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VII. Le despotisme redemandé par les Russes

* En arrivant à Moskou, Anne fut séparée de toute sa suite;

les princes Dolgorouki la gardaient a vue. Jamais elle n'était un moment sans être observée par Tun d'eux. Mais la petite noblesse russe, que sa pauvreté met à Tabri des coups violents du d^potisme, et qui, disait-elle, préférait un matl o à cinquante tyrans , les étrangers qui voyaient la cour se fermer à leur ambition , les cent mille esclaves qui peuplent cette capitale et qui s'affligeaient de voir la tzarine perdre cette autorité arbitraire, qui les console en tenant leui^s maît très dans un abaissement égal au leur, tous enfin se réunirent dans le pcojet de se soulever contre le nouveau gouvernement. On fit parvenir à la tzarine- un billet par lequel on lui demandait, pour unique démarche, de se montrer le lendemain à une heure marquée à une fenêtre du palais. Les Dolgorouki, vaguement informés qu'il y avait un complet , sans avoir encore pénétré ce qu'on méditait, doublèrent partout les gardes. Les conjurés, avertis de cette précaution , tremblèrent pour le succès de leur entreprise ; et prêts à tous les événjBmentSi, embrassèrent leurs femmes et leurs enfants, en leur disant peut-être un étemel adieu : malheureux qui couraient à la servitude avec le même courage que de vrais citoyens auraient eu pour en briser le joug ! Une multitude innombrable s'assembla sous les fenêtres' du palais ; et la tza-

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rine 8*y étant moutrée, cette multitude l'accueillit avec de grandes acclamations. Les chefs de cette émeute, suivis d'une foule nombreuse , montèrent aussitôt à son appartement. Les Dolgorouki accoururent ; il était trop tard. Tout ce peuple réuni sous les yeux de sa souveraine, ne pouvait plus être dispersé. On présenta à la tzarine une requête, au nom de tout Tempire, par laquelle on la suppliait de régner avec le même pouvoir qu'avaient eu ses ancêtres. Elle répondit qu'elle s'était engagée par un contrat déposé entre les mains du grand chancelier de l'empire ; celui-ci était présent et prévenu. On le somma de produire cet écrit ; et les conditions que l'impératrice avait signées pour tempérer le le despotisme furent déchirées de ses mains, aux acclamations de tout son peuple !

La faveur des Dolgorouki tomba dès-lors avec leur pouvoir. Quelques semaines après, ils furent tous arrêtés , ils languirent neuf ans, séparés dans différentes prisons, et après ce long intervalle, ils furent un même jour rassemblés sur un même édiafaud, père, oncle, 61s et neveux, pour y être roués vifs sous les yeux les uns des autres. On appre* nait aux Russes, par cet exemple terrible, à subir patiemment le joug des étrangers.

\]ll.' État de la cotirde Russie sous le gouvernement de Biren,

Cette foule d'hommes extraordinaires, ces jeunes aventuriers de toutes les nations, appelés autrefois par Pierre l**", et employés dans toutes les parties de l'administration, maintenant vieillis au milieu d'un peuple ignorant et inepte aux grandes affaires dans lesquelles il se trouvait engagé, occupaient à la fois toutes les premières places de l'État; et sous le règne d'une princesse formée elle-même aux mœurs étran-

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gèies, ils élaieat devenus les vrais maîtres de Tempire. Tek fut Ostermaim, qui présidait au conseil ; et qui, dans sa politique, avait^ disait-il, pour maxime::* de ne jamais faire le jour mêmece qu*il pouvait remettre au lendemain. » Tel fut Mu^ nicb, dont Factivité convenait mieux à la guerre, et qui se van* tait de n'avoir jamais remis au lendemain ce qu'il avait pu^ faire le jour mémiB. Tel fut enfin ce grand npmbre d'hommea. célèbres, qui portèrent en Europe et en Asie la terreur du nom russe, et par qui ce règne devint; le plus bel âge de cet, empire.

Un jeune Koudandais les contenait sous un joug^ sévère^. Biren , que nous, verrons bientôt duc de Kourlande, et en-^ suite, après avoir éprouvé les plus effroyables disgiâces, en^ lever encore ce duché aux princes de la maison de Saxe. La, nouvelle impératrice Taviût amené à sa suite. Sa famille avait, servi les ducs de Koudande dans les plus vils emplois. La faveur intime de cette princesse, hautement déclarée pen-. dant qu'elle résidait àkMitjtau, n!avaitpu le faire admettre parmi la noblesse de ce duclié. On avait cité contre lui une note infamante, inscrite dans le nobiliaire de Kourlande^. où il était dit que cette famille serait à jamais rejetée de Tordre de la noblesse , pour avoir produit des titres faux. Mais en Russie la faveuc seule lui donna le gouvernement de l'empire. C'était un esprit allier ^ une âme féroce, qui méditait froidement d'horribles cruautés, et prétendait s'en justifier par la nécessité, disait-il,, de traiter ainsi le peuple russe, La fermeté de son caractère anima et mit en. vigueur toutes les parties de l'administration. Les Russes, exposés aux plus cruels supplices, méprisés dans leur propre pays, éloignés de tous les grands emplois , n'étaient appelés à la cour que parmi les bouffons, pour y être perpétuellement avilis au milieu des fêtes indécentes et grotesques qui en étaient les seuls amusements.

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Dans les deux premières années de ce règne, ces étrangers craignaient de quitter la cour. Ils se disputaient la suprême faveur auprès d'une princesse que la licence de ses mœurs exposait à toutes leurs prétentions ; et leur rivalité les empêchant de s'éloigner, et s'accordant ainsi avec les véritables intérêts de Tempire, ils ne paraissaient occupés que de Tadministration intérieure. Mais bientôt la faveur de Biren ne laissa plus d'espérance à ses rivaux ; et chacun dut chercher sa fortune dans Féclat de ses services. Cet homme lui-même, qui n'avait pu parvenir à se faire admettre parmi la noblesse de Kourlande, ne tarda pas à former le projet de s'en rendre le souverain. Telles étaient les dispositions de cette cour, quand la vacance du trône de Pologne offrit à cette foule d'ambitieux l'occasion qu'ils attendaient.

1^. Jllat de la Pologne à cette même époque.

Les Polonafs depuis quinze ans avaient vécu dans la paix, le luxe et la mollesse. La république avait craint une seule fois de nouvelles agitations. Une querelle dans une rue entre des enfants avait donné naissance à ces mouvements dangereux; et l'on reconnaîtra par ce récit même, comment une cause si frivole a eu la plus grande influence sur toute la suite des événements. Les jésuites s'étaient établis dans la ville de Thorn, où domine le luthéranisme ; d'autant plus zélés qu'ils habitaient, suivant leur expression, dans un repaire d'hérétiques, d'autant plus hardis qu'au milieu de cette bourgeoisie peu considérée en Pologne, ils en élevaient toute la jeune noblesse. Quelques-uns de leurs écoliers, après une procession publique , insultèrent des enfants luthériens. La bourgeoisie prit part à cette querelle, s'assembla en tumulte ; et, ropoussée avec outrage des portes du collège , elle s'ir-

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rita, força cette maison, pilla Féglise, profana tous les objets du culte sacré, et traîna dans les ruisseaux une image de la Vierge. Toute la Pologne frémit de cette profanation. Une diète se tint dans ces conjonctures ; elle ne fut point rompue. Le zèle religieux concilia tous les esprits; on nomma une commission pour informer de ce désordre et punir les coupables. Ce fut dans cette même diète que Ton décida, comme nous l'avons raconté, le partage de la Kourlande en palatinats. Ainsi la superstition publique et l'intérêt personnel^ puisqu'il s'agissait , dans l'affaire de Kourlande, d'augmenter le nombre des emplois et des grâces, rétablirent enOn cette unanimité nécessaire à la tenue d'une diète, et qu'aucun autre intérêt relatif à la patrie n'avait pu ramener depuis si long-temps. La commission nommée con« tre la ville de Thom reçut toute l'étendue du pouvoir souverain. Les jésuites furent les accusateurs. La commission se laissa prévenir parleur zèle, par les risques qu'avait cou-i rus cette jeune noblesse au milieu de ces bourgeois séditieux, et enfln par la haine que des gentilshommes souverains port tent naturellement aux privilèges des grandes villes. On ne se borna pas à punir une sédition, on voulut venger Dieu, La ville de Thorn, occupée par des troupes polonaises, vit deux vieillards , chefs de sa magistrature, sans autre crime que de n'avoir pas suffisamment réprimé le désordre, perdre leur tête sur Téchafaud, et plusieurs de ses citoyens expirer dans les bûchers. On éleva une colonne dans la place publique, afin de perpétuer la double mémoire du sacrilège et du suppyce. Le culte^ luthérien fut dépouillé de tous les avantages que dans cette seule ville il avait usurpés sur les catholiques.

Les dissidens, trop peu nombreux pour s'opposer à cette cruelle exécution, se plaignirent à tous les souverains ; ils espérèrent un moment d'être soutenus par des troupes étran-

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gères ; les Polonais le craignirent, et dans toutes les provinces on se tint prêt à prendre les armes. Auguste ne vit pas sans effroi cette nombreuse noblesse s'arnaer et se rassembler ; ce prince, qui pour parvenir à soumettre la nation, avait cherché tous les moyens de la séduire, s'empressa de lui offrir, pour défendre la religion catholique, le secours de ses troupes saxonnes et luthériennes. Il eu avait réformé la plus grande partie à la fin des derniers troubles ; mais il profita des craintes actuelles pour faire en Allemagne de nombreuses levées et se précautionner contre les événements. 11 se croyait affranchi, par la mort de Pierre I*^, des engagements contractés sous cette redoutable garautie, et il attendait impatiemment une occasion de faire rentrer ses troupes en Pologne. Il ne fut pas même sans espérance que les Polonais ne se laissassent aveugler par leur fanatisme, jusqu'à recevoir volontairement un secours si dangereux. Mais alors aucune puissance n'avait intention de troubler cette république ; toutes se bornèrent a des recommandations en faveur des dissidents. Les Polonais, indignés de ce que leurs concitoyens eussent ainsi crié vengeance dans les cours étrangères, ne songeaient plus qu'à réprimer une licence qui pouvait devenir plus funeste ; ils voulaient prévenir par de nouvelles lois le danger d'un pareil exemple. 11 s'agissait d'assurer l'indépendance de la république, en effrayant par la sévérité des défenses quiconque serait tenté d'avoir recours à ces protections trop puissantes. Auguste, de son côté, vit avec douleur s'échapper l'occasion de faire rentrer ses Saxons en Pologne ; cette espérance avait fait renaître toute son ancienne ambition. On a découvert que dans son dépit, et afin de rendre nécessaire aux Polonais le secours de cette nouvelle armée, il sollicitait alors le kau des ïatars de faire une invasion sur les froutières. Il offrait aux puissances voisines, pour Taider dans le dessein d'assujettir

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la république et d'en rendre la couronne héréditaire dans sa maison, la cession de quelques provinces. Sa mort arriva dans ces conjonctures.il fallait que Tindustrie des Saxons et la fécondité de leur sol, le pillage de la Pologne pendant la guerre, et la vente de tous les emplois de cette république pendant la paix, eussent été pour lui une source intarissable de richesses ; car après les dépenses incroyables de son règne, après les étranges vicissitudes de sa fortune et les prodigalités de son luxe, après avoir bâti à Dresde une nouvelle ville, élevé de superbes monuments, meublé «es palais de tous les chefs-d'œuvre des arts, et, qu'on nous permette de le dire pour donner par un seul exemple une idée de tout le reste, après y avoir rassemblé dans une immense galerie pour quarante-quatre millions de porcelaine, il laissait à son iils douze millions dans son trésor, un crédit assuré par la liquidation de ses dettes, et une armée de trente -trois mille hommes d'excellentes troupes. Cette somme, ce crédit, cette armée, et un parti assez nombreux, eussent suflî pour décider dans la prochaine élection les suffrages de la noblesse polonaise. Mais d'autres conjonctures - rendaient cette vacance du trône de Pologne un des plus grands événements qui pût survenir en Europe.

Stanislas, élu roi de Pologne.

Stanislas Leszczynski, ce Polonais couronné par Charles XIÏ, et qui ensuite proscrit dans son pays, porUit d'asile en asile le titre de roi de Pologne, par une inconcevable destinée avait, du sein de son infortune, fait sa fille reine de France. Peutêtre eût-il été d'une saine politique et du véritable intérêt de la France de laisser aux Polonais un roi qui eût des for-

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ii^es personnelles , et qui dans leur anarchie pût au moins les défend1*e. On ferma les yeux sur une si sage coDsidéralion. Les Français se firent un point d'honneur de rendre au père de leur reine la couronne qu*ii avait déjà portée ; mais, par une suite des brouilleriez; qui avaient éclaté entre la reine de France et le ministre qui gouvernait alors ce royaume, rien n'était prêt pour cet événement. La France n'avait aucune liaison en Pologne; elle avait depuis longtemps négligé et presque totalement abandonné les affaires du Nord. Toutefois les sommes immenses qu'elle répandit dans cette république, les talents de ceux qui agirent en cette occasion, les prétextes honorables qu'ils firent valoir en excitant les Polonais à se ressaisir de leur indépendance^ enfin l'opinion des secours qu'on devait attendre d'un royaume si puissant et de ses alliés, réunirent bientôt tous les suffrages. Les Polonais commencèrent par s'engager dans toutes les provinces, sous la foi d'un serment unanime, à ne donner la couronne qu'à un de leurs concitoyens. Soixante mille s'assemblent dans le champ électoral ; ils rappellent sur le trône Stanislas, et par une singularité digne de tout le reste de sa vie, pendant qu'une flotte encore éloignée, sur laquelles'était embarqué à la vue de tout un peuple un homme dont tous les traits ressemblaient à ceux de ce prince, était attendue à Dantzick, comme si elle l'eût amené par mer, il se trouva présent et parut tout à coup au moment où il fut élu. Un seul Polonais s'avance alors au milieu du camp, et d'un mot suspend l'élection ; mais il se laisse fléchir aux prières générales. Son opposition rétractée ne sert que de témoignage et pour ainsi dire de monument à la liberté qui règne dans cette élection. Soixante mille suffrages donnèrent donc une seconde fois la couronne à Stanislas, et les Polonais s'applaudissaient de voir enfin renaître parmi eux cette heureuse

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