CHAPITRE DEUXIÈME
L’invasion du royaume d’Espagne et la captivité de Ferdinand jettent de la confusion dans l’administration et de l’incertitude dans la conduite de l’Amérique espagnole. — Loyauté des Américains. — Ils essaient de se créer des juntes.
Les troubles qui agitèrent l’Espagne, et l’espèce d’abandon où elle se trouva après la convention de Bayonne , qui la livrait aux Français , nécessitèrent des assemblées provinciales appelées Juntes. Leur but était de pourvoir au gouvernement de l’État, mais chaque junte voulut s’attribuer le pouvoir suprême. Celle de Séville prit le titre de : Junta suprema gubernativa de Espana e Indias , et députa de ses membres vers toutes les parties de l’Amérique. Afin de mieux
réussir clans leur mission
ils assurèrent
faussement que toute l’Espagne reconnaissait la junte de Séville, lui obéissait, et que la prospérité publique exigeait que l’Amérique imitât cet exemple.
En même temps la régence établie à Madrid par le roi Ferdinand, avant son départ pour aller joindre Napoléon Bona»
parte , s’efforcait pareillement de faire reconnaître son pouvoir en Amérique.
La junte des Asturies affichait hautement les mêmes prétentions, et refusait de reconnaître la junte de Seville.
Le moment de conquérir la liberté semblait se présenter à l’Amérique, fatiguée et épuisée par trois siècles de continuelles souffrances. L’Espagne , envahie par un pouvoir colossal , ses forteresses entre les mains de l’ennemi , toute unité rompue
dans le gouvernement, quelle favorable époque pour l’émancipation du nouveau monde! Mais les Américains étaient sincèrement attachés à la mère - patrie ; les nouvelles du continent leur parvenaient tellement défigurées et contradictoires , la résistance de la nation espagnole leur pa~
raissaitsi noble, la position de la famille royale si douloureuse et si intéressante, que, paralysés par la surprise, émus de compassion, ils perdirent l’heureux moment d’agir. Si l’Amérique espagnole s’était séparée, à cette époque, de la mère-patrie, d’où l’Espagne aurait-elle tiré les moyens de soutenir si long-temps une guerre qui a contribué en partie à la chute de Bonaparte?
Dans cette circonstance , la conduite des gouverneurs espagnols en Amérique offrit un grand contraste avec celle des sujets américains. A l’exception du viceroi de Mexico , tons semblèrent disposés à jurer fidélité à Bonaparte, comme le prescrivait Tordre contenu dans le décret signé par le conseil des Indes. Ce décret ordonnait de reconnaître les cessions faites à Bayonne , et confirmait les chefs espagnols dans leurs emplois. Les sujets américains seuls s’opposèrent à ce changement.
Ils brillèrent publiquement la proclamation envoyée par Bonaparte, et chassèrent ses agens. La lettre suivante transmet exactement les sentimens des Américains
dans le Venezuela à cette époque, et la manière dont ces sentimens étaient exprimés.
Le capitaine Deaver à sir Alexandre Cochrane .
De la Guayra , i g juillet 1808.
« Sir j il se passe présentement , dans » la province de Venezuela, des événe*- » mens d une Lien grande importance.
» J’ai jugé nécessaire de vous dépêcher , « sans perdre de temps , le Serpent , cor- » vette prise dernièrement aux Français, » afin que vous connaissiez aussi promp- » tement que possible les événemens qui » sont déjà arrivés, et que vous puissiez » vous former une opinion sur ceux qui » probablement suivront.
» J’entrai le i5 dans le port de laGuay- » ra , et dans le moment où je m’apprê- » tais à descendre à terre, j’aperçus un » brick sous pavillon français qui ar- » rivait au mouillage ; il était venu , le » soir précédent, de Cayenne avec des » dépêches de Bayonne , et avait jeté Tan- « cre à deux milles environ de la ville.
>} Séparé de ce batiment par une distance
de cinq milles , je ne pus jamais mup-»»
procher d’assez près pour lui lâcher une bordée. Il se réfugia sous les batteries espagnoles , ce qui m empêcha de le
poursuivre.
» Dans le moment où je me préparais à partir pour Caracas , le capitaine du brict français s’en éloignait , excessivement mécontent de la réception qu’on lui avait faite dans cette vide.
» J’arrivai à trois heures a Caracas et présentai vos dépêches au capitaine général , qui me reçut tres-froidement, ou, pour mieux dire, tres-impoliment, observant que je venais a une heuie très-incommode pour lui et pour moi, que je ferais fort bien d’aller chercher un dîner, et de revenir dans une couple d’heures.
» En entrant dans la ville, je remarquai une grande effervescence parmi le peuple. Je crus voir cette agitation qui précède ou qui suit une commotion populaire ; et, lorsque j’arrivai dans le grand hôtel de la cité , je fus entouré d’habi-
tans de presque
toutes les classes.
J appris que le capitaine français, ar~ > rive la veille, avait raconté la nouvelle » de tout ce qui s’était passé en Espagne » d’une manière favorable à la France ; » qu’il avait annoncé Favénement de Jo- " seph Bonaparte au trône d’Espagne, et » avait rapporté des ordres pour les agens }) du gouvernement français.
» La cité fut immédiatement en armes.
» Dix mille habitans entourèrent la rési- )} dence du capitaine général, et deman- » dèrent qu’on proclamât Ferdinand VII » roi d’Espagne. On promit de céder à » leur vœu le jour suivant; mais, peu satis- » faits de cette promesse , ils firent pro- » clamer, dès le soir meme, Ferdinand YII » par des héraults d’armes, et placèrent » son portrait illuminé dans la galerie de » la maison de ville.
publiquement « insultes dans les cafés , d’où ils furent « obligés de se retirer; et le capitaine du » brick quitta Caracas secrètement à 8 « heures du soir , escorté par un détache- » ment de soldats. Plus tard c’en était fait » de sa vie , car à dix heures la populace
» demanda sa tête au gouverneur; et, » quand elle apprit qu’il était parti , trois » cents hommes le suivirent pour le mettre » à mort. Quoique froidement reçu parle » gouverneur , je fus parfaitement ac~ » cueilli par les principaux habitans de » la cité , qui me regardait comme un Ii~ » bérateur. Les nouvelles que je leur don»
û) nai de Cadix furent dévorées avec » avidité , et excitèrent des cris denthou- » siasme et de reconnaissance pour l’An-»
» gîeterre.
» En retournant chez le gouverneur , » je demandai que la corvette française » me fût livrée , ou au moins qu’il me fût *> permis d’en prendre possession dans la » rade, en raison des motifs qui l’y avaient « fait entrer. Le gouverneur me refusa » positivement l’un et l’autre et ne voulut » pas non plus s’en emparer lui - même.
» Il me dit au contraire qu’il avait donné » des ordres pour (jue ce batiment mît â » la voile sur-le-champ. Je lui fis alors » connaître ceux que j’avais donnés de » s’en emparer, afin qu’il les approuvât ; » et je lui dis en même temps que , si
» elle n était pas en la possession des Es- » pagnols à mon retour, j’irais la prendre » moi-même. Il répondit qu'il enverrait » au commandant de la Guayra l’ordre » de faire feu sur moi , si je me permet- » tais une semblable action. Je répliquai » que les conséquences d'un pareil ordre » retomberaient sur lui; j’ajoutai que la » récepfion qu’il me faisait me paraissait » plutôt d’un ennemi que d’un ami, et que » j’avais lieu d^ctre surpris de sa conduite » à mon égard, lorsque je lui apportais » la nouvelle de la cessation des hostilités » entre la Grande-Bretagne et l’Espagne, » tandis qu’il traitait les Français en amis, » lorsqu’il savait que l’Espagne était en M guerre avec la France. Il soutint que » l’Espagne n était point en guerre avec » la France; et je lui demandai comment » il envisageait la captivité de la famille » royale et la prise de Madrid. Il répon- » dit seulement que le gouvernement es- » pagnol ne lui parlait pas de cela , et que » mes dépêches n’étaient pas officielles. »
Quelques mois après cette preuve d’un admirable attachement à la mère-patrie ,
un nombre considérable des familles les plus recommandables de Caracas présentèrent une pétition au capitaine général Casas 5 pour obtenir la permission d’élire une junte à l’instar de celle d’Espagne > en raison de la situation de la Péninsule. Quoique les principes fondamentaux de la pétition fussent pris dans les lois , les pétitionnaires furent arrêtés , mais relâchés peu de jours après. Parmi les signataires se trouvaient le marquis del Toro * le marquis de Casa-Léon , le comte San-Xavier.
le comte del Tobaiq et plusieurs autres.
Un brick français., apportant un message de Napoléon Bonaparte ^ parvint à Buenos- Ayres vers la fin de juillet 1808 ; et^ par lui y le vice-roi Liniers fut informé des événemens arrivés dans la Péninsule. Liniers assembla le cabildo et Yaudiencia , pour consulter sur le plan de conduite qu’il devait adopter dans des conjonctures si extraordinaires. Il fut convenu que le vice-roi publierait ce qui se passait dans la mère-patrie. Liniers fit donc une proclamation au peuple de Buenos-Ayres* dans laquelle il laissait percer ses intentions. Cette
proclamation est une preuve de la fausseté que les gouverneurs de F Amérique espagnole employaient habituellement pour tromper les habitans. Dans cette curieuse adresse il indiquait, mais obscurément, les changemens qui venaient d’avoir lieu en Espagne , et rappelait au peuple de Buenos-Ayres l’indifférence qu’il avait montrée pour la couronne d’Espagne, lors de la guerre de la succession. Il terminait en les assurant de la haute estime qu’avait inspirée à l’empereur Napoléon leur triomphe sur les Anglais , et il les exhortait , au nom de Bonaparte à demeurer tranquilles. Don Xavier Elio , alors gouverneur de Monte-Video, ennemi personnel de Liniers, se servit de cette proclamation pour l’accuser de déloyauté , et parvint à soustraire tout le pays qu’il commandait à l’obéissance de son rival, en formant une junte à l’imitation de celles d’Espagne. Don J. Goyeneche arriva à cette époque à Monte-Video avec des dépêches de la junte de Séville; et, donnant une entière approbation à la conduite d Elio, il lui annonça que sa mission
n’avait pas d’autre objet que de former de pareils établissemens pour assurer la tranquillité du pays. Goyeneche tint un langage bien différent à Buenos-Ayres et à lima, et sa conduite, lorsqu’il défit les troupes qui soutenaient la junte de la Paz , prouve évidemment ses principes à ce sujet.
Le 29 juillet 1808 on apprit à Mexico la nouvelle d’une insurrection générale en Espagne. L’enthousiasme quelle produisit était encore dans toute sa force à l’arrivée de deux députés de la junte de Séville : ils annoncèrent qu’ils venaient réclamer le commandement souverain de l’Amérique espagnole pour cette assemblée. Telle était la disposition générale des esprits en faveur de la Péninsule , que les Mexicains auraient probablement accédé à la demande de la junte , si , durant les débats entre les officiers civils et militaires réunis par le vice-roi , des dépêches n’étaient arrivées annonçant l’établissement de la junte des Asturies : elle invitait expressément les Mexicains à ne pas reconnaître la junte de l’Andalousie. On concevra facilement com-
bien cette rivalité déclarée dut porter atteinte à l’opinion que les Mexicains s étaient formée de l’esprit de la révolution d^Espagne.
Voici un extrait des remontrances présentées le 5 août 1808 par la municipalité de Mexico au vice-roi Iturrigaray, pour réclamer la formation d’une junte composée des tribunaux et autorités constituées dans la capitale :
« Les juntes du gouvernement et les respectables corps des cités et royaumes ne se conduisent plus , dit-elle , d’une manière conforme à la loi , qui ordonne que tous les cas difficiles seront discutas en as*
semblées générales. Dans les circonstances présentes ^ d’après l’enlèvement du roi ^ la nation étant investie de la souveraineté x ses intérêts doivent être discutés par les autorités réunies aux municipalités ? qui sont les têtes du peuple ; et ces assemblées doivent faire exactement ce que ferait le monarque lui-même pour le bien général.
» Mexico adhère aux principes de Séville , de Valence et des autres villes d’Espagne , et réclame % ainsi que ces deux vil-
les fidèles, les moyens de pourvoir aux mesures les plus convenables dans de si urgentes circonstances.
» Ces exemples nous indiquent ce que nous devons faire , c’est-a-dire , organiser une junte de gouvernement , composée de Vaudiencia royale, de l’archeveque , des officiers municipaux , des députes des tribunaux, des corps ecclésiastiques et séculiers , de la noblesse , des principaux citoyens et des chefs militaires. Cette junte délibérera sur les importans sujets qui nous concernent , et se déterminera conformément à nos intérêts.
)> Cette junte est nécessaire , parce que, délivrés maintenant du pressant danger qui nous menace du cote de la France , nous ne devons pas neanmoins négliger nos moyens de défense , jusqu a ce que nous recevions des avis positifs qui nous tranquillisent entièrement. Il faut aussi satisfaire les désirs du peuple , en lui rendant les moyens qu’il avait primitivement d’en appeler au conseil des Indes ou au 101 , et finalement il doit etre fait plusieuis chanpemens parmi les personnes nommées aux
dignités ecclésiastiques et séculières. Voilà les seuls moyens, en raison de l’absence du monarque, qui peuvent offrir au royaume , s’il est uni , la possibilité d’échapper aux dangers qui l'environnent.
» L’union des autorités est indispensable pour produire et maintenir l’unanimité dans l’esprit du peuple, et prévenir les fatales conséquences qui résulteraient de la désunion. Chacun alors sera heureux , et tous les vœux , toutes les résolutions dirigées par le patriotisme et l’enthousiasme auront uniquement pour but le bien public.
» La ville pense donc que le moment est arrivé d’adopter le mode suivi en Espagne. Lorsque votre excellence aura établi cette junte composée des autorités et des corps respectables ci-dessus désignés , lorsque les représentais du royaume seront assemblés , ils examineront soigneusement les intérêts du pays. Mais les deux points fondamentaux des travaux de la junte ne doivent pas être oubliés ; le premier , c’est que les autorités doivent agir comme si le renversement de- la morar-
chie j renversement qne nous déplorons , notait pas arrivé ; en conséquence votre excellence conservera toujours le même pouvoir que les lois lui accordent , et fera observer le même respect aux autres autorités. Le second point, c’est quafin de suppléer à l’immense vide qui existe entre l’autorité de votre excellence et celle du souverain , elle aura recours à la junte. »
Le vice-roi parut disposé à adopter la mesure proposée, et les Espagnols se déterminèrent en conséquence à le déposer.
Vieux, sans vigueur, sans aucun pian de conduite , le vice-roi fut effrayé des soupçons excités contre sa loyauté, et lui-même proposa de résigner son autorité. Les Espagnols, encouragés par sa faiblesse, formèrent une conspiration contre lui : un négociant, son ennemi personnel fut choisi pour lui succéder. Les officiers commandant la garde, le jour fixé , forent gagnés; et le négociant, suivi d’environ quatre cents Espagnols pris dans les boutiques de Mexico , entra vers minuit dans le palais du vice-roi. Les conjurés, n éprouvant aucune espèce de résistance , se saisirent
de lui ainsi que de sa femme. Cette dernière fut conduite dans un couvent , et lui renfermé dans les prisons de Finquisition.
L ' audiencia avait secrètement autorisé ce mouvement , et Femprisonnement du vice-roi fut annoncé au public , avec cette circonstance que Y audiencia s’attribuait le droit de nommer un nouveau vice-roi.
Afin de concentrer leur pouvoir , les juntes provinciales d’Espagne avaient consenti à envoyer des députés pour former un gouvernement général qui prendrait le commandement de la nation ; lorsque la nouvelle de la transaction proposée par les Mexicains fut connue dans la Péninsule, cette junte centrale, composée des députés que nous avons déjà désignés, était établie à Séville. Sa joie n'eut point de bornes quand elle apprit que le vice-roi, accusé de trahison , était prisonnier des Espagnols j elle ne s’embarrassa pas d'examiner les cbels d accusation j elle ne réfléchit pas non plus combien les liens de la subordination étaient relâchés, quand une poignée d’individus, sans aucune autorité légitime , pouvait forcer le siège du gou-
vernement , et s’emparer du chef avec impunité.
La loi de l'Espagne exigeait rétablissement d'une régence au lieu de cette junte centrale , mais il était trop tard , et déjà l’Amérique espagnole avait reconnu le pouvoir de la junte ; déjà plus de quatre-vingt dix millions avoient été envoyés à l’Espagne par les colonies américaines au commencement de 1810. Néanmoins , la Paz* capitale de l’un des districts de Vau diencia de Charcas, considérant que l’Espagne était trop faible pour se délivrer elle-même du pouvoir des Français , désira pourvoir à sa propre sûreté, et, dans le commencement de l’année 1 809 , se donna un gouvernement particulier composé des principaux habitans, et désigné sous le nom de junta intuitiva. Les magistrats de Chuquisaca,de Faudienciaàe Charcas, ne blâmèrent point cette mesure ; mais le vice-roi de Buenos-Ayres envoya une armée pour s’y opposer. En même temps le général Goyeneehe marchait , par ordre du vice-roi du Pérou, avec un nombreux corps de troupes , contre le gouvernement
de la Paz dont 1 armée, commandée par les généraux Lanza Castro et Yranbura, fut battue dans Falto delà Paz, et ensuite dans cette partie du pays, appelé Yrupana, a quarante lieues environ de la ville. Le vainqueur Goyeneche marcha immédiatement contre les patriotes : un grand nombre fut exécuté de la manière la plus ignominieuse et la plus horrible. Quito, une des villes de la province de Santa-Fé de Bogota , et capitale de V audiencia qui portait son nom , déterminée par les mêmes motifs que la Paz , établit pareillement un gouvernement séparé le i o août 180g , et nomma le marquis Selva Allègre président , quoique le peuple semblât généralement attendre toute autre chose.
Cette décision détermina le vice-roi de la nouvelle Grenade, Don A. Amar, à convoquer une junte composée des principaux personnages de Santa-Fé de Bogota, sous prétexte de leur demander conseil. La junte s’assembla dans le palais du viceroi, le sept septembre 180g, et se déclara pour le parti adopté par la ville de Quito , dans l'espoir qu’en reconnaissant la junte
centrale , et agissant de concert avec le vice-roi * on préviendrait toute espèce de trouble dans le cas où la Péninsule serait définitivement conquise par les Français* Le vice-roi > qui n’avait pas réellement d'autre intention que celle de connaître l’opinion publique , se hâta de dissoudre la junte en indiquant une nouvelle réunion pour le 1 1 du même mois : comme il était sourd, il demanda que chaque membre de la junte apportât son vote écrit.
Au jour fixé , le peuple de Santa-Fé parut
fort surpris des préparatifs militaires du vice-roi ; les gardes de son palais étaient doublées et les troupes des casernes en mouvement > comme si l’ennemi était aux portes. La junte se réuni t,et, malgré cet appareil militaire * chacun présenta son vote.
Ces votes écrits ajoutaient de la force aux opinions exprimées par les membres à la première junte. Plusieurs orateurs dans ces assemblées se firent remarquer par l’énergie et la liberté de leurs expressions. Les noms de Camilo de Terres , Fruto , Gutierrez > Padilla père ^ J. Gregorio j Gutierrez - Moreno 9 et d’autres y
Furent , à dater de cette époque , célèbres parleur patriotisme. Le vice-roi de Santa- Fé de Bogota fit cependant marcher des troupes contre la junte de Quito. Abascal , vice-roi du Pérou, le seconda dans cette opération : les défenseurs de la junte , après quelques escarmouches, cédèrent à des forces supérieures; le gouvernement fut dissous; et malgré la promesse formelle d’un entier oubli du passé faite par l’Espagnol comte Cuis de Castïlla , président de Quito, un grand nombre de patriotes furent arretés; et, le 2 août de l’année suivante, sous le prétexte d’une alarme donnée par les soldats, ils furent tous massacrés dans leur prison. L’on permit le pillage aux troupes de Lima cantonnées dans la ville pour y maintenirl’or dr e .
Le nombre des personnes assassinées de sang-froid, ce jour là, se montait à plus trois cents. En 1810, la junte de Caracas fit rendre à ces malheureuses victimes des honneurs funèbres avec une grande magnificence.
La nouvelle de ces événemens parvint bientôt à la junte centrale, déjà instruite de
la fermentation qui gagnait rapidement toutes les colonies espagnoles. L’attachement que les Américains avaient manifesté pour la mère-patrie était sincère, mais les réformes dans leur gouvernement, si souvent promises , n’avaient jamais été réalisées; ils commençaient en conséquence à se sentir plus fatigués de leur dépendance, et leur attachement à 1 Espagne diminuait chaque jour. Que deviendrons -nous si l’Espagne est conquise ? était la question générale. Les discussions sur ce sujet menaient à d’autres d’une grande importance.
La junte centrale désirant les abuser afin de les ramener à un état d’apathie , publia une pompeuse déclaration dans laquelle les colonies étaient déclarées égales à la mère-patrie.
Néanmoins nulle réforme ne fut faite dans le gouvernement , malgré cette déclaration solennelle; et, tandis que la junte recevait continuellement des chargemens d’argent de l’Amérique espagnole, elle envoyait des Espagnols pour y occuper tous les emplois publics. Telle était 1 attention donné aux intérêts du nouveau monde !
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