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sur sa poitrine. La grande-duchesse, déjà livrée à d'implacables ressentiments contre la France et l'Autriche et contre leurs ambassadeurs, n'ignora pas la part que le prince Charles avait prise à ce nouveau rappel. Elle le menaça de l'en faire repentir. La violence et la hauteur qu'elle mit dans cet entretien, le força de lui répondre avec une égale fierté. On voyait, à leur vivacité mutuelle, que l'un se flattait de rester toujours indépendant, et l'autre d'exercer bientôt un pouvoir sans bornes. Cette cour était alors comme l'intérieur d'un théâtre où la fortune préparait en secret tous les ressorts qui devaient exécuter bientôt ses jeux les plus bizarres.

VII. Convocation du sénat de Pologne au sujet de la KourlandCy et conduite des Czarloryski dans celte assemblée.

Cependant la déclaration d'Elisabeth sur la perpétuité de l'exil de Biren, et sa recommandation en faveur du prince Charles, avaient été remises solennellement au roi de Pologne au moment où la diète s'assemblait. Cette diète ayant été rompue, comme toutes les précédentes, le roi convoqua aussitôt à Varsovie une assemblée du sénat. :Les princes Czartoryski craignaient cet établissement de la maison de Saxe en Kourlande ; ils appréhendaient que ce trône ne lui servit un jour de degré pour monter une troisième fois sur celui de Pologne. Assurés d'être protégés en Russie par Théritière de cet empire, ils n'ignoraient pas qu'elle n'avait encore dans le gouvernement aucun crédit; mais les événements que la santé chancelante d'Elisabeth faisait prévoir entretenaient leurs espérances , et forçaient déjà leurs ennemis à de grands ménagements pour eux. D'ailleurs, pour s'opposer à tous les projets de la cour, il leur

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sutlisaitde leur propre puissaace, de fa constance iafle\ibl« de leur caractère, de la liberté des opinions dans ces grandes assemblées, où le prétexte du bien public leur offrait toujours une occasion favorable de se livrer à leurs animosités et de confondre leurs chagrin^ avec les intérêts et les plain» tes de la nation. Dans cette assemblée du sénat, le prince Michel Czartoryski, grand-chanceliei! de Lithuanie, soutint « que la Kourlande était un fief non pas seulement du trône, mais de la république ; que jamais en aucun cas important les rois de Pologne n'avaient transigé au sujet de ce duché sans le concours d'une diète ; que tels étaient les serments du roi en montant au trône, les conditions mêmes auxquelles il régnait ; que si, dans le désordre de ces temps malheureux, ces assemblées se séparaient chaque fois sans parvenir à prendre aucune résolution, c'était une calamité générale à laquelle un fief dépendant de la république n'était pas moins soumis que les autres provinces ; qu'à la vérité, en 1736, une diète avait donné au roi le pouvoir de conférer ce fief, mais non le pouvoir de le conférer dans toutes les vacances, encore moins le pouvoir d'en destituer à son gré le nouveau possesseur, et de ravir à ses enfants le droit de lui succéder; que le duc Biren et sa famille ne pouvaient perdre de pareils droits sans avoir subi toute la rigueur d'un procès criminel et d'un jugement Légal ; que la déclaration d'une puissance étrangère n'équivalait point à cette procédure juridique ; qu'il voulait bien croire méritées les disgrâces que cette famille éprouvait en Russie , mais que d'examiner si à de tels malheurs se mêlait quelque crime de félonie envers la république , c'était un droit réservé à la république elle-même ; que la Russie, en annonçant comme éternelle la proscription de ce duc et de sa postérité , se fondait sur des raisons d'État , sorte de juris-^ prudence heureusement inconnue dans les pays libres, et

toujours variable dans les pays mêmes où Faolorité n'a besoin que de ce mot pour motiver ses rigueurs; que les années , les événements, les diangements de règne amèneraient en Russie d'autres raisons d'État ; que cette cour demeurerait toujours maîtresse de faire revivre à son gré les droits d'une famille qui continuerait d'habiter en Russie; enfin qu'on ne saurait trop admirer l'imprudence des ministres qui s'engageaient, non pas avec audace, mais avec légèreté, dans une affaire si dangereuse». Trois sénateurs de cette famille, et àeixx de ses partisans se joignirent à l'opinion du grand-eliancelier de Lithuanie. Tous les autres sénateurs, au nombre de cent vingt-huit, opinèrent « que la constitution de 1736 ayant laissé au roi le libre choix d'un nouveau duc de Kourlande, et depuis cette époque toutes les assemblées de la nation ayant été rompues, le roi avait toujours cette constitution pour règle ». Il accorda donc au prince Charles les diplômes et l'investiture de ce duché ; mais soit légèreté , soit fausse prudence et dessein d'intéresser la Russie elle-même à soutenir cette nouvelle investiture, il reconnut dans ses écrits les droits du duc de Biren et de sa famille comme légitimes, et donna pour fondement aux droits du duc Charles la seule déclaration de l'impératrice que la personne et la famille de Biren ne seraient jamais relâchées.

Le nouveau duc de Kourlande se flatta bientôt d'avoir acquis uu grand parti dans la république par une démarche qui n'était pas elle-même sans imprudence. Aussitôt qu1l eut obtenu cette couronne, il se pressa d'en faire secrètement hommage aune jeune Polonaise qu'il choisit pour épouse, Françoise de Corvin Krasinska, dont la beauté justifiait cette passion, et dont la vertu mérita cette alliance, il crut que la souveraineté le rendait enquelqqe sorte indépeadant du pouvoir paternel, et ne demanda point le cousen-

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tement du roi son père pour un mariage que la fierté de la maison de Saxe eût regardé comme inégal. Cette union toujours ignorée du roi, fut d'ailleurs consacrée par toutes les formalités qui pouvaient la rendre indissoluble. Toute la nation en fut instruite, quoique la nouvelle épouse conservât son propre nom et continuât de vivre chez ses parents ; et il est remarquable que malgré les haines publiques qui animaient un grand nombre de Polonais contre la cour, ils n'imaginèrent jamais de troubler par cette odieuse délation la paix de la famille royale et la faveur constante que le roi marquait à son fils. Plusieurs maisons alliées parce mariage au nouveau duc de Kourlande s'attachèrent à ses intérêts ; et leur influence lui donna un si grand nombre de partisanSy qu'il crut pouvoir désormais élever ses vues jusqu'à l'espérance de succéder au roi son père.

YIII. Séjour de Varmée russe en Pologne.

Pendant ce temps, une armée de cent mille Russes séjournait dans les provinces polonaises ; et Brulh les regardant comme les vengeurs de son maître, ne pouvant plus acheter la faveur de cette cour que par un dévouement aveugle, se prêtait à toutes leurs vexations. Enhardis par cette connivence, ils demandèrent qu'on leur livrât la ville de Dantzick, la seule ville forte de ces contrées, afin d'avoir, disaient-ils, une retraite assurée si la fortune voulait qu'ils éprouvassent des malheurs. La cour s'inquiéta enfin de cette demande; et tandis qu'elle employait publiquement son crédit pour résoudre les magistrats de cette ville à recevoir une garnison russe, elle les faisait secrètement exhorter à s'y refuser. Mais toute la Pologne ignora ces insinuations secrètes ; et l'opinion que la république était trahie

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parla cour s'établissait de plus en plus dans tous les esprits, et y jetait à la fois riadignation et le découragement. L'armée russe vint avec ses canons de siège camper sur les ' glacis de Dantzick. Les magistrats pour réponse firent mettre leurs canons en batterie, choisirent un brave Suédois pour commander leur garnison, enrégimentèrent leur bourgeoisie, remplirent leurs magasins, et sans aucun espoir de secours, ils attendirent les événements.

De simples bourgeois d'une ville commerçante, donnaient ainsi à un premier ministre l'exemple d'une noble fermeté. Elbing, Thorn et d'autres villes , qui ne pouvaient s'opposer par la force à celle espèce d'invasion, furent livrées aux Russes pour y établir des magasins, et en faire des places d'armes. Cette armée sans argent, sans crédit et dépourvue de tout, se trouvait forcée à vivre de brigandage; et d'ailleurs, par quelle discipline contenir toules ces nations du nord de l'Asie, ne connaissant d'autre guerre que la dévastation, ne recevant d'autre solde que le pillage, les uns habitués à mener en main deux chevaux destinés à emporter le butin, les autres nus comme les sauvages^ et en ayant les mœurs et la férocité ?

Dans les premiers plans de cette guerre, les Russes n'étaient entrés en Pologne que pour traverser rapidement ce royaume ; mais ils trouvaient dans la terreur qu'inspirait le roi de Prusse un prétexte d'y perpétuer leur séjour. Us eurent cependant la gloire de vaincre les armées prussiennes, mais sans accélérer ni la fin de la guerre, ni la délivrance de la Saxe, Ils durent cette gloire à.la nécessité où était ce prince de marcher à eux aussitôt qu'ils approchaient de ses frontières,' de les attaquer à des époques fixes, quelle que fût sa position et la leur, n'ayant jamais assez de temps pour manœuvrer contre eux , parce qu'il était obligé de revenir aussitôt avec toutes ses forces contre l'armée autn-

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chienne. Il lui suffisait de leur livrer promptement , et quelque part où il les rencontrât, une sanglante bataille, qui les rendit, fussent-ils victorieux, inutiles à leurs alliés pour le reste de la campagne. Leur ignorance lui présentant toujours quelque moyen facile de les enfermer de toutes parts, tantôt en les renversant sur leurs équipages, tantôt par de rapides manœuvres, que Taspect du terrain lui ins* pirait , il les attaquait avec fureur, ordonnait à ses troupes de ne faire aucun quartier, aucun prisonnier^ et s'attachait opiniâtrement à Fespoir de massacrer leur armée entière. IVlais une triste expérience lui faisait dire « qu'ils sont plus durs à tuer que difûcilesà vaincre ». Un étranger qui servait parmi eux , les voyant ainsi enfermés au commencement d'une de ces batailles, demanda à leur général où serait la retraite si on était battu. Là, répondit le Russe, en montrant la terre. Presque toujours le carnage était égal. L'armée russe vaincue, forcée de retranchements en re* tranchements, sans être- jamais dispersée, reprenait les armes pendant qu'on la massacrait, et à son tour elle massacrait ses vainqueurs. Le roi de Pmsse après avoir perdu une partie de l'armée qu'il conduisait à cette horrible boucherie, les laissait hors d'état de marcher en avant. 11 revenait avec ses débris rejoindre ses autres détachements; Il poursuivait alors sans distraction ses savantes campagnes, contre un emiemi également digne de son courage, et plus digne de son habileté ; et les Russes revenaient toujours passer l'hiver, partie en Pologne et partie dans son royaume de Prusse, que l'éloignement de cette contrée ne lui avait pas permis de défendre contre eux. C'est ainsi que se perpétuait depuis six ans leur séjour dans les provinces de la république.

Deux commissions successivement établies par l'impératrice pour écouter les plaintes des Polonais et accorder les

indemnités qui étaient dues ne furent qu^illusoires: soit que la fourberie des généraux russes éludât l'équité de leur souveraine, soit plutôt que le manque total d'argent rendît cette équité toujours vaine ; mais la cour de Russie, par les dédommagements qu'elle reconnaissait devoir, et qu'elle ne cessait de promettre, acquérait sur le plus grand nombre des Polonais, le singulier avantage d'avoir une partie de leur fortune entre ses mains. Enfin .ces républicains ne voyant plus de terme à leu*-s maux, parvinrent à se concerter ; ils envoyèrent de secrets émissaires au roi de Prusse, quoiqu'il parût alors tout près de sa ruine. Ils en envoyèrent aussi au kan des Tatars. lis promirent, si ces deux princes s'engageaient à les soutenir, de surprendre les troupes russes dans les cantonnements qu'elles occupaient en Pologne, et de dissiper toute cette armée.

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