‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 117 sur 154 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

I, Desseins de €athennt, et sa letlr$ à Ponialowski.

Un corps de quinze mille Russes vint s'établir eu K.ourlande pour exécuter les menaces que la nouvelle impératrice avait faites autrefois au duc Charles , de lui ôter cette principauté. Un autre corps de deux mille hommes , sous le vain prétexte qu'un magasin de vivres et de fourrages ne trouvait point d'acheteurs en Pologne , resta au centre de cette république , dans une de ces villes imprudemment livrées aux Russes au commencement de la guerre , la ville de Graudentz , située sur une hauteur au milieu d'un vaste marais, et forte par oette situation.

Ces deux mille hommes s'y établirent comme dans une place d'armes , d'où ils attendaient les événements que cette princesse avait déjà intention d'accélérer. Elle nomma aussitôt le comte Keyserling son ambassadeur à Varsovie ; et la première lettre qu'elle écrivit enûn au comte Poniatowski, commençait par ces mots : « J'envoie Keyserling en Pologne, avec ordre de faire roi vous ou le prince Adam Czartoryski, votre cousin. » Elle lui parlait ensuite du comte Orloff , et lui faisait sentir adroitement le danger de choquer ce nouveau favori. « Sa passion pour moi , disaitelle, était publique, et tout a été fait par lui dans cette vue.

Ils sont quatre frères, tous quatre extrêmement déterminés, et fort aimés du commun des soldats. » Poniatowski, dont Fcimbition semblait renouveler l'amour, retenu par une insinuation si positive, différa malgré lui son voyage ; mais comme l'impératrice , dans le reste de cette lettre , ne dédaignait pas d'employer ces tournures artiûeieuses , ces prétextes de nécessité, d'utilité et même de bienséance, avec lesquelles les femmes savent si bien d^uiser aux yeux de leurs anciens amants le commencement d'une nouvelle passion , il se flattait que ce délai tenait seulement à quelques mesures de prudence. Il eroyait que cette princesse, étrangère en Russie , attendait qu'elle fût plus affermie sur le trône avant que de montrer aux Russes un jeune étranger pour son favori.

11 ne fit point mystère à sa famille de la lettre qu'il venait de recevoir. A cette lecture inattendue, son oncle, le prince Auguste Czartoryski, que ses immenses richesses et la considération personnelle dont il jouissait faisaient regarder, par cette maison, comme le seul qui dût prétendre au trône, et qui voyait aujourd'hui le choix balancé seulement entre son Gis et son neveu, répondit avec un flegme composé : «< Si j'étais moins vieux , j'y penserais pour moi-même. » Le prince Adam montra une générosité plus grande , retenu, à ce que lui-même raconta depuis à l'auteur de cette histoire, par une sorte d'embarras et de pudeur qu'il sentait en donnant à son père la mortification de lui être préféré. Quanta Poniatowski, il pressait tour à tour ces deux princes de consentir à monter sur le trône ; il jurait de solliciter pour l'un des deux toute la protection de l'impératrice, ne demandant pour soi que d'être l'ambassadeur de l'un ou de l'autre auprès d'elle ; et il paraissait prêt à sacrifier la couronne au désir de consacrer sa vie entière à l'amour, à la reconnaissance et au plus grand bien de sa patrie. Il leur di-

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