LIVRE TROISIEME
f . Variation de la poHUque rmse.
Si fe trône de Russie eût été plus longtemps occupé par unde ees princes ambitieux, habiles à saisir toutes les occasioDsque la fortune leur présente, il est vraisemblable que le période fatal de la Pologne serait arrivé dès ce temps-là. Pierre , devenu tranquille possesseur de toutes les province^ situées au nord de ce royaume, et possédées 'autrefois par son rival, voulait ensuivre l'exemple, renvoyer Auguste en Saxe , et réduire les Polonais à leur propre faiblesse. Il avait embrassé dans les derniers mois de sa vie cette politique qu'avait eue Charles Xll, avec l'extrême différence que le caractère de ces deux princes devait; nécessairement apporter dans un dessein semblable ; Fun se préparant à violer toute foi publique pour exécuter un projet où Tautre avait été conduit par sa vertu rigide et son inexorable justice; mais un excès de débauche, ou plutôt une longue suite de pareils excès , causa au législateur des Russes une mort prématurée ; et il a fallu près de quarante années , et une suite des plus étranges conjonctures, pour ramener une seçoQde fpis cette m^e politique sur le ticône de Russie. 11 laissait à ses succçs^urs un empire immense, une puissance
Kourlaiide, souYeraineté dépendante de la Pologne. Ainsi, sous ce nouveau règne, le seul intérêt d'un ministre favori engagea Fempire de Russie dans une entreprise particulière contre une province polonaise ; et son ambition personnelle restreignit au dessein de sa propre fortune ce qui avait été commencé pour de plus vastes projets.
Les duchés de Kourlande et de Sémigalie sont un reste de Tancien domaine des chevaliers livoniens. Au temps des premières incursions des Moskovites^ lorsque pour la première fois , vers le milieu du seizième siècle, ils s'étaient jetés sur la Livonie, cet ordre touchait à sa ruine* Il avait adopté la réformation, qui dans ce même temps séparait de la communion romaine un si grand nombre d'États. Les commanderies et le chef*>lieu même étaient devenus des biens patrimoniaux et héréditaires. Un pareil changement ne s'était point fait sans de grandes dissensions ; et ce nouvel État se trouvant alors sans défense, le duc et la noblesse^ à qui bientôt il ne resta plus de toutes leurs possessions que les provinces de Kourlande et de Sémigalie, implorèrent pour les conserver le secours des armes polonaises. Ces duchés devinrent un Gef de la république, sous la condition expresse d'en devenir un jour une province, et d'élre, quand la maison ducale s'éteindrait, partagés en palatinats pour être gouvernés de la même manière que les autres pays de la république. L'événement prévu de ce traité d'assujettissement était sur le point d'arriver. Le dernier duc, vieux, infirnie, sans enfants, revenu à la religion catholique, et brouillé par cette raison avec la noblesse de son duché^ s'était retiré dans une ville étrangère, et, tout entier à ses inflrmités ou a ses pratiques de dévotion, fuyait également les soins du gouvernement et le mariage. Lps Kourlandais virent avec douleur approcher le moment où leur patrie deviendrait une province de Pologne. Leur religion n'est point celle qui do-
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mine dans la république ; leur langue et leurs usages ne sont point ceux des Polonais. Originaires d'Allemagne^ ils en ont conservé les anciennes mœurs. La coutume des duels subsiste parmi eux dans son antique liberté. Ils vivent dans une grande indépendance de leur souverain ; ils ne lui payent aucune sorte de tribut ; ce sont eux au contraire qui font valoir les terres ducales, anciennes commanderies qui doivent toujours leur être affermées. La faiblesse de ce petit État ne lui permettant pas d'avoir une armée, ils servent dans les troupes étrangères ; mais cette espèce de consomption qu'on appelle maladie du pays, qui ne se guérit que parle plaisir de revoir tous les objets qu'on a vus dans son enfance, s'empare presque toujours d'eux ; et la plupart reviennent mourir dans leur patrie. Cette noblesse craignit d'être soumise à de nouvelles lois. Déjà dans une diète assemblée à Varsovie en 1726, la seule qui depuis longtemps se fût heureusement terminée, les Polonais comptant sur la mort prochaine du vieux duc^ avaient décidé le partage de cette principauté en palatinats. Ils avaient envoyé des commissaires à Mittau, capitale de la Kourlande, pour régler la nouvelle forme du gouvernement. Les Kourlandais s'opposèrent à cette résolution. Ils décidèrent dans leur diète d'élire un nouveau duc^ de donner d'avance la succession éventuelle ; et y pour séparer les intérêts du roi de Pologne d'avec ceux de la république, ils offrirent unanimement leur couronne au comte Maurice de Saxe, son fils naturel. C'est ce même comte de Saxe , devenu ensuite si célèbre par ses talents militaires. Mentzikoff, premier ministre russe, soutint les Kourlandais dans cette espèce de rébellion; mais il voulut ce trône pour lui-même. Le jeune comte de Saxe ne manqua point à sa fortune ; réduit à se défendre contre deux puissances, dont l'une employant l'autorité des lois, le traitait de rebelle, et sous ce titre mettait
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sa tête à prix; et dont l'autre, n'ayant que la force pour elle, fît envahir le pays par une armée, il osa soutenir une guerre. Il trouva des ressources dans son génie ; il se retira avec honneur quand il ne lui resta plus aucune autre ressource que la retraite, conservant ses droits, s'il en avait ; et ayant commencé d'acquérir par cette entreprise illustre, quoique malheureuse, le nom qui le rend immortel.