XXVIII. Le roi de Prusse et le kan des Tatars forcés de
changer leurs mesures,
Catherine, en prenant les rênes de Tempire russe , ne se dissimula point qu'il ne pouvait soutenir plus longtemps la guerre dans laquelle il se trouvait engagé. Elle résolut d'être neutre entre tous les princes, qu'une alternative de succès et de revers animait encore les uns contre les autres. Les agitations récentes de celte cour couvrirent aux yeux de
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l'Europe Timpuissance réelle où elle était d'entretenir plus longtemps ses armées. Au premier avis que les Russes revenaient sur leurs pas et rentraient dans leurs frontières, le kan des Tatars s'arrêta, incertain de ce qu'il devait faire ; il n'osait s^avancer hors de ses États en les laissant exposés à des voisins dont il connaissait l'ambition et la perGdie. 11 attendit de nouveaux ordres de Constantinople. Le grandvisir, qui n'avait commencé les préparatifs de guerre qu'avec une extrême circonspection, parce qu'il prévoyait une révolution en Russie, se livra de nouveau à son amour pour la paix, et sa prévoyance justifiée lui donna plus de crédit encore auprès du grand-seigneur. Le roi de Prusse, privé par un seul événement de ce triple secours, perdit l'espoir de tant de conquêtes. Il se plaisait, quelques années après, à réfléchir sur la vanité de la politique, en racontant comment des événements imprévus avaient une fois empêché qu'il ne fût détruit, et une autre fois qu1l ne se rendit le maître de l'Europe. Ceux que ce prince a daigné admettre dans sa confidence prétendent que, malgré l'alliance qu'il coi^tracta bientôt avec Catherine, il en conserva toujours un profond ressentiment contre elle, uu désir de vengeance, un dessein de l'humilier.