LIVRE II. IS
victoire, indigna tous ceux qui, par un vrai zèle pour leur liberté, avaient concouru à détrôner Auguste. Ils ne fléchirent point sous le pouvoir du vainqueur. Telle fut surtout la conduite du primat, dont la vertueuse fermeté fut également peinte par les deux partis de couleurs odieuses. Un grand nombre de citoyens, plus attachés à leur devoir qu'à leur intérêt , demeura neutre, parce que les lois n'étaient respectées dans aucun des deux camps; et ceux même qui voulurent prendre leur intérêt pour guide ne discernèrent plus, dans la violence de ces tempêtes, la route qu'ils devaient suivre.
La Pologne, sans défense, sans aucune règle de conduite, sans aucune voie de salut qui dépendît d'elle-même , en proie dans toutes ses provinces aux contributions, aux enrôlements forcés , aux incendies, aux saccagements des villes, abandonna dès lors à la rivalité de deux puissances étrangères le choix de son roi. Elle se flattait seulement, non sans raison, que ce prince, quel qu'il fût, ne recevrait pas de son allié assez de puissance pour opprimer la république- Une bataille gagnée mettait tout à la discrétion du vainqueur ; ei sous son pouvoir, le roi qu'il protégeait , demeurait odieux au plus grand nombre des citoyens, et le gouvernement conservait son agitation et sa faiblesse.
Aussi chacune des deux factions devint-elle funeste aux souverains étrangers dont les armes la protégeaient, et [qui avaient trop facilement espéré en recevoir à leur tour quelque appui. On sait comment la chute rapide du roi Auguste pensa entraîner la ruine du tzar, et que Charles, dans sa fatale entreprise pour détruire l'empire de Russie, comptait pour une des causes de sa propre ruine, de n'avoir point reçu de Stanislas les secours qu'il s'en était promis.
92 BÉVOLUTIONS DB POLOGNE.
tentation polonaise tirait encore quelque vanité dé ce ^le FEurope entière veillait pour la sûreté de la république.