I. Préambule. Origines des Polonais et des Russes
Les Polonais et les Russes sont des divisions de ce peuple nombreux qui, sous le nom commun de Slovène ou de Slave (1), s'est répandu, il y a douze siècles, dans toutTofient de l'Europe, et dont la langue se parle depuis les mon- ^gnes de la Macédoine et les bords du golfe Adriatique jusque dans les îles de la mer Glaciale. — Ils furent connus pour la première fois , ou du moins ils le furent sous ce iiom général, et commencèrent à se faire craindre , dans le
(I) Le nom générique des Slaves est dérivé de Slovo , le Verbe, eC Slam, la Gloire.
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temps que les Huns, les Alains , les Vandales et les autres Barbares septentrionaux inondèrent presque toutes les provinces romaines. Une partie des Slaves envahit quelquesunes de ces provinces ; une autre partie , et ce sont les Polonais et les Russes, demeura dans les vastes plaines qu'ils occupent encore, et qui n'ont jamais été comprises dans les limites de Tempire romain. On ne trouve dans ces contrées aucune ville ancienne : toute espèce de civilisation y paraît nouvelle , et cependant on n'y trouve aucun vestige de l'égalité primitive et de ce que nous nommons la vie des premiers âges. L'esclavage de la glèbe y est établi de temps immémorial ; il semble qu'on n'y reconnaissait parmi les hommes aucune autre distinction que celle du maître et de l'esclave : l'un toujours armé pour la défense du pays , et l'autre forcément attaché à la culture des terres (i). C'est, parmi toutes les nations qui descendent de ce même peuple, l'origine de la noblesse et de la servitude y et la base commune de toutes les constitutions différentes que le temps , les événements et la diversité des lieux y ont introduites.
l/cs Russes , qui virent fonder au milieu d'eux la ville de Kïow par une colonie que les empereurs grecs envoyèrent sur le Borysthène , et qui dans leurs anciennes incursions infestèrent souvent les provinces grecques , et pénétrèrent jusque sous les murs de Constantinople , reçurent de cet empire leur religion, leur écriture , leurs vêtements, leurs bains. Ils ne connurent de société policée que sous un mattre absolu ; et la succession au trône, conservée dans la même famille pendant plus de sept siècles, ne laissa aucun intervalle à la liberté. En recevant des Grecs dégénérés une
(I) II n'y a Jamais ea d'esclavage légal en Pologne, pas même dans les temps païens. CeUe erreur se troave d'ail lears réfatée dans la suite de Touvrage.
LIVBE I. ^
civilisation peu différente de la barbarie, ils se rassemblèrent, il est vrai, à la manière de ceux-ci, dans de grandes villes, assez peuplées pour se défendre par leurs propres forces, mais sans constitution, sans lois, sans droits de cité, toujours soumises à des despotes. Toutes ces villes réunies sous une même domination dans le dixième siècle, formaient alors un État puissant, dont les relations s'étendirent en Europe 9 et qui s'allia par des mariages avec la Hongrie, l'Allemagne et la France. Mais elles furent partagées vers 1050, comme un héritage, entre les nombreux descendants delà maison régnante : et dans cette désunion elles furent aisément subjuguées; les unes parles Polonais, qui les incorporèrent à leur république, et en adoptèrent les princes au rang de leurs concitoyens ; les autres par les Tatars, qui les ont tenues dans un extrême abaissement pendant deux siècles. C'est ainsi que les Russes ont cessé d'être au rang des nations jusqu'au temps où le souverain de Moskouest parvenu à se rendre indépendant et à soumettre d'abord toutes les villes voisines ; ce qui a donné naissance au nouvel empire de Russie.
Cependant les Polonais, par leur communication avec les contrées occidentales de l'Europe, reçurent la religion romaine, notre écriture et nos arts. Ils conservèrent, ou pour mieux dire, la noblesse polonaise conserva, en s'instruisant chez des peuples amis de la liberté, l'amour naturel de rindépendance. En se formant en corps de nation, ils habitèrent toujours, à la manière des anciens Germains , dans de faibles bourgades ; et, malgré la grande étendue de leurs provinces, ils ne bâtirent , avec le temps, qu'un très-petit nombre de villes. Dans leurs fréquentes assemblées, que leur dispersion habituelle rendit nécessaires a leur sdreté, ils établirent des lois qui laissèrent à chaque citoyen, c'est-àdire à chaque noble, toute son indépendance ; et ils se for-
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mèreot des coutumes qui n'ont aucune rcssembtance avec celles d'aucune autre nation. Tous leurs engagements civils n'ont que trop respecté la Hberté naturelle ; et les familles de leurs rois s'étant souvent éteintes, cette couronne est toujours demeurée élective»
Voilà comment sont devenus si différents deux peuples voisinF, qui ont une même origine, et qui, malgré la diversité de leur prononciation , malgré celle de leur écriture, Tune grecque et Tautre latine, parlent évidemment la même langue (1).