Révolutions de Liège sous Louis de Bourbon
Cet opuscule crayonné il y a quelques années, à la vue des lieux que j’habitais, où s’accomplirent les événemens que j’essayais de raconter, tandis que nous étions en pleine paix et que nous avions d’amples loisirs pour les lettres, me parait perdre, je l’avoue, une partie de son intérêt, en le relisant sur un autre théâtre, et l’esprit préoccupé de l’histoire présente
que nous faisons tous ensemble depuis
quinze mois. D’un autre côté je crois y apercevoir, à travers la longue distance des temps et des mœurs, je ne sais quelle ressemblance avec certaines questions, je ne sais quelle coïncidence avec certains faits contemporains que je n’avais pu deviner jadis en écrivant. Je prie toutefois le lecteur de ne chercher dans mon petit vieil échantillon d’histoire locale que ce que j’y cherche moi-méme, quelque passagère distraction au milieu des ennuis de la politique, après des émotions trop réelles et trop vives; quelque utile leçon du passé donnée aux dépens de nos braves aïeux à leurs dignes descendans.
De nos jours l’histoire a fait une alliance brillante avec le roman. L’auteur, maître de ses personnages et de son sujet, peut, tantôt en suppléant à l’insuffisance des traditions, tantôt en écartant les détails, les préparations, les longueurs obligées de l’histoi-
re, produire de ces grands effets dramatiques qui saisissent fortement l’imagination, et séduisent la raison elle-même. Je ne sais jusqu’à quel point un tel genre de composition réussirait parmi nous; mais je dirai que pour mêler avec bonheur la fiction et la réalité, il faut prodigieusement de talent.
C’est une œuvre de création. Tandis que dans une narration pure, simple et vraie, les recherches et l’exactitude scrupuleuses peuvent tenir lieu d’art et d’invention jusqu’à certain degré; et elles semblent aussi devoir mériter quelque indulgence à l’auteur, alors même qu’il n’amuse pastoujours.
L’effet de notre révolution a été d’abord d’agiter et d’exalter les âmes. Des capacités remarquables se sont révélées parmi nous, qui ne peuvent demeurer sans emploi. Lorsque le calme renaîtra, les pacifiques et sûres conquêtes de l’esprit, les études politiques et morales , au premier rang
desquelles je place l’histoire du pays , encore si peu connue, offriront à leur ardente activité une utile et noble occupation, et de nouveaux genres de gloire à acquérir. Quand s’ouvrira cet heureux avenir, j’essaierai peut-être d’y faire quelques pas. i
SOMMAIRE
Il jean. Louis de Bourbon esr nommé évêque de Liège par la protection de Philippe-le-Bon , son oncle. — Borne cède aux promesses de Philippe. — Les Liégeois sont prévenus contre Bourbon , parce qu'ils haïssent lés Bourguignons. — Son caractère léger. — Exactions des agetis du fisc, — Vengeances populaires. — Fustigeant dans le pays de I.ooz. — Ambassadeurs liégeois à la cour de Louis XL — Bourbon met la cité en interdit. — Comparaison entre la politique de Hinsberg et celle de son successeur. — Raes de Heers obtient la faveur du peuple. — II s'unit à Barré de Surlet et à Guillaume de Berlo.
— Il propose le prince Marc de Bade pour évêque , et son frère , Charles de Bade , pour mambourg. — Guerre dite du bien public , en France. — Louis XI engage les Liégeois à s’allier avec lui contre le due de Bourgogne. — Le sage Berlo s’y oppose.— L’interdit reçoit son exécution. — La Pauline. — Les Liégeois envoient déclarer la guerre au vieux duc Philippe. Ils dévastent le Limbourg. Les princes de Bade se retirent en Allemagne avec leur armée. — Bataille de Montenac. — Indiscipline des gens de métiers. — Bataille de Montlhéry , en France. — Paix de Confiant , dans laquelle Louis XI oublie ses alliés de Liège. — Traité humiliant des Liégeois avec le duc de Bourgogne. — Bacs de llcers veut le faire rejeter. — Haine furieuse de ceux de Dinant contre leurs voisins de Bouvigne , et contre la maison de Bourgogne. — Grand commerce de la batterie.
— Les Dinantais appellent en vain leurs amis à leur secours. —Frise et cruelle destruction de Dinant. — Emeute à Liège.
— Les Liégeois s’avancent vers les Bourguignons avec une armée. — traité qui confirme le précédent. — Humbercourt prend possession de la place de mambourg. — ’ Conseil secret de Raes de Heers. — Pouvoir énorme des favoris du peuple. —
SOMMAIRE
Beau trait d’une jeune liégeoise. — Les Liégeois rompent la paix pour la troisième fois. — Charles-le-Téméraire leur déclare la guerre à outrance. — 11 fiait grâce aux otages liégeois. Horrible droit de la guerre au (5* siècle. — Préparatifs pour la bataille. Cérémonie de l’étendard. — Les Liégeois battus à Brusteim. — Comment on délibérait à Liège sur les affaires publiques. — On se décide à rendre la ville aux Bourguignons , contre l’avis de Raes de Heors. — Troisième traité qui anéantit complètement les libertés des Liégeois. — Ils ne se relèvent point de leur défaite. — Les communes libres des Pays-Bas en ressentent le contre-coup. — L’évèque donne une fête. — Onufre , légat de la cour d e Rome , est envoyé à Liège dans des vues conciliatrices. — Cette ville est envahie par une bande de proscrits. — Ils s'emparent de Tongres. — Les fuyards bourguignons vont porter l’alarme à Péronne où se trouvait Charles de Bourgogne. — Louis XI s’y rend pour négocier. — On découvre ses intrigues arec les Liégeois. — Il est retenu prisonnier. — Louis XI offre lui-même de marcher avec ses ennemis contre scs alliés. -— Le légat et l’évêque se présentent au camp du duc de Bourgogne , pour tâcher de le fléchir. Il est inexorable. — Son avant-garde éprouve un échec dans un combat nocturne au faubourg St.-Léonard. Mort du brave Jean de Ville. —Le duc s’établit au faubourg Ste.-Walburge, et se dispose à pénétrer dans la cité. — Les 600 Franclumonlois. — Charles entre à Liège avec Louis XI Bassesse et in-
famie de ce dernier. — Barbarie du duc. — Pillage et massacre général. — Apologue des oiseaux. Incendie. — Louis XI obtient enfin la permission de retourner en France. — Pies et geais. — Humbercourt demeure à Liège pour y faire exécuter les ordres de son maitre. — La ville se rebâtit. — Offrande expiatoire de Charles à St, -Lambert. — Dévotion singulière de Louis XI envers Notre-Dame. — Guillaume de Lamarck d’ Arenberg , dit le sanglier des Jrdennet. — D’Arenberg cherche à reformer à Liège un parti en faveur de la France contre la maison de Bourgogne. — Le Téméraire veut se faire roi. — Ecrasé â Granson et à Morat , il vient périr devant Nancy. — Concentration de tous les pouvoirs en France dans la royauté. — Misérable fin de la plupart de ceux qui avaient causé la ruine
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des Liégeois. — L’ évêque , devenu malheureux, change de conduite. — Marie de Bourgogne , à la sollicitation de son oncle , restitue aux Liégeois leurs libertés. — Raes de Heers , depuis long-temps exilé, obtient de pouvoir mourir dans sa patrie. — D’Arenberg rentre en grâce auprès de Bourbon. — Redevient son ennemi. — Se présente aux portes de Liège à la tête d’une troupe d’aventuriers français. — L’évêque Bourbon est cruellement massacré par tFArenberg. — Tyrannie de ce dernier. — Il fait la guerre à l’élu, Jean de Borne. — Feinte réconciliation. — Horrible perfidie de Jean de Horne, et mort tragique de Guillaume de Lamarck d'Arenberg. — Nouvelle guerre civile entre les Horne. et les Lamarck. — Le peuple, accablé de ses maux , invoque les secours du Ciel. — Procession. Châsse de St.-Lambert. — Les Lamarck se réconcilient enfin solidement avec Jean de Horne. — Mariage.