‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 101 sur 154 · X. Intrigues du comte Brulh déconcertées par la mort · texte numérisé non relu

X. Intrigues du comte Brulh déconcertées par la mort

d'Elisabeth*

Le comte Brulh entrevit ces mouvements d'impatience, ces tentatives de ralliement; et sans se donner aucuns soins pour les prévenir, sans même chercher à pénétrer ce dont il s'agissait, il s'en rendit en Russie le délateur, et saisit avec empressement cette occasion d'y dénoncer la noblesse polonaise. Mais avant d'exposer quels étaient ses desseins, il ne sera pas inutile de dire quelle était alors sa situation.

Toutes ses possessions en Saxe avaient été dévastées. Ses riches domaines, ses maisons de plaisance, son palais de Dresde, n*existaient plus. Le roi de Prusse avait porté la fureur jusqu'à faire détruire tout ce que la guerre en avait épargné, tout brûler, tout ravager, tout démolir. Une atroce perfidie du comte Brulh avait attiré sur lui cette tempête.

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11 avait fait voler, la nuit, avec de fausses clefs, les chiffres, les instructions, les correspondances du ministre prussien à Varsovie ; et il avait fait part à toutes tes cours de ce que la plus noire malignité lui avait suggéré, comme s'il Peut trouvé dans ces correspondances. Devenu par là Tobjet des vengeances personnelles du roi de Prusse, mais devenu par ses pertes mêmes plus cher à son maître, ce dernier l'en avait dédommagé en Pologne par une profusion de nouveaux bienfaits. II lui avait donné tout Tapanage de la reine, qui, ayant eu vainement le courage de rester à Dresde^ y était morte au milieu des outrages et des calamités. Cette mort ne laissant plus auprès du roi de libre accès qu'à Bnilh seul, son crédit ne redoutait plus aucune concurrence. La plupart des Polonais, indignés de ce que sa fortune et sa faveur ne cessaient ainsi de s'accroître dans les malheurs de son gouvernement, et le voyant accumuler sur sa tête tant de richesses et de dignités, se rappelèrent que Brulh, étranger dans leur république, n'y jouissait de ces grâces excessives que sur la foi d'une généalogie suspecte. Les réclamations s'élevèrent de toutes parts ; mais la rupture des diètes les avait rendues vaines. Leur indignation et leur jalousie, qui s'étaient produites avec liberté, mais avec impuissance, et qu'il croyait pouvoir impunément braver, n'avaient servi qu'à l'aigrir et à développer en lui un orgueil qui jusque-là ne s'était pas montré dans son caractère. Ce n'était plus ce ministre qu'on avait vu si souple, si insinuant, si flatteur, et dont oq ne craignait que la douceur perGde; c'était un favori altier dont les dédains outrageants inspiraient un désir presque général de son humiliation et de sa chute, sans que ses plus cruels ennemis pussent désormais en imaginer les moyens. Les événements de la guerre ajoutaient encore à l'ivresse de sa présomption. Le roi de Prusse paraissait presque détruit. Six années de cette guerre avaient formé contre lui

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des généraux dignes de le combattre. Toutes les provinces qu'il défendait étalent ouvertes, et Bruili, croyant voir la paix s'approcher, voulait profiter du séjour de Tarmée russe en Pologne pour faire décider la succession au trône en îà* veur de la maison de Saxe. Il donna donc à dessein de

grandes inquiétudes à Pétersbourg, afin que la Russie ea* voyât au centre du royaume un corps d'armée qu'il voulait y avoir à sa disposition. De son côté, le grand avantage que la Russie voulait retirer de cette guerre, était de régler avec cette république les limites toujours indécises depuis leur traité de paix perpétuelle. Une demande si modérée en apparence, cachait la prétention d'envahir, par le concours de toutes les puissances alliées, une grande province à Forient de la Pologne ; et le roi eût facilité cette usurpation pour prix d'une élection anticipée en faveur de Tun de ses fils. Brulh commença pour cette élection quelques trames parmi les seigneurs polonais^ dans le même temps qu'il accusait à la cour de Russie la noblesse de plusieurs palatinats d'être prête à se confédérer. Cette cour fit des déclarations menaçantes, et envoya aussitôt dans ces provinces douze mille hommes, avec ordre au général d'agir en tout de concert avec la cour de Varsovie.

Ainsi, par l'espérance d'une paix prochaine, et par le succès de cette nouvelle intrigue, Brulh voyait tous les revers de son maître tourner en avantages. Les malheurs passés n'auraient prouvé que la faiblesse naturelle des deux États qu'il gouvernait. La restitution de la Kourlande, celle de la Saxe, la succession au trône de Pologne, également due a une alliance étrangère, auraient prouvé la sagesse de sa po'' litique. Les succès trompeurs de son administration en aU' raient couvert les fautes réelles. Son nom serait peut-être demeuré célèbre, et la suite inévitable de tant de fautes n'aurait troublé que les règnes suivants.

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