venezuela; et, le 7 avril, il l’installa à Barcelona après avoir convoqué un congrès général.
Les indépendans de la Nouvelle Grenade notaient pas dans une position aussi brillante. Toutes leurs provinces étaient au pouvoir de Morillo : celles de Tunjas et de Popayan seules essayaient par de fréquentes insurrections de secouer le joug espagnol ; et ce ne fut qu en mars 1817, après la bataille de Cachiri, que l’armée indépendante de Grenade, qui s’était réfugiée dans le Venezuela, parvint à reconquérir la province de Casanare.
Dans le courant de février et de mars , les troupes royales attaquèrent plusieurs fois Bolivar, qui les repoussa vigoureusement , et en avril , le général Piar , qui commandait en Guiane , les battit tellement qu’elles furent obligées de lui abandonner la campagne et de se renfermer dans la forteresse de Guyana-la-Vieja et dans Angustura ; ce fut aussi à la meme époque que Paez dispersa près de San Fernando de Apure un corps de deux mille hommes , que Morillo amenait de Santa Fé de Bogota pour renforcer Ca~ raccas.
Mais , tandis que les indépendans cueillaient ces lauriers, Barcelonne tombait au pouvoir des royalistes ( 7 avril); Barcelonne avait été vigoureusement défendue par le général Freites et cinq cents braves; mais ils durent céder au nombre, et le colonel espagnol don Juan de Almada , enleva le fort et la ville , où bientôt on vit couler, sous le fer des vainqueurs, le sang des enfans, des femmes, des vieillards, dont le seul crime était d’avoir aimé la liberté.
Dès que Bolivar, qui était en marche pour
réunir les forces de la république et livrer une affaire décisive, connut cet échec, il passa fOrénoque à la tête de deux mille chevaux , et manœuvra sur les derrières de l’ennemi pour l’inquiéter et l’empêcher de profiter de ce succès.
Le 8 mai, le congrès de Venezuela fut installé à Caraïco : en l’absence de Bolivar, Marino en fit l’ouverture; son discours annonçait que la république était triomphante sur tous les points. Les premiers actes du congrès furent l’érection d’un pouvoir exécutif, la distribution des commandemens des armées , la confirmation des décrets rendus par Bolivar , entre autres de celui qui proclamait la liberté des esclaves, et la déclaration que tous les individus de quatorze à soixante ans étaient soldats de la république, et devaient se présenter dans les vingt-quatre heures aux commandans militaires. Bolivar et Fernando Toro furent élus chefs du pouvoir exécutif; Marino et Bolivar furent confirmés dans le commandement des armées. L’île de Margarita , pour la récompenser du patriotisme que ses habi-
tans avaient montré, reçut le titre de
Nouvelle Sparte ; et l’Assomption sa capitale , fut désignée pour être la résidence provisoire du gouvernement. Le congrès décréta aussi que le pavillon de l’état serait un champ jaune semé de sept étoiles* en l’honneur des sept provinces qui formaient la république. Brion fut confirme dans la charge d’amiral.
La position des royalistes paraissait désespérée , quand seize cents hommes des meilleures troupes de l’Espagne vinrent relever leurs espérances. Les indépendans redoublèrent d’efforts : ils poussèrent avec vigueur les sièges d’Angustura et de Cumana 7 * Brion* qui avait organisé sur un pied respectable la marine de la république* tandis que celle de l’Espagne diminuait tous les jours, était sur le point de partir avec vingt~deux Mtimens pour bloquer Cumana. Guiana-la-Vieja se rendit, et Bolivar disposa des troupes qui l'assiégeaient, pour aller combattre les armées espagnoles qui venaient pour secourir Angusiura et Cumana. Cette manœuvre
eut tous le succès désiré* et les Espagnols
furent rencontrés et battus sur plusieurs points.
Mac Grégor , dont la fierté se trouvait souvent froissée j par la rudesse républicaine de Bolivar et des autres chefs indépendans, avait quitté son commandement; mais, consacrant toujours son bras à la cause de la liberté, il arma quelques vaisseaux; et, le Sojuin, il s’empara de l’île d’Amélie, voisine des Florides, dans l’espoir d’enlever ces provinces à la domination espagnole. Le manque de secours et d’accord paralysa les imporlans résultats que cette entreprise aurait dû avoir.
Les mois de mai et de juin se passèrent en escarmouches, qui, grâces aux talens
et à la bravoure de Bolivar , de Marino ,
de Piar (i) et des autres généraux, furent
(i) Nous croyons devoir placer ici quelques détails
intéressans sur le caractère et les talens des principaux
généraux de la république de Venezuela ; nous pouvons
en garantir l'exactitude :
Simon Bolivar , dont le nom est devenu si célèbre depuis plusieurs années , vivait dans ses grandes posses-
sions , à l (i) * * * * * 7 époque où Vin vasion de l'Espagne par Napo-
léon, fit naître chez les peuples de l'Amérique méridionale la première pensée de se séparer d'une métropole
presque toujours à l’avantage des patriotes.
Vers la lin de juin , Bolivar voulut de'-
qui paraissait destinée à devenir la proie de l’étranger. Lorsque l’énergie espagnole , aidée par les soldats anglais et les talens de Wellington , eut chassé les armées françaises , les idées d’indépendance avaient déjà jeté de profondes racines dans le cœur des Américains. Bolivar , qui s’était montré l’un des plus ardens zélateurs de l’indépendance contre le joug de l’étranger, parut également disposé à repousser celui de la métropole , et ses intentions bien connues, ainsi que sa grande fortune et sa considération personnelle, le placèrent au premier rang parmi les chefs de l'insurrection américaine. Les grands sacrifidfes qu’il a faits pour la cause de l’indépendance , achevèrent de lui attacher les cœurs de cette nation, qui joint à la persévérance espagnole toute l’exaltation des nouveautés politiques. Souvent malheureux , quelquefois triomphant, il n'a cessé d’étre l’objet de l’affection enthousiaste des indépendants. Une foule de combats lui ont acquis l’expérience qui lui manquait; et, aidé de plusieurs militaires de profession, dont quelques-uns sont Espagnols de naissance , il est parvenu à discipliner ses troupes et à les mettre. en état de résister et meme d’attaquer avec succès les vieux régimens de l’armée royale. Ï 1 passe pour avoir de la noblesse et même de l’exaltation dans le caractère; il est vraiment ami de la liberté^ et fait pour l’obtenir la guerre loyalement; il connaît l’art d’animer les esprits et 11e manque point d’activité; mais on lui reproche une obstination qui a déjà fait beaucoup de tort à son parti, par son opposition à des plans meilleurs que les siens.
Yitoria fut après Bolivar un des chefs les plus re-
traire une armée que les Espagnols avaient formée de la réunion de plusieurs garni-
nommés et qui inspira le plus de confiance. Sa famille est ancienne, il a des tafens réels politiques et militaires, et de plus , dit-on , une éloquence entraînante.
Arïsmendi est un mulâtre d’un esprit singulièrement fécond en ressources , et qui , dans des circonstances en apparencfe désespérées, a toujours trouvé un moyen de relever son parti. C’est un de ceux que les ro3 r alistes redoutent le plus.
Sir Grf.gor Mac Gregor, dont on a beaucoup parlé depuis trois ans , est d’une noble famille écossaise. II
joint à la bravoure et à la générosité d’un hi glander
( montagnard ) les lumières d’un homme bien élevé. Malheureusement il n’est pas exempt de la hauteur qu’on reproche à ses compatriotes, et qui s’est quelquefois heurté contre la fierté espagnole , au grand détriment de la cause commune. Il a failli d’être tué dans une affaire qui eut lieu dans les derniers mois de ï8ï 6 , mais son adresse ou son bonheur l’en a tiré sans autre mai qu’un léger coup de sabre.
Marino est un soldat parvenu; il connaît parfaitement le pays , et il a fait preuve d’une habileté remarquable pendant la campagne de 18 16, en soutenant une guerre de chicane contre les Espagnols , et en les arrêtant de position en position.
Toledo, lieutenant dans une brigade provinciale du Mexique lorsque la révolution éclata , hésita quelque temps à prendre parti; mais lorsqu’il eut embrassé la cause de l’indépendance, sa bravoure et son activité le firent bientôt remarquer et lui valurent un avancement rapide ; c’est un des meilleurs officiers de l’armée répu»-
sons. Paez se mit en marche, et Morille envoya une de ses divisions à sa rencon-
blicaine , et il a beaucoup contribue' à ses succès : on fait l’èloge de son humanité.
Lrdaivète descend , dit-on , des anciens Péruviens ; il a défendu les montagnes avec beaucoup de valeur, et en général avec succès.
Bermudez est Espagnol de naissance. C’est aux yeux des inde'pendans une tache originelle sans laquelle il aurait, dit— on , été nommé capitaine général de leurs armées. Il a déployé de grands talons militaires en i8i5 et en 1816, et a organisé des moyens de défense sur une étendue considérable de pays avec une rapidité qui tient du prodige. Dans le corps qu’il commandait eh 1 816 et 1817 , il se trouvait beaucoup de déserteurs des troupes de ligne espagnoles , qui lui donnèrent la facilité de le bien discipliner. Lui-même a servi dans la péninsule en 1798, et a fait sous le général Kicardos la brillante campagne de Roussillon. On ne dit pas quelles causes l’ont détêrminé à embrasser le parti des indépendans.
Il y a plusieurs autres chefs sur lesquels 011 a moins de détails, tels que Monagas , Roxas , Soubie lie , Piar , etc.; on fait l’éloge des connaissances du premier , et on cite le dernier pour une bravoure qui va jusqu’à la témérité. Parmi les chefs subalternes qui se sont signalés par quelques exploits, on remarque un déserteur aragonais , nommé Porraz , qui servit comme hussard à l’armée d’Andalousie, et s’y distingua par son intrépidité. Ayant un jour enlevé un drapeau à cinq chasseurs français, dont deux tombèrent sous ses coups, il fut nommé brigadier et parvint jusqu’au grade de
tre. Le choc fut terrible , mais les Espagnols battus n’échappèrent à une ruine complète qu’en se renfermant clans Guyabel. Morillo se trouva alors clans une position critique : il tenta tout pour se sauver, et après avoir tiré de Caracas, de Guyara et de Puerto Gabello , les troupes qui y tenaient garnison , il marcha au combat dans l’espoir de rappeler la victoire sous ses drapeaux : son espoir fut encore déçu; ayant trouvé les indépendans devant Caîobozo , il les attaqua et fut encore battu. Ce combat était décisif. Rctnc à Valencia, Morillo se préparait à évacuer toutes les places quil occupait encore, lorsque des secours lui arrivèrent d Es-
pagne.
Ces secours relevèrent le courage des
lieutenant , avec lequel il fut envoyé en Amérique. Mécontent de quelques-uns de ses chefs , il se décida a passer avec quelques soldats du coté des républicains. Il commande un régiment de cavalerie, h la tête duquel il soutient la réputation qu’il a acquise par ses faits d’ar-
taille gigantesque , (Tune force allilé— hé inconcevable , et harcèle sans relâ-
laquelle il enlève beaucoup de
convois.
royalistes ; ils firent de nouvelles levées et bientôt se remirent en campagne : la victoire couronna leurs premiers efforts, et ces ennemis, naguère vaincus et prêts à abandonner le territoire de Venezuela, s’y montrèrent encore triomphans : le succès îe plus important qu’ils obtinrent fut la prise de Garaïco , où deux cents indépendants furent tués , et où cinq cents posèrent les armes.
Morille, profitant de l’enthousiasme que ses succès avaient inspiré à ses troupes, et de l’espèce de découragement où se trouvaient les patriotes, voulut essayer de reprendre l île de la Margarita. A la tête de trois mille hommes , il s’embarqua et descendit dans l’île sans difficultés. Ses proclamations , répandues en profusion , promettaient toutes sortes de bons traitemens aux habitans , et la mort au gouverneur en cas de résistance ; celui-ci, ne fut pas plus effrayé par les menaces que les habitans n’avaient été séduits par les promesses ; on se prépara donc à combattre, et trois mille six cents braves jurèrent de vaincre ou de mourir.
Après quelques affaires d avant-postes * les indépendans et les royalistes se trouvèrent en présence le 1 4 juillet : le fanatisme d’un coté, l’enthousiasme de l’autre, animaient les troupes; les chefs ne purent diriger les manœuvres , et la mêlée fut sanglante; la nuit ne permit pas aux Graves Margaritains d écraser les Espagnols ; et Morille, échappé à une défaite complète, chanta victoire et osa sommer les vainqueurs de se rendre. On lui répondit en attaquant son camp. Cette tentative ne fut pas heureuse , et après quelques jours de combats, les patriotes contraints d’abandonner la . plaine se renfermèrent dans les villes; on fut même obligé d’évacuer Sampatar , dont on ne put détruire les fortifications , à cause de l’impétuosité de l’attaque. Une rencontre où les Espagnols perdirent cinq cents hommes, ranima le courage des patriotes ; mais Moriîlo, courageux et actif, se vengea bientôt en faisant sauter le fort de don Juan Griego; les braves qui l’occupaient se firent jour au travers les ruines et l’ennemi.
Le j août, Morillo , ayant réuni ses
forces près cle l’Assoioplion , livra un assaut à cette ville. Le courage des patriotes et les talens de Gômez et d’Arismendi qui les commandaient, firent échouer cette attaque , et bientôt Morillo fut obligé de battre en retraite; enfin, un combat ou ii fat vaincu le i4> la perte de plus de mille des siens qui étaient restés sur les champs de bataille ou tombés dans les mains des indépendans , et les mauvaises nouvelles qu’il recevait du continent, le décidèrent à renoncer à son entreprise; et, le ij août, il se rembarqua en laissant quelques blessés et des bagages. Peu de jours après Bolivar vint féliciter les Margari tains et examiner les lieux illustrés par leur valeur ; il profita de leur enthousiasme pour diriger une entreprise dont le résultat fut la prise de Guyria, sur le continent. Trois cents hommes y furent faits prisonniers , et six cents autres, qui étaient cantonnés dans le district, furent obligés de se réfugier dans un petit fort dépourvu de vivres.
Les nouvelles qui avaient hâté le départ de Morillo de file de la 'Margarita
étaient alarmantes pour la cause des royalistes, et le général espagnol dut se repentir d’avoir quitté le continent. En effet, pendant son absence , Bolivar et ses lieutenans avaient deposte leurs ennemis de tous les points imporlans , s’étaient emparés de tous les districts qui fournissaient des vivres, et avaient resserre les royalistes ou dans les villes ou dans des cantons arides où il fallait se rendre ou périr de faim. Le résultat de ces succès furent la reddition de nombreux détachemens espagnols qui posèrent Iss armes et la prise d’Angustura. Le combat de Saint- Félix , où l’élite des troupes royales fut détruite , et trois combats sur l’Orenoque entre la marine espagnole et les vaisseaux indépendans , et où ces derniers lirent de riches prises , furent les préludes de la prise d’Angustura , qui termina la campagne. C’est le 17 juillet que les patriotes prirent la ville, et le 3 août que les Espagnols évacuèrent les torts ou iis s étaient retirés en abandonnant Angustura.
La proclamation qui annonça aux Vénézuéliens la prise d Angustura et la con-
quête de toute la province de Guyana ,
leur annonçait aussi les succès deMarino, »
qui occupait Gumanacoa; de Roxas, qui était à Maturin; de Monacas et de Zarara , qui, avec un corps de cavalerie , battaient les plaines de Barcelonne; et enfin de Paez, qui avait balayé tout le pays entre Varie as et Calobozo. Bolivar communiquait aussi à ses compatriotes les nouvelles qu’il avait reçues de leurs frères de la Nouvelle Gre-
nade : le gouvernement provisoire de la province de Casanare avait été installé ; Quadualito et Columera avaient été pris ; la province de Socorro s’était insurgée , et avait passé au fil de l’épée les troupes qui avaient voulu la contenir; lesdifférens partis insurgés cherchaient à se réunir , et on s’attendait à de grands événemens.
Depuis le commencement de la guerre, la r position des indépendans de Venezuela n’avait jamais été si brillante, et l’on pouvait espérer que quelques combats encore allaient consolider la liberté en amenant la paix , lorsqu’une fatale dissension vint reculer ce moment désiré.
A peine Àngustura fut-il pris, que la
haine qui divisait Piar et Bolivar éclata :
le mois d août et septembre , temps précieux qu’on eut du employer à la défaite des ennemis, s’écoula en querelles et en intrigues qui ne se terminèrent que lorsque Piar quitta l’armée pour aller rejoindre Marino, auquel il fit partager son mécontentement; déjà ils refusaient de reconnaître l’autorité de Bolivar et travaillaient à détacher les hommes de couleur du parti des blancs , lorsqu’ils furent arrêtés et traduits à une cour martiale : Piar fût condamné à mort et fusillé ; on exila Mario o.
Le lendemain de l’exécution de Piar , Bolivar adressa mie proclamation à Farinée :
« Soldats, disait-il, hier était un jour de » deuil pour mon cœur; le général Pian a » été exécuté pour ses crimes de haute » trahison ; pourquoi a-t-il lallu trouver un » traître dans un apôtre de la liberté!
)) mais les faveurs de la fortune l’avaient » enivré. » Il rappelait ensuite ses services , mais faisait remarquer que sa crm-
duite avait toujours été celle d’un factieux.
Bolivar s’aperçut bientôt de la faute qu’il avait faite en perdant son temps en dissensions intestines : il voulut se bâter de réparer le ma K et dès le 26 septembre dirigea la tête de son armée sur Fernando
de Apure ? dont la prise l’eût rendu
maître du cours des rivières qui se jettent dans rOrénoque , jusqu’à Varinas et Santa-Fé , et eût peut-être amené le moment tant désiré de la paix ; mais il était trop tard, Morillo avait eu le temps de réparer ses pertes , et le sort de la république allait encore être livré aux chances d’une campagne sanglante.
Pendant que les différentes divisions de l’armée indépendante traversaient les immenses contrées qui les séparaient du district de Caracas où tous les coups devaient se porter dans la prochaine campagne , Bolivar s’occupa d’améliorer le sort de la république. L’agriculture était abandonnée , et les subsistances rares et chères; il accorda des primes à ceux dont les terres étaient bien cultivées, et a ceux qui étaient les plus assidus à fournir les marchés, lia
dépopulation se faisait sentir dans certains cantons; il encouragea les mariages et accorda des secours aux pères de famille»
La marine avait beaucoup souffert dans les derniers combats quelle avait gagnés; il mit des fonds à la disposition de Brion.
Les nègres s'étaient distingués parleur zèle; il les assimila aux blancs pour 1 occupation des emplois civils et militaires.
Plusieurs proclamations parurent successivement : l une accordait des récompenses pécuniaires alarmée; chaque soldat devait recevoir 5 oo dollars , et une échelle progressive faisait monter jusqu a 2 5 <5 o o o la gratification du général en chef; ces récompenses devaient être prises sur les confiscations faites par les royalistes.
Une autre rappelait dans leurs foyers tous ceux qui avaient été forcés de les abandonner; une troisième déclarait levé le blocus des deux Guyana, et une dernière , qui parut le 1 1 novembre , annonçait la création d’un conseil d’état 5 et faisait connaître la nouvelle distribution des commandemens supérieurs.
Le conseil d’état était chargé del’admi-
lustration et siégeait a Augustura ; il était divisé en trois parties : 1 une , presidee par don Antonio Zea , était chargée des finances ; l’autre , que Brion présidait ^ avait dans ses attributions tout ce qui avait rapport à l'administration de la guerre et de la marine ; enfin la troisième partie était chargée de l’intérieur et de la justice , et était présidée par J uan Martinez ; il y avait aussi un bureau du commerce. Les commandemens militaires furent ainsi distribués : Monagas fut nommé gouverneur de la province de Barcelonne; Bermudez , de celle de Cumana; Paez, de Verinas et de Casanare ; Arismendi et Gomez se partagèrent l’autorité dans File de la Margarita.
Bolivar, ayant appris que presque toutes ses troupes étaient rendues aux postes qu’il leur avait assignés.» se prépara à partir ; il crut devoir, avant de recommencer les hostilités, rendre compte officiellement à la nation du résultat des mouvemens militaires qui avaient eu lieu depuis quelques mois.
Paez, après avoir pris Varinas en août,
avait marché sur San Car ta ; attaqué parle général espagnol Piimigo Ramas, il avait remporté une victoire signalée : cent Espagnols tués, deux cent cinquante prisonniers., cent fusils, quatre mille cartouches, furent les trophées de cette journée ; l’ennemi avait été poursuivi jusqu’à Rio de Bocano dans la province de Caracas. Paez , dont la cavalerie était trop harassée pour harceler vivement les Espagnols , arrêta son mouvement et rétrograda même, après avoir évacué farinas, pour veiiier sur Yagual , ou étaient ses bagages , ses recrues et sa remonte; il s'était porté ensuite sur San Fernando de Apure , et n’attendait que des renforts pour pousser vigoureusement le siège de celte ville.
Bermudez observait BarceIonne;Monacas envoyait ses fourrageurs escarmoucher jusqu’aux portes de Curnana. La brigade du général Saraza , après avoir été renforcée par la défection du général espagnol Calzadoa, avait battu tout le pays entre San Sebastien de las Reyes et Calobozo , et avait obtenu un succès près de Chaguâramas.
♦ La Nouvelle Grenade était en pleine
insurrection; les insurgés d\El Cauca étaient maîtres de la province de Glioco et menaçaient la capitale de Popayan ; cent de Socorro avaient remporté une victoire signalée; le colonel Nonato Ferez avait battu à Casanare un corps espagnol venu de Santa Fé , et le commandant royaliste Palmero s était rendu avec trois cents hommes au capitaine Querreno, qui commandait à El Yagual.
Enfin la presque totalité des forces de la république était en marche dans la direction de San Fernando et de Galohozo , et Bolivar terminait son rapport en jurant de délivrer sa patrie du joug que [Espagne essayait encore de lui imposer.
Le 3 i décembre, les troupes dont Bolivar se réservait le commandement immédiat reçurent l’ordre de se mettre en marche. Le 17 janvier 1818 , elles se réunirent à la division de Cedeno, et, le 3r , à celle de Paez qui occupait San Juan de Payara, et observait San Fernando de Apure. Toute l’armée des indépendans, ainsi réunie, franchit f Apure le 6 lévrier,
vis-à-vis la forteresse de San Fernando , devant laquelle on laissa un corps d’observation ; le 1 1 , on arriva sur les hauteurs de Calobozo; et, le 1 2 , à sept heures du matin , cette ville, où Morillo avait établi son quartier-général , fut entièrement cernée. Un combat était inévitable :
ce fut la cavalerie espagnole qui commença l’attaque; elle fut repoussée par celle des indépendans , qui, par une manœuvre habile , enveloppa et enfonça toute 1 aile droite de Morillo ; sur deux mille hommes, à peine deux cents purent-ils s’échapper. Dès lors , 1 issue cl u combat ne fut pas douteuse : une partie de 1 armee espagnole s’enferma dans Calobozo , et Morillo avec sa cavalerie et les fuyards fit sa retraite en désordre.
Calobozo était sans magasins, et les troupes qui s’y étaient renfermées manquèrent promptement de vivres ; elles durent donc songer à la retraite. Dans la nuit du i4 , elles évacuèrent en abandonnant canons et bagages, et se jetèrent dans les montagnes. Poursuivies et atteintes, le 1 5 au soir, à Auriosa par les indépen-
dans , elles se sauvèrent à la faveur des ténèbres en sacrifiant leur arrière-garde , et ce ne fut que le iq qu’on put les rejoindre de nouveau. Elles occupaient une position formidable près de Sombrero; le combat fut sanglant , et les royalistes 7 après avoir perdu trois cent cinquante hommes , ne durent leur salut qu’à une fausse manœuvre des indépendans ; ils se l'etirèrent sur Camalagua par Barhacoa.
Ap rès ces succès , Bolivar crut prudent de ne pas s’avancer sans que l’ennemi lui eût fait connaître ses projets et ses ressources ; il concentra donc ses forces à Sombrero , et n’envoya qu’une division pour harceler les Espagnols qui se retiraient sur Valence. Vittoria, Maraçay et Ponsejo j ouvrirent successivement leurs portes à cette division; Morillo, désespéré de ces succès, réunit les garnisons de Caracas, Gnira et Puerto Cavallo, et voulut tenter encore le sort des combats; il rencontra les indépendans à feutrée de la vallée d’Aragua ; ceux-ci , inférieurs en nombre , se battirent avec courage , mais perdirent du terrain; le 1 3 mars à Ca-
brera , et le T7 à Semen , ils furent plus braves que fortunés , et durent se replier sur farinée qui était à Sombrero, Les Espagnols, qui n’avaient acheté la victoire que parla perte de leurs meilleurs soldais, et de leurs plus braves officiers, ne furent pas en état d’inquiéter la retraite des indépendans; et Morillo, grièvement blessé et obligé de quitter le commandement, fut transporté à Valence, Son successeur , après plusieurs rencontres où il éprouva quelques pertes, assit son quartier-général à Villa de Cura.
Cependant Bolivar n’était pas resté inactif à Sombrero ; le 28 février, il avait détaché un corps d’armée commandé par Paez pour réduire San Fernando; dix jours d’un siège vigoureux avait fait tomber les murailles de cette clef de l’ A pure. Le 6 mars, les Espagnols, abandonnant artillerie, munitions, vivres, bagages, malades, évacuèrent la ville et les forts; et le moment de l'évacuation fut marqué par la défection du quart de leurs troupes, qui se réunirent aux indépendans. Paez se mit, le 7, à la poursuite des fuyards; il
ies atteignit, tua ou prit quatre cents hommes , dispersa le reste, et après avoir laissé garnison à San Fernando, il rejoignit 1 armée.
11 y arriva à l’époque où les Espagnols venaient après un léger échec de s’établir a Villa de Cura,* ses troupes, enivrées par les succès quelles avaient obtenus à San Fernando, demandèrent à être conduites au combat; Bolivar ne laissa pas refroidir ce zele , et Paez marcha. Le 27 mars, il fut en présence des Espagnols à Ortiz; le combat fut long et sanglant; Lopez, •général royaliste, et S. Palacios, colonel indépendant et parent de Bolivar, restèrent sur le champ de bataille entourés d’un grand nombre des leurs; chaque armée s’attribua la victoire. Il paraît néanmoins que les indépendans furent les moins maltraités; car, le 28, les Espagnols n osèrent garder leurs positions, tandis que Paez put détacher sur ses flancs une brigade qui, après avoir pris ian Carlos, devait rabattre sur Valence.
Ce combat changea peu la position des armées» La première quinzaine d’avril se
passa en ni an œuvres; mais, le 17, Bolivar, surpris et attaqué de nuit, éprouva quelques pertes, et, trahi par un des siens, courut de grands dangers; échappé comme par miracle, il réunit les différons corps de son armée, rallia les fuyards, et renforcé par Paez, qui avait renoncé à sa tentative sur Valence, i! arrêta les succès de Farinée espagnole. Cependant Morales et Latorre pénétraient dans les llanos { les plaines ) ; Paez marcha à eux et les joignit à El Pao et à San Carlos ( 2 mai ), où U les battit complètement, tandis que Bolivar cherchait, mais sans succès, à pé~ xiétrer jusqu’à Caracas.
Le manque de vivres se faisait vivement sentir dans le camp des indépéndans, et arrêtait souvent leurs succès.
Vers le milieu du mois de mai, Bolivar, n’ayant pas recu les convois qu’il attendait, crut prudent d’évacuer les llanos et Calobczo , et de se concentrer autour de Fernando de Apure : il s’y fortifiait même, et voulait se borner pendant le reste de la campagne à conserver celte position , lorsqu’un succès obtenu à Guyabel, le
s8 mai, par ses troupes légères, ayant forcé l’armée espagnole à faire un pas rétrogradé, il se vit à même de reprendre et de conserver sans combattre les 11 an os.
Les derniers événemens de cetle campagne furent donc l’occupation de Calobozo et de San Carlos, tandis que les Espagnols prenaient leurs quartiers pour passer la saison, des pluies, à Sombrero, à Yalence et à Caracas.
Tandis que Bolivar avait arraché les llanosaux Espagnols, ses lien tenans avaient étroitement bloqué Cumana , Guiria , Barcelonne et les autres points ou les royalistes avaient des forces : un de ceux qui se signala fut Marino, auquel , sur la demande de toute l’armée, Bolivar avait rendu un commandement après l’avoir rappelé de son exil.
Le chef suprême de la république s occupa, pendant ta suspension des hostilités, d’améliorer l’administration civile, de monter sa cavalerie qui commençait a être supérieure en courage et en nombre à celle des Espagnols, de former des magasins , et de recréer son infanterie, qui
avait été considérablement diminuée parles nombreux combats de la campagne précédente. L’arrivée de dix mille fusils que Brion conduisit à Angustura mit lin aux inquiétudes de Bolivar , qui voyait chaque jour diminuer le nombre de ceux que possédait la république; les nombi mises recrues que Ion avait élé obligé de refuser pendant la campagne précédente, furent armées, et les indépendans se trouvèrent plus formidables qu ils n'avaient jamais été.
Bolivar, puissant et victorieux, ne pouvait manquer d’avoir des ennemis et des envieux : les uns et les autres cabotaient, entravaient la marche de Fadmiiiistràtion et troublaient la tranquillité de Fétat. Bolivar crut s’apercevoir que la réunion, dans ses mains, du pouvoir civil au commandement militaire, était ce qui déplaisait aux mécontens : heureux de pouvoir faire un sacrifice au bonheur de sa pairie, il déposa le pouvoir civil elle confia provisoirement au générai [Jrdanesa,a I intendant Penalyer , et au directeur îloscio , réunis en conseil de gouver-
Bernent, il ne borna pas là ce qu’il voulait laire pour le bien général. Le I er . octobre, il réunit le conseil d état en audience solennelle , et proposa la convocation d’un congres général pour le I er . janvier 1819; il lit sentir l’urgence de cette mesure, impérieusement demandée par la nécessité de donner un gouvernement stable à la république , et de fixer les droits de chacun. Sa proposition fut adoptée avec enthousiasme. II termina la séance par un rapport sur la position des armes et sur leurs succès. Bermudez , après avoir échoué devant Cumana , avait reconquis ses lauriers en enlevant, lepée à la main, Guiria le 24 août : il avait été bien secondé par Brion. Paez , par une audace et une activité jusqu a lui inconnues, avait continué la campagne pendant la saison des pluies. Après avoir couvert de guérillas le pays de Vannas et de Curaçao, il avait osé pénétrer avec son armée dans les plaines de Varinas, et* avait livré à Cogède une bataille ou de sa propre mai n il avait tué le général Correa , et apres laquelle il avait cerné Calzada. La Nouvelle
Grenade était entièrement soulevée ; les Espagnols resserrés dans Santa Fé étaient sans communication avec Carlhagène , et les patriotes avaient proclamé le chef suprême de Venezuela protecteur de la N ouvelle Grenade.
Peu de temps après cette importante séance, on apprit à Àngustura que l’Espagne réclamait l’intervention des puissances européennes, dans sa querelle avec ses colonies. Sur-le-champ on rédigea une déclaration formelle et publique de n’agréer aucune médiation qui ne commencerait pas par reconnaître l’indépendance de la république.
L’époque de rouvrir la campagne s’approchant, Bolivar partit pour Farinée. Il n’y arriva que pour réparer une défaite que Mari no avait essuyée : quelque activité qu’il mît, il ne put empêcher les royalistes d’obtenir quelques succès , et se vit forcé de faire détruire et d’évacuer San Fernando de Apure. Néanmoins Morille et Moralès tirèrent peu d avantage de la position critique ou les indépendans s étaient trouvés. Novembre, décembre et janvier
se passèrent sans que de part nî d’autre on entreprît rien d’important; en février , Moriilo, qui était campé sur les bords de FArauca , lit quelques démonstrations qui indiquaient qu il voulait en forcer le passage; Paez se mit en campagne, le harcela et le Battit sérieusement à Cassangua, le 6 mars; mais l’Espagnol, aussi actif que son adversaire, prit Bientôt sa revanche et franchit FArauca. 11 eût pu alors tirer de grands avantages de sa position; mais, ayant follement conçu le projet de marcher sur Angustura , il vit bientôt toutes ses communications coupées; et, n’osant ni avancer ni reculer, il fui dans l'impossibilité de faire un pas sans éprouver une défaite.
Malgré la présence d’un ennemi actif, et au milieu des embarras d’une guerre sans cesse renaissante , les babitans de Venezuela avaient renouvelé le serment de vivre et de mourir libres, et avaient élus les députés qui devaient porter au congrès l’expression de leur volonté. Tous les pouvoirs et les procès verbaux d élection avant été vérifiés , Bolivar quitta l ar-
niée et fixa Fouverture du congrès au i5 février. Ce fût une fête continuelle à Angustura , pendant les jours qui précédèrent cette époque.
Le i5, le chef suprême Bolivar , suivi de toutes les autorités , se rendit au palais du congrès. Après avoir rendu compte de sa conduite, il loua Fénergie des braves Vénézuéliens , et les remercia de la confiance qu’ils lui avaient marquée. Passant ensuite à la nécessité de donner de la stabilité au gouvernement, il développa un projet de constitution, et termina son discours en invitant l’assemblée à se nommer un président par intérim.
Bon Francisco Antonio Zea fut élu presque unanimement. Bolivar,, quittant alors le fauteuil de président, y conduisit F. A. Zea , et , en signe de soumission , posa sur le bureau son bâton de général et les marques de ses dignités. Sur-lechamp rassemblée vota par acclamation pour que le commandement militaire lui fut remis, et on confirma tous » e s actes qu’il avait faits pendant qu’il exercé .le pouvoir suprême : on
lui assigna une place à la droite du sident.
Le président F. À. Zea prit alors la parole ; dans un discours éloquent et sage , il traça le tableau passé et présent de la république , rappela l’intention où était Bolivar de donner sa démission du commandement suprême, à cause des dissensions qui avaient éclaté â deux époques différentes sous son administration, et invita l’assemblée à ne pas se rendre à ses vœux. Bolivar interrompit alors l’orateur, répéta qu’il avait pris l’inébranlable résolution de se retirer du gouvernement, jura que son bras n’en serait pas moins au service de sa patrie, et se retira.
Le congrès s’occupa alors de la nomination du président de la république. Les débats furent longs , et on termina la séance en prolongeant l’autorité de Bolivar pendant quarante-huit heures, durant lesquelles on s’occuperait de lui donner un successeur. Ce ne fut qu’avec peine que Bolivar accepta cet honneur; et ce ne fut pas sans chagrin qu’il apprit bientôt que le congrès , après de longs débats, avait re-
connu qu’il était indispensable qu’il exerçât le pouvoir suprême jusqu’à nouvel ordre.
Il refusa formellement, et exposa ses mo- * * tifs par écrit (i) ; mais rassemblée passa outre et lui ordonna de continuer les fonctions de chef suprême ; F. A. Zea, nomme vice-président, fut désigné pour le remplacer quand il serait absent : c’est ce qui fut communiqué à l’un et à l’autre le 17 février, par D. B. ürdaneja , secré-
(1) Parmi les motifs sur lesquels Bolivar insistait pour faire agréer sa démission , il appuya sur l’incompatibi-
lité des fonctions de magistrat et de défenseur de la ré-
publique :
« Une douloureuse expérience m’a fait voir que les » fonctions de magistrat et de défenseur de la république » sont incompatibles de leur nature. Nous avons éprouvé » mille revers dont cette réunion de fonctions a été la
* cause; car est — il possible de veiller à la fois à la cori- » servation de la paix intérieure, et de se livrer à l’exer- » cice de la guerre? Il est difficile de réunir les vertus et » les talens que demandent les fonctions du magistrat et « celles du guerrier. De plus , j’ai reconnu l’insuffisance n de mes forces pour soutenir le fardeau d’un état qui » vient à peine de naître , et qui est condamné à faire » la guerre. Les mandataires du peuple doivent savoir » que toutes les facultés réunies de nos concitoyens sont
» nécessaires pour former un gouvernement capable de » réparer tant de maux , et que peut réparer un sol- » dat?»
taire par intérim du congrès. L assemblée s’occupa ensuite de la constitution de
Fétat.
Bolivar quitta bientôt Angustura pour se rendre à Farinée; en son absence, Morillo avait su se dégager de sa mauvaise position sur FArauca, et en avait pris une bonne sur FA pure ; Bolivar signala son arrivée en le battant le 27 mars, mais l’Espagnol prit bientôt sa revanche, et battit Paez en différentes rencontres, dansles premiers jours d avril; néanmoins, ayant assis ensuite son camp dans I de d’Achaguas, il perdit ses avantages et les habiles manœuvres de Bolivar le placèrent dans une position difficile. C’est à cette époque que l’intrépide Paez fit un trait de bravoure qui l’eût immortalisé , si déjà cent autres traits du même genre ne l’eussent inscrit aux fastes de la gloire.
Depuis long-temps Paez sollicitait du chef suprême la permission d’aller avec une troupe choisie attaquer ouvertement le camp espagnol. Bolivar , avare du sang des défenseurs de la patrie , avait toujours refusé, regardant cette attaque comme
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ime bravade sans résultats. Cependant , vaincu à la fin par les instances de Paez , il lui laissa le champ libre. Celui-ci aussitôt se fit suivre de sa garde , et choisit, parmi les braves qui se présentèrent pour partager sa gloire et ses périls, soixanteseize officiers sur la valeur desquels il pouvait compter. Suivi de ce petit corps d'élite, dont la force se montait à cent cinquante hommes, il franchit la rivière qui le séparait des Espagnols, et se rendit à lentrée de leur camp • et là , à la manière des Grecs , il provoqua au combat Morillo et son armée. L’Espagnol furieux fit ébranler ses bataillons pour accabler les téméraires provocateurs ; mais ceux-ci , fonçant l'épée à la main, entrèrent dans le camp , le traversèrent de part en part , revinrent sur leurs pas en dispersant tout devant eux , et regagnèrent leurs tentes aux cris de vive la liberté . Tous ces braves reçurent l’ordre des libérateurs de
Venezuela ; ils avaient perdu quatre des leurs, et cinq cents Espagnols avaient reçu la mort. Paez en avait tué neuf de sa propre main.
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On apprit à cette époque que Mac Grégor, qui, avec une expédition organisée aux Cayes, s’était emparé de Porto-Rello , avait été surpris dans cette ville, et n’avait dû sa liberté qu’au dévouement d’un de ses soldats ; cette nouvelle fit peu de sensation, On n’attendait aucuns résultats de cette expédition , et Porto-Rello avait été jugé un mauvais point d’attaque, à cause des nombreuses troupes quel’Espagne avait à Panama.
Vers la même époque on sut que le général Santander, qui commandait l’armée de laNouvelle-Grenade, avait détruit un corps de trois mille cinq cents hommes envoyés de Santa-Fé-de-Bogota à Morillo. Aussitôt qu’il eut appris cette nouvelle, Bolivar jeta un corps d’armée dans les plainesde Vannas pour établir ses communications avec l’armée de Grenade, et bientôt, jugeant que la saison allait arrêter les opérations de la campagne contre Morillo, après avoir envoyé ses ordres à Urdanetta qui commandait à la Margarita , il partit pour se joindre à Santander et consommer la délivrance
de la Nouvelle-Grenade. Paez resta pour observer Morillo.
La saison des pluies vint bientôt en effet suspendre les hostilités; néanmoins
Morillo voulut, avant de prendre ses quartiers à San-Fernando et à Caloboso, profiter de l’absence de Bolivar pour surprendre Angustura. Un corps d’armée se mit en marche ; des succès favorisèrent l’entreprise; Angustura tremblait, et le congrès était sur le point de se réfugier dans File de Margarita , lorsqu’une belle manœuvre de Paez força l’Espagnol à rentrer dans ses anciennes positions.
Bolivar enquittantl’Apure avait, comme nous l’avons dit, envoyé ses ordres à Urdanetta. C’était pour hâter le départ d’une expédition composée en majorité de volontaires anglais, et préparée pour opérer une descente sur la partie des côtes du continent occupée par les Espagnols.
Quelques démêlés entre Urdanetta et Arismendi, qui partageait avec lui le commandement, retardèrent les préparatifs; mais enfin, Aresmendi ayant été
arreté et conduit à Angustura , l’expédition quitta l’île de Margarita le i3 juin.
A la même époque ( 12 juin ), Bolivar faisait sa jonction avec Santander, et marchait sur Santa-Fé : de tous côtés les Grenadins accouraient dans son camp , et témoignaient le désir que désormais la Grenade et Venezuela ne fissent qu’un seul et même état.
Le general Urdanetta choisit les plages de Barcelone pour débarquer ses troupes. Avant de donner le temps aux Espagnols de prendre des moyens de défense, il donna un assaut à la ville et s'en empara; courant aussitô't à de nouvelles conquêtes, il marcha sur Cumana. Renforcé par le corps que Bermudez commandait, il osa livrer l’assaut à cette ville qui avait résisté à un siège régulier et à de nombreuses at- Laques, et, heureux dans sa témérité, il planta le pavillon de l’indépendance sur les murs de Cumana.
Au moment où. cette heureuse nouvelle Parvenait à Angustura, on y recevait 'elle que Bolivar était aux portes de Santa- ^é-de-Bogota , et des lettres particulières
annonçaient même qu’il y était entré. Ces succès, fruits d’un plan concerté par Bolivar et habilement exécuté, placent Morillo dans une position désespérée; d ne peut plus recevoir de secours de la Nouvelle-Grenade ; il a perdu ses magasins d’armes, de vivres et de munitions placés a Cumana et à Barcelone; et il voit Caracas menacé. S’il quitte sa position pour aller combattre Urdanetta, Paez le suit et le met entre deux feux ; s’il reste où il est , Urdanetta s’empare des côtes et lui coupe toute retraite ; tout semble donc présager qu’avant peu l’étendard républicain flottera seul,depuis les bouches de 1 Orénoque jusqu’aux plages de 1 Océan 1 acilique.
Buenos- Ayres et le Chili. — Les Provinces-Unies de l’Amérique du sud, plus connues en Europe sous le nom de république de Buénos-Ayres , jouissent de la plus grande prospérité ; c’est celui des différens états qui se sont élevés depuis dix ans dans le Nouveau-Monde, dont l’indépendance et 1 existence paraissent le mieux consolidées.
Le brigadier général don Juan Martin
de Puyrredon , qui fut long-temps directeur suprême , est celai dont la sagesse a le plus contribué au bonheur de la république. Sous son influence , les partis qui divisaient les citoyens se sont conciliés , toutes les institutions publiques ont été établies. C'est sous son administration que le Chili a été conquis et rendu à la liberté, et qu’on a créé une marine. Quand il parvint au timon de l’état une partie du territoire était occupée par les royalistes, et l’autre par un chef indépendant qui étendait tous les jours son influence; par ses soins, les Espagnols ont été chassés des postes qu ils occupaient , et l’autorité d’Artigas n’a pas dépassé les limites des deux provinces qui Font reconnu pour chef. Si le district de Santa- Fé et le Paraguay , qui ont toujours refusé d’acceder a 1 union, et qui se sont donnés un gouvernement particulier , ne fout pas cause commune avec les autres provinces de Rio de la Plata , on ne peut en faire un reproche à Puyrredon, qui ht tous ses efforts pour les décider à accepter l’acte d’union,
Les événemens les plus remarquables qui, depuis trente mois , ont influé sur la république de Buénos-Âyres, se bornent à la conquête de la partie du territoire qui était au pouvoir des Espagnols, et la mise en activité de la constitution donnée aux Frovinces-Unies par le souverain congrès général constituant ; car nous regardons comme n’ayant qu’une importance secondaire, et nous ne nous arrêterons pas pour détailler la lutte mêlée de succès et de
revers qu’Artigas (i) soutient alternative-
(i) Artigas ( Joseph ) ne manque pas de talent , et il emploie tous ses moyens à l’exécution du plan qu’il a forme de fonder a Monte-Video un état indépendant de Buenos-Ayres, Après avoir enrégimenté tous ses gens , et leur avoir donné des officiers , il chercha à les dresser par des revues et des exercices journaliers. ïl punit trèssévèrement les déserteurs , mais il eut le plus grand soin de toujours assurer la subsistance de sa troupe , ainsi que de lui procurer toutes sortes de fournitures. ïl a établi des forges et des manufactures d’armes , ainsi qu une petite poudrière; et il a même protège' l’agriculture par des avis propres â la faire prospérer. Mais ? réunissant à lui seul tous les pouvoirs, il gouverne arbitrairement. L’état d’hostilité où il se trouve avec différentes peuplades, l’oblige à entretenir un grand nombre de troupes , et par conséquent à enlever tous les jours un grand nombre de bras à l’agriculture , ce
ment contre les Portugais et contre les troupes de Buénos-Ayres. Quant à la par-
qui plus <1 une fois a causé du mécontentement. Il ne souffre point qu’on reste sans embrasser son parti; et lorsqu’à son approche, les habitaos cherchent à s’évader , tous leurs biens sont aussitôt confisqués.
Son air est noble, franc , ouvert , imposant , et, quoiqu’il soit à la tête d’un pays et d’une population considérable, il est pauvre. Un jour, un étranger était étonné de le voir avec un habit vieux, rapièce' et sans épaulettes: « Vous voyez comme je suis habillé; cependant j’ai dans » la caisse publique une assez forte somme ; mais il faut » avant tout acheter des armes , car nous avons beau- » coup d’ennemis. » Jamais on ne l’a vu en colère; il conçoit et exécute tous ses projets avec un sang-froid extraordinaire , et il a toujours affronté les dangers , quelqu’éminens qu’ils fussent, lorsqu’il a jugé nécessaire d’aller au-devant pour atteindre son but.
Il ne fait la guerre qu’en partisan ; ses soldats sont presque comme des sauvages, la très-grande partie est à cheval , et tous sont endurcis à la fatigue et habitués au danger qu’ils méprisent. Il est impossible à une armée d’opérer avantageusement contre eux. Après avoir fait une attaque ou une incursion, ils disparaissent avec une rapidité incroyable.
Quoique gouvernant avec les formes dictatoriales, il donne à ses sujets la plus grande liberté et rend la plus exacte justice. Qui croirait que les républicains de Buenos-Ayres jouissent d’une moins grande liberté? Aussi Artigas est-il l’idole de tous ceux qui sont sou3 sa domination, La manière dont il fut élu protecteur du pays
ticipation que le gouvernement des Provinces-Unies a eue dans la fondation de la république qui s’est élevée au Chili, nous en parlerons avec quelques détails quand nous tracerons le tableau de la situation de cette province.
Les événemens militaires qui ont amené levacuation de la presque totalité du territoire par les Espagnols , sont le résultat des talens des généraux Belgrano et Martin Gremas et du colonel La Madrid.
qu'il gouverne mérite d’être connue. Les commandans des divisions territoriales convoquèrent les habitons de leurs districts respectifs pour établir le gouvernement ie plus convenable aux circonstances, et leur détermination unanime fut qu’il fallait confier le sort de l’état à leur bien-aimé le général don J. Artîgas, comme le plus capable et le plus digne de défendre la liberté pour laquelle il a fait de si nombreux et de si douloureux sacrifices. Artîgas fit observer que son âge ( il a maintenant soixante-douze ans ), ses infirmités, son inexpérience en fait de gouvernement le rendaient inhabile à remplir une tâche aussi importante, et depuis il a demandé instamment à plusieurs reprises un successeur, mais en vain, a Si vous nous abandonnez, s’écriait— on de toutes parts , 35 nous sommes perdus; restez à notre tête, disposez de ■’> notre vie et du peu de bien qui nous reste pour nous " conserver l’indépendance qu’on veut nous ravir , et s que nous voulons défendre jusfu’à la mort. »
Martin Gremas s’empara, le 5 juin 1817 ?
de Salta et de Jujuy, après avoir battu le royaliste Laterna.
Le colonel La Madrid , à la même époque , forçait le général espagnol Serna à évacuer un espace immense de pays par une manœuvre habile : pour réussir , il fallut qu’il traversât des déserts immenses ,* mais, aidé par quelques peuplades d’indiens dont il avait mérité l’affection, il surmonta tous les obstacles, et parvint à s’emparer de Tarija, ville située sur les derrières de l’armée royaliste , et où elle avait placé tous ses magasins comme en un lieu qui était à l’abri de toute attaque.
Bel grano, qui avait mis tous ses soins à se former une bonne armée , n’avait qu’à se présenter ponr vaincre : rarement l’Espagnol osait l’attendre de pied ferme.
Aussi au commencement de 1819, à l’exception de quelques points peu irnportans, les royalistes ne possédaient plus rien sur le territoire de la république , tandis qu’une division de Belgrano s’avançait déjà dans les provinces du Pérou.
Le o 5 février 1819, le congrès souye-
raindes provinces de Rio-de-la-Plata s'ouvrit à Buénos-Ayres, Le directeur Puyrredon , dans le discours d'ouverture , rendit compte de sa conduite ét de la conspiration qui avait été dirigée contre lui. Il annonça l'intention où il était de se démettre du gouvernement de l’état , et termina en faisant sentir à l’assemblée la nécessité de donner promptement une constitution qui réglât les devoirs des gouvernails et les droits des gouvernés. On reçut avec enthousiasme cette proposition ; et., dès le lendemain * on discuta le projet de constitution qui fut soumis à l’assemblée.
Le 20 avril 1 8 i ^quatrième année cle Findépendance, la constitution des Province s- Unies de F Amérique du sud (i) fut termi-
(i) La Constitution des Provmces-ünies de l’Amérique du sud est composée de cent trente-huit articles, partagés en un chapitre dernier et en six sections qui se divisent en chapitres; les objets qui concernent le cérémonial forment un appendice de douze articles.
Première section. Elle statue que la religion catholique , apostolique et romaine est la religion de l’état; que le gouvernement lui doit haute et efficace protection , et que les habitans , quelles que soient leurs opinions , lui doivent un respect absolu.
née ? et le 22 le souverain congrès général constituant publia un manifeste pour faire
Section IL Elle traite du pouvoir legislatif, lequel sera exerce par un Congrès composé de deux chambres , l’une de représentais , l’autre de sénateurs.
Chapitre I er . La chambre des représentai sera composée de députés élus dans une proportion d’un pour vingt-cinq raille âmes ou d’une fraction égale à seize mille. Pour être député , il faut avoir vingt— six ans accomplis, jouir depuis sept ans du droit de citoyen; avoir au moins un fonds de 20,000 fr., on, à défaut un art , une profession utile, et n’être pas dans la dépendance du gouvernement à raison de services salariés. Les représentons sont en fonctions pendant quatre ans , et la chambre se renouvelle par moitié tous les deux ans. — La chambre des représentons a exclusivement l’initiative eu matières de contributions, taxes et impôts ; dans ces matières le sénat a la faculté d’admettre, refuser ou modifier. — Elle a le droit spécial d’accuser, soit d’office , soit à la requête de tout citoyen , les membres des trois grands pouvoirs, les ministres d’état, les envoyés près les cours étrangères , les archevêques , évêques, juges , généraux , gouverneurs et autres fonctionnaires supérieurs , soit pour trahison, concussion , malversation de deniers, infraction à la Constitution ou autres crimes, qui d’après les lois entraîneraient peine de mort on infamante. — Les représentais recevront pour, leurs services une indemnité dont la législature fixera le montant.
Chapitre IL Du sénat. — Un sénateur par province, élu par des électeurs nommés par le peuple ; troisfsénateurs militaires nommés par le directeur de l’état ; un sénateur évêque nommé par les évêques ; trois sénateurs eo
connaître aux citoyens quels principes l’avaient guidé dans ses travaux , et pour
cl ésias tiques élus par le clergé et un sénateur par université ; à la cessation de ses fonctions, le Directeur de l’état est sénateur jusqu’à ce que son successeur vienne le remplacer. Pour être sénateur, il faut avoir an moins trente ans , être citoyen depuis neuf ans , jouir d’un capital de 40,000 fr. au moins , ou avoir une profession qui mette à même de servir honorablement la société. La durée des fonctions de sénateur est de douze ans» Le sénat sera renouvelé par tiers tous les quatre ans. Les accusations portées par la chambre des représentai seront jugées par le sénat en audience publique.
Chapitre ///.Il traite des attributions communes aux deux chambres. Les clauses les plus importantes sont : qu’elles s’assembleront dans le lieu qu’elles détermineront elles-mêmes. — Qu’elles tiendront leurs sessionsdans les mois de mars , avril , mai , septembre , octobre , novembre. — Que chaque chambre nomme son président , vice-président et secrétaires , règle la durée de leurs fonctions et fait son règlement. — Qu’aucune des deux chambres ne pourra délibérer si toutes les deux ne sont réunies respectivement au lieu de leurs séances , au nombre des deux tiers au moins de leurs membres. — Que chaque chambre tiendra un journal de ses opérations , qui sera publié de temps en temps , à l’exception de ce que la majorité jugera devoir rester secret. — Que les votes d’approbation et de rejet des membres de l’une ou l’autre chambre seront désignés dans le journal, si la cinquième partie des membres l’exige. — Que les représentai!® ni les sénateurs ne pourront être arrêtes ni poursuivis, durant leur assistance à la législature , si ce n’est dans le cas de
les inviter à s’attacher fortement à la constitution qui allait être désormais le palladium de leurs libertés.
flagrant délit d’un crime emportant peine de mort, ou l’infâmie, ou peine afflictive. — Qu’ils ne pourront etre inquiétés pour leurs opinions, discours et votes. — Mais que cependant chaque chambre pourra infliger des peines à ceux de ses membres dont la conduite serait irrégulière. — Avec le concours des deux tiers des voix , elle pourra même les expulser de son sein. — Qu’aucun sénateur ou représentant ne pourra être employé par le pouvoir exécutif sans son consentement et celui de la chambre à laquelleil appartient. — Chacune des chambres peut mander les ministres pour en recevoir les informations qu’elle jugera nécessaires.
Chapitre IP. Les attributions du Congrès sont exclusivement: de faire les lois. — Décréter la paix et la guerre.
Établir des droits et impôts pour les besoins urgens, et,
pour un temps qui ne peut excéder deux années, des contributions proportionnellement égalés pour tout le territoire. —Fixer les forces de terre et de mer en temps de paix, et déterminer le nombre des troupes qu’il doit y avoir dans le lieu où le Congrès tient ses séances,— De faire construire et équiper une marine nationale. — De recevoir les emprunts sur les fonds de 1 état. De legler la forme de tous jugemens et d établir les tiibunaux inférieurs.— De créer et supprimer les emplois de toute classe.— De régler le commerce intérieur et extérieur.— De déterminer les frontières de l’état et celles des provinces. — D’ouvrir de nouveaux ports De régierl éducation publique.-— De recevoir du pouvoir exécutif le compte
Ce ne fut que le mai , jour anniversaire de la déclaration de l’indépen-
des recettes, les examiner et les juger. — D’accorder des privilèges aux auteurs ou inventeurs d’ètablissemens utiles. — De régler les monnaies.
Chapitre /^.Confection et sanction des lois.— Les lois* hormis celles de finances, pourront être présentées à l’une ou l’autre chambre ; aucun projet de loi ne pourra être discuté s’il n’a été lu dans trois séances séparées au moins par trois jours chaque. Pour qu’un projet de loi soit adopté , il faut qu’il réunisse la moitié plus une de la totalité des voix. Un projet rejeté ne pourra être représenté dans le cours de la même année législative. Les projets de lois adoptés par les deux chambres seront adressés au Directeur de l’état. S’il les sanctionne , ou si dans l’espace de quinze jours il ne présente aucune objection , lesdits projets auront force de loi. Si le Directeur trouve des inconvéniens , les projets seront examinés de nouveau par les chambres , et alors îa réunion des deux tiers des voix dans chacune d’elles leur^donnera sanction définitive.
Section III. Pouvoir exécutif. Chapitre / er . Il repose dans la personne de celui qui a été élu Directeur. Pour être Directeur, il faut être citoyen, être naturel du territoire de l’Union, être âgé au moins de trente-cinq ans , et avoir au moins six ans de résidence. Ne pourra être élu celui qui sera employé dans le sénat ou dans îa chambre des représentai. Il prêtera le serment de faire exécuter la constitution et de conserver l’intégrité et l’indépendance du territoire. U restera en fonctions pendant cinq ans. En cas de maladie, mort ou accusation , il est provisoirement remplacé par le président du sénat , qui
dance des Provinces - Unies de l’Amérique du sud , que la constitution
durant cet exercice sera suspendu de ses fonctions de sénateurs.
ÜHI
Chapitre IL Élection du Directeur. —Il est élu par les deux chambres réunies à la majorité d’une voix sur la moitié de celles de chaque chambre. L’élection une fois commencée , toutes les opérations y relatives se feront sans désemparer. On procédera à l’élection trente jours avant que le Directeur sortant ait accompli son temps : en cas de mort , l’élection devra se faire sous quinze jours. Le Directeur de l’état pourra être réélu seulement pour une fois s’il obtient un vote au-dessus des deux tiers de ceux de chacune des deux chambres.
Chapitre III . Attributions du Directeur. — Il est chef suprême des forces de terre et de mer. — Fait exécuter» les lois. — Fait l’ouverture des sessions du corps législatif.
— Rend compte de la situation dé l’état. — Indique les améliorations obtenues, celles à obtenir. — Convoque extraordinairement le corps législatif pendant l’interruption des sessions, quand l’intérêt commun l’exige.- — Publie la paix et la guerre» — Dirige tout ce qui concerne la défense du territoire. — Repousse les invasions. — Étouffe les émeutes populaires. — Nomme les généraux des armées, les ambassadeurs et envoyés , etc. — Nomme et destitue ses ministres, dont la responsabilité sera déterminée par une loi. — Fait les traités avec l’avis et le consentement des deux tiers des sénateurs : le consentement des deux tiers des représentans sera nécessaire quand il y aura aliénation ou démembrementd’une partie du territoire. — Peut faire grâce ou accorder commutation de peine en vertu des renseignemens qui lui auront été transmis par les tribu-
fut solennellement proclamée. On accueillit cet acte avec le plus grand en-
naux. — Enfin est chargé de tout ce qui concerne l’ordre public , la sûreté générale , l’encouragement de l’industrie, etc. -*—11 reçoit une indemnité qui sera fixée par le corps législatif.
Section IV. Pouvoir judiciaire. — Il y a une Haute Cour de justice composée de sept juges et deux fiscaux , pour exercer le suprême pouvoir judiciaire. Pour être membre de cette cour , il faut être reçu lettré, avoir huit ans d’exercice public , et être âgé d’au moins quarante ans. Les membres de celte cour sont nommés sur l’avis et du consentement du sénat , par le Directeur. ïls nomment leur président et leurs officiers ; reçoivent une indemnité fixée par le corps législatif une fqis pour tout le temps qu’ils seront en exercice , et resteront en charge autant de temps que leur conduite ne donnera lieu à aucun reproche. La Haute Cour informera de temps en temps le corps législatif des améliorations à introduire dans l’administration judiciaire. Les jugemens de la Haute Cour et des autres tribunaux sont publics : il en sera de même des votes de chaque juge.
Section Y. Chapitre I er . Droits de la nation. — La nation a le droit de réformer sa Constitution quand l’intérêt l’exige, et en procédant d’après les formes constitutionnelles. — La nation*, en qui réside originairement la souveraineté , délègue l’exercice des hauts pouvoirs qui la représentent , à la charge qu’ils seront exeiV.és en la forme voulue par la Constitution , et de manière a ce qu'aucun pouvoir n’empiète ou n’attire à lui un autre pouvoir.— Les corps et magistrats investis d une autorité quelconque, sont dépendans de la nation et responsa-
thousiasme , tant les citoyens que l’armée, et tous jurèrent de mourir plutôt que de souffrir qu’il y fût porté atteinte.
blés envers elle.*— C’est en vertu des lois que les autorités ordonnent, jugent et gouvernent,.— En déléguant l’exercice de sa souveraineté , la nation se réserve la faculté de nommer ses représentons , et d’exercer librement le pouvoir de censure par la voie de la presse.
Chapitre II . Droits particuliers. — Les membres de l’état doivent être protégés dans la jouissance de leurs droits. Nul ne peut en être privé que dans les cas prévus parles lois. Les hommes sont égaux devant la loi. La liberté de publier ses pensées par la voie de la presse est un droit aussi précieux pour l’homme qu’il est essentiel pour la conservation de la liberté civile d’un état : seront observés à cet égard les règlemens que le congrès a approuvés provisoirement , jusqu’à ce que la législature les change ou les modifie. Les actions privées qui ne blessent en rien l’ordre public et ne préjudicient pas à un tiers , sont réservées à Dieu seul et placées hors de la juridiction des magistrats. Nul ne peut être tenu de faire ce que la loi n’ordonne pas , ni empêché de faire ce qu’elle ne défend pas. Le corps législatif mettra tous ses soins à préparer et réaliser l’établissement des jugemens par jurés. Tout citoyen est à l’abri de réquisitions arbitraires et delà saisie injuste de ses papiers et de sa correspondance. Nul individu ne pourra être arrêté sans preuves, ou du moins sans semi-preuves ou indices véhémens d’un crime. Les prisons ne doivent servir que pour la sûreté et non pour le châtiment des coupables. Le domicile d’un citoyen est un asile sacré qui ne peut être violé
Le gouvei^nement de Tétât avait été confié 9 depuis l’ouverture du congrès > à
&ans crime ; le seul cas de résistance à l'autorité légitime permettra qu’il soit forcé ; ce qui sera exécuté avec les formes constitutionnelles. Les dispositions relatives à la sûreté individuelle ne pourront être suspendues. La propriété étant un droit sacré et inviolable, nul ne pourra être privé de la sienne , ni assujéti à une servitude quelconque sans le consentement du corps législatif ou un jugement conforme aux lois. Quand l’intérêt de l’état exigera d'un particulier le sacrifice de sa propriété , il sera justement indemnisé. Tous les membres de l'état ont le droit d'élever leurs plaintes jusqu'aux premières autorités , et de s'en faire rendre justice. Les Indiens sont égaux en dignités et en droits à tous leurs concitoyens ; ils jouiront des memes avantages > seiont gouvernés par les mêmes lois ; le corps legislatif s occupera d'améliorer leur condition de manière à la rendre égale à celle de toutes les classes de l'état. Le trafic des esclaves est constitutionnellement aboli.
Section YI . Reforme de la constitution.— Aucune ma** lion relative à la re formation ci tin ou plusieurs articles de la constitution , ne pourra être admise par Fane ou l'autre chambre , si elle n'est appuyée par le quart des membres présens. Il faudra les deux tiers des voix pour que cette motion soit sanctionnée. Cette motion sera alors communiquée au pouvoir executif, pour qu il donne son opinion dans l’espace de trente jours. Si le pouvoir exécutif s'oppose au changement demande, la motion sera prise de nouveau en considération dans les deux chambres ; mais pour sanctionner la nécessité de la réforme , il faudra alors nécessairement le concours
Puyrredon : ses fonctions devaient cesser le jour de la publication de la constitu-
des trois quarts des suffrages de chaque chambre. Après la discussion du changement demandé , il faudra qu’il reunisse pour son adoption les deux tiers des voix. Si le pouvoir exécutif ne sanctionne pas dans le délai voulu et fait de nouvelles observations , un nouveau vote aura lieu , et la réunion des trois quarts des suffrages donnera la sanction définitive.
Le Chapitre dernier déclare que les lois, statuts , rè— glemens , etc. , alors existans , continueront d’être observes en ce qui ne contrarie pas la constitution , jusqu à ce qu’ils reçoivent de la législature les changemens juges convenables; que la constitution sera solennellement jurée dans tout le territoire de l’état; que tous les magistrats , employés , etc. , prêteront le serment de 1 observer et de la soutenir; que quiconque attentera ou fournira des moyens pour attenter â la constitution, sera réputé ennemi de l’état et puni comme tel.
U Appendice à la constitution règle dans ses douze articles : i°. la manière dont on procédera provisoirement à l’élection des représentai; 2 °. les titres et décorations que chaque pouvoir pourra prendre ; 3°. le cérémonial des assemblées.
Tel est l’acte constitutif que des peuples , que l’on proclamait naguères indignes de jouir de leurs droits, viennent de se donner. Le congrès , dans un manifeste publié lors de la proclamation de la constitution , s’exprime ainsi sur les lumières et les principes qui l’ont guidé dans son travail.
« Dans une matière qui a exigé toutes lés con-
naissances des Lycurgue, des Solon , des Platon et des
tion ; mais les représentait des provinces voulurent donner à ce général une marque de reconnaissance publique en décidant qu’il continuerait à exercer le suprême pouvoir jusqu’à la réunion des deux chambres, époque à laquelle on devait procéder constitutionnellement à l’élection du chef du gouvernement.Puyrredon ne crut pas devoir accepter , et le général Rondeau fut celui qui réunit tous les suffrages.
Aristote , vos représentais crurent que , sans le secours de l’histoire , de la politique et de la comparaison des meilleures constitutions , ils étaient exposés à ne pas répondre à toute votre confiance. Aussi , pour éviter ce péril , se sont-ils approchés de ces sources pures et y ont-ils puisé les principes qui règlent les sociétés politiques qu’ils ont ensuite appropriés au pacte social que vous allez jurer.
>» Assurément nous pouvons dire avec un droit égal à celui d’un sage écrivain , que la présente constitution n’est ni la fougueuse démocratie d’Athènes , ni le régime monacal de Sparte , ni l’aristocratie patricienne ou l’effervescence plébéienne de Rome , ni le gouvernement absolu de la Russie , ni le despotisme de la Turquie , ni la fédération compliquée de quelques états. Mais c est un statut qui approche de la perfection, un état mitoyen entre là convulsion démocratique, l’injustice aristocratique , et l’abus du pouvoir illimité. *»
Chili . — La première opération du nouveau gouvernement du Chili fut dorganiser une armée capable de défendre le sol de la république. On eut bientôt lieu de se féliciter d’avoir pris cette mesure ^ car les Espagnols réfugiés aux îles de Chiloé , alyant reçu de Lima quelques secours * débarquèrent près de la Conception , et attaquèrent le général Héras. Ils s’emparèrent d’abord de quelques points importans ; mais, battus par Héras, ils furent obligés de se renfermer dans Talcahuano et de se retirer derrière la ligne du Bobio ; on dirigea sur ce point les corps disponibles afin de les en expulser avant de marcher sur le Pérou*
Le vice - roi de Lima , prévoyant qu’il serait bientôt attaqué, voulut détourner Forage et reporter la guerre dans le Chili ; cette nouvelle fit redoubler les arméniens, et San-Martin, (i) concentré
(i) San-Martin ( José ) est né dans les Andes , dans la. juridiction de la Plats. Il fut envoyé fort jeune en Espagne pour y faire son éducation. Il a demeure cinq ans à Fécole militaire de Madrid, ou il se distingua principalement dam les mathématiques. Étant entré au ser— ■
à Valparaiso, et O’Higgins à la Conception, attendirent l’attaque de pied ferme.
Le 12 février 1818, le gouvernement du Chili proclama solennellement son indépendance. Elle fut reconnue par les
vice , il s’y montra avec honneur et se rangea au commencement des troubles sous l’antique étendard des cortès, pour y défendre l’indépendance de l’Espagne. Il fut aide-de-camp du général Solano lorsque celui-ci était gouverneur de Cadix et capitaine general de 1 Andalousie; il occupa ensuite , à la bataille de Baylen, le meme poste auprès du général Coupigny , et plus tard auprès du marquis de la Romana. Il se distingua tellement à la bataille d’Âlbufera, où il protégea la retraite , qu il fut nommé colonel après l’affaire» Il resta dans la Péninsule jusqu’en octobre ï 8 i 1 , époque à laquelle il vint à Londres, d’où il s’embarqua pour Buenos-Àyres. Il y obtint promptement un commandement supérieur , et est le meilleur général de la république. À la bataille de Chacabuco , où il décida le sort du Chili , il dut le succès à un trait de valeur personnelle. S’apercevant que l’ennemi 5 placé dans une position tres-avantageuse , faisait éprouver des pertes sensibles a son armee , il se mit a la tête de son propre corps de dragons, et, l’épée à la main, fit plusieurs charges qui lui assurèrent la victoire. Il avait mis une telle action dans le combat } que pendant que ses troupes chantaient victoire , il tomba de cheval exténué de fatigue , et ses frères d’armes crurent un instant qu’il avait reçu un coup mortel; mais il reprit bientôt ses forces et continua u combattre poui le triomphe de la liberté.
envoyés de la province de Rio de la Plata, et les Chiliens jurèrent, avec enthousiasme , de mourir pour leur liberté : peu de temps après ils eurent roccasipn de prouver quils savaient tenir leurs serinens. L’expédition préparée au Pérou parut bientôt sur les côtes du Chili : elle étai t forte de cinq mille cinq cents hommes, et commandée par le général Osorio, Elle débarqua sans difficultés à Talcahuano, et d’après le système de l’attirer dans les plaines, concerté entre O Biggins et San- Martin , elle eut bientôt pénétré dans l’intérieur du pays,et se trouva à quatre-vingts lieues de son point de débarquement. Le présomptueux Osorio avançait toujours , croyant que la seule terreur de son nom faisait fuir ses ennemis. Cependant , îe 19 mars , il commença à s'apercevoir qu’il pourrait trouver de la résistance avant d’arriver à Sant— Yago \ attaque au debouché des plaines , il éprouva quelques pertes et se retira dans une forte position près de Talca. Les Chiliens , fatigués par une marche précipitée, crurent que l’ennemi se retirerait pendant la nuit , et ne
prirent pas les précautions nécessaires pour éviter une surprise ; les Espagnols en profitèrent , et 5 tombant comme la foudre sur le. camp indépendant , ils n'eurent pas de peine à mettre les troupes en fuite et à s’emparer de tout le matériel de l’armée. O’Higgins (ï) fut blessé et San- Martin eut beaucoup de mal pour opérer sa retraite et rallier les fuyards. Quand le jour vint éclairer soif désastre 5 il jugea qu’il ne pouvait plus tenir devant l’ennemi : il se retira donc en hâte , et se
(i) O’Higgins est né an Chili; il est fils de dom Ambrosio O’Higgins, marquis d’Osorno, ancien capitaine general de ce royaume, et ensuite vice-roi du Pérou. Le père' descendait d’une famille irlandaise , et s’était fait chérir des peuples du Chili par sa bonne conduite, Bernardo O’Higgins , son fils , fut membre du congrès général du Chili en 1 8 1 i, et fit ensuite partie du directoire. Pendant l’invasion de l’armée de Lima, il servit d’abord comme colonel et ensuite comme général en chef. Il commandait dans la seule bataille qui eut lieu contre les royalistes , mais ayant été abandonné par les Carreras au siège de Raucangua , ou il combattit pendant trente-six heures, et ayant épuisé toutes ses munitions , il se retira sur Sant-Yago et de là se rendit à Buenos-Àyres. Ayant depuis secondé San-Martin dans la délivrance de sa patrie , il a obtenu tous les suffrages et est chef suprême,
campa dans la plaine de Maipo qui setend au midi de Sant-Yago. Il s'occupa sur-lechamp à réorganiser son armée, et, grâce à son activité et au dévouement des Chiliens, chose incroyable, la réorganisation s opéra en trois jours. Le changement de fortune fut aussi prompt que lavait été la création delà nouvelle armée de l’indépendance. Le 5 avril, San-Martin attaqua Osorio, et jamais victoire ne fut plus complète: deux mille Espagnols furent tués etblessés* trois mille restèrent prisonniers ; canons , bagages, caisses, munitions, tout fut abandonné , etOsorio se sauva suivi à peine de deux cents hommes : quelques heures auparavant il commandait à plus de cinq mille. La perte des indépendans se monta à mille hommes ; le général Brayer rendit les services les plus signalés.
Cette époque fut honorable pour le Chili ; soldats et citoyens rivalisèrent de patriotisme. Ceux qui n’avaient pas versé leur sang offrirent leur fortune : argent , bijoux , tout fut déposé sur l’autel de la patrie, et le gouvernement ne crut pouvoir mieux reconnaître ce zèle qu’en abolis-
sant toutes taxes et impôts , et en déclarant qu’il mettait entre les mains des habitans le sort de l'armée chargée de défendre la patrie. Cette résolution du gouvernement et le dévouement des habitans furent consignés dans un acte qu’on grava sur les colonnes des portes de Sant-Yago ; l’inscription est terminée par cette apostrophe aux nations étrangères : Dites si un tel peuple est fait pour être esclave!
Le général Osorio s était retiré à Talcahuano , et après avoir réuni les fuyards et les garnisons qu'il avait laissées dans différens forts, il alla occuper la Conception.
Mais San - Martin , ayant purgé le pays des bandes de guérillas qui s’y étaient organisées, les Espagnols furent bientôt obligés d’évacuer la Conception , et , depuis cette époque, les Chiliens ont affermi leur liberté, ont augmenté leur armée f créé une marine, ouvert des débouchés à leur commerce, et se préparent aujourd’hui, de concert avec les patriotes de Buenos- Ayres, à chasser les Espagnols du Pérou,