‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 13 sur 154 · II. Exposition du sujet · texte numérisé non relu

II. Exposition du sujet

L'amour effréné des nobles polonais pour la liberté a introduit peu à peu les plus singuliers désordres dans leur gouvernement. L'opposition d'un seul sufOsait autrefois pour balancer dans chaque déKbératron l'autorité de toute la république. Depuis plus de cent ans, cette opposition sur une seule affaire a suffi pour rompre les assemblées générales de la nation. Un si étrange abus de l'égalité a produit parmi eux la plus funeste anarchie. Les Russes , au contraire, gouvernés par une seule volonté souveraine, ont formé un vaste empire : une discipline formidable leur a donné une puissance au-dessus de leurs forces réelles ; et ils ont conçu une ambition encore plus vaste que leur empire et que leur puissance. Après avoir conquis tout le nord de l'Asie , et presque tout le nord de l'Europe, enfermés pour ainsi dire dans un espace immense^ par des forêts impénétrables, des

(I) Cest encore une errenr ; le polonais et le rasse sont deux langues toutes différentes ; le polonais, c'est le slave pur; le russe est un alliage 4e mongol, de Donnand et de finnois, le tout polonisésur le sol slave.

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déserts arides , une mer încooDue, une autre mer glacée, la Pologne, unique barrière entre eux et le reste de TEurope, était aussi Tunique passage par où leur domination pouvait encore s'étendre au loin. Les désordres de cette république leur ont donné facilement entrée dans toutes ses affaires ; et les efforts de ces deux peuples, Tun pour imposer le joug, Fautre pour s'y dérober, sont le plus singulier spectacle que le monde ait offert depuis longtemps. D'un côté, le despotisme employant tous ses avantages, Tintrigue, le secret^ la discipline, la réunion de toutes les forces, le concert de toutes les opérations ; mais se nuisant à lui-même par les vices qu'il traîne nécessairement après lui : une ambition sans mesure, un changement continuel de vues et de systèmes, nulle connaissance des hommes, et dans les esclaves qu'il emploie, «ulle autre ressource que leur dévouement aveugle. De l'autre côté, l'indiscipline des armées, ou plutôt l'impossibilité de former une armée , le désordre et le vide des finances , les haines des familles, les intérêts personnels dans tous leur-s excès, une fatale désunion qui fait échouer les entreprises les mieux concertées, le manque absolu de tous les moyens ; mais des ressources presque inépuisables dans les vertus naturelles aux hommes , et que l'anarchie même exerce, l'horreur de la servitude, la force des âmes, l'active industrie du plus grand nombre des citoyens : tel est le fond du tableau que je vais offrir aux lecteurs. Les Polonais trouvèrent enfin pour défenseur un autre empire, qui dans les derniers siècles fut la terreur de la chrétienté , mais qui paraît aujourd'hui sur son déclin : les Turks, que nous verrons forcés de prendre part à cette sanglante querelle. Ce'nouvel incendie s'est étendu au loin. La Grèce a cru recouvrer sa liberté. Les terribles événements occasionnés par cette grande diversion, ne changent rien cependant au premier

état de la guerre, et ne servent qu'à déceler la faiblesse nni-

tuelie des deux empires de Constaniinople et de Moskou* Mais pendant que la Russie, incapable de consommer son entreprise contre les Polonais , dévastait Jeur pays, qu'elle tentait vainement de subjuguer ; pendant que la Pologne y trop désunie pour achever sa délivrance, était encore hiea loin de se croire réduite à la soumission, deux autres peuples voisins, dont les forces, même séparées, eussent encore surpassé celles des Russes, s'unissent avec eux par un traité qui jusque là n'avait point eu d'exemple. Cent mille combattants environnent tout à /coup cette faible république. Ils en envahissent de concert les plus belles provinces; et ces deux nouveaux oppresseurs^ toujours ennemis malgré leur alliance momentanée, ménagent la Russie par une suite des craintes qu'ils s'inspirent mutuellement ^ laissent son autorité s'appesantir sur les restes infortunés de la Pologne.

L'agrandissement subit de ces trois États a changé nécessairement presque tous leurs rapports ; une révolution s'est opérée dans la politique générale de l'Europe : et par là, ce démembrement d'une république si ancienne est devenu uno des plus grandes époques de Thistoire de notre continent.

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