‹ Révolutions de l'Amérique espagnole, ou Récit de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la guerre entre l'Espagne et l'Amérique MéridionaleChapitre 5 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Division territoriale et politique de l'Amérique espagnole. — Gouvernement tyrannique sous lequel elle a gémi pendant trois cents ans. — Ses efforts pour le modifier pendant le siècle dernier. — Causes du mécontentement des Américains .

Les possessions de la couronne d’Espagne dans le continent d’Amérique, se composaient des vice-royautés du Mexique ou la Nouvelle Espagne, de Santa-Fé-de- Bogota ou la Nouvelle-Grenade, du Pérou, de Buenos-Ayres ou province de Rio de la Plata, et des capitaineries générales de Guatimala , de Venezuela et du Chili.

Chacun de ces états était gouverné par des

chefs indëpendans les uns des autres * et nommes par le roi d’Espagne. Des intern dans ( gobernadores ou corregidores ) aussi nommes par le roi, mais soumis à l’autorité des vice-rois et des capitainesgénéraux , administraient chacune des provinces ou intendances que renfermaient les vice-royautés et les capitaineries. Ces provinces se subdivisaient encore en départemens. Dans chaque département, deux magistrats, dont l’un nommé par l’intendant, et l’autre (l’alcade ) désigné par les municipalités , partageaient l’autorité et dirigeaient l’administration. Tout ce qui concernait la sûreté et l’intérêt général, les approvisionnemens , la salubrité, etc. , était de la compétence des municipalités ( cabildos ).

Le commandement militaire était uni au pouvoir civil dans la personne des vice-rois, des capitaines-généraux, et même des intendans ; cependant, dans certains cas et dans certaines provinces, il y avait des commandons qui étaient supérieurs aux intendans , quoique leur pouvoir ne s’étendît que sur ce qui était militaire.

L'administration de la justice était confiée à des magistrats nommés oidores :

réunis, ils formaient la cour judiciaire nommée audiencias . Chaque président résidait dans la ville où se tenait Yaudien cia : à Mexico, Guadalaxara, Guatymala, Caraccas, Santa-Fé de Bogota, Quito, Lima, Cusco, Chaquisaca, Chili et Buénos - Ayres. Presque toutes les causes étaient d’abord jugées par les gouverneurs, les corrégidors , leurs délégués , ou les alcades, qui prenaient l’avis d’un avocat, assessor , à moins qu’ils ne fussent eux-mêmes hommes de loi. Leur sentence devait être confirmée par Xaudiencia ; et, en cas d’appel, la cause était jugée une seconde fois par cette cour. Uaudiencia seule prononçait sur quelques cas privilégiés : los casos de Corte.

D’après un solennel et spécial traité, fait entre les rois d’Espagne et les conquérans de l’Amérique espagnole , les derniers devaient demeurer seigneurs de ce pays, à la charge par eux de se soumettre à un vasselage féodal sous le nom de encomende cos . Mais les premiers colons se conduisi-

rent d’une manière si cruelle avec les naturels du pays , que Charles-Quint et ses successeurs sentirent la nécessité d’abolir graduellement plusieurs de leurs privilèges ; et Yencomiendas finit par tomber en désuétude dans beaucoup de provinces qui revinrent à la couronne. Quelques petits privilèges furent alors accordés aux colons pour remplacer ceux qu’ils possédaient originairement : on leur donna des titres de marquis, de comtes, etc., etc.

L’Amérique espagnole, à cette époque, était regardée comme un royaume indépendant par lui-même , quoique réuni à l’Espagne, et tous les deux sous le gouvernement d’un roi. Il fut en conséquence résolu que les lois de l’Inde , tous ses titres , son nom , et toute idée de conquête seraient écartés , et que les Indiens seraient déclarés sujets du roi sous tous les rapports, comme les Castillans. L’incorporation de l’Amérique espagnole à la couronne de Castille fut décrétée par Charles- Quint, à Barcelone , le 1 4 septembre 1 5 1 9, et confirmée par don Juan, Philipe II et Charles IV 1 et « Considérant, dit l’em-

pereur Charles Y, la fidélité de nos vassaux , les fatigues éprouvées et les dangers courus par ceux qui ont découvert cette contrée et qui s’y sont établis ; voulant qu’ils possèdent avec plus de certitude et de confiance le droit de rester toujours unis à notre royaume, nous engageons notre parole royale , pour nous-même et les rois nos successeurs, que leurs villes et leurs étahlissemens , sous aucun prétexte quelconque, et en faveur de qui que ce soit , n’en seront jamais aliénés ni séparés en tout ou en partie; et, dans le cas où nous et nos successeurs feraient quelques dons ou aliénations sur ces lieux, ces dispositions seraient regardées comme milles et non avenues. » (Leg. i ? tit. i, lib. 3 ; leg. 7 , tit. i, lib. 4 de la Récopilacion de l’Inde. )

Dans le décret royal publié, l’an i5a4, pour la nomination d’un conseil suprême aux Indes, le nom de royaume y est expressément donné, et il y est reconnu que les hahitans ont un droit naturel d’occuper les places honorables et lucratives.

M. le baron de Humboldt , dans son

Essai politique sur la nouvelle Espagne ( chap. n, liv. 5 ) , observe que les rois d’Espagne, en prenant le titre de roi des Indes, ont regardé ces possessions éloignées comme partie intégrante de la monarchie espagnole, ou comme provinces dépendantes de la couronne de Castille , plutôt que comme des colonies , dans le sens attaché à ce mot, depuis le seizième siècle , par les nations commerçantes de l’Europe.

Les énergiques remontrances de Mon tesino , Cordora , las Casas et plusieurs autres , à la cour d’Espagne , sur les mesures arbitraires des conquérans et des premiers colons, donnèrent lieu à l’établissement du conseil des Indes. Ce conseil, autorisé par le titre 2 , lib. 2, de la Pvecopilacion de l’Inde, à faire des lois, prag maticaSy ordenanzas , etc. , etc., pour les Indiens, comme étant investi de l’autorité suprême sur eux , fut en même temps chargé de veiller à l’exécution des lois établies en faveur des nouveaux sujets. Ces règlemens, si complètement frivoles, qu’ils méritent à peine le nom de lois , forment

la base du code nommé Recopilacion des Indes.

Le pouvoir législatif du royaume appartint alors au conseil des Indes et du roi , et le pouvoir exécutif aux vice-rois et aux capitaines généraux. Les vice -rois exerçaient de plus le pouvoir royal, c’està-dire qu’ils étaient autorisés par une commission spéciale à user de pleins pouvoirs dans les circonstances extraordinaires et délicates.

Le bon plaisir du roi était exprimé par cedulas reales ( Principum placita et rescripta ). Ces actes particuliers, toujours séparés de la législation et fréquemment révoqués, formèrent le premier code législatif de l’Amérique espagnole. Tenaient ensuite la Recopilacion de l’Inde, celle de Castille et la commune loi, ou las siete Partidas ; et , lorsqu’elles étaient toutes reconnues insuffisantes , ce qui arrivait souvent , on en référait à l’opinion de quelques praticiens.

Le système des finances était fondé sur les principes suivans. Premièrement, le roi était propriétaire des terres { lib. 4»

tit. 1 2 de la Recopilcicion): deuxièmement, les Indiens devaient payer une contribution * une taxe par tête, ou capitation (lib. 6, tit. i2, et lib. 6, tit. i5); et, par la mita dans le Pérou , chaque Indien était obligé de travailler 18 mois dans les mines en différens temps , depuis l’âge de 18 ans jusqu’à 5 o : troisièmement , le dixième du produit des terres cultivées était payé sous la dénomination de dîme, pour la protection que le roi accordait à l’église suivant un arrangement fait avec différens papes ( voyez tit. de Diezmos , dans la Recopilacion ) : quatrièmement , la taxe indirecte de la douane, Yalcabala , obligeait de payer un droit sur presque tous les objets de commerce ; et le cinquième ( quinto ) de tout or ou argent extrait des mines , n’appartenant pas au roi , ( voyez tit. de Yalcabala ensajo del oro , etc. , dans la Recopilacion), La vente de certains objets était réservée aux officiers du roi, comme le tabac, le sel et les cartes.

Le revenu provenant de la poste aux lettres entrait également dans le trésor du roi* Dans plusieurs provinces, on payait le

droit d avoir un bateau pour traverser la rivière, d’avoir des poules, et de vendre les breuvages appelés pulche guarapo , etc.

{ Voy. titulode los Estancos , dans la liecopilacion , instruction pour les int.endans, etc.) Des officiers appartenant aux diiférens départemens de Fadministration levaient ces taxes, et en déposaient le produit dans le trésor général, d’où on l’envoyait en Espagne ; quelquefois on en disposait suivant les ordres de las Juntas superiores de hacienda , assemblées dans les capitales, et qui se composaient de F intendante , qui en était le président; du revente de V audiencia, de deux coniado ~ res majores , du fiscal , appelé de lo civil; de Y official real , senior en ofice , et d’un escrihano real .

D’après les plus exacts calculs , on suppose que la partie occidentale de l’Amérique espagnole contient treize millions dhabitans, Indiens, Espagnols, nègres et métis, sans comprendre la nation des Indiens , qui continuent à vivre indépendans sur les bords de la Meta, la côte de la Guagiros, sur les rives de FOrénoque, du

Rio-Negro, Pampas de Buenos- Ayres , etc. , etc. Une partie de la population de l’Amérique espagnole est employée à l’agriculture, particulièrement dans le Venezuela, Guatymala, Guayagudil , Chili, Carthagène, etc. Quelques provinces, telles que Rio de la Plata et partie de Vénézuela , s adonnent à Péducation des bestiaux.

Dans Je Mexique , le Pérou et la nouvelle Grenade, presque tous les habitans sont employés aux travaux des mines.

Les Indiens et les nègres ont conservé en grande partie leurs coutumes primitives : les créoles ont reçu les leurs des Espagnols. La religion catholique étant celle de l’Amérique espagnole , le gouvernement de l’église et les dignités ecclésiastiques sont les mêmes que dans la mèrepatrie : archevêques 3 évêques , etc. ; ils étaient nommés par le roi , conformément au privilège que lui avait accordé Jules II , l’an 1 5o8 , et qui est appelé real patronato (voy. tit.6,lib. i, de la Recopilacion) . L’i nquisition fut aussi établie dans le nouveau monde.

Une profonde ignorance , même des arts

les plus nécessaires, régnait dans toute Fétendue de cet immense territoire. Cependant dans les capitales, et notamment à Mexico , Lima et Santa-!' é de Bogota, l’étude de la médecine et de quelques parties de l’histoire naturelle était suivie avec beaucoup de succès. Les créoles s appliquent avec ardeur à celle de la théologie et de la jurisprudence , parce quelles seules procurent de là considération. Ils prennent actuellement les degrés de docteur dans les universités , qui sont au nombre de neuf dans l’Amérique espagnole.

Tout accès dans les établissemens espagnols était interdit, non-seulement aux étrangers, mais les habitans même des différentes provinces n’avaient pas la permission de voyager de 1 une dans 1 autre (Leg. 8, tit. 18 , lib. 4 > cedula de 1609 ; leg. 68 et 69, tit. 45 , lib. 9, Recopilacion de llnde). Le commerce se faisait exclusivement avec l’Espagne, et était presque entièrement dans les mains des Espagnols. La loi 7, tit. 87, lib. 9 de la Recopilacion , défend aux habitans de V Amérique espagnole , sous peine

de mort , de trafiquer avec des étrangers y sous quelque prétexte que ce soit .

Environ vers la fin du dernier siècle , les vice-rois et les capitaines généraux obtinrent quelques licences spéciales pour traiter avec les Antilles , en cas de difficultés insurmontables pour communiquer avec la mère-patrie. En 1797, la çour de Madrid se trouva dans la nécessité de permettre Fouverture de quelques ports de la terre ferme , pour l’avantage du commerce ; car, par suite de la guerre, l’Espagne ne pouvait fournir à ses colonies éloignées les articles d’Europe , devenus , par un long usage, des objets de première nécessité pour les Américains. Par le meme motif, Cisneros, vice-roi des provinces de Rio de la Plata , ouvrit en 1 809 les ports de Buenos-Ayres, et permit un libre commerce avec les nations alliées de l’Espagne.

La cour de Madrid conserva bien longtemps son pouvoir^dans le nouveau continent sans autre secours qu’un petit nombre de troupes espagnoles. Les créoles étaient sincèrement attachés à la mèrepatrie , et les Indiens n’auraient jamais

conçu Fidée de secouer le joug. Mais, vers le milieu du dernier siècle, il y eut à Caraccas un plan de conspiration formé par un nommé Léon , natif des îles Canaries ; il comptait sur de nombreux partisans et voulait, avec leur aide, détruire la compagnie de Quipuscoa , à laquelle on avait accordé le privilège exclusif du commerce avec Vénézuela. Son projet découvert le fit condamner à mort, et Ton éleva une colonne sur l’emplacement de sa maison rasée , pour perpétuer le souvenir de son châtiment.

Une injustice qu'éprouva don J.-G.

Tupac-Amara de Faudiencia de Lima, et Finsulte qu’il reçut d’un corrégidor, fit sentir plus vivement aux Indiens leur état d’abjection, le système oppressif du repartimiento et le poids des nouvelles taxes.

Une insurrection éclata dans le Pérou en 1780. Le repartimiento obligeait les Indiens a recevoir les denrées de première nécessité, et leurs mules, des corrégidors, aux prix fixés par ceux-ci, et sur le crédit qu il leur plaisait de donner.

Plusieurs individus se dévouèrent pour

la cause générale, à l'instigation de Tupac- Amara , et propagèrent en peu de temps l’esprit d’indépendance. La résistance s’étendit sur trois cents lieues de territoire , et amena les scènes les plus sanglantes :

ce n était d’abord qu’une légère révolte des Indiens contre l’oppression des corrégidors et des autres agens du gouvernement. La querelle dura trois ans avec des succès variés : Tupac-Amara avait été proclamé inca du Pérou ; mais le peu de confiance que sa conduite inspira au peuple , et la difficulté de se procurer des armes et des munitions, découragèrent bientôt les Indiens, qui n’agirent plus qu’avec mollesse, tandis que les attaques combinées des troupes de Buenos-Ayres et de Lima donnaient une supériorité évidente aux Espagnols pour lesquels la plus grande partie du peuple se déclara, malgré son vif désir d’un changement dans l’administration. Tupac - Amara et plusieurs des principaux chef de l’insurrection furent mis à mort d’une manière révoltante.

En 1781 , le revente Pineres voulut introduire quelques réformes , imposer

quelques taxes nouvelles dans son gouvernement de la Nouvelle-Grenade. La province de Socorro, une des plus populeuses de cette vice-royauté, se déclara ouvertement contre cette mesure; près de 1700 hommes se rassemblèrent et marchèrent contre Santa-Fé-de-Bogota ? criant : Vivele roi ! mort à nos mauvais gouverneurs ! — La capitale se trouvait sans défense , et ils s’avancèrent en triomphe jusqu à la plaine appelée Mortuco ; à douze lieues environ de Santa-Fé, où ils rencontrèrent l’archevêque de Gongora , revêtu de ses habits pontificaux , tenant une hostie dans ses mains. A cette rencontre inattendue , les insurgés s’arrêtèrent, pénétrés de crainte etd étonnement ; et l’archevêque, profitant de cet heureux moment , proposa une conférence à leur chef, don Salvador Plata. 11 en résulta un accommodement, à la suite duquel le rassemblement se dispersa :

les Socorrenos se plaignirent ensuite qu’on n avait jamais exécuté les articles stipulés dans la convention.

Quelques créoles et quelques Espagnols, imbus des principes politiques qui com-

iô

mencèrent la révolution française , et familiers avec les écrivains qui l’avaient immédiatement précédée , formèrent un plan de révolution à Caracas en 1797 :

ils traitèrent avec mépris le gouvernement espagnol, parce que ses flottes avaient reçu plusieurs échecs, et surtout parce qu’ils se fiaient à la pretection de l’Angleterre , en raison du plan, bien connu', de M. Pitt de donner Findépepdance àlaï erre Ferme* La conspiration fut découverte au moment d’éclater, et les chefs principaux , donM.

Guai et don J.-M. Espana, se sauvèrent dans une île voisine. Don Espana, revenu deux ans après à la Guayra, fut découvert et pendu. A cette époque , sir Thomas Piéton fit circuler dans toutes les îles adjacentes la proclamation suivante :

« Une note officielle, datée du 7 avril » 1797 , m a été transmise , en ma qua- » lite de gouverneur de Fîle de la Trinité , » par le très-honorable Henri Dundas , » ministre des affaires étrangères de Sa » Majesté Britannique. Je crois devoir en » communiquer la teneur à vos Excel* » lences , afin quelles puissent profiter des

» ouvertures quelle contient ; et, pouf » qu elles puissent en faire connaître le » contenu, je la leur transcris littérale- » ment.

» L’objet que je recommande en ce nio* » ment le plus particulièrement à votre » attention, c’est de chercher le moyen » le plus efficace pour délivrer le peuple » du continent voisin de l’île de la Tri- » nité du système oppressif et tyrannique » qui l’accable, et du monopole établi sur » le commerce, sous le titre de Registres » exclusifs y exigés par le gouvernement ; » de tirer aussi le plus grand avantage pos- ,» sible de la situation locale de l’île, en » lui ouvrant une libre et directe coiimi i~ » nieation avec les autres parties du mon- » de , sans préjudicier an. commerce de » la nation britannique. Afin de remplir » cette intention avec une plus grande fa- » cilité, il serait prudent à Votre Excel- » lenee d’encourager les habitans de la )> Trinité à continuer les communications » qu’ils avaient avec la terre ferme avant la " réduction de cette île , leur donnant l’as* * swance qu’ils y trouveront vm entrepôt

» ou magasin general de toute espèce de » denrées. A cette fin > Sa Majesté Britan- » nique a déterminé , dans son conseil , » de permettre la franchise des ports de » la Trinité pour un commerce direct » avec la Grande-Bretagne.

» Relativement à l’espoir que vous avez » de relever les esprits des personnes avec » lesquelles vous êtes en correspondance , j> et qui encouragent les habitans à résis - » ter a la tyrannie de leur gouvernement, » je n'ai plus rien a vous dire , si ce n'est » quils peuvent être certains , tant qu'ils » seront dans cette disposition , de rece- » voir, par vos mains , toute espece de » secours de Sa Majesté Britannique , » soit en argent, soit en armes et en mu - » nitions ; quils peuvent être également » certains que les vues de Sa Majesté » ne tendent qu'ci assurer leur indépen- » dance y quelle ne prétend à aucune » souveraineté sur leur pays , et quelle » n'a pas même V in tention de s'opposer » aux privilèges du peuple, ni aux ré- M clamations qu'il pourra faire pour

>} V exercice de ses droits politiques , ci ■- » vils ou religieux .

» Puerto d’Espana, 26 juin 1797 ’

)j Thomas Picton , etc. etc. , *>

Pour aider le parti révolutionnaire dans l’Amérique espagnole, le cabinet anglais paya l’expédition de Miranda à Venezuela en 1806, et envoya celle de Whitelocke à Buenos- Ayres en 1807 ; mais l’une et l’autre manquèrent.

Les différentes attaques faites par les Anglais et les Français sur les côtes de l’Amérique espagnole obligèrent les Espagnols à augmenter leurs forces militaires, pour secourir l’armée déjà stationnée dans les ports , en cas de nouvelles attaques.

Les commotions civiles, surtout, nécessitèrent un accroissement de forces militaires : il fallut mettre les capitales à même de donner et de recevoir des secours en cas d’insurrection. Mais , quoique les troupes fussent particulièrement concentrées dans les capitales , on en gardait quelques-unes dans les provinces, pour forti-

lier leur fidelité et imposer aux révolutionnaires.

En observant rattachement des Espagnols à leur pays , le respect que les créoles conservaient pour FEspagne , le faible caractère des Indiens, et letat d’insignifiance politique oix se trouvaient les autres races , on ne s’étonne pas que , durant trois siècles , ils se soient laissé gouverner par des lois établies dans un pays à plus de deux mille lieues du leur, sans tenter aucun effort pour conquérir leur indépendance : et lors même que des caractères en»

treprenans s’efforcaient d’exciter la révolte, la facilité avec laquelle le gouvernement espagnol anéantissait leurs plans s’explique aisément, d’un coté parla vigilance des chefs , par celle de l'inquisition ; de l’autre par l’apathie des créoles, suite naturelle de leur éducation.

Je ne prétends pas cependant avancer que les habitans de l’Amérique espagnole fussent satisfaits de la cour de Madrid; au contraire , j’affirme qu’ils en étaient ex- * eessiveiiient mécontens, et voici de quoi ils se plaignaient: i°. du pouvoir arbitraire

exercé par les vice-rois et les capitaines généraux , qui éludaient souvent les lois et même les ordres du roi : voy. leg. 173, lit. i 5 , lib. 2 de la Recopilacion y dans laquelle ils se plaignent que les officiers envoyés parle roi d’Espagne s ont fréquemment accusés et déposés , ce qui n arrive jamais aux fonctionnaires nommés par les vice-rois ; 2 0 . que Y audiencia était composée d’Européens, seuls juges dans les procès, et qui avaient le pouvoir d’interpréter les lois en leur faveur ; 3 °, que Y audiencia prenait souvent des décisions clandestines, prononçait le bannissement, et rendait une foule d’arrêts cruels sans jugement légal : 4°. qu’ils étaient traités avec méfiance par le gouvernement , malgré la loyauté qu’ils avaient manifestée dans la guerre de la succession pour la couronne d’Espagne, en résistant aux insinuations dç la France et de l’Angleterre, et, pardessus tout , malgré le dévouement et le rare courage qu’ils avaient déployés lorsque Carthagène et Buenos-Avres furent attaqués par les Anglais ; 5 °. qu’ils étaient obligés de supporter les insultes d’un Es-

pagnol , quel qu il fût , par cela seul qu'il était européen, et qu en cette qualité il se regardait comme un être d’une nature supérieure , et comme maître de l’Amérique espagnole. Parmi plusieurs exemples, on peut citer ceux qui suivent : La ville de Merida de Maracaybo, dans le Vénézuela, avait présenté au roi une pétition pour obtenir la permission de fonder une université : l’administration fiscale décida que la pétition devait être rejetée , parce qu’il n’était pas convenable de propager V instruction dans T Amérique espagnole , ou les Imbilans paraissaient destinés par la nature h travailler dans les mines . Apres une prétendue délibération solennelle, relative au commerce, le conseil des consuls de Mexico déclara que les Indiens étaient une race abrutie , pleine de vices et d'ignorance, des automates indignes de représenter ou d'être représentés ; 6°. que, malgré la convention originaire faite entre le roi et les premiers colons de Y Amérique espagnole ( leg. i3 , tit. 2 , lib. 3 de la Recopilacion ) , qui stipulait que , dans toutes les parties du gouvernement, de la

justice, du service militaire, de l’administration des finances , etc. ; les premiers conquérans du pays et leurs descendans , les pacificadors , les colons , les indigènes même seraient choisis de préférence pour remplir les emplois publics ; néanmoins ils auraient été avant peu écartés de toute participation au pouvoir et aux honneurs.

Ce qui semblait appuyer cette plainte , c’est que sur ï6o vice-rois et 602 capitaines-généraux, intendans , commandans nommés par la cour d’Espagne pour administrer l’Amérique, on ne comptait que dix-huit créoles , qui encore n’avaient obtenu cette faveur que parce qu’ils avaient été élevés en Espagne , avantage que bien peu d’Américains pouvaient avoir puisqu’il leur était défendu de visiter ou d’habiter la mère-patrie sans une permission expresse du roi, qui n’en accordait que trèsrarement; 7 0 . que l’Espagne étouffait toute industrie en Amérique en n’y laissant établir aucune manufacture ; que, malgré l’impossibilité où elle était de fournir les denrées nécessaires à la consommation des Américains, elle leur défendait ou restrei-

stagnait la culture de ces memes denrées.

Arrêtons-nous un peu sur les restrictions mises à la liberté de la culture. Dans les possessions espagnoles, situées au sud de 1 isthme de Panama, le nombre des plantations de tabac était limité; et si un planleur avait le malheur d’avoir un pied de tabac de plus qu’il ne lui avait été permis,

toute sa plantation était détruite et

cependant l’Espagne était chaque année obligée d’acheter, au Portugal, pour sa consommation ou celle de ses colonies , une quantité considérable de tabac. A l’exception du Pérou et du Chili, aucune province ne pouvait extraire des huiles, faire du vio ou de 1 eau-de-v ie , plan ter des vignes et recueillir des amandes. Le Chili et le Pérou n’avaient été exceptés de ces tyranniques defenses que parce que l’Espagne trouvait le voyage trop long, et, par consequent , qu il y avait trop peu de profit pour elle à faire transporter ces denre’es dans ces deux provinces. Aussi fallait-il (i J que les huiles, vins, eaux-de-vie, etc. ,

(i) Recoptlacion de s Indes , lit. i8 ? lib. 14.

récoltés au Pérou et au Chili, y fussent consommés : 1 exportation en était défendue sous des peines très-graves.

Le Pérou et le Chili Savaient pas le pri vilége de récolter des huiles et du vin sans le payer par une privation : jamais on n’y cultiva ni le tabac ni la canne à sucre.

Enfin, la dernière plainte que les créoles adressaient au gouvernement espagnol, c’est que, pour arrêter les progrès de la population et maintenir les distinctions qui la partageaient en différentes classes , il avait fait et maintenu plusieurs lois qui mettaient obstacle aux mariages (i). f

On peut assurer néanmoins que malgré tant de sujets de plaintes l’Amérique espagnole serait restée encore durant plusieurs générations sous la dépendance de la mère-patrie. Mais l’invasion de l’Espagne pai Bonaparte , . la mésintelligence qui régna entie les juntes qui se formèrent à Seville, en Asturies et dans les autres provinces, et plus encore, la conduite iiripo-

(0 Voyez Cedulas sobre et dis cens o y varias lejes dcl Recopilacion sobre los matrimonios .

litique de la régence de Cadix, décidèrent cette révolution qui, par l’étendue des contrées qu’elle embrasse, est unique dans les fastes de l’histoire. C’est ce que nous allons développer dans les chapitres suivans.

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